10/09/2009

Fedaden – Broader

fedaden-broaderLa classe, toujours, la sensualité, souvent, tel était le credo développé par Fedaden en 2007 sur son troisième opus Palabras,  et ses multiples circonvolutions electronica entre Boards of Canada et Benge. Jamais bavard (en dépit de son titre) et d’une musicalité tonale hors de tout soupçon démagogique, l’univers de Denis Fédabeille réclamait une suite, à corps digitalisés et à cris nappés.

La nouvelle édition du musicien français l’annonce dès son titre, elle élargit le propos. Davantage de beats, échappés de Four Tet (par exemple), et même une pop song en compagnie d’un vocaliste, pas n’importe lequel. Répondant depuis plus de quinze années au nom de Dominique A, ce dernier vient poser son timbre unique et son phrasé particulier sur Danseur Inutile, il démontre la toute grande forme du Nantais de Bruxelles en cette année où il chante magistralement La Musique. Entièrement instrumentaux, les douze autres titres font tout particulièrement bonne figure, entre mélodies épurées sur fond de rythmes warpiens (le morceau-titre) et délectations vénéneuses pour dancefloor malade (Musicbox, Key).

 

Un disque : Fedaden Broader (Nacopajaz)


Danseur inutile (feat. Dominique A) - FEDADEN

Key - FEDADEN

08/09/2009

paTTon – Hellénique Chevaleresque Récital

paTTon – Hellénique Chevaleresque RécitalDeux frères, formés à la Brussels Jazz School, composent le duo paTTon, qui n’a rien de jazz (encore que le jeu de batterie…), tout en cultivant un phrasé spoken word plongé dans l’art du blues et de la folk. Cette fratrie – Sam (voix, batterie, électronique) et Max Bodson (voix, guitare, piano, basse, électronique) – n’a peur de rien, si ce n’est de la retape de sentiers battus et rien qu’en cela, elle se démarque de toute cette ribambelle d’imitateurs mal dégrossis qui peuplent l’essentiel de la scène franco-belge chantant en anglais.

Les premières secondes du morceau-titre laissent toutefois perplexes. Heureusement, cette vingtaine de secondes où les deux frangins de Bastogne échangent les page 1 et page 2 à qui pire pire n’augurent en rien de la suite, ombragée bien que pop.

Transpercé des grands espaces de l’americana, tout en contrastant avec les sombres forêts de leurs Ardennes natales, les mélodies escarpées de paTTon alternent le chanté et le parlé, rugueux tel du Rodolphe Burger folkoïsant. Par moments (Neighbours), c’est même fichtrement séduisant quand des arrangements tout simples (une guitare aux espagnolades raffinées, une batterie aux rythmes irréguliers et d’une sécheresse désarmante, un chouia d’électronique). Guère timide, sans être démonstrative genre ‘regarde comme je sais te pondre un hit’, la musique du duo belge s’égare une ou deux fois en des terres expérimentales qui ne sont pas leurs (Schnee (edit)), ce ne sont que scories mineurs face à des dialogues complices où le français en jette à l’anglais. Tels des Kat Onoma de la folk music ?

 

Un disque : paTTonHellénique Chevaleresque Récital (Matamore/Prohibited Records)


Hellénique Chevaleresque Récital - paTTon

Ramasser - paTTon

27/08/2009

God Help The Girl – s/t

godhelpthegirlL’artwork de God Help The Girl menait déjà sur la piste de Glasgow. Un joli minois, l’air pensif et mélancolique, perdue dans un temps où Lee Hazlewood faisait swinguer Nancy Sinatra, l’indice était manifeste. La plaque à peine posée sur la platine, le doute n’était plus permis, Stuart Murdoch l’insatiable avait de nouveau frappé.

Privé, depuis plusieurs années déjà de sa partenaire Isobel Campbell, partie trouver refuge viril dans les bras de Mark Lanegan, l’âme des Belle & Sebastian avait trouvé le temps d’une échappatoire, elle prenait la forme d’une (presque) comédie musicale, dont le tournage est prévu courant 2010.

