25/04/2009

Caroline Weeks, en pleine folk

Caroline Weeks – Songs For EdnaAu vu du succès indéniable de Bat For Lashes – elle est multi-instrumentiste du groupe qui accompagne Natasha Khan – l’Anglaise Caroline Weeks (aucun lien avec Greg) ne doit pas ressentir le besoin financier d’enregistrer son propre album solo. Bien lui en a pris de s’en remettre à son désir artistique, à l’écoute des jolies comptines folk qui garnissent le panier de son Songs For Edna (les textes sont de la poétesse américaine de la première moitié du 20è siècle Edna St Vincent Millay). Minimales dans leur accompagnement fingerpicking de sa guitare flamenco, les chansons de la demoiselle de Brighton ont déjà leur place – méritée – au milieu d’un cercle restreint dont les meilleurs rayons ont aussi pour nom Diane Cluck ou Vashti Bunyan.

 

Un disque : Caroline Weeks Songs For Edna (Manimal Vinyl)

14/04/2009

Soap & Skin – Lovetune For Vacuum

soapandskinLe début 2009 marquerait-il l’ascension de (très) jeunes femmes à peine sorties de l’adolescence ? Après l’étonnante Jessica Lee Mayfield et sa voix assumée de trentenaire aux accents de Tara Angell, le tour est venu de se plonger dans l’univers sombre et tourmenté de Soap & Skin, alias Anja Plaschg, dix-huit printemps à peine au compteur. Deux années après l’incroyable White Chalk de PJ Harvey, un autre grand disque de chansons fragiles au piano vient compléter une chère obscurité en trait commun de l’expérimentée anglaise et de la jeune autrichienne. Au-delà des comparaisons faciles avec Tori Amos qui fleurissent (ben ouais, une fille, un piano, ça suffit pour les faibles en imagination), sans même parler d’un ridicule rapprochement avec Bat For Lashes, c’est avant tout la personnalité forte de son auteure qui ressort, on l’imagine traversant les nuages d’avant la tempête des mélodies orageuses plein la tête. Tout cela ne fait que confirmer le talent unique d’une grande interprète qui, dès son premier ep de l’an dernier, s’était permise de reprendre le Janitor Of Lunacy de l’incomparable Nico. Au-delà des atmosphères noirâtres de ce Lovetune For Vacuum dont on reparlera en fin d’année, c’est le talent de la demoiselle pour la composition de vraies chansons qui secoue les tripes et la tête (Shannon Wright, anyone ?). Rendez-vous obligatoire le 16 mai aux Nuits Botanique.

 

Un disque : Soap & SkinLovetune For Vacuum (Couch Records / PIAS)

Sleep - Soap & Skin

Thanatos - Soap & Skin

Brother of sleep - Soap & Skin

03/04/2009

Jeremy Warmsley – How We Became

Jeremy Warmsley – How We BecameIl faudra bien le trouver un jour, cette fontaine de jouvence où les songwriters anglo-saxons puisent leur inspiration, histoire d’y envoyer se faire rafraîchir – ou se noyer, dans certains cas désespérés – tous les pseudo-mélodistes à deux balles de la chanson franchaige. Cette source inépuisable, le Londonien Jeremy Warmsley a dû la fréquenter, posté entre la morgue salutaire d’un Rufus Wainwright et l’élégance raffinée d’un Neil Hannon confrontée au timbre de Morrissey. Jamais faussement timide, d’une grandeur d’âme épique jusqu’au paroxysme (Lose My Cool), la musique du musicien anglais visite, toutes voiles dehors, des ballades éprises d’Ed Harcourt (Sins (I Try)). Moins convaincant dans un registre électro-pop évadé de chez Morr Music pour finir chez euh… Maximilian Hecker (la chanson-titre), Warmsley révèle un sens du tragique pleinement absorbant, le producteur Markus Drays n’étant pas passé par les consoles d’Arcade Fire pour rien. En dépit de deux ou trois maladresses coldplayennes qui gâchent l’ensemble, on y reviendra, à commencer par le duo americana Boat Song où la voix d’Emmy Le Grand apporte la chaleur d’Allison Kraus à une pop baroque souvent du meilleur effet.

