03.06.2010

Scuba – Triangulation

Scuba-TriangulationPersonnage central de la scène dubstep, Paul Rose aka Scuba dépasse les étroites frontières de l’infra basse sur son second opus Triangulation – direction un cap où les coups de boutoir aspergent de leur élégance racée une folle envie de violence. Flirtant sans jamais tomber dans la putasserie avec des genres aussi divers que l’electronica, la techno et le trip hop – mais oui, écoutez, le DJ résident du Berghain déboule dans le champ de vision des tout grands producteurs de notre temps, aux côtés de Benga ou de Burial pour ne citer qu’eux.

A la fois terriblement angoissantes, voire mortifères, et excitantes, voire fun, les tracks de Scuba détiennent un pouvoir de percussion absolument incroyable. Construite sur des basses lourdes d’une profondeur inouïe, sa vision intègre au sein de sa fausse langueur une dynamique opaque au premier regard. Les premières secousses encaissées tel un tsunami surgi des profondeurs océaniques, on se laisse transpercer par ses impitoyables coups de boutoir, ils nous percutent jusqu’au plus profond des tripes et des cervicales.

 

Un disque : Scuba – Triangulation (Hot Flush Recordings)

23.05.2010

Michael Fakesch – Exchange

Michael-Fakesch-ExchangeMembre de Funkstörung jusqu’au split du duo allemand en 2006, Michael Fakesch se livre à l’exercice périlleux du remix – sur lequel il redonne vie à son propre label Musik aus Strom.

Très à son aise dans d’excitantes relectures qui bougent les fesses (Scattfolding, Shadowhuntaz, Raz Ohara ou Hecq), le producteur teuton s’emmêle les pinceaux dans sa révision de Bomb The Bass, où la présence de Paul Conboy en featuring donne des allures pédantes à un pseudo-Thom Yorke se touchant le mou sur des montagnes russes dub house. Amoureux de funk – à l’excès, Fakesch convie à sa table de mixage un formidable (ou agaçant, c’est selon) imitateur de l’artiste anciennement connu sous le nom de Prince. Hélas, l’obsession se transforme vite en affliction (Taprikk Sweezee en guest star chez Towa Tei, Kidkanevil et Herbert) et ce n’est pas la révision classieuse de l’essentiel Gloomy Planets de The Notwist qui nous fera changer d’avis.

 

Un disque : Michael Fakesch Exchange (Musik aus Strom)

04.05.2010

Clara Moto – Polyamour

Clara-Moto-PolyamourProductrice autrichienne à qui l’EP Glove Affair de 2007 avait immédiatement donné du crédit – et pour notre plus grade joie, il est de la partie trois ans plus tard, Clara Moto trouve en la maison InFiné le cadre idéal à ses délicatesses électroniques. Compagne d’épopée d’un Danton Eeprom qu’on ne peut que recommander, la jeune compatriote de Fennesz déjoue les hypes dansantes, conjuguant techno minimale en quête d’absolutisme repu et deep house saupoudré de vagues de chaleur réconfortante. Jamais en mal d’une délicatesse mélodique rare à un tel niveau d’emballement, Clara Prettenhofer (au civil) aligne les délices, seule aux machines ou aux côtés de sa compatriote Mimu aux vocals. Présente sur trois titres impeccables à un tel point qu’on les verrait très bien édités du côté de Monika Enterprise, cette dernière insuffle une brise électro pop à un album qui transforme en (presque) or tous les genres qu’il touche, du plus dansant au plus home listening.

 

Un disque : Clara Moto Polyamour (InFiné)

02.03.2010

Danton Eeprom – Yes Is More

Danton-Eeprom-Yes-is-MoreQuand il est affaire de chiffres (un peu)… et de cœur (beaucoup). En 2009 (ou en 2010, 2011…) la French Touch 2.0 trace plus que jamais sa voie, tracée à coups de sillons dansants classieux et de mélodies pop aux mille trouvailles. A l’autopsie de Yes Is More, premier effort longue durée de l’hexagonal Danton Eeprom, le genre ne cesse de confirmer ses nuances spongieuses. Intégrant l’héritage universalisant d’une floppée de stars de la dance music, d’Ellen Allien à Simian Mobile Disco en passant par Sébastien Tellier – façon Sexuality – et, qui d’autre ? – les essentiels Poni Hoax, le producteur marseillais s’invite d’emblée à ta table (de mixage) des tout grands. Adepte de sonorités old skool, sa démarche ne regarde toutefois nullement dans le rétro – ou alors, c’est pour exorciser un passé glorieux où la house faisait de l’œil à la dance pop.

