25/04/2009

Caroline Weeks, en pleine folk

Caroline Weeks – Songs For EdnaAu vu du succès indéniable de Bat For Lashes – elle est multi-instrumentiste du groupe qui accompagne Natasha Khan – l’Anglaise Caroline Weeks (aucun lien avec Greg) ne doit pas ressentir le besoin financier d’enregistrer son propre album solo. Bien lui en a pris de s’en remettre à son désir artistique, à l’écoute des jolies comptines folk qui garnissent le panier de son Songs For Edna (les textes sont de la poétesse américaine de la première moitié du 20è siècle Edna St Vincent Millay). Minimales dans leur accompagnement fingerpicking de sa guitare flamenco, les chansons de la demoiselle de Brighton ont déjà leur place – méritée – au milieu d’un cercle restreint dont les meilleurs rayons ont aussi pour nom Diane Cluck ou Vashti Bunyan.

 

Un disque : Caroline Weeks Songs For Edna (Manimal Vinyl)

23/04/2009

Mikhail – Morphica (II)

MikhailBushHallDu seul point de vue de l’esthétique visuelle (la suite de cet article abordera bien sûr le côté musical), la nouvelle sortie de l’artiste grec dépasse – et de loin – le niveau lambda des trop nombreux disques aux illustrations sans âme ni saveur. Illustré de quinze cartes – il ne vous reste plus qu’à acheter les cadres qui vont avec, dimensions 15 x 10,5 cm – le coffret offre d’étonnantes découvertes graphiques. Nous en avons retenu plus particulièrement les mystères obscurs du Pakistanais Farina Alam, le manga crayonné de Stephen Wilson, l’arrêt sur images de Paul Gittins, ainsi que l’autoportrait de Karikis, entre comique et vampirisme, en couverture de l’objet. Pour couronner, le tout, un livret de huit pages en anglais, introduit par le patron du label Sub Rosa Guy-Marc Hinant, détaille les tenants et les aboutissants de l’œuvre, complexes d’un premier regard et paradoxalement accessibles lorsqu’on y jette un œil de plus près.

 

Paru en 2007 sur le même label bruxellois, le très recommandé Orphica était la première œuvre en solitaire du musicien grec. Acclamé par une partie bien trop ténue de la critique spécialisée, qui l’avait remarqué deux ans plus tôt sur la compilation Army Of Me de Björk, Mikhail déclinait les grands thèmes de sa musicalité contemporaine, entre pop expérimentale ET romantique (ce n’est pas si fréquent), chants sacrés orthodoxes (les racines grecques, toujours) et instruments de l’époque baroque (clavecin, harpe, chœurs) mêlés à l’electronica de notre temps. En cousin stylistique de l’excellent Murcof, maître absolu de la confrontation entre passé et futur – écoutez ses Versailles Sessions, vous serez instantanément convaincu – il envoûtait de sa voit haut perchée les spectres supranaturels de ses chants (bien plus que chansons), aux frontières de la mystique et de la cosmologie, sans pour autant verser dans un onirisme de pacotille ésotérique.

 

A suivre

21/04/2009

Susumu Yokota – Mother

susumuyokota-motherArdent défenseur des musiques électroniques de ces quinze dernières années, de la techno à l’ambient, le Japonais Susumu Yokota n’était guère attendu dans le champ d’action de ce Mother, et ses treize chansonnettes pop mélancoliques. Parmi les sept invités conviés au bal, Casper Clausen (Efterklang) et Anna Bronsted (Our Broken Garden) ressortent du lot, dès l’introduction de l’album, au thème intemporel qu’on verrait bien chez Claude Lelouch s’il faisait des films dignes de ce nom (Love Tendrilises). Les épanchements langoureux de Nancy Elizabeth, censés émouvoir, donnent surtout des envies de zapper, spécialement sur un A Ray Of Light appliqué et scolaire, heureusement rattrapé par A Flower White, où la voix de soprano de la chanteuse anglaise donne une bien meilleure mesure à sa tendre luminosité. A la frontière, certes, de la lounge attitude pour adepte du taoïsme qu’elle est, Caroline Ross – déjà aperçue aux côtés de Mark Rothko et de Yokota – étage la beauté diaphane de ses vocalises, accrochées à une rythmique prenante dans sa subtilité. D’autres tentatives décoratives énervent plus  qu’ils n’émerveillement par leur pseudo-philosophie de temple zen, la palme revenant aux morceaux où la diva nipponne Kaori se laisse emporter dans des élans planants qui nous font regretter de ne pas avoir mis le dernier Tujiko Noriko sur la platine.

