10/11/2010

Christina Antipa – Everything Starts To Sing

christinaantipa-everything.jpgMême si Christina Antipa joue du hautbois depuis sa tendre enfance, sa musique est tout sauf du pipeau. Œuvrant dans les travées nu folk qui séparent Tara Jane O’Neil de Dawn Landes et Tamara Williamson, la chanteuse américaine interprète ses chansons ultra-sensibles (mention spéciale à It’s Not Enough) dans une bulle où la tendresse le dispute à la mélancolie, la sensualité à l’autisme – c’est qu’il faut laisser du temps à ses seize morceaux. Au-delà de l’instrumentation, minimale le plus souvent (guitare acoustique ou piano), on pourrait penser que la demoiselle de Sacramento n’est pas la plus grande technicienne de ce début de siècle (certes) mais ses chansons ne nécessitent guère de débauche de pyrotechnie démonstrative. Par ailleurs augmentées, de ci de là, d’extraits cinématiques qui leur donnent un supplément d’âme où l’émotion nous prend encore un peu plus (le magnifique morceau-titre), les compositions de Christina Antipa attrapent les tripes et les relocalisent près du cœur.

 

Un disque : Christina Antipa – Everything Starts To Sing (Waterhouse Records)

18/08/2010

Nina Nastasia – Outlaster

nina-nastasia-outlaster.jpgDentellière des temps modernes aux armes changées en guitare acoustique, Nina Nastasia n’a eu de cesse de nous enchanter au cours de ses divers albums – on y trouve Run To Ruin au sommet – pour un seul demi-échec aux côtés de Jim ‘Dirty Three’ White en 2007 (You Follow Me). Ne pouvant définitivement pas rester sur cette impression saumâtre, la New-Yorkaise a remis les instruments (cordes, guitare & co) sur le métier, pour un disque à ranger au faîte de sa discographie. Nettement moins empêtré dans le tapis d’expérimentations qui ne lui convenaient guère, Nastasia ressuscite le canevas folk de ses comptines, qui touchent directement au cœur. Magnifique de douceur, sa voix fait plus que jamais des merveilles de tendresse, sans affect ni guimauve. Accompagnée d’une troupe de musiciens de tout haut vol – ils offrent à ses chansons alanguies un écrin d’une beauté élégiaque qu’on emmènerait au paradis, la demoiselle from NYC n’attend plus qu’une scène belge pour l’accueillir. Dans l’intervalle, nous lui lançons ce cri : Nina, you’re my only true love (euh, Shannon Wright aussi).

 

Un disque :
podcast
(FatCat)

 

13/08/2010

Frazey Ford – Obadiah

frazeyford-obadiah.jpgChanteuse des très bons The Be Good Tanyas, Frazey Ford tente une première échappée solo en Obadiah, et elle a bien raison. Inspirée de l’univers immense de Neil Young tel qu’Alela Diane (la moderne) ou Ann Peebles (l’ancienne) auraient pu le pervertir – du côté soul plus que folk, donc – la songwriter canadienne nous a pondu une petite grande merveille de disque à ranger précieusement, car on sait qu’on y reviendra souvent. Arrangements capitonnés au coin d’un été chaud et humide, mélodies enivrantes d’un bonheur qui se partage au coin d’une fin de soirée midtempo, les chansons au nombre de treize témoignent d’un bonheur intim(ist)e qui donne envie de revivre le passé et d’anticiper l’avenir. Oui, tout ça.

 

Un disque : Frazey Ford – Obadiah ( Nettwerk )

 


podcast

 

28/05/2010

Justin Nozuka – You I Wind Land And Sea

justin-nozuka-you-i-wind-land-and-sea-Sortez la collection de mouchoirs tâchés par les premières règles de la cousine qui s’extasie devant AQME et Christophe Maé, l’ignoble Justin Nozuka est de retour. Déjà qu’en 2007, on avait été obligé de coltiner l’insupportable Holly – et c’était tout sauf jojo, à moins de considérer Maroon 5 comme des métalleux stoner apocalyptiques. Trois années de turpitude plus tard, le même désastre est au rendez-vous. Chansons pop folk mielleuses à rendre punk Amandine Bourgeois, mélodies rock – on ne pouffe pas, ou plutôt si – qui ferait passer Bryan Adams pour un membre des Queens Of The Stone Age, on tient trop au prix du papier pour y consacrer plus de quelques lignes. Au bac !