Embrigadé dans des ambiances sexy glam, limite porno chic, où tout beat grossier est banni, le disque était pourtant attendu au tournant. Successeur d’une série d’EPs remarqué jusqu’au grand Ivan Smagghe himself – il avait qualifié son Confessions Of An English Opium Eater de morceau de la décennie, ça en jette coco, la plaque s’écoute à merveille dans divers environnements sonores. Qu’on la passe dans une after où l’envie de se bouger les fesses n’a pas faibli ou qu’on l’écoute tranquillos dans son living room customisé, les ambiances chaudement fébriles qui la traversent demeurent pour longtemps dans la tête et les guibolles. Présente chacune sur un titre, la troublante Chloé et la craquante Erika ‘Au Revoir Simone’ Forster ne s’y sont pas trompées.

 

Un disque : Danton Eeprom – Yes Is More (Fondation / InFiné)

07.02.2010

La renaissance du Profan

voigt02Précurseur du mondialement célèbre Kompakt, le label Profan de Wolfgang Voigt renait de ses cendres en ce début 2010. Intitulée Abweichung (Déviance), la nouvelle production du maître de maison Voigt augure, espérons-le, d’une renaissance définitive et enthousiaste. En prime – et c’est la seconde bonne nouvelle, le double CD Wolfgang Voigt – Werkschau jettera un autre regard rétrospectif sur la carrière du producteur de Cologne, deux ans après un Nah und Fern d’anthologie. Aux dernières infos, les feux de joie se multiplient aux quatre coins du dancefloor. Minimal.

03.02.2010

V/A – Watergate05 – Ellen Allien (Watergate Records)

ellen-allien-mixes-for-watergate_header_imageIcône vénérée des clubbers qui lovent la techno, Ellen Allien n’est jamais en reste de classe et de sensualité quand elle se lance derrière les planètes. Reine du mix qui secoue les palmiers, fussent-ils artificiels en bordure de la Spree, la Berlinette détient l’art consommé de l’enchâinement moite et de la dégaine sexy. Excellentissime, dans la meilleure veine du Fabric 34 – un des meilleurs de la série du club londonien, Watergate05 nous lance sur les traces du label éponyme, dont vous aurez deviné qu’il s’agit de la cinquième livrée. Absolument impeccable de bout en bout, la patronne de Bpitch Control enchaîne les perles comme d’autres – hein, Laurent Wolf & co ? – pondent des bouses. Barré de titres excitants comme un DJ set de Ricardo Villalobos, c’est dire la hauteur de la barre, la plaque s’enivre des grands noms de la techno et de l’electro pop de notre époque. Des noms ? John Tejada, Luciano, Matias Aguayo, AGF/Delay ou Röksopp, sans compter les moins courus (et tout aussi bons) DJ Yellow ou Margaret Dygas. En cerise sur la gâteau, une Brigitte Fontaine en pleine forme vient clore la fête, aux alentours des huit heures du mat’.

 

Un disque : V/A – Watergate05 – Ellen Allien (Watergate Records)

 

Tracklisting:

 

01. DJ Yellow - Lost

02. John Tejada - The End Of It All

03. Lump – Music Lover

04. Luciano - Celestial

05. Niconé & Sascha Braemer - Nur Mal Kurz (Phillip Bader Remix)

06. Audiophungz - Pretending

07. Aerea Negrot - All I Wanna Do

08. Dark Unknown - The Dark (Black Mix)

09. Juno 6 - Action 2

10. Matias Aguayo - Bo Jack (Vocal Mix)

11. Alexi Delano - Molar One

12. Röyksopp – This Must Be It (Apparat Remix)

13. Uffie - Pop The Glock (Ellen Allien Remix)

14. Agf/Delay - Connection (Hearthrob Remix)

15. Margaret Dygas - Hidden Form View (Hidden Nsi. Mix)

16. Brigitte Fontaine & Khan - Fine Mouche (Original Tango Piano Version)

 

 

18.11.2009

Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His Breakfast

Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His BreakfastReprésentant majeur de la scène électronique anglaise depuis un Restaurant Of Assassins gravé dans les mémoires, Neil Landstrumm s’inscrit encore un peu plus dans la lignée du magnifique Harmonic 313 sur sa nouvelle production. Toujours signé sur le label protéiforme Planet Mu, insatiable telle une plongée dubstep dans les entrailles analogiques, le cru 2009 du producteur écossais ne freine nullement ses ardeurs, sans pour autant se perdre dans des beats bombastiques à la… (censuré, pas de pitié pour les bourrins).

