21/12/2008

Jandek, de l'autre côté de la légende

jandek-glasgowsunday2005Personnage mythique dont la légende a longtemps participé du traitement quasi-religieux où ses fans l’ont entraîné, Jandek est demeuré longtemps un nom vénéré des happy few, le géant Loren Connors en premier (il est d'ailleurs présent à la guitare électrique). Actif depuis plus de trente ans sur la scène blues folk expérimentale, Sterling R. Smith s’est résolu depuis quelque temps à donner des concerts, quitte à tomber le masque, quitte à mettre sa musique à nu. Témoignage d'une de ses toutes premières apparitions scéniques, Glasgow Sunday 2005 se nourrit de la terrible violence maîtrisée de son auteur, trempée dans l’acide, baignée dans les lieux de concert alternatifs à l’extrême. Accompagné pour l’occasion des magnifiques Alan Licht et Heather Leigh Murray (pedal steel et voix sans paroles) le musicien texan prouve que sa totale indépendance d’esprit ne s’est pas altérée dans les méandres du temps.

 

En écoute sur The Omega Order

Un disque : JandekGlasgow Sunday 2005 (Corwood Industries)

 

En clip : JandekReal Wild (Live)

 

17/12/2008

V/A - BiP_HOp Generation Vol. 9 (II)

biphopgenerationvol9Le changement d’atmosphère est radical quand on aborde le monde paisible et éthéré de l’Ukrainien Andrey Kiritchenko. Ses field recordings d’une nature automnale où chants d’oiseau et pas dans les feuilles mortes décorent de leur sereine quiétude une guitare acoustique aux frontières de l’élégie et du surnaturel, sur fond de mélodica mélancolica (A Walking Distance To My Happiness). Par comparaison, l’autre morceau Liberation est presque solaire, imaginez-le toutefois en fin de soirée aoûtienne, lorsque les grillons garnissent de leur répétitivité des notes de cloche et de guitare d’un apaisement sonore qu’apprécieront les fidèles de F.S. Blumm.

Pour ne pas changer les habitudes – et pour encore mieux illustrer la diversité du label – l’ensemble italien Illàchime Quartet débusque un tout autre registre, quelque part entre un jazz pianistique à la Ervin Schulhoff, un violoncelle à la Gavin Bryars et une post pop cinématique dans les marges de We vs Death. La confrontation, si elle est osée, n’est pas complètement aboutie.

 

A suivre...

08/12/2008

Isobel Campbell & Mark Lanegan – Keep Me In Mind Sweetheart

isobelcampbellmarklanegan-keepPour une suite du magnifique Sunday At Devil Dirt, le second opus de la belle écossaise et de la bête américaine, sorti en début d’année, c’en est une superbe que cet EP, enregistré lors des sessions de leur désormais célèbre dimanche diabolique. Toutes les qualités d’Isobel Campbell et Mark Lanegan se confirment, d’éclatante manière, sur ces six titres à mettre en toutes les oreilles. Ballade organique dans la foulée de (Do You Wanna) Come Walk with Me?’, titre majeur du premier album (Keep Me In Mind Sweetheart), volutes américana aux accents jazzy (Flight Fire With Fire), déchirante romance à flinguer toute la discographie de Lee Hazlewood (Asleep On A Sixpence), violon à quatre sous en quête d’une pièce (Violin Tango), tout subjugue, tout séduit, tout prend aux tripes. Sans même parler de l’intemporel Rambling Rose, titre qui ne se démodera jamais, à l’image d’un duo qui fréquente son passé pour mieux éclairer notre avenir.

 

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Un EP : Isobel Campbell & Mark LaneganKeep Me In Mind Sweetheart (V2)

06/12/2008

Richard Skelton, âpre et beau

richardskelton-markingtimeBien sûr, au premier regard, la musique de Richard Skelton (A Broken Consort) grince quelque peu aux oreilles, déclinée qu’elle est dans une tentation folk acidifiée sans la moindre compromission. Les premiers moments de surprise passés, le psychédélisme abrasif de ses cordes frottées se jette à corps perdu dans des harmonies d’une revêche beauté, embaumées d’un spectre nuptial épris d’Eyes Like Saucers et Hala Strana.

 

En écoute sur Boomkat

Deux mp3 : Richard Skelton Weight of Days

Richard Skelton Fold

Un disque : Richard SkeltonMarking Time (Preservation)

05/12/2008

Laura Gibson – If You Come To Greet Me

lauragibson-ifyoucomeAussi méconnue chez nous que sa folk music est recommandable, l’Américaine Laura Gibson soutient, sans hésitation aucune, la comparaison de la grande Julie Doiron, tant ses inflexions ravageuses de sensibilité perlée l’amènent au nirvana sensible de notre Canadienne préférée. Produite par Adam Selzer (Norfolk & Western), oui tout de même, et joué par une huitaine d’excellents musiciens dont Peter Broderick, le disque fait partie de ces trésors trop bien cachés de la musique américaine, celle qui nous a révélé Alela Diane et Mariee Sioux. Traversé d’onze titres tous plus impeccables les uns que les autres, certains atteignant un degré d’émotion triste à se jeter d’un pont tant c’est beau (Nightwatch, sa guitare, sa scie musicale), d’autres perfectionnant une mélancolie joyeuse des frimas automnaux (Broken Bottle). Le plus miraculeux étant le naturel de la jeune Laura, jamais bobo pleurnicharde, jamais pimbêche revendicative. Quelquefois, la ballade se fait même bucolique et tendre, toujours entre amis de bonne compagnie (Small Town Parade), comme nous partagerons volontiers leur quignon de pain et la chaleur de leur présence humaine.

