08/12/2008

Isobel Campbell & Mark Lanegan – Keep Me In Mind Sweetheart

isobelcampbellmarklanegan-keepPour une suite du magnifique Sunday At Devil Dirt, le second opus de la belle écossaise et de la bête américaine, sorti en début d’année, c’en est une superbe que cet EP, enregistré lors des sessions de leur désormais célèbre dimanche diabolique. Toutes les qualités d’Isobel Campbell et Mark Lanegan se confirment, d’éclatante manière, sur ces six titres à mettre en toutes les oreilles. Ballade organique dans la foulée de (Do You Wanna) Come Walk with Me?’, titre majeur du premier album (Keep Me In Mind Sweetheart), volutes américana aux accents jazzy (Flight Fire With Fire), déchirante romance à flinguer toute la discographie de Lee Hazlewood (Asleep On A Sixpence), violon à quatre sous en quête d’une pièce (Violin Tango), tout subjugue, tout séduit, tout prend aux tripes. Sans même parler de l’intemporel Rambling Rose, titre qui ne se démodera jamais, à l’image d’un duo qui fréquente son passé pour mieux éclairer notre avenir.

 

En écoute sur MySpace

Un EP : Isobel Campbell & Mark LaneganKeep Me In Mind Sweetheart (V2)

05/12/2008

Laura Gibson – If You Come To Greet Me

lauragibson-ifyoucomeAussi méconnue chez nous que sa folk music est recommandable, l’Américaine Laura Gibson soutient, sans hésitation aucune, la comparaison de la grande Julie Doiron, tant ses inflexions ravageuses de sensibilité perlée l’amènent au nirvana sensible de notre Canadienne préférée. Produite par Adam Selzer (Norfolk & Western), oui tout de même, et joué par une huitaine d’excellents musiciens dont Peter Broderick, le disque fait partie de ces trésors trop bien cachés de la musique américaine, celle qui nous a révélé Alela Diane et Mariee Sioux. Traversé d’onze titres tous plus impeccables les uns que les autres, certains atteignant un degré d’émotion triste à se jeter d’un pont tant c’est beau (Nightwatch, sa guitare, sa scie musicale), d’autres perfectionnant une mélancolie joyeuse des frimas automnaux (Broken Bottle). Le plus miraculeux étant le naturel de la jeune Laura, jamais bobo pleurnicharde, jamais pimbêche revendicative. Quelquefois, la ballade se fait même bucolique et tendre, toujours entre amis de bonne compagnie (Small Town Parade), comme nous partagerons volontiers leur quignon de pain et la chaleur de leur présence humaine.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Laura GibsonIf You Come To Greet Me (Borne Recordings)

30/11/2008

Antony & The Johnsons - Another World EP

antonyandthejohnsons-anotherworldNous sommes en 2050, quelque part entre Mars et Monceau-sur-Sambre. Demi-siècle aidant, le JDBV de service passe en revue les noms qio ont compté en ces cinq décades marquées par la disparition définitive du support physique, seuls quelques nerds déphasés continuant d’encombrer leurs appartements de piles gigantesques entassées sur d’antiques armoires Ikea. Homme ordonné, notre esthète musicien débute par la première lettre, décorée d’un élégant baroquisme en parfaite adéquation avec la subtilité vocale d’un certain Antony Hegarty, incontournable androgyne dont le timbre de contralto marqua son temps, notamment sur un second album I Am A Bird Now vite légendaire. Nous sommes bientôt en 2009, un nouvel EP Another World bouleverse autant qu’il convainc, il nous dévoile surtout l’immense richesse d’un artiste dont le chemin n’a pas fini de nous surprendre. Hope there is someone who takes care of me.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Antony & The Johnsons Another World

Un EP : Antony & The Johnsons Another World (Rough Trade)

03/11/2008

Christophe Bailleau & Neal Williams – On Soft Mountains We Work Magic

bailleauwilliams-onsoftmountainsMusicien français exilé en terres wallonnes (il habite à Huy), Christophe Bailleau nous a donné à entendre par le passé des paysages sonores au pire intéressants, le plus souvent captivants de retenue fragile. En témoignent les visiteurs de son installation sonore L’Echappée Belle, en collaboration avec Julie Maréchal et Paradise Now et présentée au dernier festival CitySonics, l’électronicien hutois s’érige en disciple inspiré de ses contemporains Mitchell Akiyama et Christian Fennesz (cfr. le troisième morceau Eden), qu’il œuvre en solo ou en duo. Associé le cas présent au chanteur folk américain Neal Williams, illustre inconnu d’un bataillon il est vrai peuplé, Bailleau nous offre plusieurs pièces plutôt introspectives de son propre cru electronica, parmi lesquelles nous retiendrons le très subtil dialogue Emulette entre guitare et laptop, le tout ponctué de field recordings délicatement choisis. De son côté – le disque ressemble plus à une alternance de styles qu’à une réelle conversation – le songwriter américain nous propose une sub-li-me mélodie, hélas trop brève, que Simon & Garfunkel eux-mêmes n’auraient pas reniée (Future Plans), tout en connaissait les classiques d’Elliott Smith (le très triste et beau When Does It Start). Au final, si le contraste des genres n’atteint pas le degré de radicalité folktronica de Tangtype, les dix titres se laissent apprécier à leur juste valeur, perchée bien haut dans les sommets.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Christophe Bailleau & Neal Williams On Soft Mountains We Work Magic (Fenêtre Records)

