09.09.2009
Jason Kahn – Vanishing Point
Artiste sonore américain émargeant dans les frontières ténues qui séparent la noise music – le cas présent, il faudrait parler de silent music – de l’absence totale de reconnaissance médiatique (en dépit d’une vingtaine de sorties en dix ans), Jason Kahn risque d’entrer dans la cour élective des noms à suivre de l’ambient quietissimo (et c’est tout le mal que nous lui souhaitons à l’issue de ce remarquable Vanishing Point).
Ecrite dans la douleur du décès de sa fille Louise, l’œuvre du résident de Zürich développe des tonalités issues de certaines couleurs précises du spectre, plus précisément les fréquences du blanc, du rose, du marron et du bleu. A l’instar du récent Sur Fond Blanc du duo canadien Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis, mais en une version plus métallique et moins pâle, Vanishing Point décline en une multitude de micro-évolutions sonores l’immense variété ébruitée du monde qui nous entoure.
Tout au long des quarante-sept minutes de son unique morceau, les sons imaginés par le patron du label Cut ne cessent de grandir et de nous prendre par le cortex. En un singulier – et superbe – flux et reflux d’une marée charriant son lot imprévisible de couches échelonnées (et c’est magnifique d’une précision… helvétique), l’œuvre ne cesse de progresser vers un infini inaccessible, entre échos lancinants d’une métallurgie désincarnée et souvenirs colorés d’une vie passée à trépas.
Un disque : Jason Kahn – Vanishing Point (23five Incorporated)
Vanishing Point (extract) - Jason Kahn
17:56
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25.07.2009
Hecker – Acid In The Style Of David Tudor
Homme aux idées fortes et sans concession à une quelconque chapelle électronique, si ce n’est celle de l’exigence et de l’excellence, Florian Hecker nous avait tout simplement bluffé en 2003 sur son précédent Sun Pandämonium, disque incroyable qui donnait carrément le mal de mer, au sens le plus physique du terme. On adorait ou on détestait, en toute hypothèse. Une multitude d’installations sonores et une collaboration avec le tout aussi impitoyable Yasuano Tone plus tard, le musicien allemand est de retour pour une œuvre qui mêle – le défi est osé – la culture des rave parties et la musique expérimentale du vingtième siècle (David Tudor était ce pianiste et compositeur spécialisé dans les musiques de Cage, Stockhausen ou Boulez).
Autant prévenir les drogués du beat qui rend fou, Hecker ne met nulle eau technoïde dans son vin expérimental, tout digitalisé qu’il soit. Exposées en six pistes (sur les dix du disque) toutes intitulées Acid In The Style Of David Tudor, les manipulations sonores de l’artiste allemand picotent les nerfs, sursautent à un niveau épileptique surhumain et secouent – en toute acidité, indeed, le cervelet. A ce stade de la chronique, vous vous dites que tout cela doit être monotone et intellectualisant au possible, et vous avez êtes passé à la review suivante, grave erreur, voici pourquoi. D’une immense variété stylistique, les sons produits par l’ordinateur analogique de Hecker (un vieux Comdyna, avis aux geeks) – couplés à un synthétiseur modulaire Buchla, favori d’Eliane Radigue ou Pauline Oliveros – ne doivent rien au hasard de l’informatique ou de l’abandon. Entre échos dépecés de video games eighties, bestioles martyrisées dans un circuit électrique ou bribes de dialogues machinisées, l’univers de l’homme d’Augsbourg est pleinement subjuguant, des six pièces déjà citées aux trois plages ASA, aux atmosphères spatiales entre évasion suraiguë et boucles tarkovskiennes. Waw.
