02/07/2009

Trouble Books – The United Colors Of

TroubleBooks-TheUnitedColorsOfProbables uniques représentants de la scène d’Akron, Ohio, le combo Trouble Books s’est fait remarquer par une floppée de CD-R et de cassettes enregistrées sur un huit-pistes vintage antédiluvien, avant de se retrouver sur le label Own Records. A l’écoute de sa dream pop ambient, le trio américain et sa dizaine de voisins et potes ne doit pas être ressorti totalement éveillé de ses séances d’enregistrement, tant la discrétion vaporeuse de ses atmosphères oscille entre rêve éveillé et renoncement utopiste. Les tempi se veulent étalés sur des nuages effilés, les voix empruntent des chemins de traverse fondamentalement indie, ils sont carrément superbes sur le second titre Strelka, chanté en solo et charme par Linda Lejsovska. Tout cela participant d’un minimalisme épuré qui n’exclut guère des arrangements où la subtilité des distorsions n’ignore pas le sens du mot beauté (Night Of The Pelican Street Sweeper), bien que la propension de Keith Freund & co à juguler les intensités puisse aussi lasser. La proposition est à prendre ou à laisser.

 

Un disque : Trouble Books – The United Colors Of Trouble Books (Own Records)


Strelka - Trouble Books

Night of the Pelican Street Sweeper - Trouble Books

30/06/2009

Das Bierbeben – s/t

dasbierbebenElle est pleinement décomplexée, la pop électro-punk des quatre joyeux drilles de Das Bierbeben, et ça fait un réel bien de se soulager – non, pas ce que vous imaginez – sur les élans tubesques d’un Dunkle Tage. Chanté en allemand, avis aux germanophiles, à l’exception du peu convaincant Behind The Green Door, le troisième opus de Julia Wilton et ses potes ne se prend pas pour ce qu’il n’est pas, et ne s’imagine pas un seul instant en sauveur de la scène indépendante, encore que ses sympatoches mélodies finissent vite par trotter dans un coin de la caboche. Frère de cœur des Lillois de Gomm, le quatuor teuton déroule, sans se prendre la tête ni coup férir, des mélodies éprises de bonne humeur et de liberté. Quelque part à la croisée des chemins d’une électro-clash customisée à la Neue Deutsche Welle (Andreas Dorau, tout ça) et au Kraftwerk, on passe un bon moment sans prétention, bien loin des horreurs pompières du Daan de ces dernières années. Que nous faut-il de plus ?

 

Un disque : Das Bierbeben – s/t (Shitkatapult)

Wie ein Vogel - Das Bierbeben

Der König - Das Bierbeben

24/06/2009

Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again

elfinsaddle-ringingforthebeginagainPartenaires de couche et de scène, Jordan McKenzie et Emi Honda en sont à leur second essai discographique sous leur nom d’Elfin Saddle, le premier sur le label Constellation des A Silver Mt Zion, Elizabeth Anka Vajagic et toute la clique de Canadiens farouchement indépendants. L’esprit d’équipe n’étant pas un vain mot au pays du Godspeed, Jessica Moss (violoniste de ASMZ) et Nick Scribner (Clues) viennent pousser le violon et la trompette sur quelques morceaux, alors qu’Efrim Menuck (G!YBE, ASMZ) est aux manettes du projet.

Débutant par une déclamation sombre sur fond de contrebasse, l’inaugural The Bringer évolue progressivement vers une cavalcade à la Yann Tiersen, donnant ainsi le ton à un disque marqué par la multitude de ses styles. Au sein d’un même titre, une folk music balkanique (sans les excès coutumiers du genre, hein Mr. Beirut ?) côtoie une ligne vocale japonisante, chantée évidemment par la demoiselle Honda (Running Sheep), tandis qu’en d’autres lieux, McKenzie entonne une chanson folk nord-américaine de son timbre sombre et cependant enjoué, contrebalancé par les backing vocals de sa comparse nipponne. Très richement orchestré le plus souvent (accordéon, tuba, scie musicale, banjo, xylophone…, l’album peut aussi se rendre plus minimaliste, à l’instar de Sakura, où l’on imaginerait volontiers Emiko (du duo A&E) donner le change à Colleen, avant qu’un rythme naturel enlevé ne reprenne – naturellement – le dessus. Le plus surprenant demeurant ce mélange des genres assumé et naturel.

