28/05/2010

Justin Nozuka – You I Wind Land And Sea

justin-nozuka-you-i-wind-land-and-sea-Sortez la collection de mouchoirs tâchés par les premières règles de la cousine qui s’extasie devant AQME et Christophe Maé, l’ignoble Justin Nozuka est de retour. Déjà qu’en 2007, on avait été obligé de coltiner l’insupportable Holly – et c’était tout sauf jojo, à moins de considérer Maroon 5 comme des métalleux stoner apocalyptiques. Trois années de turpitude plus tard, le même désastre est au rendez-vous. Chansons pop folk mielleuses à rendre punk Amandine Bourgeois, mélodies rock – on ne pouffe pas, ou plutôt si – qui ferait passer Bryan Adams pour un membre des Queens Of The Stone Age, on tient trop au prix du papier pour y consacrer plus de quelques lignes. Au bac !

 

Un disque : Justin Nozuka You I Wind Land And Sea (PIAS)

26/05/2010

Toog – Goto

toog-gotoSource d’inspiration des artistes, le trafic automobile n’a cessé d’inspirer les artistes, de Charles Trénet à sa Nationale 7 (et les reprises fendardes des Honeymoon Killers et Stereo Total) à Philip Glass (certaines séquences de Koyaanisqatsi). Dans un genre plus grinçant, Gilles Weinzaepflen, alias Toog, aborde le thème avec une distance électro-pop dada – think Felix Kubin vs Matmos – totalement bienvenue. Mêlant des field recordings (klaxons) à des musiques qu’on aurait très bien entendues sur Gagarin Records, Toog pose les bonnes questions (Où Va La Vie ?’, L’Esprit de l’Inventeur) tout en se gardant bien d’un tirer un discours pseudo-philosophique abscons (pour ça, regarder BHL trente secondes sur YouTube suffit). Derrière son dilettantisme en trompe-l’œil, le savoir-faire du bonhomme est immense. Parvenant à traiter de sujets sérieux avec la légèreté onirique d’un François de Roubaix, Weinzaepflen insuffle une énorme part d’humanité dans la multitude de ses influences. Citant Jean-Jacques Perrey tout comme il décorne Katerine (les drolatiques Ebréché et La Chambre Noire), l’homme de Mulhouse nous amène – sans coup férir – à la question : et si on tenait un nouveau Bertrand Burgalat ?

 

Un disque : Toog Goto (Karaoke Kalk)

28/04/2010

The Album Leaf – A Chorus Of Storytellers

The Album Leaf – A Chorus Of StorytellersToujours autant éprises du A Safe Place de 2004, les pages de ce blog guettent à chaque instant les news en provenance de San Diego, California, patrie de The Album Leaf . Nous ne sommes pas les seuls. Familière aux oreilles des fans d’une Islande électronica aux vaporeux contours (Sigur Ros, múm), la musique de Jimmy LaValle étire toujours, six années plus tard, le spleen paradoxalement réconfortant de ses ritournelles. Au départ de variations post rock qui évoquent les sensations accalmées des Gregor Samsa sur leur fantastique Rest, le Californien peine toutefois à capter l’essentiel. Braqué sur l’accessoire – une recherche désespérée d’une joliesse sonore en recherche de consistance, le disque vogue le long de ses onze titres sur une mer aux trop rares ondulations (en dépit de la très jolie tenue mélodique pop de Falling From The Sun¸chanté avec une élégante retenue). Telle une traversée ordinaire de flots huileux sans trop d’âme, le fil nautique entre le Golden State et Reykjavik manque de tension pour que ses funambules ne s’y tiennent droit. Trop rares exceptions, le splendide et très à-propos nommé Within Dreams emmène les plus essentiels Nico Muhly et Peter Broderick sur un lit de cordes subtilement dosées et c’est à regret que nous abandonnons le navire à la vue des premiers icebergs.