Adepte de croisements stylistiques entre grime, electronica, techno, IDM et tout ce que la scène UK compte de sous-chapelles, Landstrumm emprunte mille et une fausses pistes. Certaines ne mènent pas bien loin, à l’image du finalement binaire The Coconut Kestrel. D’autres, nettement plus nombreuses, incitent à pousser la porte du London Underground, direction une party noire de Croydon où le diable se fantasme en Kode9 (How Do You Feel?).

Tout comme sur le précédent Lord For £39, le rappeur d’Edimbourg Profisee vient poser son flow sur deux tracks inquiétantes (Can’t See Me), voire rageuses (Say ‘n Do). Disons-le tout net, la seconde s’incline face à l’angoissante beauté de la première. D’autres moments invitent à une régénération de gamers eighties transposée dans l’univers funky de notre temps (Schlump Funk), pour une échappée paroxysmique ouverte à tous les vents underground du Royaume-Uni.

 

Un disque : Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His Breakfast (Planet Mu)


Cant See Me (feat. Profisee) - Neil Landstrumm

25.10.2009

We Are Unreasonable People, 20 years later

Warp20NewYorkYES-DanHoldsworth2009withborder(1)Pour ses dix années d’existence, c’était en 1999, Warp Records avait publié une triple compilation résumant non seulement les artistes phares de sa première décennie, certains toujours mythiques (Nightmares On Wax, LFO), d’autres tombés dans l’oubli, en dépit d’une aussi courte qu’impeccable discographie (le duo Sweet Exorcist). Encore très profondément imprégné d’une éthique dancefloor électronique, le label alors de Sheffield nous avait gratifié d’une sacrée livrée de ses influences. Elles prouvaient les goûts, marqués et transcendants, des fondateurs Steve Beckett et feu Rob Mitchell pour tout ce qui touchait à l’acid house et à la techno, quelque part entre l’incontournable A Guy Called Gerald et Model 500 (aka l’immense Juan Atkins), alors que le virage vers une musique plus diversifiée s’état déjà fait sentir avec les signatures de Broadcast ou Jimi Tenor. La deuxième page de son existence tournée, c’est en toute beauté que la maison désormais établie à Londres nous gâte, sous la forme d’un riche coffret, comprenant un livre (192 pages pour plus de 400 artworks) et, bien entendu, de la musique – en cinq CD et cinq vinyls. Coûteux bien que goûteux (120 € pour le copieux tout, et on en a pour son argent), l’anniversaire se décline également en deux doubles albums Chosen et Recreated disponibles séparément.

 

Désormais moins au sommet de la branchitude électronique que des Planet Mu ou Tempa, notamment en matière de dubstep ou de funky – encore que de récentes sorties des excellents Clark et Flying Lotus infirment cette théorie – Warp a parfois semé le doute chez ses fans de la première heure. En adeptes inconditionnels des beats et du glitch défendus par Aphex Twin ou Plaid, ils ont eu bien du mal à encaisser la pilule indie mainstream que constituait les récentes signatures des arty pop Grizzly Bear, sans même évoquer le rock généraliste et (parfois) démago des Maxïmo Park. En dépit de ces quelques glissements de terrain, l’officine anglaise est cependant restée terre fertile de découvertes (Harmonic 313, totalement à sa place, les essentiels Battles), tout en intégrant des transfuges au sommet de leur art (la magnifique Leila, ex-Rephlex et les fuyants du bulbe Gang Gang Dance, ex-The Social Registry).

 

Certains aspects de l’abondante discographique warpienne ne sont guère mis en avant en ces vingt ans. Du funk soul barré de Jamie Lidell, on ne trouve guère trace (hormis, et encore, un Daddy’s Car plus electro pop qu’autre chose), son Little Brother étant repris, d’une maîtresse manière folkisante, par des Grizzly Bear vocalement à un sommet fleetfoxesien.

Les deux disques de reprises sont tout à fait remarquables d’équilibre et de cohésion. Au sommet de la pointe, Leila expurge les beats en pente raide du fameux Vordhosbn d’Aphex Twin, qu’elle joue uniquement au piano à la manière de Max Richter. Absolutely fabulous, indeed. Tout aussi géniale et intense est la relecture de In A Beautiful Place Out In The Country des Boards of Canada, version Mira Calix. Totalement personnelle et, osons-le, supérieure à l’original, la vision de la Sud-Africaine replace l’adagio de la mélodie (et les field recordings bucoliques) dans un ensemble de cordes proche d’un nirvana vu par le Kronos Quartet. Dans le pire des cas, on va du moyen (Broadcast imaginé par Gravenhurst) à l’excellentissime (Milanese dépoté par Clark au travers d’un prisme à la Venetian Snares)

