08.03.2010
Micragirls – Wild Girl Walk
Quiconque veinard ayant assisté à un concert des 22 Pistepirkko le confirmera, l’humour caustique des Finlandais se marie extraordinairement bien à leur vision du rock, plongé dans un bain acidulé qui lui donne toute sa personnalité gaillarde. Produit par le bassiste du groupe Asko Keränen, le second opus du trio féminin Micragirls imprime, lui aussi, sa marque au deuxième degré. Bourré de références addictives, de la girlie pop sixties au punk, le tout raconté sur un mode qui relie The Organ aux Breeders sur un fond de Throwing Muses, Wild Girl Walk est à prendre à pleines mâchoires. Excellemment jubilatoires tout en demeurant parfaitement dispensables (faute à des références tellement rabâchées qu’on n’y prête plus toujours attention), leurs douze bombinettes renverront les coincés du slip au ras des jupettes mi-cloutées mi-Hello Kitty, histoire qu’ils se dévergondent une bonne fois pour toutes. Ou pas.
Un disque : Micragirls – Wild Girl Walk (Bone Voyage)
14:56
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07.03.2010
Him –ん
Une très goûteuse collision les rythmiques chaudes de l’afro beat et du tropicalia, formant un hybride véloce qui joue à saute-moutons avec les Brésiliens de Hurtmold, ainsi que les Japonais Piana et Shugo Tokumaru, à lire sur le Grisli.
Un disque : Him –ん (Hip Hip Hip)
21:45
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06.02.2010
Golden Serenades – Hammond Pops
C’était voici un peu plus d’un an, au moment de boucler notre Top 10 2008. Tout juste arrivé, un disque surgi de nulle part – le label norvégien +3dB, dont c’était la première sortie – imposait l’évidence de son free improv’ noise, mâtiné d’une musique de chambre à la désarmante spontanéité. A peine écouté, cet aujourd’hui incontournable IIIIIII du quatuor Lemur nous imposait une seule obligation, et avec quel plaisir : scruter avec une attention soutenue l’actualité de l’officine d’Oslo, dont quatre récentes publications viennent souligner l’extrême urgence.
Vieille de dix années riches en éruptions sonores multiples, la carrière des Golden Serenades a pris un subit coup d’accélérateur médiatique en 2007. A la (dé)faveur d’une performance où ils ont détruit sur scène des guitares estimées à 5.000 dollars – gloups, ça fait cher le coup de sang, fût-il attendu – la presse de leur Norvège natale leur accorda une série d’articles sur fond de grosse polémique. Brocardé par une série d’hommes politiques de droite, voire d’extrême droite, comme une "horreur" ou un "gaspillage d’argent public", le concert – subventionné par les autorités locales – leur accorda toutefois une attention publique, à défaut d’être réellement artistique.
Deux années plus tard, la vision du trio John Hegre (électronique) – Jørgen Traeen (électronique) – Sigbjørn Apeland (orgue) demeure toujours sans la moindre concession. Parsemée de tempêtes noise qui voguent de Merzbow à John Zorn, l’unique plage démonte quarante minutes durant les fantômes bruitistes des plus extrêmes manipulateurs soniques de notre temps. Les cœurs légers et les pavillons défaits sont avertis de son extrême toxicité distordue.
Un disque : Golden Serenades – Hammond Pops (+3dB)
23:04
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05.02.2010
Liars en simple et en double
La boîte aux bons offices Pitchfork le confirme, Sisterworld, nouveau Liars et cinquième du nom, sera également disponible en double CD. La première galette hébergera l’album normal (aussi vendu en un disque ou en vinyl) et la seconde abritera ces mêmes titres remixés par Alan Vega (et ouais), Thom Yorke ou les Melvins. Rendez-vous le 9 mars à la porte de la maison Mute.