 

Un disque : The Album Leaf A Chorus Of Storytellers (Sub Pop)

08/03/2010

Micragirls – Wild Girl Walk

micragirls-wildgirlwalkQuiconque veinard ayant assisté à un concert des 22 Pistepirkko le confirmera, l’humour caustique des Finlandais se marie extraordinairement bien à leur vision du rock, plongé dans un bain acidulé qui lui donne toute sa personnalité gaillarde. Produit par le bassiste du groupe Asko Keränen, le second opus du trio féminin Micragirls imprime, lui aussi, sa marque au deuxième degré. Bourré de références addictives, de la girlie pop sixties au punk, le tout raconté sur un mode qui relie The Organ aux Breeders sur un fond de Throwing Muses, Wild Girl Walk est à prendre à pleines mâchoires. Excellemment jubilatoires tout en demeurant parfaitement dispensables (faute à des références tellement rabâchées qu’on n’y prête plus toujours attention), leurs douze bombinettes renverront les coincés du slip au ras des jupettes mi-cloutées mi-Hello Kitty, histoire qu’ils se dévergondent une bonne fois pour toutes. Ou pas.

 

Un disque : Micragirls Wild Girl Walk (Bone Voyage)

07/03/2010

Him –ん

him-hmmmmmUne très goûteuse collision les rythmiques chaudes de l’afro beat et du tropicalia, formant un hybride véloce qui joue à saute-moutons avec les Brésiliens de Hurtmold, ainsi que les Japonais Piana et Shugo Tokumaru, à lire sur le Grisli.

 

Un disque : Him – (Hip Hip Hip)

Hindi Zahra – Handmade

hindi-zahra-handmadeBerbère du Maroc débarquée en 1993 à Paris à l’âge de 14 ans, Hindi Zahra est plutôt du genre self-made-woman, tendance affranchie des contrariétés variétoches. Signée sur la branche française du prestigieux label Blue Note, la demoiselle a composé – et réussi, disons-le d’emblée – son premier opus tout seule comme une grande. Mélangeant allègrement les genres (soul, funk et folk) et les langues  (anglais et berbère), Hindi est manifestement née sous une bonne étoile.

Charmantes et bien plus, ses onze chansons invitent le soleil de la vie, tout en évitant le spectre glauque de la nunucherie faussement adolescente (The Do, Cocoon, anyone ?). Œuvre d’une jeune femme – très – douée, on songe parfois à Keren Ann dans ses meilleurs moments, Handmade dépasse allègrement le stade d’une innocence trompeuse à la première écoute. A d’autres instants, magiques, c’est même l’ombre tutélaire de l’immense Billie Holliday (et pour rester dans le récent, de Madeleine Peyroux) qui plane sur des chansons dont la profondeur réelle n’entrave ni le plaisir mélodique ni la richesse harmonique. Bon, il sort quand, le deuxième ?

 

Un disque : Hindi Zahra – Handmade (Blue Note)

04/03/2010

Quitzow – Juice Water / Setting Sun – Fantasurreal

Quitzow–JuiceWaterMettons les pieds dans le plat tout de suite, depuis 2008 et leurs doublettes Art College / Children Of The Wild, notre degré de vénération pour Erica Quitzow et Setting Sun atteint des sommets sur l’échelle pop. Qu’elle joue sous son propre nom de famille ou qu’elle rejoigne son comparse Gary Levitt au sein du groupe au soleil couchant, l’artiste new-yorkaise conjugue à tous les modes du présent l’enthousiasme arty et la classe entraînante.

Vraiment formidable, Juice Water nous embarque dans un bateau électro pop à l’équipage sous haute addiction. Dans ses imparables mélodies à fredonner de bon matin, des CSS lo fi font de l’œil à Robyn, des pop songs romantiques invitent les ados attardés à se kisser les papouilles en souvenir des Ting Tings, et les Bondo de Role accompagnées de toute la clique donnent le sourire pour des semaines. Le plus fort ? Cette verve mélodique constante sur dix titres qu’on ne voit pas passer.

 

SettingSun–FantasurrealEnsoleillé, forcément, mais toujours voilé de cette fine pellicule mélancolique qui lui donne tout son cachet, la nouvelle mouture de Setting Sun s’inscrit, elle aussi, dans le cadre de l’excellence pop. Davantage inscrite dans une filiation mélodique qui renverrait plus à la brit pop (genre Belle & Sebastian) qu’à la sunshine pop, la vision de Gary Levitt & co donne des envies irrésistibles de fonder son propre groupe, tant leur manière de composer et de jouer sonne naturelle. Ne nous trompons point, derrière cette apparente simplicité se cache un sens aigu du songwriting qui n’attend plus que votre platine et/ou iPod.