 

Un disque : Elfin Saddle – Ringing For The Begin Again (Constellation)

Running Sheep - Elfin Saddle

The Procession - Elfin Saddle

17/06/2009

St Vincent – Actor

stvincent-actorIl est de ces souvenirs qui émerveillent à jamais le parcours discographique d’un(e) artiste. Back in 2007, Annie Clark – dites St Vincent, merci -  présentait à la face du monde son premier Marry Me, une telle proposition séductrice ne pouvait décemment se refuser. D’une grande douceur, caresse ultime pour nos oreilles abreuvées à l’incontournable The Beginning Stages of… de The Polyphonic Spree (dont la demoiselle fit un jour partie).

Toujours d’une classe ultime, celle touchante d’une My Brightest Diamond qui aurait viré gentle pop (Midlake meets Bat For Lashes, kinda), le second effort de la Chicago girl est un – très – grand cru, ceux dont on se repaîtra des années durant, on en prend le pari. Mélodies d’une tendresse acidulée, là où pointe un soupçon de psychédélisme rêveur de Hope Sandoval en tenue d’orage, les hymnes de la belle décochent des flèches en plein cœur, qui en redemande. Malgré – ou à cause de – ses éléments disparates, entre caresses et distorsions, à mi-chemin entre dolce vita et Williamsburg, la tentation de devenir un Actor est irrésistible. Allo, l’Actor’s Studio ?

 

Un disque : St Vincent – Actor (4AD)


The Strangers - St. Vincent

Laughing with a Mouth of Blood - St. Vincent

09/06/2009

Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve

tallpaulgrundy-stuffExilé mancunien un jour échoué dans les parages géographiques d’un couvent lillois, Tall Paul Grundy – il dépasse allègrement le 1m90 – émarge à cette caste précieuse des singers songwriters britanniques dont le discret parcours ne cesse de nous fasciner (à l’image de cet autre loser magnifique qu’est John Cunningham). Adepte de formes simples – une guitare folk ou un clavier, le plus souvent – maîtrisées à la perfection, ce qui rajoute à leur émotion réelle, le musicien anglais dévoile en toute pudeur des mélodies admirables de retenue. Jamais pris en flagrant délit de forçage de trait, Grundy laisse filer au naturel des chansonnettes qui prennent leur juste place à la gauche de groupes aussi indémodables que les Pernice Brothers. Laissant à chacun le soin de guider ses pas sur des mélopées aux fins traits de comptines pour grands enfants de la pop old skool, notre homme évite de nous flanquer des grosses louches dans la tronche, n’imposant jamais, proposant toujours. Parmi la multitude des réussites de ce disque exemplaire de modestie mi-chantée mi-déclamée (on est moins fan du spoken word de Doing Right By Others), des titres comme Strange Lark sont une bénédiction, grâce à des backing vocals d’une désarmante humilité. C’est qu’il est fort en harmonies vocales, le gars Tall Paul.

 

Un disque : Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve (Structure Records)


Cardboard England - Tall Paul Grundy

Doing Right by Others - Tall Paul Grundy

08/06/2009

Color Cassette – Forever Sparrow

colorcassette-foreversparrowLes origines de Color Cassette nous emmènent au seuil de la porte d’un certain Jason Corder, son quatre pistes, sa guitare et son envie de côtoyer les cimes de la pocket folk(tronica). Ensuite rejoint par le batteur – percussionniste Matt Yarington et quelques invités (une voix, un violon, un vibraphone, des field recordings), la cassette en couleur trouve en la déclinaison labellisée du webzine Autre Directions un écrin où déposer ses pop songs bricolo qui, pour la petite histoire, narrent les aventures d’un petit garçon en bal(l)ade dans une forêt magique où il vit des aventures extraordinaires.

Tous les ingrédients étaient taillés sur mesure pour se forger une jolie réputation dans le cercle restreint qui réunit les passionarias de Chapi Chapo & Les Petites Musiques de Pluie vs The Books vs Tape. Le hic, c’est que la féérie supposée du projet reste relativement plate, et d’un voyage fantasmé dans une aventure miyazakienne aux tons pastels, nous aboutissons à une gentillette promenade acidulée, où la douceur de vivre le dispute à la torpeur. Entre démarche mélodique incertaine et monotonie rythmique presque atone, la beauté de certains arrangements offre toutefois un écrin appréciable de justesse post-Morr Music à tout qui aime se laisse prendre par le calme trompeur de certaines productions Own Records (The Dust Dive, Bexar Bexar). Un peu juste, cependant.