Et quitte à visiter les années soixante à grandes rasades d’eau de rose, Murdoch endosse l’habit du producteur, classieux et magnétique. A grands coups de violons, il prend à témoins Phil Spector et Burt Bacharach, qui auraient trop heureux d’orner l’écrin de la splendide chanson-titre, écrite de main de maître. Et autour d’une équipe de noms connus (Neil Hannon, Mick Cooke trompettiste des B&S et arrangeur) et inconnus (Catherine Ireton, révélation au chant sur la majorité des titres, l’agaçante Brittany Stallings en Joss Stone de pacotille sur Funny Little Frog), il nous fait passer un délicieux moment de lévitation romantique qui demande confirmation dans les salles obscures.

 

Un disque : God Help The Girl – s/t (Rough Trade)


God Help the Girl - God Help the Girl

Perfection as a Hipster - God Help the Girl

25/08/2009

Delicate Noise – Filmezza

DelicateNoise-FilmezzaL’évidence s’impose, les grands maîtres électroniques d’un passé plus (Kraftwerk) ou moins (Boards of Canada) récent continuent de marquer de leur empreinte les projets contemporains. Voici à peine quelques mois, la très excitante vision synth krautrock des islandais Evil Madness nous faisait tripper d’angoisse en multicolor zygomatique, pour une visite en profondeur de l’esprit faussement sérieux de Ralf Hütter & co. Le milieu de l’année franchi, le Delicate Noise du producteur chicagolais Mark Andrushko empreinte les sentiers stellaires des Ecossais auteurs de Music Has The Right To Children, avec faconde et amplitude.

Profondément mélodique et céleste, la vision du musicien américain débouche sur des airs où un mini-opéra cosmique jubilerait au son d’un good trip émotif. Basée sur des nappes où le velours de Butterfly Envy aspire à la sérénité acidulée de OOOOO1, sa musique humecte sans prévenir des beats évadés de l’ultime opus des BofC (le splendide Trans Canada Highway), tout en incorporant – c’est l’une de ses originalités – des field recordings vocaux aux estivales évocation.

Très linéaire et accessible, l’ensemble dégage une zen attitude à mille lieux des infâmes clichés du Buddha Bar. Derrière son apparente légèreté, le travail sonore d’Andrushko est tout bonnement remarquable, entre synthèse électronique et chaleur mélodique, voire échos de pop music façon Pierre Henry (tout de même). L’un dans l’autre, malgré l’inutile tranche en sous-Venetian Snares We Like Mercury, la très grande beauté sonore de ce disque impressionne et subjugue.

 

Un disque : Delicate Noise – Filmezza (Lens Records)


Butterfly Envy - Delicate Noise

Polaroid Picture Taking - Delicate Noise

24/08/2009

Sébastien Schuller – Evenfall

sebastienschuller_evenfallEn 2005, époque de la sortie de son premier opus, le toujours aussi beau Happiness, Sébastien Schuller nous faisait part de sa curiosité pour le personnage fantasmagorique de Mark Hollis. Au-delà de la curiosité pour le mythique personnage caché derrière ses lunettes noires, le temps a prouvé l’originalité profonde de la démarche du chanteur parisien, largement au-delà des cimes d’où l’on se moque de l’infernal arsenal des copieurs de Radiohead (au mieux) ou de Coldplay (fut-il de Courtrai, M. Ozark Henry).

Tout aussi abouti que son prédécesseur, Evenfall’ débute par une ballade triste au piano, belle comme un Maximilian Hecker qui aurait oublié les minauderies. Toujours mélancolique, Schuller oublie l’affèterie et enlumine l’héritage des géniaux Weeping Willow et Tears Coming Home, ces sublimes élégies qui ont hanté nos jours quatre années durant. Magnifiquement accompagné par une clique au pinacle de la scène française (l’incontournable Jean-Michel Pires aux fûts, Richard Cousin à la basse), le Montmartrois étale – sans démonstration aucune – une science infinie des arrangements, héritée d’une pop anglaise entre Divine Comedy et, évidemment, Talk Talk. Quant à la voix de ténor de notre homme, elle tient toujours autant du miracle, perché là-haut vers l’infini.

