22/04/2009

Bad Statistics, oh le bad trip

badstatistics-luckytowngonePrenez, presque au hasard, cing gars de Wellington, Nouvelle-Zélande férus de free rock, genre No-Neck Blues Band meet Père Ubu quelque part sur le label Paw Tracks. Sortez du lot la voix hallucinée/nante/nogène de Thebis Mutante (Jeff Henderson quand il prend l’avion), mêlez-la à une vision rythmique noire où une basse mordue de punk kraut résiste à des percussions minimales et (étrangement) implacables et étirez les séquences sur des minutes qui virent à l’obsession. Vous voilà plongés dans le bad trip des Bad Statistics, c’est ignoble pour la peau et salace pour le cervelet.

 

Un disque : Bad StatiscticsLucky Town Gone (Pseudo Arcana)

18/04/2009

Mono – Hymn To The Immortal Wind

mono-hymn-toe-the-immortal-windL’histoire du quatuor japonais Mono débute à la fin du siècle dernier et cinq albums plus tard, les post rockeurs nippons adoubés par Steve Albini (aux manettes pour la troisième fois) n’en démordent pas, ils demeurent adeptes d’un style grandiloquent et cinématique pour fans de heroic fantasy. N’y voyez aucun reproche, juste une tendance à l’émotion sur-jouée toutes voiles romantiques dehors, un peu à l’instar de Sigur Ros wagnériens (Ashes In The Snow, douze inoubliables minutes). A grands coups de trémolos et de distorsions, les trois garçons et la fille du soleil levant construisent des symphonies rock à fleur de peau le long de sept titres illustrant un manga gothique sur la fuite de deux adolescents éperdument amoureux. Soutenus par un orchestre d’une trentaine de musiciens (principalement des cordes) qui ne font que renforcer la majesté incantatoire de ce cinquième opus, ils nous rappellent d’ailleurs que le vibrato d’un violon peut également faire office de contre-point néo-romantique, quitte à tomber dans une tentation fleur bleue à laquelle on pourra préférer les magnifiques Isis.

 

Un disque : MonoHymn To The Immortal Wind (Human Highway Records / Conspiracy Records)

Ashes in the Snow - Mono

Silent Flight, Sleeping Dawn - Mono

12/04/2009

Parts & Labor – Receivers

partsandlabor-receiversUn temps, très long, celui de trois albums passés à l’as de ce côté de Brooklyn, Parts & Labor formait un duo noisy punk, celui de Dan Friel (voix, électronique) and BJ Warshaw (voix, basse). Dorénavant quatuor, suite à l’arrivée du batteur Joe Wong et de la guitariste Sarah Lipstate, le combo new-yorkais en profite pour entamer un virage psych pop entre punk contemporain et madeleine seventies nourrie du jeune Wire et, surtout, du Before And After Science de Brian Eno, référence absolue et incontournable.

Ce qui frappe avant tout, c’est l’évidence mélodique de certains titres, dont la ligne vocale particulièrement soignée doit faire le miel des oreilles de Colin Newman (Nowheres High). Moins recherchés, certains passages du duo basse-batterie sonnent par trop entendus, mais éparpillés en quelques instants vite oubliés, ils ne gâchent pas le plaisir, aux franges de l’apocalyptique et de la crise de nerfs (Mount Misery). Faisant fi de toute hésitation entre passé et présent, Parts & Labor transcende sa crainte d’un avenir dominé par une technologie sinistre et nous ouvre les portes de lendemains où il fera bon être leur receveur.

 

Un disque : Parts & LaborReceivers (Jagjaguwar)


Nowheres High - Parts & Labor

Little Ones - Parts & Labor

23:32 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, punk, critique, jagjaguwar, parts labor |  Facebook |

23/03/2009

Emeralds, trois Ricains dans la kraut

emeralds-whathappenedDans son numéro de mars, le chroniqueur du Wire Byron Conley décrit What Happened du trio américain Emeralds comme « le genre de B.O. que Florian Fricke de Popol Vuh aurait pu écrire pour un documentaire de Werner Herzog. Que la comparaison vous appelle ou non, la musique – entièrement instrumentale et basée sur des improvisations aux synthés old skool – ne vous laissera pas de marbre. A fistful of krautrock, anyone ?

 

Un disque : Emeralds What Happened (No Fun Productions)

Alive In The Sea Of Information - Emeralds

Domenico Solazzo – Deadend

domenicosolazzo-deadendLe monde de la musique a ceci de merveilleux qu’il permet, chaque jour pratiquement, de se replonger dans l’essence même de l’humanité, ces contacts interpersonnels avec des personnages passionnés par leur art à un stade jamais démenti. Collaborateur de RifRaf depuis quelques mois, le Bruxellois Domenico Solazzo – musicien multi-genres dont les goûts artistiques et la maîtrise instrumentale l’emmènent sur les traces du (post) rock, du métal et du (free) jazz – mène depuis 2003 une itinéraire d’enfant médiatiquement peu gâté qui force le respect. Sa dixième œuvre Deadend, si elle se veut un chouia plus pop que ses précédentes, démontre surtout que l’homme de Schaerbeek s’y entend à merveille pour trousser des mélodies fortes de leur délicatesse tourmentée (Length Of Time, Mulunde), sur lesquelles on aimerait – aussi – voir se poser la voix d’une Half Asleep ou d’un Olivier Andu. N’y voyez toutefois nulle critique de l’organe vocal de notre homme, que du contraire, le chant n’étant qu’une des variables de son univers, d’une musicalité infiniment riche et variée. Entre guitares à l’ouest du stoner et du Godspeed, saxophone énervé, xylophone en quête de Steve Reich, percussions furtives et cordes synthétiques échappées d’Alpha, Solazzo tire le monde vers le haut, tout en trouvant ça et là des gimmicks arabisants inoubliables (Mescaline). Et nous l’affirmons sans complaisance aucune, ce n’est d’ailleurs pas le genre du personnage, son disque est tout simplement remarquable.