 

Un disque : Color Cassette – Forever Sparrow (Autres Directions in Music)


Black Nest Waters - Color Cassette

Glass Ghosts - Color Cassette

06/06/2009

Cœur de Pirate – s/t

coeur-de-pirateFuck you MySpace, et tes découvertes à la noix. Qu’est-ce qu’on avait besoin de se coltiner une sous-niaiserie de ce genre, véritable crève-oreilles insulte à tout qui aime chanter en français. Punaise, c’est à se demander si des années de lavage de cerveau à coups de lecture des publi-reportages signés T.C. dans le MAD n’ont pas fini par faire leur œuvre, nous faire passer cette musique transparente pour de la nouveauté. Déjà qu’on avait essayé de nous fourguer cette nunuche de Claudine Muno en la faisant passer pour une Alanis Morrissette luxembourgeoise (fallait oser), voilà que débarque la Québécoise Béatrice Martin, alias Cœur de Pirate, et ses chansons pour débiles mentaux fans de Bénabar (pléonasme ?). Le pire dans tout ça ? Le suivisme médiatique de ce déluge pornographique de bons sentiments qui laisse pantois.

 

Un disque : Cœur de Pirate – s/t (Dare To Care Records / Universal)

05/06/2009

Omar Souleyman & Group Doueh @ België, Hasselt

Sublime-FrequenciesKoenAller écouter de la musique jouée dans les mariages du nord de la Syrie (Omar Souleyman) ou des vibrants défenseurs de la cause sahraouie (Group Doueh) un samedi soir dans le Limbourg, cela paraîtra incongru à bien des oreilles. Les autres – ceux qui ne se contentent pas de jouer aux bonnes consciences altermondialistes au Couleur Café – se laisseront aller aux merveilleux accords de guitare des seconds, tout en fantasmant les plus de cinq cent cassettes sorties par le premier, roi incontesté de la party music en son pays. Cap sur la salle België en cette bonne ville de Hasselt pour une affiche unique, dans tous les sens du terme. Généreux.

01/06/2009

Frightened Rabbit – Quietly Now!

FrightenedRabbit-QuietlyNowMembres plutôt discrets de l’écurie FatCat, le quatuor écossais Frightened Rabbit a déjà été responsable de deux albums studio, bien faits mais pas renversants, au cours de sa brève carrière entamée voici trois ans. Témoignages de la tournée qui accompagna la sortie de leur second essai The Midnight Organ Fight’ les douze chansons de Quietly Now! démontrent avec beaucoup d’à-propos la vigueur concertiste des Hutchinson Brothers Scott et Grant, ainsi que de leurs acolytes Bill Kennedy et Andy Monaghan. Bien sûr, le chant quelque peu artisanal de Scott n’est pas de la plus grande élégance – n’est pas Michael Gira qui veut – mais un tel plaisir de la pratique musicale sur scène donne rudement envie de les voir le jour où ils se présenteront à notre porte.

 

Un disque : Frightened Rabbit – Quietly Now! (FatCat)

The Modern Leper - Frightened Rabbit

Head Rolls Off - Frightened Rabbit

28/05/2009

Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware

bonnie-prince-billy-bewarePour être tout à fait honnête – et c’est bien la moindre des choses pour un chroniqueur musical – ça faisait un bon bout de temps qu’on attendait un disque à l’intérêt marquant de Will Oldham, qui avait actionné la fonction pilote automatique depuis un moment. Etait-ce l’usure du temps ou la sensation malsaine d’avoir tout compris chez le barbu de Louisville, les repères discographiques de ses récents Ask Forgiveness ou Lie Down In The Light manquaient de conviction profonde pour s’établir durablement entre nos cactus et nos prairies. Allelujah !, le cru 2009 du songwriter américain installe en nos pavillons une envie plus que latente de ressortir les violons et les guitares, accompagnées d’un instrumentaire plus développé qu’à l’habitude, ce qui rend au son de M. Palace une vigueur harmonique qui sied à merveille à sa voix toujours autant de velours capitonné. Globalement plus country – mais c’est celle que doivent abhorrer les danseurs en chemises à carreaux du dimanche, oh oui – ce nouvel opus du maître oscille entre sonorités obscures, à l’instar de la lugubre pochette, et pâlots rayons d’un soleil couchant sur les Appalaches. Qui en sont déjà tombées amoureuses.

 

Un disque : Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware (Domino)


Beware Your Only Friend - Bonnie "Prince" Billy

I Dont Belong to Anyone - Bonnie "Prince" Billy