 

Un disque : Sébastien Schuller Evenfall (Green United Music)


Morning Mist - Sebastien Schuller

The Border - Sebastien Schuller

14/08/2009

Louisville – A Silent Effort In The Night

louisville_asilenteffortinthenightIntroduit par une lignée de héros de la musique indépendante américaine de notre temps – elle prend tout son sens à l’écoute de ce superbe disque – l’univers de Louisville évolue bien au-delà du simple name dropping et des références états-uniennes mal digérées. Susurrées de la voix immédiatement identifiable de la toujours délicate Felicia Atkinson, accompagnée d’Olivier Cavaillé, ces noms – Bonnie ‘Prince’ Billy, David Pajo, Slint ou Rachels – touchent au plus profond l’âme de ses auditeurs, signe imperturbable d’une connivence artistique bien au-delà de la simple pose (avis aux oreilles distraites).

Ponctué d’un banjo discret et d’une electronica nuageuse, le premier titre LouisEville débouche au bout de deux minutes sur un magnifique air pop folk, trempé dans le meilleur de l’americana et de la French scene. Grand moment de l’année musicale (on vous le jure sur la tête de Chan Marshall), le morceau bénéficie, ô quel bonheur, de l’apport vocal de l’ami Sylvain Chauveau, magistralement souligné par un violoncelle amoureux. Après ce choc, il faut quelque temps avant de s’accaparer la vision überminimaliste de la demoiselle Atkinson, enregistrée selon ses (bonnes) habitudes dans des conditions précaires – un dictaphone, en l’occurrence – avant qu’une rengaine aux franges du post rock ne vienne secouer le cocotier d’un Silent Effort pas si silencieux que ça (et c’est tant mieux). Un fragile écho d’un piano en chambre plus tard (Matin), l’ombre de la géante Sylvia Plath plane sur The Only Thing To Come Is The Sea, adapté librement en français (pour une partie) et soutenu musicalement par une cavalcade (post) rock quelque peu cliché et en manque de lâcher prise. Peu importe, tant Soir, émouvant air de violoncelle, réconcilie les possibles (Worrytrain vs Helios, ce genre), prélude évident au spoken word dématérialisé d’Atkinson sur Forest (for Maria Kotalska). Le tout est conclu par l’hommage Johnny And June, où Sylvain Chauveau endosse le chapeau de David Pajo pour mieux nous rappeler que l’écho de Will Oldham avait traversé l’Atlantique tout en honorant de sa grâce la fin de vie du grand Johnny Cash.

 

Un disque : Louisville A Silent Effort In The Night (debruit&desilence)


LouisEville - Louisville

The Only Thing To Come Is The Sea - Louisville

13/08/2009

The Fatales – Great Surround

The Fatales – Great SurroundProfondément ancrée dans une époque qui nous transpose vingt-cinq ans en arrière, au bas mot, le rock sombre de The Fatales nous laisse perplexe. Derrière ses batailles de wave (cold vs new) déballées sur fond de guitares brumeuses, le chant de Wayne Switzer s’emporte dans des tourments dark à rendre jaloux des Interpol en pleine crise existentialiste (ah, ces nappes de synthés pour faire planant !).

Tout n’est cependant pas noir – quelle couleur, sinon ? – sur ce premier opus, décoré d’une belle pochette signée du peintre flamand Valerius De Saedeleer. Globalement, les lignes mélodiques tiennent la route, à commencer par l’expressionniste Evergreen et ses élans lyriques dignes d’Arcade Fire épris de Radiohead. Les arrangements, calibrés sur des guitares aux contours usés ou un piano soi-disant romantique, fleurent – hélas – trop la verve pompiériste des années post-Muse pour nous intéresser durablement.

 

Un disque : The Fatales Great Surround (Monopsone)

12:55 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, pop, critique, monopsone, the fatales |  Facebook |