31/10/2008

Jolie Holland, op. 4

jodieholland-thelivingandthedeadLa musique de Jolie Holland ne révolutionnera certes jamais le petit – et le grand – monde de l’americana, trop éloignée qu’elle est des plus audacieuses Josephine Foster ou Tara Angell. Cela importe peu, à vrai dire, tant ses intemporelles mélodies frémissent tels de futurs grands classiques, bichonnés au fusain par les toujours passionnants M. Ward, Jim White et Marc Ribot. Tel un appel d’une vieille amie fidèle que l’on retrouve après des années d’oubli, la voix inchangée à l’autre bout du téléphone.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Jolie Holland Mexico City

Un disque : Jolie Holland The Living And The Dead (Anti-)

30/10/2008

Duo de Scorces

scorces-iturnintoyouCes pages l’ont assez dit et répété, Christina Carter est une des très rares voix féminines dont la seule présence scénique justifierait un déplacement à l’autre bout de l’Hémisphère Sud. Associée dans Scorces à Heather Leigh Murray, la chanteuse des Charalambides se glisse dans la guitare de sa comparse (quand les rôles ne sont pas inversés) dans des complaintes étirées d’un ésotérisme überhabité où il fait étrangement bon flâner.

 

Deux mp3 (extraits de Vivre Avec La Bête, 2003) : Scorces Es-Tu La Bête Ou Moi?

Scorces Où Est la Rose?

Un double LP : Scorces I Turn Into You (Not Not Fun Records)

Dieter Schöön – LaBlaza

Dieter Schöön-LaBlazaOu quand derrière un étrange nom au double Umlaut se cache une curiosité indie pop sortie de nulle part, telle pourrait être le credo de Dieter Schöön, songwriter suédois de son état, 37 ans au compteur – le plus bel âge – pour son seulement premier album. Férocement bricolo mais d’une toute autre veine que le pénible Henning Specht, cet opus inaugural pioche dans les racines grégaires de son époque, entre des Calexico torchés au maïs, un F.S. Blumm électro pop ravagé au free jazz et des Au Revoir Simone au masculin en plein délire cynique. Ne manquant ni d’esprit ni d’autodérision, jamais en rade d’une confrontation inattendue – genre Beck vs Ms John Soda, Dieter Schöon envoie Casper au pays des Beach Boys, quand il ne ressuscite Richard Strauss – oui, le compositeur de Also Sprach Zarathustra – quelque part sur le label Type. Le tout pour un disque complètement délectable et recommandable.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Dieter SchöönLaBlaza (Headspin Recordings)

27/10/2008

Arthur Russell also went americana

arthurrussel-loveLa mort, cette chienne lubrique, nous a privés des plus beaux joyaux du génie Arthur Russell, ceux que cette saloperie de virus en quatre lettres l'a empêchés d'écrire. Nouveau regard sur l'immense talent de l'artiste américain, Love Is Overtaking Me quitte les rives de la disco barrée du genou, c'est pour mieux nous prouver les concordances de vue entre l'auteur de Calling Out of Context et une americana dérangée à la Townes Van Zandt. Importantissime, once more.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Arthur Russell Love Is Overtaking Me (Rough Trade)

10/10/2008

La noirceur originale de Christina Carter

christinacarter-originaldarknessEn ces temps de tempête financière, elle émerge du néant, telle un roc où les naufragés boursicoteurs se recueilleront en prière devant sa voix mi-angélique mi-mortifère. Elle, c’est Christina Carter, toujours moitié des Charalambides, et sa nouvelle contribution solo Original Darkness. Pour des mots qui résonnent plus que jamais jusqu'à l’émouvant.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Christina CarterOriginal Darkness (Kranky)

06/10/2008

Sharron Kraus – The Fox’s Wedding

sharronkraus-thefoxsweddingLoin d’être une novice de la folk music, celle d’Espers, d’Islaja ou de Fursaxa, Sharron Kraus en est déjà à son cinquième album solo, sans compter ses autres projets Leaves From Off the Tree (en compagnie de Meg Baird et Helena Espvall) et Tau Emerald (avec Tara Burke). Absolument impeccable de bout en bout, The Fox’s Wedding réussit la gageure suprême de concilier l’intemporalité de son propos et la modernité de son époque. Déjà des classiques de la musique folk alors qu’ils n’ont que quelques mois (à l’exception de Thrice Toss Those Oaken Ashes, écrit par Thomas Campion à la fin du seizième siècle), les douze titres de l’album baignent dans une ambiance légèrement acide, résultat de la fréquentation assidue de la musicienne d’Oxford avec ses amis Greg Weeks et Meg Baird (Espers), qui ne théâtralise jamais un propos qui n’en a pas besoin, et c’est admirable. Derrière une modestie dont nous lui saurons gré à jamais, la docteur en philosophie de la Oxford University – c‘est ça, la classe – débroussaille l’héritage de John Dowland, tout en lui conservant l’immense respect qu’elle lui voue, en le soumettant à la critique de ses contemporaines, qu’elles soient appalachiennes, finnoises ou anglaises. Comme en plus, elle est accompagnée de musiciens de la plus haute tenue (ah, les arrangements de cordes de In The Middle of Summer!), ne reste plus qu’à se taire. Pour encore mieux apprécier.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Sharron Kraus The Fox’s Wedding (Durtro / Jnana)