25/02/2009

Menace Ruine – The Die Is Cast

menaceruine-thedieiscastOrageux et noir corbeau, le combo montréalais Menace Ruine en est déjà à son second épisode, huit mois seulement après la sortie de son opus initial Cult Of Ruins (déjà tout un programme en soi). Et il a beau être tout jeune, le duo canadien change complètement de registre, évacuant la furie black métal satanique de son premier effort au profit d’un doom folk shoegazing slowcore – tout ça, oui – où toute trace de gras est désormais proscrite. Hantée, il faudrait écrire possédée, par la magnifique (si, si) voix médiévalisante de la chanteuse Geneviève, fille cachée de Nico et de Brian Molko, la musique évidemment sombre de Menace Ruine ne succombe toutefois pas à la tentation morbide facile, préférant développer des atmosphères éprise de littérature gothique (on pense à la Carmilla de l’Irlandais Sheridan Le Fanu, muse de moults films de vampires). Pour ne rien gâcher, et c’est heureux, les mélodies étirées des Montréalais évoquent la lenteur faite art d’Elizabeth Anka Vajagic (autre Canadienne pas spécialement drôle), confrontées au lyrisme magnétique de My Bloody Valentine et aux bruits légendaires des incomparables Sunno))). Le plus étonnant demeurant que, malgré des atmosphères pesantes et finalement monotones, le disque continue de se fréquenter avec bonheur au fil des écoutes, encore que le terme doit être banni à jamais du vocabulaire de ses auteurs.

 

Un disque : Menace RuineThe Die Is Cast (Alien8 Recordings)


One Too Many - Menace Ruine

Dismantling - Menace Ruine

20/02/2009

U.S. Girls fuck it up in style

usgirls-kankakeememoriesPédales de reverb' et distorsion ouvertes à fond les manettes, le noise rock des U.S. Girls dérouille les tympans et l’enclume à en devenir marteau. Au-delà d’un mur du son qu’on croirait sorti d’une meute de nanas en furie, c’est une seule personne – une certaine Megan Remy – qui est responsable de ce déluge infernal. Ce n’est toutefois qu’un seul aspect, terriblement marquant, de sa vision artistique, l’autre versant démontrant un minimalisme revêche en rappel de Heather Leigh Murray, ainsi qu’une vision bricolo arty de la pop qui n’est pas sans évoquer Gary War.

 

Un 7’’ : U.S. Girls Kankakee Memories (Cherry Burger)

Evil Madness – Demoni Paradiso

evilmadmess-demoniparadisoProjet de cinq Islandais – punaise, les geysers de créativité qu’ils ont – dont le célèbre Johann Johannsson, tous férus de ces synthés vintage qui ont fait les beaux jours de Kraftwerk et de l’italo disco, Evil Madness vous invite directement dans la bande-son d’une série Z fantastique made in Cinecitta. Bourré de clichés certes, mais c’est pour mieux nous faire tripper d’une angoisse à se tordre de fun, le second album de Johannsson & co (le duo Stilluppsteypa, DJ Musician et BJ Nilsen) fait son miel macramé du krautrock de Can et Tangerine Dream, pour un voyage back to the future of the past désuet ET excitant. A l’heure où le duo frenchie Zombie Zombie se paie une tranche de succès bien méritée (elle doit certes plus à Cluster ou à Neu!), le propos des quatre Nordiques tombe d’ailleurs très à propos, ses tournoiements analogiques rappelant avec beaucoup d’acuité le rôle essentiel que Ralf und Florian continuent de jouer sur toute une génération de musiciens contemporains. Bien sûr, on vous l’accorde, l’effort relève plus de la madeleine de Düsseldorf que d’une vision avant-gardiste du vingt-et-unième siècle, il serait toutefois bien sot de ne partager le bon temps qu’ont du prendre les cinq Nordiques à la réalisation d’un disque simplement beau et humain. Et si The Man Machine était de retour ?

 

Un disque : Evil Madness Demoni Paradiso (12 Tónar)


La Magica Vendette dellInferno - Evil Madness

Dipendenza da Viaggio nel Tempo - Evil Madness

Numeri Fortunati - Evil Madness

Assassinio Sulla Luna - Evil Madness

Julie Doiron, en elle-même, différente

juliedoiron-icanwonderChaque étape du parcours de Julie Doiron nous révèle, un peu plus, un peu mieux, l’étendue de sa riche personnalité. Minimalisme anti-folk à l’époque de Heart And Crime (2002) ou pop songs classe en 2007 pour Woke Myself Up, la chanteuse du New Brunswick enivre de sa simplicité coutumière. Anno 2009, le nouvel épisode I Can Wonder What You Did with Your Day nous la présente sous la vareuse d’une Sugar Kane qui se souvient de son séjour son premier indie rock band Eric’s Trip. Sincerely hers.