01/08/2009

Talons – Songs For Babes

talons-songsforbabesFace à la mer et aux cris de ses mouettes, Mike Tolan – homme aux Talons multiples – promenait un fin doigté, précieux tel le bruit des vagues, il annonçait une sensibilité folk, aride et magnifique. Tel un Will Oldham – ou un Nick Drake du pays désolé d’Akron, Ohio – il déposait au creux de nos tympans usés par tant d’inutilités bruyantes des comptines en pointillés de grâce tranquille, leurs subtilités n’avaient pas terminé de nous émouvoir. Soutenu tout en discrétion par de modestes complices aperçus en d’autres lieux, tels Keith Freund et Linda Lejsovka des Trouble Books, il faisait sienne la noirceur subite de notre époque récessive, évitant toute guimauve péremptoire, contemplant sans pleurnicher les dégâts d’un bouleversement économique sans précédents. L’histoire aurait pu mettre les freins, se muer en une auto-complaisance salace, elle avait eu l’extrême bon goût de nous prendre par la main, guitare acoustique en étendard, field recordings dissimulés et arrangements délicats entièrement portés au service d’une narration lyrique qui nous faisait croire en un avenir certainement meilleur. Ca s’appelle la modestie du grand art et c’est magique.

 

Un disque : Talons Songs For Babes (Own Records)


Cole - Talons

25/07/2009

Roshi feat. Pars Radio – And Stars

roshi-andstarsLes origines iraniennes des musiciennes britanniques sont décidément des plus délicieuses. Après la princesse de l’ambient IDM Leila et son acclamé Blood, Looms & Blooms (Warp, 2008), une autre fille de la Perse (née au Pays de Galles) décide de faire des siennes, et la manière est très jolie. Répondant au doux nom de Roshi Nasehi, alias Roshi, la demoiselle nous présente son univers, tactile et précieux comme le dernier Portishead.

Véritable trésor qui nous ouvre les portes sensibles d’un monde à l’onirisme magique, Night Swimming baigne de la classe lento du soprano de la demoiselle, perché entre une étoile et un violoncelle tombé amoureux de cette sublime mélodie. Plus à l’est, quelque part dans un orient magnifié par une sœur Marie Keyrouz emportée dans un souffle alangui, Dohktar e Boyerhmadi conte en la langue persane de son auteure l’histoire d’une jeune fille, dans un ralenti fascinant de beauté assumée. Très surprenant et énigmatique, le troisième morceau She Paces sonne telle une mélodie en montagnes russes signée Felix Kubin, elle nous démontre les immenses possibilités vocales de Roshi, soutenue en toute agilité par son groupe Pars Radio (elle et Graham Dowdall, plus connu sous le pseudo de Gagarin), avant  d’entamer une seconde partie plus lyrique en pleine inadéquation avec ce qui le précède. La conclusion Rachid Khan voit, une fois de plus et (presque) de trop, l’artiste irano-galloise dialoguer avec un violoncelle qui rivalise de maniérisme avec les vocalises de son mentor vocal. Quelle importance, au vu du très haut degré de raffinement qui l’a précédé.

 

Un EP : Roshi feat. Pars Radio – And Stars (Geo Records)


Night Swimming - Roshi feat Pars Radio

Dohktar e Boyerhmadi - Rosha feat Pars Radio

Cortney Tidwell – Boys

Cortney Tidwell – BoysElégante et racée, au plein sens américana du terme, Cortney Tidwell vit garçons, pense garçons, joue avec des garçons et au micro, elle regorge – ô joie sublime – de féminité. Aujourd’hui maman de deux enfants (des garçons, que pensiez-vous ?) et génitrice de deux beaux disques (celui-ci étant le second), la fille de Nashville confirme tout le bien déclamé sur son premier opus, le très affirmé Don’t Let Stars Keep Us Tangled Up.

Très classe et pleinement convaincant, son univers mi feutré mi-expressif se mire dans la beauté de St Vincent, plus spécialement dans le tout récent Actor, encensé en ces pages le mois dernier. Passée au tamis d’une scène féminine où Martha Wainwright jouerait le rock aux côtés de Hope Sandoval, la vision tidwellienne de la musique transcende, hors de toute vénération au formol, les héros nord-américains, du beau sexe et de l’autre. Au nombre se ses atours décisifs, sa voix d’orge décline au plus profond de l’âme des mélodies charmeuses, soutenues par des arrangements épris d’Eleni Mandell, de The Polyphonic Spree et de Mazzy Star. Passé ce stade de la surprise, on appelle cela une – éclatante – confirmation.

 

Un disque : Cortney Tidwell – Boys (City Slang)


Solid State - Cortney Tidwell

So We Sing - Cortney Tidwell