23/12/2009

Cobra Killer – Uppers & Downers

CobraKiller_UppersDownersVéritables icones de la déjante glamour made in Berlin, Gina V D’Orio et Annika Line Trost  réussissent encore à impressionner sur leur cinquième – et oui, déjà – effort. D’une toute autre veine que leur toujours surprenant, des années plus tard, disque de reprises avec un orchestre de… mandolines, Uppers & Downers compte les invités prestigieux (Thurston Moore, Jon Spencer, J Mascis), tout comme il cumule les titres aussi énergiques qu’ils sont fendards.

Sans complexes et tournoyants d’allégresse, les rythmiques électro-pop des duettistes allemandes s’emballent dans un non-sense tout à tour bordélique, arrangé et secouant. D’un total laisser-aller qui ne peut être le produit que d’intenses séances de brainstorming (genre on en met un peu plus ou un peu moins ?), les chansons des Cobra Killer donnent cette impression, faussement candide, de facilité je m’en foutiste. Au-delà de l’illusion post-Peaches vs Chicks On Speed, les riches harmonies d’un Vitamine très… fruité et revitalisant offrent un contrepoint bienvenu aux décharges punkoïdes d’un Hang Up The Pin Up totalement énervé, à l’image d’un opus aux soubresauts lubriques et dévoyés.

 

Un disque : Cobra Killer Uppers & Downers (Monika Enterprise)

21/12/2009

Broadcast & The Focus Group – Investigate Witch Cults Of The Radio Ages

broadcast_focus_group_investigate_witch_cults_largeProjet totalement vénéré par votre serviteur depuis ses débuts vers le milieu des nineties, Broadcast élargit le spectre de ses intentions sur ce mini-album. Aujourd’hui résidant de Hungerford, à mi-chemin entre Bristol et Londres, le duo Trish KeenanJames Cargill collabore pour la première fois avec The Focus Group aka Julian House, le fondateur du label Ghost Box.

Composé de vingt-trois titres pour cinquante minutes de musique, Investigate… s’inscrit pleinement dans la démarche très anglaise de Broadcast, tout en élargissant les horizons entre Vieux et Nouveau Monde. Traçant un lien aussi étonnant que subtil entre le Pink Floyd de Pipers At The Gates Of Dawn et le White Noise de Delia Derbyshire, les titres chantés – ils ne le sont pas tous – sont d’une beauté onirique absolument irréelle, à commencer par un The Be Colony d’anthologie. Parfois, l’évocation de la campagne anglaise trace son chemin au sein d’un pastoralisme électronique bluffant (I See, So I See So) tandis qu’en d’autres instants surprenants, l’ombre de la musique de… Henry Purcell rencontre la musique concrète de Pierre Schaeffer (qui n’était pourtant pas anglais), quand ce n’est un souvenir de jazz bebop affrontant une electronica micro-tonale. Très varié, parfois un peu incohérent tant les idées se bousculent, le treillis élaboré par les trois artistes inspire une luxuriance humaine où la notion de rétro-futurisme prend encore davantage de sens.

 

Un disque : Broadcast & The Focus Group Investigate Witch Cults Of The Radio Ages (Warp)

07/12/2009

Falseparklocation – Tropic FM

Falseparklocation – Tropic FMDuo musical à la scène et conjugal à la ville – et heureux parents depuis quelques mois – Christian Bouyjou et Nadia Lichtif alias Falseparklocation forment un ensemble electro-pop aux influences eighties clairement identifiées, tout en développant un langage propre et mélancolique. Ecrites lors d’un voyage en Thaïlande et en Inde, les quatorze chansons de leur premier album se glissent sans coup férir dans les tympans, qui n’ont jamais autant adoré se faire phagocyter.

