20/02/2009

Julie Doiron, en elle-même, différente

juliedoiron-icanwonderChaque étape du parcours de Julie Doiron nous révèle, un peu plus, un peu mieux, l’étendue de sa riche personnalité. Minimalisme anti-folk à l’époque de Heart And Crime (2002) ou pop songs classe en 2007 pour Woke Myself Up, la chanteuse du New Brunswick enivre de sa simplicité coutumière. Anno 2009, le nouvel épisode I Can Wonder What You Did with Your Day nous la présente sous la vareuse d’une Sugar Kane qui se souvient de son séjour son premier indie rock band Eric’s Trip. Sincerely hers.

 

Un disque : Julie Doiron I Can Wonder What You Did with Your Day (Jagjaguwar)

 


Consolation Prize - Julie Doiron

07/02/2009

Les petits enfers de Marissa Nadler

marissanadler-littlehellsAdmirer la plastique de Marissa Nadler est une chance, écouter l’envoûtement de sa voix sombrement lumineuse un ravissement éternel. Magnifique d’un gothisme réverbéré qui remplit l’espace d’une salle de concert comme peu savent le faire (Larkin Grimm ou Alela Diane peut-être, Hope Sandoval sûrement), son organe vocal nous donne rendez-vous sur un quatrième album dont on peut simplement espérer qu’il rejoindra au pinacle le sublimissime Songs III: Bird on the Water.

 

Un disque : Marissa NadlerLittle Hells (Kemado Records)

Heart Paper Lover - Marissa Nadler

Rosary - Marissa Nadler

Little Hells - Marissa Nadler

03/02/2009

Pit er Pat – High Time

piterpat-hightimeChantre de musiques indépendantes où le concept d’ouverture d’esprit est un maître mot, le label Thrill Jockey démontre, mois après mois, la pertinence de ses choix, jamais prétentieux, toujours défendables. La présence du trio Pit er Pat, depuis les débuts The Babies Are Tired / Lullaby 12 (2004) jusqu’au récent High Time, est à cet égard particulièrement symptomatique des choix stylistiques thrilljockeyens. Perclus d’influences nu jazz exprimées dans des habillages pop d’une redoutable finesse mélodique (écoutez la splendide partie vocale de Evacuation Days, elle ne vous lâchera plus jusqu’au prochain solstice), le mainstream l’ignorera bien sûr superbement, les airs recherchés des Chicagolais détonnent dans ce monde du repiquage élevé au rang d’art. Décorées de ci, de là d’une ligne de basse inoubliablement discrète ou d’une partie de guitare qui doit autant aux notes bleues qu’au continent noir, sans bien sûr négliger l’indie rock du bord du lac Michigan (l’ombre de John McEntire n’est jamais très loin), les chansons de Fay Davis-Jeffers, Rob Doran et Butchy Fuego délaissent la vacuité du beau pour tout discours et interrogent l’intelligence de l’auditeur. Œuvre de pointe certes (tout en étant accessible à tout qui a déjà goûté à Basil Kirchin), complètement intégrée à un corpus musical étalé sur quatre années de grande qualité, la discographie des Pit er Par intègrera à merveille l’intervalle fébrile entre le Birmingham de Pram, le Kenya d’Extra Golden et le Chicago de Tortoise, ce qui ne rend sa fréquentation que plus indispensable ET chaleureuse.

 

Un disque : Pit er Pat High Time (Thrill Jockey)


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26/01/2009

Alela Diane se tient tranquille

aleladiane-tobestillMerveilleux indicateur d’un temps qui a passé en la profonde compagnie de sa voix unique de folk singer baignée de gospel, Pirate’s Gospel de la (désormais) incontournable Alela Diane fait à jamais partie de ses albums qui vous bouleversent une vie de music freak. Très attendu – et c’est peu de l’écrire – son successeur To Be Still – nous aura fait patienter plus deux ans (mais oui) et si certaines orientations stylistiques dénotent une volonté de ratisser plus large (à quoi bon la batterie de White As Diamonds ?), on y jettera une oreille forcément toujours de bon aloi. En attendant une tournée européenne aux étapes parisienne (Bataclan, le 6 avril) et bruxelloise (AB, le lendemain).

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Alela Diane To Be Still (Fargo Records)

23/01/2009

Soccer Committee & Machinefabriek – Drawn

soccercommitteemachinefabriek-drawnQuestion: Rutger  Zuyderveldt a-t-il trouvé la recette pour rester éveillé 24h sur 24, 7 jours sur 7 ? Au rythme actuel de ses productions, sur lequel la rubrique Love On The Bits est revenue le mois dernier, le doute est permis, tant le niveau de constance dans la qualité supérieure de sa démarche reste impressionnant. Associé à sa compatriote néerlandaise Mariska Baars, alias Soccer Committee (c’est loin d’être une première), Machinefabriek tisse des atmosphères d’une délicatesse incomparable à un tel niveau de connivence entre l’electronica dépouillée, la folk et l’acoustique contemporaine, magnifiée de la voix sublime de Baars, au phrasé élégant et qui ne force jamais la note (écoutez Di-o-day, vous nous en donnerez des nouvelles), à l’instar de Tara Jane O’Neil en ses meilleurs moments et ils sont nombreux. Inutile d’ajouter qu’un tel disque, long de ces vingt-quatre courtes minutes, ne voit son intérêt croître qu’au fil des écoutes, que nous vous souhaitons nombreuses.