Un disque : Hecker – Acid In The Style Of David Tudor (Editions Mego)
Acid In The Style Of David Tudor - Hecker
ASA 1 - Hecker
01:03
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18.03.2009
Astral Social Club, not your average electronic stuff
Projet technoïde de Neil Campbell, ancien de la maison foldingue Vibracathedral Orchestra, Astral Social Club vogue depuis 2006 bien au-delà de la vulgate boum boum 4/4 qui marque l’immense majorité de la production du genre. Nettement plus ancré dans une tornade hallucinée ayant emporté les graines démoniaques de Terrestrial Tones, son idée de répétition rappelle la jouissive conviction que les plus prenantes des atmosphères adorent se dissimuler derrière une myriade de sons mariés dans un désordre qui n’est qu’apparent.
Un disque : Astral Social Club – Octuplex (VHF Records)
13:27
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09.03.2009
Les Smooyoyo, oh oh
Tout est parti d’un fouillage de bacs en règle au festival Kraak, entre une misère Wavves à deux neurones jouée sur des accords plombés fin seventies (quelle désastre !) et le très hypnotisant duo australien Fabulous Diamonds (doivent être parfaits au bout de trois joints, ceux-là). D’un disque d’Anne Laplantine de 2004 inconnu en ces lieux, écouté et apprécié en cette matinée ensoleillée. Un détour par le MySpace de la dame ex-berlinoise plus tard, un coup de clique nous embarque du côté du – très – mystérieux Les Smooyoyo, sa chanson italo de bout de monde cramoisi et son labyrinthe noisetronica entre jardin d’enfants et expérimentations fififitrrrtrrr.
16:17
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27.02.2009
Black Dice au repo
Les premiers albums de Black Dice l’ont démontré, sans même parler de l’extraordinaire Dead Drunk de Terrestrial Tones, les folies soniques insensées ont toute leur place dans l’univers démantibulé des frangins Copeland. Cinquième – ou sixième, whatever – effort des cinglés yankees, Repo laisse toutes les portes ouvertes à leur démesure, à nous de nous engouffrer sans peur ni reproche, le 7 avril venu.
Un disque : Black Dice – Repo (Paw Tracks)
Nite Creme - Black Dice
Earnings Plus Interest - Black Dice
Chicken Shit - Black Dice
21:18
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20.02.2009
U.S. Girls fuck it up in style
Pédales de reverb' et distorsion ouvertes à fond les manettes, le noise rock des U.S. Girls dérouille les tympans et l’enclume à en devenir marteau. Au-delà d’un mur du son qu’on croirait sorti d’une meute de nanas en furie, c’est une seule personne – une certaine Megan Remy – qui est responsable de ce déluge infernal. Ce n’est toutefois qu’un seul aspect, terriblement marquant, de sa vision artistique, l’autre versant démontrant un minimalisme revêche en rappel de Heather Leigh Murray, ainsi qu’une vision bricolo arty de la pop qui n’est pas sans évoquer Gary War.
23:01
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19.02.2009
Loren Connors et Jim O'Rourke
Combinaison de deux monstres sacrés de la guitare moderne, électrique le cas présent, Two Nice Catholic Boys voit Jim O'Rourke et Loren Connors se donner la réplique, en un rapport de forces qui relève plus de la complicité intime que de la confrontation musclée. On se tait et on écoute, nom de jam.
Un disque : Loren Connors & Jim O’Rourke – Two Nice Catholic Boys (Family Vineyard)
22:08
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13.02.2009
zeitkratzer & Carsten Nicolai – electronics
Décidément incontournable ces derniers temps, Carsten Nicolai – aka alva noto – ne pouvait décemment manquer un travail commun avec son compatriote Reinhold Friedl. Déjà auteur en 2008 de l’incontournable Unitxt – album de l’année de votre serviteur – le patron de Raster-Noton pose une patte reconnaissable entre mille sur le second disque. A l’inverse des deux autres parties où le rôle de l’ensemble zeitkratzer est davantage prégnant, les musiciens gardent un profil bas sur les quatre tracks. Ainsi, il n’y a guère que le minimalisme pianistique sombre – deux seules notes – de Friedl pour accompagner les structures électroniques ravagées de Nicolai sur le magnifique Synchron Bitwave, alors que l’orchestre dépose carrément les armes sur 5 min, où il ne manque plus que la voix d’Anne-James Chaton. Enchaînés en un total de vingt-sept minutes, les conclusifs c1 et c2 montrent également que la collaboration de ces deux fortes personnalités tourne parfois à l’affrontement, le bourdonnement nicolaïen écrasant les restes de notes instrumentales, hormis en les minutes finales où quelques notes de piano et des percussions étouffées nous font regretter la monotonie des instants précédents.
