11.08.2009

Maurizio Bianchi – Dekadenz

mb dedadeknzA près de cinquante-cinq ans au compteur, dont treize de silence musical complet (1984 – 1997), Maurizio Bianchi poursuit son œuvre pianistique en toute liberté, mi-anarchique mi-décadente. Boulimique du travail enregistré, le musicien italien a produit des dizaines d’œuvres, sous le pseudonyme de Sacher-Pelz, sous son propre nom (parfois abrégé M.B.) ou en collaborations (dont le projet M.B. + E.D.A. sur le label Baskaru), sans même parler de ses œuvres éditées en 1981 et 1982 sous le moniker de Leibstandarte SS MB qu’il ne considère pas comme faisant partie de sa discographie.

Auteur déjà d’une petite dizaine de réalisations rien qu’en ces six premiers mois de 2009 (c’est Machinefabriek qui doit l’avoir mauvaise), le Milanais a trouvé en le micro-label belge Young Girls Records – il est à suivre ! – une structure en parfaite adéquation avec sa philosophie, libertaire et audacieuse. Tout en demeurant d’une parfaite musicalité accessible à tout qui a déjà exploré l’univers qui sépare Charlemagne Palestine de Delphine Dora, les huit compositions de Dekadenz explorent les limites sonores d’un piano décadent (d’où le titre), dont les notes sont tenues par une utilisation de la pédale sostenuto, tout en étant assourdies par l’emploi de la pédale de sourdine. Enchaînés et joués sur des tempi plutôt allègres (à l’exception d’Adsorbente), les morceaux évoluent dans un registre tonal emprunt d’une modernité alla jazz, elle évoque la subtilité mélancolique des pianistes juifs d’Europe centrale (on se reportera à la magnifique série Entartete Musik de Decca), transposée en une vigueur contemporaine d’un magnifique désespoir lunaire. En d’autres temps troublés, elle aurait valu à son auteur l’exil, voire le camp de concentration. Une raison supplémentaire et ultime de l’écouter, en toute irrévérence.

 

Un disque : Maurizio Bianchi Dekadenz (Young Girls Records)


Ecmenesia - Maurizio Bianchi

Deciduo - Maurizio Bianchi

02.08.2009

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini BristolL’air de rien, ça fait bientôt vingt ans que Geir Jenssen aka Biosphere enchante nos nuits de ses projets mirifiques, le plus souvent à la frontière des musiques ambient et electronica, bien que ses tracks les plus courus (Novelty Waves, Patashnik) allaient clairement chercher du côté de l’IDM tendance Warp. Tourné définitivement dans d’élégantes atmosphères depuis son Substrata de 1997, signé – et ce n’était pas un hasard – sur le label All Saints Records de Brian Eno himself, le musicien de Tromsø était demeuré silencieux depuis 2006 et son Dropsonde, dernière production studio en date où un certain jazz fusion côtoyait des field recordings captés dans l’Himalaya.

Quelques disques plus tard, dont les plus austères Shenzhou et Autour de la Lune, et désormais bien ancré sur le bateau Touch, le Norvégien se rappelle à notre – très – bon souvenir avec le présent Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol, enregistré lors du concert qu’il donna le 27 octobre 2007 au centre d’art contemporain cité dans le titre. Après une brève introduction marquée du fer inquiétant d’une décompression pneumatique au sifflement suraigu (le trombone d’Anders Kalskås sur cet étonnant Pneuma), la performance prend un fascinant tournant mélodique répétitif, quelque part entre Debussy, Berio, Reich et Murcof, où les boucles samplées du grand compositeur français hantent jusqu’à l’hypnose (Shenzou). Véritable trésor de richesses aux multiples facettes (spoken word russe et ambient sur Kobresia, IDM sur When I Leave), le disque prouve que la présence de son auteur tout au sommet de la hiérarchie mondiale tient autant à son génie des ambiances électroniques qu’à sa capacité narcotique de mêler les influences, du classicisme post-romantique au jazz fusion en passant par la dance music.

 

Un disque : Biosphere Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol (Touch)


Shenzou - Biosphere

Kobresia - Biosphere

25.07.2009

Roshi feat. Pars Radio – And Stars

roshi-andstarsLes origines iraniennes des musiciennes britanniques sont décidément des plus délicieuses. Après la princesse de l’ambient IDM Leila et son acclamé Blood, Looms & Blooms (Warp, 2008), une autre fille de la Perse (née au Pays de Galles) décide de faire des siennes, et la manière est très jolie. Répondant au doux nom de Roshi Nasehi, alias Roshi, la demoiselle nous présente son univers, tactile et précieux comme le dernier Portishead.