 

Un disque : Julie Doiron I Can Wonder What You Did with Your Day (Jagjaguwar)

 


Consolation Prize - Julie Doiron

19/02/2009

Loren Connors et Jim O'Rourke

lorenconnorsjimorrourke-twonicecatholicboysCombinaison de deux monstres sacrés de la guitare moderne, électrique le cas présent, Two Nice Catholic Boys voit Jim O'Rourke et Loren Connors se donner la réplique, en un rapport de forces qui relève plus de la complicité intime que de la confrontation musclée. On se tait et on écoute, nom de jam.

Un disque : Loren Connors & Jim O’Rourke Two Nice Catholic Boys (Family Vineyard)

07/02/2009

zeitkratzer & Keiji Haino – electronics

zeitkratzerkeijjihaino-electronicsPersonnage mythique de la scène free noise rock (en gros), le Japonais Keiji Haino n’est plus à présenter quand il s’agit de dépasser les cadres étriqués des bonnes conventions sonores. Présent aux percussions (sur l’étonnant Drum Duo), à la guitare, à l’électronique et surtout au chant (et lequel !), l’ami du génial Kan Mikami intègre mer-veil-leu-se-ment sa voix unique de ténor fou à l’orchestration, notamment sur le premier Aria, où ses variations vocales déclinent à l’infini un sens de la dramaturgie abstraite comme elle est viscérale. Davantage bruitiste, le second Aria voit zeitkratzer (ils insistent sur le z minuscule) jongler avec l’héritage des Einstürzende Neubauten, confronté une radicalité stockhausienne dont on ne ressort que difficilement vivant. Morceau de bravoure du disque, les vingt-cinq minutes de la Sinfonia confirment la folie furieuse – faudrait-il écrire psychiatrique ? – qui s’est emparée en ce soir autrichien d’avril 2006 et on aurait sacrifié nos intégrales Kevin Drumm et Merzbow pour pouvoir en être. Time machine, anyone ?

 

A suivre

Un disque : zeitkratzer & Keiji Haino electronics (zeitkratzer)

03/02/2009

Pit er Pat – High Time

piterpat-hightimeChantre de musiques indépendantes où le concept d’ouverture d’esprit est un maître mot, le label Thrill Jockey démontre, mois après mois, la pertinence de ses choix, jamais prétentieux, toujours défendables. La présence du trio Pit er Pat, depuis les débuts The Babies Are Tired / Lullaby 12 (2004) jusqu’au récent High Time, est à cet égard particulièrement symptomatique des choix stylistiques thrilljockeyens. Perclus d’influences nu jazz exprimées dans des habillages pop d’une redoutable finesse mélodique (écoutez la splendide partie vocale de Evacuation Days, elle ne vous lâchera plus jusqu’au prochain solstice), le mainstream l’ignorera bien sûr superbement, les airs recherchés des Chicagolais détonnent dans ce monde du repiquage élevé au rang d’art. Décorées de ci, de là d’une ligne de basse inoubliablement discrète ou d’une partie de guitare qui doit autant aux notes bleues qu’au continent noir, sans bien sûr négliger l’indie rock du bord du lac Michigan (l’ombre de John McEntire n’est jamais très loin), les chansons de Fay Davis-Jeffers, Rob Doran et Butchy Fuego délaissent la vacuité du beau pour tout discours et interrogent l’intelligence de l’auditeur. Œuvre de pointe certes (tout en étant accessible à tout qui a déjà goûté à Basil Kirchin), complètement intégrée à un corpus musical étalé sur quatre années de grande qualité, la discographie des Pit er Par intègrera à merveille l’intervalle fébrile entre le Birmingham de Pram, le Kenya d’Extra Golden et le Chicago de Tortoise, ce qui ne rend sa fréquentation que plus indispensable ET chaleureuse.