La tracklist du second disque
01 Scissor (Pink Dollaz, Lance Whitaker & Transformation Surprise)
02 No Barrier Fun (Duetonal aka Alan Vega of Suicide)
03 Here Comes All the People (Atlas Sound aka Bradford Cox)
04 Drip (Kazu Makino of Blonde Redhead)
05 Scarecrows on a Killer Slant (Tunde Adebimpe of TV On The Radio)
06 I Still Can See an Outside World (Boyd Rice of NON)
07 Proud Evolution (Thom Yorke 500qd Remix)
08 Drop Dead (Fol Chen)
09 The Overachievers (Devendra Banhart and the Grogs)
10 Goodnight Everything (Melvins)
13:49
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23.12.2009
Cobra Killer – Uppers & Downers
Véritables icones de la déjante glamour made in Berlin, Gina V D’Orio et Annika Line Trost réussissent encore à impressionner sur leur cinquième – et oui, déjà – effort. D’une toute autre veine que leur toujours surprenant, des années plus tard, disque de reprises avec un orchestre de… mandolines, Uppers & Downers compte les invités prestigieux (Thurston Moore, Jon Spencer, J Mascis), tout comme il cumule les titres aussi énergiques qu’ils sont fendards.
Sans complexes et tournoyants d’allégresse, les rythmiques électro-pop des duettistes allemandes s’emballent dans un non-sense tout à tour bordélique, arrangé et secouant. D’un total laisser-aller qui ne peut être le produit que d’intenses séances de brainstorming (genre on en met un peu plus ou un peu moins ?), les chansons des Cobra Killer donnent cette impression, faussement candide, de facilité je m’en foutiste. Au-delà de l’illusion post-Peaches vs Chicks On Speed, les riches harmonies d’un Vitamine très… fruité et revitalisant offrent un contrepoint bienvenu aux décharges punkoïdes d’un Hang Up The Pin Up totalement énervé, à l’image d’un opus aux soubresauts lubriques et dévoyés.
Un disque : Cobra Killer – Uppers & Downers (Monika Enterprise)
22:56
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03.12.2009
Turzi – B
Vrai petit génie – tant pis si le terme est bien trop galvaudé – de la musique made in France, Romain Turzi avait surpris tout son monde en 2007. Exciteur de particules krautrock relues à l’aune d’un temps post-Virgin Suicides où Joakim a son mot à dire, il avait dépoté la première lettre de l’alphabet pour un opus originel au psychédélisme toujours aussi (im)pertinent. Toujours signé sur Record Makers, le label des ses concitoyens versaillais Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, le musicien du 78 était bigrement attendu au tournant. Et en avant pour la seconde lettre, initiale de dix villes des quatre coins du monde.
Démarrant les hostilités sur un hymne glam pop qui frise un mauvais goût assumé, genre Bertrand Burgalat s’en prend à Tangerine Dream, Turzi met une grosse sourdine à son décorum krautrock. Il lui préfère, le choix est douteux, des références électroniques planantes dont la subtilité nous échappe, trente ans après les spectacles mégalomanes d’un certain Jean-Michel Jarre (ça crève les tympans sur Buenos Aires et Brasilia). En d’autres lieux, des guitares bourrées d’effet affrontent une orchestration pompeuse (Bombay) alors qu’un exotisme moyen-oriental de pacotille est censé nous emmener sur les traces de Bethlehem. Respectant le principe de la lettre B jusqu’à l’extrême, Turzi invite également deux vocalistes, ils ne sont pas les premiers venus. Sur "Baltimore", c’est ainsi Bobby Gillespie – M. Primal Scream – qui prend le micro pour un titre qui sonne justement comme du… Primal Scream. Quant à l’intervention de la kéké Brigitte Fontaine sur Bamako, elle clôt le disque de belle façon et nous fait regretter les multiples dérapages trop contrôlés qui la précèdent.
Buenos Aires - Turzi
Bamako - Turzi
19:08
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24.11.2009
Shannon Wright – Honeybee Girls
Jour après jour, siècle après siècle, elle nous hante, elle nous possède, elle ne nous lâche plus. Elle, la musique de Shannon Wright, est une odyssée vers une éternité rock, le vrai, celui hérité des héroïnes intemporelles que fut, qu’est Patti Smith. De sa carrière sans le moindre faux pas, à la – très – relative exception d’une collaboration bancale avec Yann Tiersen, la demoiselle d’Atlanta retire la substantielle moelle de son art sur ce nouvel Honeybee Girls. De la carrure énervée et psychanalytique du fantastique opus ‘Over The Sun’, elle fait rugir une basse et une guitare furieuses sans jamais être exhibitionnistes (Embers in Your Eyes, Trumpets On New Year’s Eve), du précédent et formidablement touchant Let In The Light, sans oublier les délices tourmentés du fondamental Dyed In The Wool, elle conserve une sérénité retrouvée. Oh, la souffrance n’est jamais bien loin, elle est toutefois d’une telle évidence que sa troublante présence, entre larmes et frissons, donne une dimension supplémentaire à des chansons, d’une époustouflante maîtrise émotionnelle (tout le reste de l’album !). Et surtout, faudrait-il écrire plus que jamais, la qualité des compositions de Shannon Wright atteint un degré de perfection entre rage et lumière qui conforte son immanquable emplacement au panthéon éternel de nos envies musicales. On ne t’aime plus Shannon, on t’adore. For ever.