Véritable trésor qui nous ouvre les portes sensibles d’un monde à l’onirisme magique, Night Swimming baigne de la classe lento du soprano de la demoiselle, perché entre une étoile et un violoncelle tombé amoureux de cette sublime mélodie. Plus à l’est, quelque part dans un orient magnifié par une sœur Marie Keyrouz emportée dans un souffle alangui, Dohktar e Boyerhmadi conte en la langue persane de son auteure l’histoire d’une jeune fille, dans un ralenti fascinant de beauté assumée. Très surprenant et énigmatique, le troisième morceau She Paces sonne telle une mélodie en montagnes russes signée Felix Kubin, elle nous démontre les immenses possibilités vocales de Roshi, soutenue en toute agilité par son groupe Pars Radio (elle et Graham Dowdall, plus connu sous le pseudo de Gagarin), avant  d’entamer une seconde partie plus lyrique en pleine inadéquation avec ce qui le précède. La conclusion Rachid Khan voit, une fois de plus et (presque) de trop, l’artiste irano-galloise dialoguer avec un violoncelle qui rivalise de maniérisme avec les vocalises de son mentor vocal. Quelle importance, au vu du très haut degré de raffinement qui l’a précédé.

 

Un EP : Roshi feat. Pars Radio – And Stars (Geo Records)


Night Swimming - Roshi feat Pars Radio

Dohktar e Boyerhmadi - Rosha feat Pars Radio

20.03.2009

V/A – Pop Ambient 2009

kompaktpopambient2009C’est devenu une excellente habitude, chaque début d’année voit la grande maison Kompakt, mère nourricière de tant d’artistes électroniques de qualité, proposer sa compilation Pop Ambient. Neuvième du nom, l’édition 2009 est un très grand cru. Composée d’artistes au pire recommandables, le plus souvent exceptionnels, les douze morceaux choisis ont été  sélectionnés par le boss Wolfgang Voigt lui-même et c’est un sérieux gage de qualité.

Jamais si bien servi que par lui-même, c’est sous le pseudonyme de Mint que WV fait magnifiquement des siennes sur le très cinématique Hindemith aux angoisses lento ressourcées sur un piano qui fait écho au Nuage III de Sylvain Chauveau qui le précède (rappelons que l’œuvre du compositeur français illustre un long métrage fantastique éponyme). Splendide enchaînement ! Ailleurs au remix (assez moyen) de Jürgen Paape ou en collaboration – dans les deux cas, le vieux complice Jörg BürgerVoigt trouve sur Frieden l’écho inoubliable lorsqu’il se produit sous le nom de GAS, sans toutefois faire de l’ombre aux autres artistes présents. Parmi ceux-ci, outre Sylvain C. – son second titre Fly Like A Horse est fantastique avec ses boucles de guitare obsédantes – on relèvera plus particulièrement Klimek et son grandiloquent True Enemies & False Friends, ainsi que les inévitables Marsen Jules et Tim Hecker, meilleurs que jamais.

 

Un disque : V/APop Ambient 2009 (Kompakt)


Fly Like A Horse - Sylvain ChauveauONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'">


Its Only Castles Burning - Marsen Jules

A Dream Of A Spider - Andrew Thomas

09.10.2007

Le koto sensuel de Chieko Mori

chiekomoriLa troublante Colleen l'a prouvé grâce à son superbe Les Ondes Silencieuses, l'intégration d'instruments traditionnels à la musique de notre temps apporte à cette dernière une touche réconfortante, quasi aux frontières du surhumain. Joueuse de koto (une longue cithare japonaise), Chieko Mori évolue dans une sphère certes plus répétitive que sa consoeur française. Sensuelle toujours, enivrante le plus souvent, sa musique exclusivement instrumentale picore de sa minutie rêveuse ses obsédants instants . Pour esprits sereins et méditatifs, en attente de la suite du sensible Jumping Rabbit (2005). 

 

En écoute sur Virb.com

Un disque : Chieko MoriJumping Rabbit (Tzadik)

16.02.2007

Claire Goldfarb – Or Propos

cd_orproposUn violoncelle lyrique et inquiétant, une voix étrange et habitée (on songe à la rencontre entre Cathy Berberian et Islaja), ce sont les deux ingrédients de la musicienne belge Claire Goldfarb, membre de plusieurs ensembles et orchestres et admiratrice invétérée de l’œuvre du compositeur italien contemporain Giacinto Scelsi. Foin de sarcasmes, alors que tout était pourtant en place pour nous proposer le disque belge le plus obscur – voire le plus froid – de l’année, c’est en désormais fan absolu et conquis que je réécoute jour après jour les dix titres de l’album. Telle une rencontre subliminale entre le freak folk finlandais contemporain, la verve poétique de Luciano Berio ou le lyrisme du concerto pour violoncelle d’Elgar, la musique (le terme n’est ici jamais galvaudé) improvisée de Claire Goldfarb nous revient en une acuité sidérante où les émotions aériennes et raffinées prennent tout leur sens, tout en évitant l’écueil redoutable de la préciosité et du snobisme. Un tout grand album est paru, une toute grande artiste est née, sans doute.

 

Un disque : Claire Goldfarb – Or Propos (homerecords.be)