 

Un disque : Susumu YokotaMother (Lo Recordings)


Love Tendrillses - Susumu Yokota

A Flower White - Susumu Yokota

19/04/2009

Mikhail – Morphica (I)

Mikhail_bySinisaSavicML’histoire de Mikhail Karikis débute dans le port de Thessalonique, un jour de 1975. Des années plus tard, formation classique incluse, le musicien grec émigré à Londres, capitale mondiale de tous les excès soniques et visuels, les deux éléments étant intimement liés dans l’œuvre éprise de liberté du compositeur hellénique.

 

Puisant son inspiration dans une multitude de sources, des rituels de reproduction des insectes aux mouvements des galaxies en passant par les interférences des téléphones portables – le spectre est large, vous le devinez – Karikis n’exclut aucun à priori dans sa démarche stylistique. Fasciné notamment par le groove de la rythmique des ondes GSM dans les haut-parleurs, la faconde musicale du producteur aujourd’hui trentenaire participe pleinement d’un mouvement qui fait la part belle à l’accident, tout en dépassant largement les limites paresseuses de la pure confrontation hasardeuse.

 

Auteur d’une thèse de doctorat au résultat intitulé Silence of the Self, Karikis analysait les rapports entre la voix et le son, c’était pour mieux explorer le moi au sein d’un livre audio de 440 minutes (!), complété d’un livre de textes illustrés, deux CD audio et un DVD abritant quatre courts-métrages. Quelques années plus tard, celle où vous lisez ces présentes lignes, l’intention manifeste de mêler le visuel au sonore est plus que jamais d’actualité, en témoigne le coffret Morphica, édité par l’intransigeant label belge Sub Rosa.

 

A suivre

 

Photo: Sinisa Savic

11/04/2009

Oldman – Son, Father and Son

oldman-sonfatherandsonAncienne moitié du duo MAN, artiste épris de collaborations indépendantes (Lena en compagnie de Matthias Delplanque, en duo avec Jérôme Paressant), le Nantais Charles-Eric Charrier aka Oldman fait partie de ses aventuriers ultimes à l’hyperactivité effrénée et contagieuse. Adepte d’une polyvalence stylistique où le spoken word le dispute au jazz – version minimale, preuve en est l’introductif Son, Father et son échappatoire lento d’une captivante beauté sur quelques notes de guitare acoustique, de synthé et de cymbales – Charrier vise à l’épure, toujours, pour atteindre le beau, souvent, le sublime, parfois. Puisant aux sources les plus incontestables, qu’elles soient issues du croisement improbable de la gratte de Matt Elliott instrumentalisée par Cvantez (Mon Délicat) ou du parler nocturne d’un post rock à la sourde colère, trempée dans une Encre période Flux. De temps à autre, le ton se fait davantage serein, divaguant entre six cordes et xylophone sur un nuage comeladien où il fait bon se reposer (Grandfather’s Shield), avant que le souvenir grave (la voix et le texte) de Rodolphe Burger ne fasse définitivement oublier le très pénible Gérard Darmon sur le surprenant Son, Father and Son. C’est que contrairement à une scène franco-hexagonale où l’auto-complaisance est érigée en religion, Oldman regarde au vitriol son ombre dans le miroir, elle lui renvoie une misanthropie paranoïde subjuguante de vérité. A l’image d’un disque dont les fractions inquiètes énumèrent les sens pour mieux les vampiriser.

Un disque : Oldman Son, Father and Son (Arbouse Recordings)


Mon Délicat - Oldman

Father and Son - Oldman

01/04/2009

Erik Friedlander – Block Ice & Propane

erikfriedlander-blockiceDans l’univers très formaté de la musique, adepte de classements tout faits et d’étiquettes indécollables, le présent disque d’Erik Friedlander sonne tel un rappel de nos cloisonnements mentaux, si prompts à refuser les rapprochements esthétiques inattendus alors que leur simple écoute dégage des saveurs inoubliables et éternelles. Au croisement de l’expérimentation et de l’americana, le violoncelliste et compositeur américain dévoile une maîtrise de l’instrument, superbe dans le fingerpicking comme dans les glissandi, évadée dans les espaces infinis d’un Midwest fantasmé. De la première technique, Friedlander retient une entêtante parabole sur cinq lentes notes (Dream Song), de la seconde manière, il décoche une cavalcade country virevoltante et virtuose de bonheur (Airstream Envy). Surtout, et là se situe l’essentiel, le jeu du poète sonore new-yorkais est mis complètement au service de ses compositions, prenantes et novatrices tout en demeurant parfaitement accessibles, telle la bande-son parfaite d’un western avec Will Oldham en guest star (le tournoyant morceau-titre, Yakima). L’homme peut toutefois se faire plus radical, presque bruitiste (A Thousand Unpieced Suns) car il n’oublie pas ses liens étroits avec le grand John Zorn, tout comme il peut déposer la virulence au pied de son tabouret, en équilibre stable entre atmosphères intimes et mélodies espacées.