 

Un disque : Jeremy Warmsley How We Became (Transgressive Records / Warner)

23/03/2009

Domenico Solazzo – Deadend

domenicosolazzo-deadendLe monde de la musique a ceci de merveilleux qu’il permet, chaque jour pratiquement, de se replonger dans l’essence même de l’humanité, ces contacts interpersonnels avec des personnages passionnés par leur art à un stade jamais démenti. Collaborateur de RifRaf depuis quelques mois, le Bruxellois Domenico Solazzo – musicien multi-genres dont les goûts artistiques et la maîtrise instrumentale l’emmènent sur les traces du (post) rock, du métal et du (free) jazz – mène depuis 2003 une itinéraire d’enfant médiatiquement peu gâté qui force le respect. Sa dixième œuvre Deadend, si elle se veut un chouia plus pop que ses précédentes, démontre surtout que l’homme de Schaerbeek s’y entend à merveille pour trousser des mélodies fortes de leur délicatesse tourmentée (Length Of Time, Mulunde), sur lesquelles on aimerait – aussi – voir se poser la voix d’une Half Asleep ou d’un Olivier Andu. N’y voyez toutefois nulle critique de l’organe vocal de notre homme, que du contraire, le chant n’étant qu’une des variables de son univers, d’une musicalité infiniment riche et variée. Entre guitares à l’ouest du stoner et du Godspeed, saxophone énervé, xylophone en quête de Steve Reich, percussions furtives et cordes synthétiques échappées d’Alpha, Solazzo tire le monde vers le haut, tout en trouvant ça et là des gimmicks arabisants inoubliables (Mescaline). Et nous l’affirmons sans complaisance aucune, ce n’est d’ailleurs pas le genre du personnage, son disque est tout simplement remarquable.

 

Un disque : Domenico Solazzo Deadend (Autoproduction / LAP Records)

Mr.Kewl - Domenico Solazzo

Length Of Time - Domenico Solazzo

Mescaline - Domenico Solazzo

20/02/2009

Julie Doiron, en elle-même, différente

juliedoiron-icanwonderChaque étape du parcours de Julie Doiron nous révèle, un peu plus, un peu mieux, l’étendue de sa riche personnalité. Minimalisme anti-folk à l’époque de Heart And Crime (2002) ou pop songs classe en 2007 pour Woke Myself Up, la chanteuse du New Brunswick enivre de sa simplicité coutumière. Anno 2009, le nouvel épisode I Can Wonder What You Did with Your Day nous la présente sous la vareuse d’une Sugar Kane qui se souvient de son séjour son premier indie rock band Eric’s Trip. Sincerely hers.

 

Un disque : Julie Doiron I Can Wonder What You Did with Your Day (Jagjaguwar)

 


Consolation Prize - Julie Doiron

07/02/2009

Les petits enfers de Marissa Nadler

marissanadler-littlehellsAdmirer la plastique de Marissa Nadler est une chance, écouter l’envoûtement de sa voix sombrement lumineuse un ravissement éternel. Magnifique d’un gothisme réverbéré qui remplit l’espace d’une salle de concert comme peu savent le faire (Larkin Grimm ou Alela Diane peut-être, Hope Sandoval sûrement), son organe vocal nous donne rendez-vous sur un quatrième album dont on peut simplement espérer qu’il rejoindra au pinacle le sublimissime Songs III: Bird on the Water.

 

Un disque : Marissa NadlerLittle Hells (Kemado Records)

Heart Paper Lover - Marissa Nadler

Rosary - Marissa Nadler

Little Hells - Marissa Nadler

06/02/2009

Gustaf Spetz en première solo

gustavspetz-goodnigtmrspetzEn congé définitif de son groupe Eskju Divine, le singer songwriter suédois Gustaf Spetz exhume les faux semblants shoegazing en ouverture de son premier effort solo. De ce camouflage décibellique haché menu au bout de quarante (et une) secondes, il surgit tel un jeune homme romantique armé d’un piano envolé, c’est pour nous proposer onze pop songs aériennes et haut perchées (cette voix !).