 

Les deux CD Chosen tiennent tout autant la routé. Choisis par les fans sur le site Warp20.net, les dix titres de la première plaque mettent en avant les stars IDM (Aphex Twin, Squarepusher, Autechre, LFO) et electronica (Boards of Canada, Clark) de la maison We Are Reasonable People. Placé judicieusement entre toutes ces musiques synthétisées, le génialissime Atlas de Battles offre un contrepoint formidablement dynamique, qui rappelle à quel point l’album Mirrored est un des disques de la décennie, sinon du siècle. Et en avant pour ‘Central Market’ l’opus solo de Tyondai Braxton, guitariste du groupe américain, dont la sortie est toute récente !

La seconde page de Chosen est tournée par le boss Steve Beckett. Elle confirme, en quatorze étapes, la versatilité des goûts du co-fondateur de la boîte anglaise, entre influences jazz (les Tender Buttons de Broadcast), dance music irrésistible sans être putassière (I’m For Real’ des vétérans Nightmares On Wax) et plages nappées d’une splendide electronica rêveuse (Drane, un des meilleurs titres d’Autechre ou l’incroyable Amo Bishop Roden d’encore Boards of Canada) sans oublier, qui d’autre ?, Battles. La planète Warp a encore de beaux jours en heavy rotation devant elle…

 

Un coffret : Warp20 (Box Set)

Deux doubles albums : Chosen et Recreated


Amo Bishop Roden - Boards of Canada

Vordhosbn - Leila

04.08.2009

The Glimmers – The Glimmers Present Disko Drunkards

Glimmers Present Disko DrunkardsAs du dancefloor, The Glimmers ont égayé bien des soirées au contact de leur dance music, principalement lorsqu’ils sont aux manettes pour nous offrir des mixes imparables (leurs DJ-Kicks ou Fabric Live). Associé aux idoles de la jeunesse de Flandre anno 2009 (Tim Van Hamel de Millionaire, François Demeyer ex-Vive La Fête, Ben Brunin et Stéphane Misseghers de dEUS), le duo gantois nous balance un disque absolument épouvantable de mauvais goût kitsch. Accords de guitare répétés à rendre maboul sur fond de batterie mixée avec des moufles, visite acide du label Stax ou disco keupon plombée d’une basse pour kermesse aux moules, chaque track nous fait un peu plus toucher le fond. A l’écoute de l’atroce reprise du Physical d’Olivier Newton-John, massacré en règle par deux soulards captés entre trois vomissures aux chiottes, on se dit que la nullité n’a pas de limites...

 

Un disque : The Glimmers The Glimmers Present Disko Drunkards (www.glimmertwins.com)

02.08.2009

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini BristolL’air de rien, ça fait bientôt vingt ans que Geir Jenssen aka Biosphere enchante nos nuits de ses projets mirifiques, le plus souvent à la frontière des musiques ambient et electronica, bien que ses tracks les plus courus (Novelty Waves, Patashnik) allaient clairement chercher du côté de l’IDM tendance Warp. Tourné définitivement dans d’élégantes atmosphères depuis son Substrata de 1997, signé – et ce n’était pas un hasard – sur le label All Saints Records de Brian Eno himself, le musicien de Tromsø était demeuré silencieux depuis 2006 et son Dropsonde, dernière production studio en date où un certain jazz fusion côtoyait des field recordings captés dans l’Himalaya.

Quelques disques plus tard, dont les plus austères Shenzhou et Autour de la Lune, et désormais bien ancré sur le bateau Touch, le Norvégien se rappelle à notre – très – bon souvenir avec le présent Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol, enregistré lors du concert qu’il donna le 27 octobre 2007 au centre d’art contemporain cité dans le titre. Après une brève introduction marquée du fer inquiétant d’une décompression pneumatique au sifflement suraigu (le trombone d’Anders Kalskås sur cet étonnant Pneuma), la performance prend un fascinant tournant mélodique répétitif, quelque part entre Debussy, Berio, Reich et Murcof, où les boucles samplées du grand compositeur français hantent jusqu’à l’hypnose (Shenzou). Véritable trésor de richesses aux multiples facettes (spoken word russe et ambient sur Kobresia, IDM sur When I Leave), le disque prouve que la présence de son auteur tout au sommet de la hiérarchie mondiale tient autant à son génie des ambiances électroniques qu’à sa capacité narcotique de mêler les influences, du classicisme post-romantique au jazz fusion en passant par la dance music.

 

Un disque : Biosphere Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol (Touch)


Shenzou - Biosphere

Kobresia - Biosphere