 

Un disque : Justin Nozuka You I Wind Land And Sea (PIAS)

24/11/2009

Shannon Wright – Honeybee Girls

shannonwright-honeybeegirlsJour après jour, siècle après siècle, elle nous hante, elle nous possède, elle ne nous lâche plus. Elle, la musique de Shannon Wright, est une odyssée vers une éternité rock, le vrai, celui hérité des héroïnes intemporelles que fut, qu’est Patti Smith. De sa carrière sans le moindre faux pas, à la – très – relative exception d’une collaboration bancale avec Yann Tiersen, la demoiselle d’Atlanta retire la substantielle moelle de son art sur ce nouvel Honeybee Girls. De la carrure énervée et psychanalytique du fantastique opus ‘Over The Sun’, elle fait rugir une basse et une guitare furieuses sans jamais être exhibitionnistes (Embers in Your Eyes, Trumpets On New Year’s Eve), du précédent et formidablement touchant Let In The Light, sans oublier les délices tourmentés du fondamental Dyed In The Wool, elle conserve une sérénité retrouvée. Oh, la souffrance n’est jamais bien loin, elle est toutefois d’une telle évidence que  sa troublante présence, entre larmes et frissons, donne une dimension supplémentaire à des chansons, d’une époustouflante maîtrise émotionnelle (tout le reste de l’album !). Et surtout, faudrait-il écrire plus que jamais, la qualité des compositions de Shannon Wright atteint un degré de perfection entre rage et lumière qui conforte son immanquable emplacement au panthéon éternel de nos envies musicales. On ne t’aime plus Shannon, on t’adore. For ever.

 

Un disque : Shannon Wright – Honeybee Girls (Vicious Circle)


embers in your eyes - Shannon Wright

Sympathy On Challen Avenue - Shannon Wright

12/11/2009

Cate Le Bon – Me Oh My

cate-le-bon-me-oh-myRemarquée en featuring du tubesque I Lust U du duo électro pop Neon Neon (soit Boom Bip et Gruff 'Super Furry Animals' Rhys), la Galloise Cate Le Bon aborde un toute autre genre sur ce second effort, intimiste sur l'os et mélancolique dans son brasier couvant.

Les premières secondes, un jeu de guitare rappelant Joanne Robertson, donnent le ton, il est tout sauf lénifiant. Ponctué d'étranges sonorités d'un clavier déglingué et blafard, le morceau-titre nous fait toutefois chanceler, entre fascination dark et perplexité ralentie. Alors, de l’art ou du cochon ? La suite, d’une féerie qui frise la préciosité (Sad Sad Feet), est révélatrice d'un penchant trop évident pour les amours entre Nico et le Velvet Underground un certain Sunday Morning. Tout en ne jouant pas la carte du m’as-tu-entendue, la demoiselle de Cardiff nous conte ainsi ses histoires d'amour, que l'on devine désenchantées et nostalgiques, et on se croit parti pour un disque insignifiant de plus. Sauf que… Plus rock en apparence (Hollow Trees House Hounds), d'autres instants dévoilent les instincts de troubador folk de la donzelle, très charmante par ailleurs. Et quand la simplicité naturelle d'un violon celtique orne son très joli timbre de soprano des champs, ou quand un bête Casio souligne en douceur minimale une ligne vocale tout simplement superbe (Terror of The Man), on en vient même à regretter que Me Oh My ne dure que trente-cinq minutes. Chiche qu’on y revient dans quelques mois.

 

Un disque : Cate Le Bon Me Oh My (Irony Bored)

18/10/2009

Laura Gibson – Beasts Of Seasons

lauragibbson-beastsofseasonsMise à l'honneur en ces mêmes pages voici moins d’un an, Laura Gibson nous avait à l’époque fait parvenir son premier album, le parfaitement recommandable If You Come To Greet Me sorti sur l’épicerie fine espagnole Borne!. En adepte d'une folk music qui trempait sa mélancolie dans l'encre de Peter Broderick (il était du nombre présent sur le disque) et d'Adam Selzer (qui le produisait), la demoiselle américaine nous avait profondément séduits par son naturel, désarmant comme du Julie Doiron et beau comme du Mariee Sioux.

C'est donc rempli d'un enthousiasme débordant que notre lecteur a englouti ces bêtes des saisons, bien plus automnales que printanières et, pour la petite histoire, première sortie du nouveau label berlinois Souterrain Transmissions. Divisée en deux parties (Communion Songs et Funeral Songs), l'œuvre débute par deux titres d'une grande tristesse, heureusement jamais surjouée, qui évoque la rencontre des grandes Billie Holliday et Sibylle Baier. Le troisième morceau Spirited vient, heureusement, mettre du baume au coeur, aux battements rythmés par Feist sur fond de nymphe des bois. Entre envolées belles à pleurer sur le Carbon Glacier de Laura Veirs et magnifiques arrangements, riches et décorés comme du Lambchop, le temps vire à novembre, et sa morte saison.