Un disque : Shannon Wright – Honeybee Girls (Vicious Circle)
embers in your eyes - Shannon Wright
Sympathy On Challen Avenue - Shannon Wright
22:47
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08.11.2009
The Fiery Furnaces – I’m Going Away
Après la terrible récompense auditive de leur septième numéro Widow City, les Fiery Furnaces étaient sacrément attendus au tournant. Ne tournons pas autour du pot thrilljockeyien, son successeur I'm Going Away est du même tonneau, celui dont fût tiré la magnificence revêche de leur récent passé.
Démarrant par une cavalcade espiègle où la guitare de Matthew Friedberger joue à saute-arpèges avec la voix toujours aussi subtile de sa complice Eleanor, le disque est tout simplement fabuleux de joie déconstruite à la fréquentation de Kurt Weill et de Deerhoof. Coquins et sexys en diable, sans jamais la moindre once de vulgarité salace, nos deux frangins explosent un piano de bordel new-yorkais, martelé d'une batterie enregistrée sur l'os. Toujours imprégnée d'une envie rock, leur envie communicative gargarise l'âme de Sonic Youth au son d'une décadence post-grande dépression, version moderne (lisez, qui a écouté Television et The Ex, entre autres). Bourrées d'un humour qui explose les humeurs maussades, les douze chansons débauchent les mélodies en les dévoyant à coup de tord-boyaux jazz, tendance Tom Waits ivre de bonheur - et de plein d'autres choses. Au-delà de toutes ces splendides références, I'm Going Away envoie un formidable uppercut à la tronche de tous ceux qui s'imaginent encore que le rock n'a d'essence qu'entre Manchester et Sheffield, sans compter que jamais, ô non jamais, les mélodies des fourneaux furibards n'ont été autant enthousiasmantes et accessibles. Vous avez dit pop ?
Un disque : The Fiery Furnaces – I’m Going Away (Thrill Jockey)
Im Going Away - Fiery Furnaces, The
Ray Bouvier - The Fiery Furnaces
22:28
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07.11.2009
Muse – The Resistance
Etant au rock ce que la frite mayo est à la gastronomie, Muse balance depuis une quinzaine d’années ses déluges populistes à une terre entière semble-t-il encline au masochisme. Pompier au possible, Freddy Mercury doit en être vert de jalousie dans l’au-delà, le trio du Devon n’a de cesse de balancer des hymnes stadiers absolument infects de prétention pseudo-artistique, là où il n’est question que de tiroir-caisse qui fait bling bling.
Encore plus dégueulasse que ses quatre prédécesseurs, The Resistance appuie encore un peu fort sur les plus insupportables scories de Matt Bellamy & co. Chansons ampoulées à l’extrême – elles feraient passer Ghinzu pour du folk neurasthénique, son gonflé à l’hélium (et quoi de plus vide qu’un gaz ?) ou déluge mégalomane de soupe à la Twilight, rien ne nous est épargné. Le pire dans tout ça ? Cette impression, plus vive que jamais, que le Queen de 1992 est de retour sous le déguisement des Radiohead pour un numéro de cirque même pâs drôle. A l’heure d’écrire ces lignes, le disque est déjà en tête des charts dans seize pays différents et on meurt d’envie de hurler au secours.
Un disque : Muse – The Resistance (Warner)
22:34
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25.10.2009
We Are Unreasonable People, 20 years later
Pour ses dix années d’existence, c’était en 1999, Warp Records avait publié une triple compilation résumant non seulement les artistes phares de sa première décennie, certains toujours mythiques (Nightmares On Wax, LFO), d’autres tombés dans l’oubli, en dépit d’une aussi courte qu’impeccable discographie (le duo Sweet Exorcist). Encore très profondément imprégné d’une éthique dancefloor électronique, le label alors de Sheffield nous avait gratifié d’une sacrée livrée de ses influences. Elles prouvaient les goûts, marqués et transcendants, des fondateurs Steve Beckett et feu Rob Mitchell pour tout ce qui touchait à l’acid house et à la techno, quelque part entre l’incontournable A Guy Called Gerald et Model 500 (aka l’immense Juan Atkins), alors que le virage vers une musique plus diversifiée s’état déjà fait sentir avec les signatures de Broadcast ou Jimi Tenor. La deuxième page de son existence tournée, c’est en toute beauté que la maison désormais établie à Londres nous gâte, sous la forme d’un riche coffret, comprenant un livre (192 pages pour plus de 400 artworks) et, bien entendu, de la musique – en cinq CD et cinq vinyls. Coûteux bien que goûteux (120 € pour le copieux tout, et on en a pour son argent), l’anniversaire se décline également en deux doubles albums Chosen et Recreated disponibles séparément.