 

Un disque : Erik Friedlander Block Ice & Propane (Skipstone Records)

29/03/2009

Squares On Both Sides – Indication

squaresonbothsides-indicationLe nom de Daniel Bürkner, alias Squares On Both Sides, timide teuton aux accents folk(tronica) d’une touchante sincérité fragile, rappellera – peut-être, pas sûr – quelques souvenirs des visiteurs d’une des dernières éditions du RhâââLovely Festival, qui avaient découvert ce jour-là un jeune homme introverti caché derrière une guitare trop petite pour sa grande carcasse longiligne. Trois (ou quatre ?) années plus tard, l’impression scénique mitigée laisse la place, définitivement acceptons-en l’augure, à des chansons d’une acuité mélodique discrète et remarquable de longueur en oreille, au bout de quelques écoutes cependant. Au-delà des références trop faciles (Nick Drake, Elliott Smith) que des chroniqueurs fatigués balancent à chaque jeune homme muni d’une guitare acoustique, l’univers précieux – au sens cardiaque du terme – du songwriter allemand s’enrichit de field recordings d’une absolue sobriété (enregistrés à Kyoto), parfois enveloppés d’une electronica tout sauf traumatisante pour les tympans. Quand d’autres instruments tentent une incursion, à l’image du mélodica doucereux de Temples 2, la promenade zen du Munichois achève de nous convaincre de dérouler le tapis de prière sous l’arbre de printemps, pouces et indexes joints vers un avenir qu’on lui souhaite radieux et contemplatif.

 

Un disque : Squares On Both SidesIndication (Own Records)


Pripyat - Squares On Both Sides

Author - Squares On Both Sides

04/03/2009

The Incredible String Band en inédits, can you believe it?

Leur nom montrait déjà la voie, celle de l’excellence, The Incredible String Band demeure en cette heure l’un des noms les plus indispensables de la folk music. Tout au long d’une carrière en fin de compte brève (1965 – 1974), sans compter la reformation partielle entre 1999 et 2006, la formation écossaise explorait à tout va les errances magnifiques de la musique hippie, sans jamais se départir d’une vision stylistique hors de tout pastoralisme pour cimetière. Compilation de seize inédits tirés des archives de Witchseason et de Island Records, le double cd Tricks Of The Senses démontre l’intemporalité d’une vision qui a depuis longtemps dépassé les limites étroites de son Ecosse natale.

 

Un disque : Amplifier MachineTricks Of The Senses (Hux Records)

25/02/2009

Menace Ruine – The Die Is Cast

menaceruine-thedieiscastOrageux et noir corbeau, le combo montréalais Menace Ruine en est déjà à son second épisode, huit mois seulement après la sortie de son opus initial Cult Of Ruins (déjà tout un programme en soi). Et il a beau être tout jeune, le duo canadien change complètement de registre, évacuant la furie black métal satanique de son premier effort au profit d’un doom folk shoegazing slowcore – tout ça, oui – où toute trace de gras est désormais proscrite. Hantée, il faudrait écrire possédée, par la magnifique (si, si) voix médiévalisante de la chanteuse Geneviève, fille cachée de Nico et de Brian Molko, la musique évidemment sombre de Menace Ruine ne succombe toutefois pas à la tentation morbide facile, préférant développer des atmosphères éprise de littérature gothique (on pense à la Carmilla de l’Irlandais Sheridan Le Fanu, muse de moults films de vampires). Pour ne rien gâcher, et c’est heureux, les mélodies étirées des Montréalais évoquent la lenteur faite art d’Elizabeth Anka Vajagic (autre Canadienne pas spécialement drôle), confrontées au lyrisme magnétique de My Bloody Valentine et aux bruits légendaires des incomparables Sunno))). Le plus étonnant demeurant que, malgré des atmosphères pesantes et finalement monotones, le disque continue de se fréquenter avec bonheur au fil des écoutes, encore que le terme doit être banni à jamais du vocabulaire de ses auteurs.

 

Un disque : Menace RuineThe Die Is Cast (Alien8 Recordings)


One Too Many - Menace Ruine

Dismantling - Menace Ruine

23/02/2009

Anihata = Helena Espvall + Tara Burke

anahita-mattricariaQuand un duo regroupe deux figures du folk psyche de la trempe de Helena Espvall (Espers) et Tara Burke (Fursaxa), les attentes volent à une altitude hautement stratosphérique. Quelques bouts des six morceaux plus tard, la brièveté de l’instant rend difficilement justice à une musique posée sur des fils entre Moyen Orient – Anahita est la déesse perse de l’eau et de la fertilité – et apocalypse.

 

Un disque : Anahita – Matricaria (Important Records)


Pirin Planina - Anahita

Velvet Shoon - Anahita