A la fois légères et tristounettes, les mélodies pop de la paire française évoque irrésistiblement un autre duo hexagonal (Hypo & EDH), que nous n’avons plus quitté depuis leur passionnant The Correct Use Of Pets. Ailleurs, les populistes Vive La Fête se voient balancer une formidable leçon de modestie classieuse revue par Taxi Girl (un peu) et Anne Laplantine (beaucoup).  En tous points ambivalente, au mitan des rires et du spleen, la vision développée par Falseparklocation enflamme un retour vers le beau délicatement profond et subtilement charnel. Chiche qu’on en reparle dans quelques mois ?

 

Un disque : FalseparklocationTropic FM (Dokidoki Editions)

04/12/2009

Zak Laughed – The Last Memories Of My Old House

zak-laughed-the-last-memories-of-my-old-houseVrai phénomène médiatique de la scène indie made in France, Zak Laughed (traduction phonétique du prénom de son auteur Zacharie Boissau) risque d’être desservi par ce déluge de louanges parisiennes manipulatrices. Non que ses chansons ne vaillent pas un clou, elles sont même charmantes, d’une non-prétention digne des très aimables, lisez insignifiants The Dø ou Cocoon. Mais du haut de ses quinze ans (à sa voix, on lui en donne onze), le jeune Clermontois mérite-t-il tant d’attention, nonobstant son très jeune âge ? Oui, pour la qualité de certaines mélodies, joliment troussées bien que simplissimes et, non, mille fois non pour tout le reste. Les arrangements, surtout, sont particulièrement clichés, un fameux comble pour un gamin censé être hyper-créatif. Entre une pedal steel sortie d’un cauchemar de Will Oldham pour tout gage de non-crédibilité et accords de guitare scolaires, tout est fait pour nous dégoûter avant la date de péremption. Quant au chant préadolescent qui a définitivement oublié de muer, on l’imagine bien plus sorti de la gorge d’un petit chanteur à la croix de bois que d’un futur membre des Herman Dune. Zak Laughed, la blague de l’année ?

 

Un disque : Zak LaughedThe Last Memories Of My Old House (Wagram)

03/12/2009

Turzi – B

Turzi-BVrai petit génie – tant pis si le terme est bien trop galvaudé – de la musique made in France, Romain Turzi avait surpris tout son monde en 2007. Exciteur de particules krautrock relues à l’aune d’un temps post-Virgin SuicidesJoakim a son mot à dire, il avait dépoté la première lettre de l’alphabet pour un opus originel au psychédélisme toujours aussi (im)pertinent. Toujours signé sur Record Makers, le label des ses concitoyens versaillais Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, le musicien du 78 était bigrement attendu au tournant. Et en avant pour la seconde lettre, initiale de dix villes des quatre coins du monde.

Démarrant les hostilités sur un hymne glam pop qui frise un mauvais goût assumé, genre Bertrand Burgalat s’en prend à Tangerine Dream, Turzi met une grosse sourdine à son décorum krautrock. Il lui préfère, le choix est douteux, des références électroniques planantes dont la subtilité nous échappe, trente ans après les spectacles mégalomanes d’un certain Jean-Michel Jarre (ça crève les tympans sur Buenos Aires et Brasilia). En d’autres lieux, des guitares bourrées d’effet affrontent une orchestration pompeuse (Bombay) alors qu’un exotisme moyen-oriental de pacotille est censé nous emmener sur les traces de Bethlehem. Respectant le principe de la lettre B jusqu’à l’extrême, Turzi invite également deux vocalistes, ils ne sont pas les premiers venus. Sur "Baltimore", c’est ainsi Bobby Gillespie – M. Primal Scream – qui prend le micro pour un titre qui sonne justement comme du… Primal Scream. Quant à l’intervention de la kéké Brigitte Fontaine sur Bamako, elle clôt le disque de belle façon et nous fait regretter les multiples dérapages trop contrôlés qui la précèdent.