 

Un disque : Domenico Solazzo Deadend (Autoproduction / LAP Records)

Mr.Kewl - Domenico Solazzo

Length Of Time - Domenico Solazzo

Mescaline - Domenico Solazzo

17/03/2009

The Phantom Band – Checkmate Savage

thephantomband-checkmatesavageNouveau venu de la scène de Glasgow, le groupe The Phantom Band, signé sur le label d’Emma Pollock, est bien parti pour trouer les nuages plombant la ville des Celtics et des Rangers, et l’écho de leur pop – très indie dans l’âme – résonne déjà de l’humeur de festivals comme l’excellent (et gratuit) Rock Herk. Capables de très bonnes chansons dans l’esprit du Beta Band (The Howling), le sextet au chardon estompe les traces de rock gothique dans des claviers vintage seventies (Folk Song Oblivion), le tout surplombé d’une voix aux relents de tabac encore tiède. Parfois, les tempi se veulent plus krautrock, à l’image de l’instrumental Crocodile (et sa batterie stereolabienne) alors que quelques titres plus radiophoniques (Left Hand Wave) assurent déjà une place de choix dans le cœur des amateurs de rock tendre sans excès de testostérone.

 

Un disque : The Phantom BandCheckmate Savage (Chemikal Underground)


The Howling - The Phantom Band

Folk Song Oblivion - The Phantom Band

03/03/2009

Amplifier Machine – Her Mouth Is An Outlaw

amplifiermachine-hermouthisanoutlawL’Australie, quelque part du côté de Melbourne, en 2002. Trois camarades de jeux, James Dixon au Korg, à la guitare et au piano, Seth Rees aux percus et au violon, et Alex Jarvis à la guitare et à la batterie, décident de joindre sous la bannière Amplifier Machine leurs efforts, atmosphériques et vaporeux. Six années passent, le label new-yorkais 12K s’est complètement affirmé dans une veine ambient plus (Giuseppe Ielasi) ou moins (Christopher Willits + Ryuichi Sakamoto) passionnante, prendrait-il une autre route sur cette bouche hors-la-loi qu’on imaginerait volontiers sur Type ? Possible, le post-rock très étiré et éthéré des trois Aussies évoquant les guitares brumeuses de Sickoakes revues et corrigées par Machinefabriek, le tout embrigadé dans un jeu de déconstruction sonore où à tour de rôle, le troisième larron s’amuse à retoucher les idées de ses deux comparses. Cela nous vaut des moments d’une langueur interminable (Pockets Full Of Red Dirt), mais aussi des temps forts d’une captivante beauté embrumée, d’un niveau rarement atteint au sud de Xela et de Julien Néto (Poor People In Church). Avant tout, c’est le remarquable déchirement mélodique de l’introductif Her Mouth Is An Outlaw qui retient l’attention, à la première écoute comme à la dixième, la colère rentrée de sa mélodie développée sur des arpèges de guitare électrique demeurant à jamais ancrée dans une mémoire peuplée de souvenirs incompressibles.

 

Un disque : Amplifier MachineHer Mouth Is An Outlaw (12K)

Her mouth is an outlaw - Amplifier Machine

Poor People In Church - Amplifier Machine

02/03/2009

Condo Fucks and rocks

condofucks-fuckbookEn plein trauma post-I Am Not Afraid of You and I Will Beat Your Ass, dernière contribution en date (2006) – et laquelle – des rockeurs de Yo La Tengo? La solution existe, elle porte un autre nom, le révélateur Condo Fucks, celui sous lequel le trio de Hoboken, NJ, s’était dissimulé à l’affiche du Magnetic Fields voici un an. And they still fuckin’ rock, no doubt about that...

 

En écoute sur le label

Un disque : Condo FucksFuckbook (Matador Records)

01/03/2009

Fever Ray, fièvre noire

feverrayMaman de deux enfants, moitié de The Knife aux côtés de son frangin Olof, la Suédoise Karin Dreijer Andersson alias Fever Ray remplit sa vie de sons – une voie médiane entre Fuck Buttons, Björk et un certain minimalisme dark à la Dead Can Dance. Emmitouflé dans sa torpeur noirâtre, son premier effort solo éponyme ne cherche pas à faire le malin, reste à nous imposer à lui.  

 

Un disque : Fever Rays/t (Rabid Records)


When I Grow Up - Fever Ray

If I Had A Heart - Fever Ray

Triangle Walks - Fever Ray

27/02/2009

Black Dice au repo

blackdice-repoLes premiers albums de Black Dice l’ont démontré, sans même parler de l’extraordinaire Dead Drunk de Terrestrial Tones, les folies soniques insensées ont toute leur place dans l’univers démantibulé des frangins Copeland. Cinquième – ou sixième, whatever – effort des cinglés yankees, Repo laisse toutes les portes ouvertes à leur démesure, à nous de nous engouffrer sans peur ni reproche, le 7 avril venu.

 

Un disque : Black DiceRepo (Paw Tracks)


Nite Creme - Black Dice

Earnings Plus Interest - Black Dice

Chicken Shit - Black Dice