 

Un mp3 : Soccer Committee & Machinefabriek Cristopher (for Suzanne) 

Un disque : Soccer Committee & Machinefabriek Drawn (Morc Records)

18/01/2009

Annelies Monseré – Somewhere Someone

anneliesmonsere-somewheresomeoneL’heure étant plus que jamais à ces pseudo-artistes imitatrices de Dusty Springfield et Amy Winehouse, il est réconfortant d’entendre de vraies personnalités – discrètes comme elles sont attachantes – tracer leur sillon, en toute lenteur, en pleine humilité. Auteur en 2005 d’un premier disque dont le temps n’a fait que confirmer la juste place aux côtés de Jessica Bailiff, la Gantoise Annelies Monseré nous fait patienter, et de quelle manière sur cet EP qui confirme sa patte sombre et vaporeuse, inquiète et éthérée. Musicalement, le dépouillement dont fait preuve la compagne de Wim Lecluyse (responsable du label Morc) renforce la dynamique immobiliste de ses six nouveaux titres, d’une forte personnalité alanguie qui donne paradoxalement envie de s’allonger dans les bras de l’enfer, histoire de mieux capter un monde entre sérénité coupable et malaise réconfortant.

 

Un mp3 : Annelies Monseré – Golden

Un disque : Annelies Monseré Somewhere Someone (Morc Records)


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17/01/2009

Max Ochs, entre raga et blues

MaxOchs-HoorayEn quelque quarante années de vie musicale, les traces laissées par le guitariste américain Max Ochs relèvent plus du jeu de pistes lacunaire que de la longue ligne droite. Une présence sur la compilation de John Fahey Contemporary Guitar Spring 67, deux versions de Imaginational Anthem trente-sept années plus tard en 2004 sur la compilation éponyme et – ô joir, ô miracle – un vrai album avec de vraies compositions rien que du musicien du Maryland, par ailleurs cousin de feu le protest singer Phil Ochs. Toujours adepte des ragas (le morceau-titre), le bluesman US prouve qu’à soixante balais passés, sa science de la six cordes est restée intacte. Entrecoupé de poèmes récités – sans la moindre note de musique – d’une voix profonde qui rappelle Johnny Cash, son disque émeut autant qu’il se souvient de Robbie Basho et Mississipi John Hurt. Hip hip hip Hooray !

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Max Ochs Hooray For Another Day (Tompkins Square)

12/01/2009

Susanna – Flower of Evil

rcd-2080---susanna_-flower-of-evilOrpheline de son Magical Orchestra (aka Morten Qvenild, son claviériste), Susanna Karolina Wallumrød aka Susanna avait produit l’an dernier un premier effort solo très recommandable, suivi en cette fin d’année d’un disque de reprises (à deux exceptions près). De son timbre diaphane à l’arythmie caractéristique, la Norvégienne fait complètement sienne les compositions de ses prédécesseurs discographiques, qu’ils soient dans la veine americana d’un Bonnie ‘Prince’ Billy (présent au micro sur le splendide Jailbreak de Phil Lynott, ainsi que sur le tube Without You, repris maintes fois de Harry Nilsson à Mariah Carey), le sillon folk d’une Sandy Denny (Who Knows Where The Time Goes, très différente de la version des Fairport Convention) ou la sphère rock d’un Lou Reed (la face neuroleptique de son Vicious). On pourra également lui reprocher de tout interpréter de la même manière, c’est tantôt surprenant (amusez-vous à identifier le hit planétaire Lay All Your Love On Me d’Abba !), tantôt agaçant d’affectation (Dance On de Prince), tantôt magnifique (Janitor of Lunacy de Nico, répertoire qui lui sied bien mieux). Cat Power et son The Covers Record peuvent dormir tranquille.

 

Un disque : Susanna Flower of Evil (Rune Grammofon)

06/01/2009

V/A – Filles Fragiles #2

FillesFragiles2Fruit de la passion d’un jeune homme néerlandais à l’étrange pseudonyme de Guuzbourg (le blog Filles Sourires, c’est lui) tombé amoureux à l’adolescence de la France et de sa prof de français, les compilations Filles Fragiles en sont à leur seconde édition, fidèles à un principe où quelques stars  (Louis Bertignac & Carla Bruni, Vanessa Paradis) et noms connus (Coralie Clément, Barbara Carlotti, Jo Lemaire) côtoient des artistes peuplant MySpace (et qui, pour certains tel le duo Nougat, auraient mieux fait de ne pas le quitter). Hormis pour quelques titres, dont l’incontournable mademoiselle Carlotti (nous aurions préféré son Mademoiselle Opossum au plus anecdotique Pour La Nature) et la mignardise Rêverie de Lolita 

des Frenchies de Sheffield (et non Anglais, comme dit par erreur auparavant) The Lovers, la compilation abrite un sacré lot de nunucheries, ramassis de clichés folkisants sur une chanson française soi-disant de qualité à caler entre deux intégrales Télérama. La palme revenant à l’Américaine Erica Buettner, en meilleure imitatrice de Carla B. et la bossa insignifiante de Vanessa Contenay-Quinones, bourrée de ces tics que même Henri Salvador n’osait plus.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : V/A Filles Fragiles #2 (Filles Fragiles)

23/12/2008

Shirley & Dolly Collins, forever timeless

shirleydollycollins-theharvestyearsLa première décennie du vingt-et-unième siècle rendant plus que jamais justice à un folk anglais intemporel dans sa profondeur organique, il est temps de se replonger dans deux de ses plus grands défenseurs en la personne de Shirley et Dolly Collins. Signées en leur temps (fin sixties, début seventies) sur Harvest, division prog de la major EMI, les deux sœurs – Dolly la compositrice, Shirley la chanteuse – n’avaient guère leur pareil pour conter le pastoralisme intemporel de l’Angleterre des sœurs Brontë et de John Dowland. Quarante années plus tard, leur place au sommet est plus que jamais indiscutée.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Shirley & Dolly CollinsThe Harvest Years (EMI)