 

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Un disque : Laura GibsonIf You Come To Greet Me (Borne Recordings)

01/12/2008

Yuko – For Times When Ears Are Sore

yuko-fortimeswhenearsaresoreOyez oyez bonnes gens, sortez les flonflons (acid) folk, tentez les mélodies indie pop, un compatriote belge relève le gant de la concurrence internationale, haut la main encore bien. Ce jeune homme très plat pays, c’est le jeune Kristof Deneijs, ancien étudiant en photographie à Gand et actuel membre des collectifs belge Rarefish et français Haiku Bang. Il est surtout l’auteur – sous le pseudonyme japonisant de Yuko – d’un très joli premier disque, impeccable de bout en bout. Ses onze titres, s’ils sont globalement de la plus haute veine harmonique, n’oublient toutefois ni les mélodies à la Radiohead (There’s A Limit), ni les madeleines shoegazing à la Ride grondant la guitare acoustique de Greg ‘Espers’ Weeks (le splendide No Trees Up Here). Produit par le trop méconnu génie Wim Maesschalk (aka Wixel), chanté sur un mode mineur très Morr Music qui n’enlève rien à se pertinence ni à son excellence, For Times When Ears Are Sore trempe sa plume dans une émotion instrumentale peu commune (Peuchttücher). Histoire de jouer au grincheux, on pointera bien quelque raideur vocale (Noone Here To Hug), c’est bien peu de choses en regard des indispensables échos de The Notwist peuplant un opus aux palmes d’argent.

 

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Un disque : YukoFor Times When Ears Are Sore (Debonair Recordings)

30/11/2008

Antony & The Johnsons - Another World EP

antonyandthejohnsons-anotherworldNous sommes en 2050, quelque part entre Mars et Monceau-sur-Sambre. Demi-siècle aidant, le JDBV de service passe en revue les noms qio ont compté en ces cinq décades marquées par la disparition définitive du support physique, seuls quelques nerds déphasés continuant d’encombrer leurs appartements de piles gigantesques entassées sur d’antiques armoires Ikea. Homme ordonné, notre esthète musicien débute par la première lettre, décorée d’un élégant baroquisme en parfaite adéquation avec la subtilité vocale d’un certain Antony Hegarty, incontournable androgyne dont le timbre de contralto marqua son temps, notamment sur un second album I Am A Bird Now vite légendaire. Nous sommes bientôt en 2009, un nouvel EP Another World bouleverse autant qu’il convainc, il nous dévoile surtout l’immense richesse d’un artiste dont le chemin n’a pas fini de nous surprendre. Hope there is someone who takes care of me.

 

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Un mp3 : Antony & The Johnsons Another World

Un EP : Antony & The Johnsons Another World (Rough Trade)

28/11/2008

François Virot, première

francoisvirot-yesornoActiviste indie pop au parcours parsemé de mille et une démos überconfidentielles, le Lyonnais François Virot extirpe – enfin ! – de sa tanière écorchée un premier album, aussi attendu dans la branchitude qu’il restera confidentiel dans le mainstream. Outre la confirmation possible, l’avenir le confirmera, de sa talentueuse tension musicale, l’objet nous vaut la renaissance du label Clapping Music, muet depuis le disque de Ramona Cordova. Qui s’en plaindra ?

 

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Un disque : François Virot Yes Or No (Clapping Music)

26/11/2008

Smile Down Upon Us – s/t

Smile Down Upon UsLes auspices de Jessica Bailiff et Annelies Monseré – ne biffer aucune de deux mentions très utiles – inaugurent en toute sobriété l’œuvre folk contemporaine du projet anglo-japonais Smile Down Upon Us, enfant de MySpace et de la collaboration de la Nipponne moomLooo (chant) et des Britanniques David Sheppard / Keiron Phelan. Abritées dans le sillage de Piana, notamment sur la magnifique ouverture Girl Of A Skin Coloured Blanket No 2, les chansons du trio s’envolent subrepticement entre la Philadelphie de Meg Baird et la Suède de Taxi Taxi. Très joliment ornées ici d’arpèges de mandoline et d’accords de guitare, là de pizzicati de violon et de coups de glockenspiel, les morceaux impressionnent par leur science des arrangements et leur tendance à la coupe claire. Surtout, c’est l’intense travail de composition mélodique, admirable d’invention folk, qui retient l’attention. Portée par cette mystérieuse voix, tantôt en japonais, tantôt en anglais, le monde onirique des SDUS renvoie l’écho de Miyazaki et s’engouffre en toute fronde dans la moellesse vénéneuse de Juana Molina, plus que jamais en très bonne compagnie sur ce premier opus complètement prenant.

 

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Un disque : Smile Down Upon Uss/t (Static Caravan)

21/11/2008

Broadcast 2000 – Building Blocks

broadcast2000-buildingblocksSous ses dehors très – trop ? – sages, Broadcast 2000 (rien à voir avec le duo électro pop Broadcast) est un sacré farceur, amateur sans doute de la Suite de jazz N° 1 de Chostakovitch, qui a tout d’une valse et rien du jazz et qui est une influence manifeste de l’introductif Run. De sa folk music solaire au parfum d’oasis (le lieu, pas le groupe), il élabore des mélodies pop d’une douceur joviale, tout en reprenant à son compte des danses traditionnelles que n’auraient pas reniées le grand Paul Simon himself. Profondément musicale et hédoniste, sans pour autant tomber dans le piège de la vulgarité ou du poujadisme, la démarche de Joe Steer mérite un respect conséquent qui n’attend plus que le premier album longue durée.

 

En concert au Beurs (Bruxelles) le 6 février

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Un EP : Broadcast 2000 Building Blocks (Grönland)