Un disque : zeitkratzer & Carsten Nicolai – electronics (zeitkratzer)
20:24
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07.02.2009
zeitkratzer & Keiji Haino – electronics
Personnage mythique de la scène free noise rock (en gros), le Japonais Keiji Haino n’est plus à présenter quand il s’agit de dépasser les cadres étriqués des bonnes conventions sonores. Présent aux percussions (sur l’étonnant Drum Duo), à la guitare, à l’électronique et surtout au chant (et lequel !), l’ami du génial Kan Mikami intègre mer-veil-leu-se-ment sa voix unique de ténor fou à l’orchestration, notamment sur le premier Aria, où ses variations vocales déclinent à l’infini un sens de la dramaturgie abstraite comme elle est viscérale. Davantage bruitiste, le second Aria voit zeitkratzer (ils insistent sur le z minuscule) jongler avec l’héritage des Einstürzende Neubauten, confronté une radicalité stockhausienne dont on ne ressort que difficilement vivant. Morceau de bravoure du disque, les vingt-cinq minutes de la Sinfonia confirment la folie furieuse – faudrait-il écrire psychiatrique ? – qui s’est emparée en ce soir autrichien d’avril 2006 et on aurait sacrifié nos intégrales Kevin Drumm et Merzbow pour pouvoir en être. Time machine, anyone ?
A suivre
Un disque : zeitkratzer & Keiji Haino – electronics (zeitkratzer)
15:12
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01.02.2009
zeitkratzer égratigne le temps
Ensemble de musique contemporaine – dans son versant le plus dépoussiéré et moderne – fondé voici une dizaine d’années par le pianiste berlinois Reinhold Friedl, zeitkratzer (égratignure du temps en allemand) confronte depuis ses débuts l’avant-garde instrumentale (John Cage, Stockhausen, La Monte Young…) et la musique électronique. Parution majeure, le coffret Electronics – trois disques également disponibles séparément – confirme le statut unique de la formation germanique dans le petit monde des musiques nouvelles et/ou improvisées. Sans compter qu’il inaugure le propre label de l’ensemble, à la dénomination forcément éponyme.
Familiers d’un répertoire qui les voit voltiger entre grands noms de la musique savante du vingtième siècle – mais en dehors de tout académisme – et musiciens ‘populaires’ (dont Lou Reed et son Metal Machine Music, repris avec l’approbation explicite de l’ex-Velvet Underground), la dizaine de membres de l’orchestre met un malin plaisir à brouiller les pistes. Tantôt l’élitisme gronde le populaire, tantôt le rock et l’electronica technoïde dévergondent les musiques atonales, jamais la recherche esthétique ne se subordonne pas à l’expérimentation inaboutie.
Enregistrées dans leur majorité dans divers festivals et lieux de concerts européens (Le Lieu Unique à Nantes, le Digressions Festival de Barcelone, le Donaufestival de Krems, Autriche) ainsi que dans leur tanière berlinoise de la Volksbühne, les trois collaborations réunies en ce projet ont pour fil rouge – c’est bien le seul – une absolue indépendance de vue, en dehors de toutes conventions ou de tout formalisme formolisés. Il faut dire qu’on ne réunit pas impunément des esprits aussi libres que Carsten Nicolai, Keiji Haino et Terre Thaemlitz sans prendre quelques risques de clash artistique, il y en a et nous y reviendrons, dans un jeu brûlant qui vaut toutes les chandelles transversales.
A suivre...
Un coffret : zeitkratzer – Electronics (zeitkratzer)
22:25
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