 

Deux disques : Quitzow – Juice Water

Setting Sun – Fantasurreal (Young Love Records)

19/02/2010

Undine – Exo

Undine-ExoC’est à un cas d’école de disque sympatoche – et dispensable – que nous convoque le trio flamand Undine. Les bonnes intentions ne manquent pas, pourtant. Des arrangements acoustiques d’une belle délicatesse, qui souligne un amour des belles choses romantiques – ou une volonté manifeste d’un rappel moderniste des avantages certains de l’acoustique. Mais bon dieu, que tout cela est maniéré et manque de spontanéité. Même en tentant d’oublier, l’espace d’un instant, les sirènes diaphanes des géniales Midaircondo ou l’acidité magique d’Espers, impossible d’y entendre qu’une suite trop propre sur elle de chansons nu folk trop bien jouées (et surproduites) pour captiver au-delà du lectorat de Humo.

 

Un disque : Undine – Exo (Undine Music)

17/02/2010

Aufgang – s/t

aufgang2Chaque jour davantage lisible, l’échange entre  les musiques classiques et électroniques ne cesse de gagner du terrain. En songeant à de récentes épopées discographiques (ReComposed de Carl Craig & Moritz von Oswald, The Versailles Sessions de Murcof), la très grande réussite est au rendez-vous, quitte à laisser les ayatollahs de chaque bord à l’orée du bois. Issus, eux aussi, du milieu classique (ils ont étudié le piano à la très prestigieuse Julliard School), Rami Khalifé et Francesco Tristano ont fait leurs armes, c’était au Sonar Festival 2005, aux côtés de l’immense Jeff Mills. Rejoints par le batteur Aymeric Westrich (Cassius), ils avaient repris le fantastique track The Bells du producteur américain, point d’ancrage d’un projet qu’ils dénommeraient Aufgang.

Traversé d’un esprit libre, le disque décline la virtuosité contemporaine de ses notes de piano au gré des fantaisies électroniques. Traversée d’un esprit jazz prégnant sur certains titres (Channel 7, Good Generation) et davantage moderniste sur d’autres (Channel 8), l’entreprise joue à saute-moutons au-delà des siècles. Picorant son inspiration chez Bach – rappel évident de la fréquentation de haut vol de Tristano pour l’œuvre du monstre sacré Johann Sebastian (Barock) – comme chez… Sébastien Tellier (Sonar), le trio peut également s’inscrire dans une exquise langueur (Prélude Du Passé). Seul hic par instants, les ajouts électroniques dénaturent plus qu’ils n’enrichissent des morceaux joués de divine manière.

 

Un disque : Aufgang – s/t (InFiné)

Aufgang from discograph on Vimeo.

09/02/2010

Mai Lev – Birthday

mailev-birthdayL’histoire de Mai Lev débute dès ses quatorze ans, quelque part en terre de Galilée. A la tête d’un combo punk, elle parcourt les clubs de son Israël natal, en une épopée de jeunesse qui la guidera, crête bleutée rangée au placard des souvenirs, sur les traces de… Van Dyke Parks (et oui, monsieur, ils comptent jouer ensemble en 2010). Entretemps, la redécouverte de ses premières amours classiques et pop est passée par-là. Où ça? Du côté de Björk ou de Joanna Newsom – tendance Ys – pardi.

C’est qu’entre les comptines folk affûtées seule à la guitare (il en reste de séduisantes traces, notamment sur Give), la demoiselle a fait son chemin, il l’a menée vers un orchestre aux 25 musiciens. De leurs classieux arrangements, ils ont taillé un écrin soyeux, voire esthétisant, qui sied à merveille au timbre de soprano léger de Mai Lev. En dépit d’une ou deux touches exagérément smooth, voire d’une préciosité insuffisamment vagabonde, les chansons de la compatriote de Malka Spigel tiennent la route mélodique de belle façon. Parmi nos préférées, on citera les très touchantes To Me et Better (et son solo de violoncelle à fondre de bonheur), sans même parler du très guilleret Girlie Blue, ironique à souhait.

 

Un disque : Mai Lev – Birthday (Off / Still)