 

Un disque : Pit er Pat High Time (Thrill Jockey)


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01/02/2009

zeitkratzer égratigne le temps

zeitkratzer_HalbTotale_Andreas_HarderEnsemble de musique contemporaine – dans son versant le plus dépoussiéré et moderne – fondé voici une dizaine d’années par le pianiste berlinois Reinhold Friedl, zeitkratzer (égratignure du temps en allemand) confronte depuis ses débuts l’avant-garde instrumentale (John Cage, Stockhausen, La Monte Young…) et la musique électronique. Parution majeure, le coffret Electronics – trois disques également disponibles séparément – confirme le statut unique de la formation germanique dans le petit monde des musiques nouvelles et/ou improvisées. Sans compter qu’il inaugure le propre label de l’ensemble, à la dénomination forcément éponyme.

 

Familiers d’un répertoire qui les voit voltiger entre grands noms de la musique savante du vingtième siècle – mais en dehors de tout académisme – et musiciens ‘populaires’ (dont Lou Reed et son Metal Machine Music, repris avec l’approbation explicite de l’ex-Velvet Underground), la dizaine de membres de l’orchestre met un malin plaisir à brouiller les pistes. Tantôt l’élitisme gronde le populaire, tantôt le rock et l’electronica technoïde dévergondent les musiques atonales, jamais la recherche esthétique ne se subordonne pas à l’expérimentation inaboutie.

 

Enregistrées dans leur majorité dans divers festivals et lieux de concerts européens (Le Lieu Unique à Nantes, le Digressions Festival de Barcelone, le Donaufestival de Krems, Autriche) ainsi que dans leur tanière berlinoise de la Volksbühne, les trois collaborations réunies en ce projet ont pour fil rouge – c’est bien le seul – une absolue indépendance de vue, en dehors de toutes conventions ou de tout formalisme formolisés. Il faut dire qu’on ne réunit pas impunément des esprits aussi libres que Carsten Nicolai, Keiji Haino et Terre Thaemlitz sans prendre quelques risques de clash artistique, il y en a et nous y reviendrons, dans un jeu brûlant qui vaut toutes les chandelles transversales.

 

A suivre...

 

Un coffret : zeitkratzer Electronics (zeitkratzer)

20/01/2009

The Runs, piss, shit and much more

theruns-pissandshitLes titres des morceaux de The Runs (Constipated, Piss And Shit, My Job Sucks) sonneront, peut-être, aux oreilles puristo-puritaines comme une vaste rigolade juste bonne à balancer sa bière à la tronche de John Stargasm. Tant pis pour eux et toute la clique des losers du mauvais goût tendance section CdH de Morlanwelz, l’énergie punkoïde du combo canadien se mêle d’une morgue mélodique décadente qui fait du bien à tous les tympans usés par trente années de fréquentation post-Hüsker Dü. Dead or alive ? It’s up to you, dude.

 

En écoute sur Juno

Un 7’’ : The Runs Piss And Shit (Criminal IQ)

21:21 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : rock, punk, preview, the runs, criminal iq |  Facebook |

11/01/2009

Alien Robots Orchestra – s/t

alienrobotsorchestraC’est un véritable ovni glam pop, tendance baroque assumée, que cet originel / original effort du duo franco-anglais Alien Robots Orchestra, et c’est peu de l’écrire. Projet de deux allumés pas timides pour une intégrale The Divine Comedy, le compositeur François-Elie Roulin et la chanteuse Joanna Swan, l’orchestre en question balance des pépites opéra rock, quelque peu bling bling certes (on sent le travail d’habilleur musical de Roulin pour France 2 ou… le Tour de France), d’où ressort le superbe timbre de voix de Joanna Swan, d’une clarté épicurienne qui n’exclut pas un sens certain de la tragédie. Album concept par excellence, le disque raconte l’histoire de robots qui débarquent sur terre et découvrent qu’ils ne sont que de vulgaires machines. Là où on aurait pu avoir droit à une logorrhée insipide digne des pires comédies musicales post-Le Roi Soleil, Roulin et Swan se distinguent par un sens de la dramaturgie – très – mélodique proprement scotchant, en toute impunité grandiloquente revendiquée. Et si on pourra toujours regretter l’une ou l’autre faiblesse, à l’image de ce solo de guitare démonstratif en pénible rappel de Yes sur Empty Space ou ce clin d’œil trop voyant aux Virgin Suicides sur Loving Machine, la fréquentation rapprochée de cet improbable opus fascine bien plus qu’elle ne rebute.

 

Un disque : Alien Robots Orchestras/t (Bizar Bizar)