 

Un disque : Gustaf Spetz Good Night Mr. Spetz (Imperial Recordings)

1Goldenfeathers.mp3 - Gustaf Spetz

3 Burn it, crush it, smash it.mp3 - Gustaf Spetz

6 Restless.mp3 - Gustaf Spetz

9 Dewdrop.mp3 - Gustaf Spetz

26/01/2009

Alela Diane se tient tranquille

aleladiane-tobestillMerveilleux indicateur d’un temps qui a passé en la profonde compagnie de sa voix unique de folk singer baignée de gospel, Pirate’s Gospel de la (désormais) incontournable Alela Diane fait à jamais partie de ses albums qui vous bouleversent une vie de music freak. Très attendu – et c’est peu de l’écrire – son successeur To Be Still – nous aura fait patienter plus deux ans (mais oui) et si certaines orientations stylistiques dénotent une volonté de ratisser plus large (à quoi bon la batterie de White As Diamonds ?), on y jettera une oreille forcément toujours de bon aloi. En attendant une tournée européenne aux étapes parisienne (Bataclan, le 6 avril) et bruxelloise (AB, le lendemain).

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Alela Diane To Be Still (Fargo Records)

23/01/2009

Soccer Committee & Machinefabriek – Drawn

soccercommitteemachinefabriek-drawnQuestion: Rutger  Zuyderveldt a-t-il trouvé la recette pour rester éveillé 24h sur 24, 7 jours sur 7 ? Au rythme actuel de ses productions, sur lequel la rubrique Love On The Bits est revenue le mois dernier, le doute est permis, tant le niveau de constance dans la qualité supérieure de sa démarche reste impressionnant. Associé à sa compatriote néerlandaise Mariska Baars, alias Soccer Committee (c’est loin d’être une première), Machinefabriek tisse des atmosphères d’une délicatesse incomparable à un tel niveau de connivence entre l’electronica dépouillée, la folk et l’acoustique contemporaine, magnifiée de la voix sublime de Baars, au phrasé élégant et qui ne force jamais la note (écoutez Di-o-day, vous nous en donnerez des nouvelles), à l’instar de Tara Jane O’Neil en ses meilleurs moments et ils sont nombreux. Inutile d’ajouter qu’un tel disque, long de ces vingt-quatre courtes minutes, ne voit son intérêt croître qu’au fil des écoutes, que nous vous souhaitons nombreuses.

 

Un mp3 : Soccer Committee & Machinefabriek Cristopher (for Suzanne) 

Un disque : Soccer Committee & Machinefabriek Drawn (Morc Records)

18/01/2009

Annelies Monseré – Somewhere Someone

anneliesmonsere-somewheresomeoneL’heure étant plus que jamais à ces pseudo-artistes imitatrices de Dusty Springfield et Amy Winehouse, il est réconfortant d’entendre de vraies personnalités – discrètes comme elles sont attachantes – tracer leur sillon, en toute lenteur, en pleine humilité. Auteur en 2005 d’un premier disque dont le temps n’a fait que confirmer la juste place aux côtés de Jessica Bailiff, la Gantoise Annelies Monseré nous fait patienter, et de quelle manière sur cet EP qui confirme sa patte sombre et vaporeuse, inquiète et éthérée. Musicalement, le dépouillement dont fait preuve la compagne de Wim Lecluyse (responsable du label Morc) renforce la dynamique immobiliste de ses six nouveaux titres, d’une forte personnalité alanguie qui donne paradoxalement envie de s’allonger dans les bras de l’enfer, histoire de mieux capter un monde entre sérénité coupable et malaise réconfortant.

 

Un mp3 : Annelies Monseré – Golden

Un disque : Annelies Monseré Somewhere Someone (Morc Records)


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