 

Un disque : TurziB (Record Makers)

Buenos Aires - Turzi

Bamako - Turzi

02/12/2009

Pierre Lapointe – Sentiments Humains

pierrelapointe-sentimentshumainsChanteur très apprécié en son Québec natal, Pierre Lapointe n’émarge heureusement pas au registre des hurleurs bêlants, ni à la confrérie des diseurs de bonne aventure adolescente de la Belle Province. Cela ne lui donne toutefois pas toutes les qualités du monde. Très, trop spectaculaires, des titres comme Le Magnétisme Des Amants évoquent même une variété symphonique glam rock d’un goût douteux, comme si les infects Muse se rêvaient en William Sheller. A l’inverse d’un Pierre Bondu, qui explore l’orchestre comme on s’imprègne d’un recueil de poésies en miniatures, le musicien québécois manque de recul et balance le clinquant de ses compositions, qui évoquent même l’affreux jojo Michel Sardou accompagné par un ensemble symphonique. Regrettable, le procédé ampoule des chansons pourtant bonnes, voire excellentes (Tu Es A Moi) qui auraient gagné à plus de concision orchestrale et d’authenticité parolière.

 

Un disque : Pierre LapointeSentiments Humains (Les Disques Audiogram)


Les sentiments humains - Pierre Lapointe

Au bar des suicidés - Pierre Lapointe

29/11/2009

Séverin – Cheesecake

severin-cheesecakeVéritable spécialité frenchie, faire chanter des filles, sexy et troublantes de préférence, ne date pas d’hier. Récemment, les pénibles compilations Nouvelle Vague nous ont valu des relectures parisianistes de classiques eighties dont sont surgies la surestimée Camille et l’inconsistante Mélanie Pain. En remontant davantage le temps, le nombre d’égéries mises en avant par le grand Gainsbourg himself frise la partouze (remarquez, on aurait bien voulu en être).

Jeune auteur-compositeur parisien que le dossier de presse nous présente ‘chef d’orchestre dans un petit costume rouge’ – comme quoi on se fait remarquer comme on peut  Séverin invite quatorze créatures féminines, les unes plus connues (Constance Verluca, Marina des Bondo de Role) que d’autres. D’une tenue pop globalement médiocre, au sens étymologique du terme, le disque varie entre mièvreries neuneuïsantes (Big Mouth pour Marie Flore), voire post-Coldplay (arrrrgh, ça s’appelle Tears Of The Morning pour Martina Björn) et gros clichés sixties pour lecteurs de Télérama (Les Lignes De La Main pour La Fiancée, Johnny pour mamzelle Verluca). On passe son chemin sans s’attarder.

 

Un disque : Séverin – Cheesecake (Cinq7 / Wagram)

24/11/2009

Shannon Wright – Honeybee Girls

shannonwright-honeybeegirlsJour après jour, siècle après siècle, elle nous hante, elle nous possède, elle ne nous lâche plus. Elle, la musique de Shannon Wright, est une odyssée vers une éternité rock, le vrai, celui hérité des héroïnes intemporelles que fut, qu’est Patti Smith. De sa carrière sans le moindre faux pas, à la – très – relative exception d’une collaboration bancale avec Yann Tiersen, la demoiselle d’Atlanta retire la substantielle moelle de son art sur ce nouvel Honeybee Girls. De la carrure énervée et psychanalytique du fantastique opus ‘Over The Sun’, elle fait rugir une basse et une guitare furieuses sans jamais être exhibitionnistes (Embers in Your Eyes, Trumpets On New Year’s Eve), du précédent et formidablement touchant Let In The Light, sans oublier les délices tourmentés du fondamental Dyed In The Wool, elle conserve une sérénité retrouvée. Oh, la souffrance n’est jamais bien loin, elle est toutefois d’une telle évidence que  sa troublante présence, entre larmes et frissons, donne une dimension supplémentaire à des chansons, d’une époustouflante maîtrise émotionnelle (tout le reste de l’album !). Et surtout, faudrait-il écrire plus que jamais, la qualité des compositions de Shannon Wright atteint un degré de perfection entre rage et lumière qui conforte son immanquable emplacement au panthéon éternel de nos envies musicales. On ne t’aime plus Shannon, on t’adore. For ever.