Désormais moins au sommet de la branchitude électronique que des Planet Mu ou Tempa, notamment en matière de dubstep ou de funky – encore que de récentes sorties des excellents Clark et Flying Lotus infirment cette théorie – Warp a parfois semé le doute chez ses fans de la première heure. En adeptes inconditionnels des beats et du glitch défendus par Aphex Twin ou Plaid, ils ont eu bien du mal à encaisser la pilule indie mainstream que constituait les récentes signatures des arty pop Grizzly Bear, sans même évoquer le rock généraliste et (parfois) démago des Maxïmo Park. En dépit de ces quelques glissements de terrain, l’officine anglaise est cependant restée terre fertile de découvertes (Harmonic 313, totalement à sa place, les essentiels Battles), tout en intégrant des transfuges au sommet de leur art (la magnifique Leila, ex-Rephlex et les fuyants du bulbe Gang Gang Dance, ex-The Social Registry).
Certains aspects de l’abondante discographique warpienne ne sont guère mis en avant en ces vingt ans. Du funk soul barré de Jamie Lidell, on ne trouve guère trace (hormis, et encore, un Daddy’s Car plus electro pop qu’autre chose), son Little Brother étant repris, d’une maîtresse manière folkisante, par des Grizzly Bear vocalement à un sommet fleetfoxesien.
Les deux disques de reprises sont tout à fait remarquables d’équilibre et de cohésion. Au sommet de la pointe, Leila expurge les beats en pente raide du fameux Vordhosbn d’Aphex Twin, qu’elle joue uniquement au piano à la manière de Max Richter. Absolutely fabulous, indeed. Tout aussi géniale et intense est la relecture de In A Beautiful Place Out In The Country des Boards of Canada, version Mira Calix. Totalement personnelle et, osons-le, supérieure à l’original, la vision de la Sud-Africaine replace l’adagio de la mélodie (et les field recordings bucoliques) dans un ensemble de cordes proche d’un nirvana vu par le Kronos Quartet. Dans le pire des cas, on va du moyen (Broadcast imaginé par Gravenhurst) à l’excellentissime (Milanese dépoté par Clark au travers d’un prisme à la Venetian Snares)
Les deux CD Chosen tiennent tout autant la routé. Choisis par les fans sur le site Warp20.net, les dix titres de la première plaque mettent en avant les stars IDM (Aphex Twin, Squarepusher, Autechre, LFO) et electronica (Boards of Canada, Clark) de la maison We Are Reasonable People. Placé judicieusement entre toutes ces musiques synthétisées, le génialissime Atlas de Battles offre un contrepoint formidablement dynamique, qui rappelle à quel point l’album Mirrored est un des disques de la décennie, sinon du siècle. Et en avant pour ‘Central Market’ l’opus solo de Tyondai Braxton, guitariste du groupe américain, dont la sortie est toute récente !
La seconde page de Chosen est tournée par le boss Steve Beckett. Elle confirme, en quatorze étapes, la versatilité des goûts du co-fondateur de la boîte anglaise, entre influences jazz (les Tender Buttons de Broadcast), dance music irrésistible sans être putassière (I’m For Real’ des vétérans Nightmares On Wax) et plages nappées d’une splendide electronica rêveuse (Drane, un des meilleurs titres d’Autechre ou l’incroyable Amo Bishop Roden d’encore Boards of Canada) sans oublier, qui d’autre ?, Battles. La planète Warp a encore de beaux jours en heavy rotation devant elle…
Un coffret : Warp20 (Box Set)
Deux doubles albums : Chosen et Recreated
Amo Bishop Roden - Boards of Canada
Vordhosbn - Leila
18:07
Écrit par Fab
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