 

Un disque : Laura Gibson Beasts Of Seasons (Souterrain Transmissions)


Shadows On Parade - Laura Gibson

Spirited -

17/06/2009

St Vincent – Actor

stvincent-actorIl est de ces souvenirs qui émerveillent à jamais le parcours discographique d’un(e) artiste. Back in 2007, Annie Clark – dites St Vincent, merci -  présentait à la face du monde son premier Marry Me, une telle proposition séductrice ne pouvait décemment se refuser. D’une grande douceur, caresse ultime pour nos oreilles abreuvées à l’incontournable The Beginning Stages of… de The Polyphonic Spree (dont la demoiselle fit un jour partie).

Toujours d’une classe ultime, celle touchante d’une My Brightest Diamond qui aurait viré gentle pop (Midlake meets Bat For Lashes, kinda), le second effort de la Chicago girl est un – très – grand cru, ceux dont on se repaîtra des années durant, on en prend le pari. Mélodies d’une tendresse acidulée, là où pointe un soupçon de psychédélisme rêveur de Hope Sandoval en tenue d’orage, les hymnes de la belle décochent des flèches en plein cœur, qui en redemande. Malgré – ou à cause de – ses éléments disparates, entre caresses et distorsions, à mi-chemin entre dolce vita et Williamsburg, la tentation de devenir un Actor est irrésistible. Allo, l’Actor’s Studio ?

 

Un disque : St Vincent – Actor (4AD)


The Strangers - St. Vincent

Laughing with a Mouth of Blood - St. Vincent

09/06/2009

Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve

tallpaulgrundy-stuffExilé mancunien un jour échoué dans les parages géographiques d’un couvent lillois, Tall Paul Grundy – il dépasse allègrement le 1m90 – émarge à cette caste précieuse des singers songwriters britanniques dont le discret parcours ne cesse de nous fasciner (à l’image de cet autre loser magnifique qu’est John Cunningham). Adepte de formes simples – une guitare folk ou un clavier, le plus souvent – maîtrisées à la perfection, ce qui rajoute à leur émotion réelle, le musicien anglais dévoile en toute pudeur des mélodies admirables de retenue. Jamais pris en flagrant délit de forçage de trait, Grundy laisse filer au naturel des chansonnettes qui prennent leur juste place à la gauche de groupes aussi indémodables que les Pernice Brothers. Laissant à chacun le soin de guider ses pas sur des mélopées aux fins traits de comptines pour grands enfants de la pop old skool, notre homme évite de nous flanquer des grosses louches dans la tronche, n’imposant jamais, proposant toujours. Parmi la multitude des réussites de ce disque exemplaire de modestie mi-chantée mi-déclamée (on est moins fan du spoken word de Doing Right By Others), des titres comme Strange Lark sont une bénédiction, grâce à des backing vocals d’une désarmante humilité. C’est qu’il est fort en harmonies vocales, le gars Tall Paul.

 

Un disque : Tall Paul Grundy – Stuff We’ll Never Solve (Structure Records)


Cardboard England - Tall Paul Grundy

Doing Right by Others - Tall Paul Grundy

26/05/2009

Niobe – Blackbird’s Echo

Niobe – Blackbird’s EchoLorsqu’il nous arrive de remontercriti le cours de la carrière d’Yvonne Cornelius (aka Niobe) on s’aperçoit que quelque part sur une étagère traîne encore un White Hats, précédent effort de la diva germano-vénézuelienne. Sans doute était-ce ces tentatives de prétentieuses de complexifier des choses qui ne méritaient pas de l’être, toujours est-il qu’une certaine circonspection prévalait avant l’écoute de cet écho de l’oiseau noir, quatrième sortie de la (jolie) demoiselle de Cologne. Le premier morceau Silicone Soul fait craindre une raide redite du passé, qui s’arrête toutefois à l’orée de You Have A Gift, tentative neo-folk réussie au discret second degré acidulé. A d’autres instants, hélas plus nombreux, on aimerait davantage de lâcher-prise à la Chica & The Folder, encore que Niobe fasse preuve d’une maîtrise vocale supérieure à celui de la Chilienne de Berlin (et le problème, c’est qu’elle ne le sait que trop bien). Et vu que sa propension à dégommer les genres tend plus de l’artifice arty que d’une réelle complicité sensorielle, nous nous permettrons de décliner poliment l’invitation.

 

Un disque : Niobe Blackbird’s Echo (Tomlab)


You Have a Gift - Niobe

Blackbirds Echo - Niobe