 

Un disque : Shannon Wright – Honeybee Girls (Vicious Circle)


embers in your eyes - Shannon Wright

Sympathy On Challen Avenue - Shannon Wright

23/11/2009

Le Loup – Family

LeLoup-FamilyLame de fond de ces dernières années, il suffit de voir les foules se bousculant aux concerts, la pop psychédélique aux belles harmonies vocales fait partie intégrante du paysage indie (presque) mainstream. Entre les expérimentations toujours audacieuses (les givrés Animal Collective), recyclage intempestif faussement osés (la relative déception Fuck Buttons sur leur second opus) ou vision arty folk des Beach Boys (Grizzly Bear, Fleet Foxes), la fratrie des babas s’agrandit chaque jour, très perceptiblement.

Second opus des Américains de Le Loup, Family promettait beaucoup, notamment à tous ceux, nombreux, qui s’étaient entichés des chœurs mirifiques du premier effort éponyme des Fleet Foxes ou de la bande à Avey Tare & co sur leur ultime livrée Merriweather Post Pavilion. Qui savent désormais qu’ils doivent compter sur la concurrence Sam Simkoff et ses musicos libérés. Car nos attentes sont pleinement satisfaites. Bien que très référencés, les morceaux du Loup tournoient et virevoltent, magnifiés d’oripeaux harmoniques pêchés dans l’étang où se nourrissent ici un Panda Bear, là un DeVotchKa (Grow). Très dynamiques, les compositions de Simkoff trouvent aussi un écho en l’americana des grands espaces, échos d’un banjo lumineux en sus (Morning Song), tout en n’oubliant le travail de synthèse, admirable, de toutes les références déjà citées. Un des disques de l’année pop ? Indeed.

 

Un disque : Le Loup – Family (Talitres)


Beach Town - Le Loup

Grow - Le Loup

22:19 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : folk, pop, critique, psyche, le loup, talitres |  Facebook |

12/11/2009

Cate Le Bon – Me Oh My

cate-le-bon-me-oh-myRemarquée en featuring du tubesque I Lust U du duo électro pop Neon Neon (soit Boom Bip et Gruff 'Super Furry Animals' Rhys), la Galloise Cate Le Bon aborde un toute autre genre sur ce second effort, intimiste sur l'os et mélancolique dans son brasier couvant.

Les premières secondes, un jeu de guitare rappelant Joanne Robertson, donnent le ton, il est tout sauf lénifiant. Ponctué d'étranges sonorités d'un clavier déglingué et blafard, le morceau-titre nous fait toutefois chanceler, entre fascination dark et perplexité ralentie. Alors, de l’art ou du cochon ? La suite, d’une féerie qui frise la préciosité (Sad Sad Feet), est révélatrice d'un penchant trop évident pour les amours entre Nico et le Velvet Underground un certain Sunday Morning. Tout en ne jouant pas la carte du m’as-tu-entendue, la demoiselle de Cardiff nous conte ainsi ses histoires d'amour, que l'on devine désenchantées et nostalgiques, et on se croit parti pour un disque insignifiant de plus. Sauf que… Plus rock en apparence (Hollow Trees House Hounds), d'autres instants dévoilent les instincts de troubador folk de la donzelle, très charmante par ailleurs. Et quand la simplicité naturelle d'un violon celtique orne son très joli timbre de soprano des champs, ou quand un bête Casio souligne en douceur minimale une ligne vocale tout simplement superbe (Terror of The Man), on en vient même à regretter que Me Oh My ne dure que trente-cinq minutes. Chiche qu’on y revient dans quelques mois.

 

Un disque : Cate Le Bon Me Oh My (Irony Bored)