05.04.2011
Nox – Freaks
Trio instrumental from Belgium (violon/alto, basse/contrebasse et batterie) allant chercher dans le jazz la sensuelle liberté qu’il accorde à son amplitude rock, Nox est une très jolie révélation, à la hauteur des terres ayant hébergé un jour Steven Brown et Blaine Reiniger de Tuxedomoon. Très cinématique, allant jusqu’à citer en son premier mouvement un dialogue extrait du Jour Où La Terre S’Arrêta de Robert Wise, la vision défendue par Catherine Graindorge (Monsoon), David Christophe et Elie Rabinovitch explore les interstices d’une scène belge underground – celle où l’incontournable Pierre Vervloesem (au mix et au mastering dans notre cas) promène ses godasses depuis un sacré bail. Tout en maîtrisant à la perfection une flopée d’influences en sens multiples, on songe à Gavin Bryars aux côtés du Godspeed et de PaNoPtIcOn, Nox manie les attributs expressifs d’une fascinante manière. Jouant des variations rythmiques tout en maintenant une tension dramatique en merveilleux équilibre instable, le triumvirat bruxellois imprime une émotivité hyper-envoûtante, à l’étonnante croisée des chemins d’Isis et de Low sur le quatrième titre Smoke. Et quitte à parler de fumette, on ne sait pas ce qu’ils prennent mais c’est de la sacrée bonne, didjou !
Un disque : Nox– Freaks (Depot 214)
23:15
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V/A – FM-BX Society Tape 001
Plus d’un an après la résurrection médiatique du combo cold wave bruxellois Isolation Ward – auteur, pour mémoire, d’un des plus formidables titres Joy Division-like jamais enregistrés (Lamina Christus, d’ailleurs reprise sur l’excellente compile Collectorama #4 New Wave des Inrocks) – l’ombre du début des années quatre-vingts ressurgit sur FM-BX Society Tape 001, joli vinyle noir et blanc regroupant trois groupes de l’époque (Isolation Ward donc, aux côtés des quatre nanas de Unit 4 et des Ecossais de The Topplers). Grâce au petit label californien S.S. Records, la cassette sortie en son temps en 200 copies retrouve vie et fracas – et il ne sera guère que rares grincheux adorateurs de Michel Sardou pour le déplorer.
Au-delà de l’enthousiasme, et cela ne surprendra pas celui qui a eu l’énorme chance de s’immerger dans leur formidable Point Final, deux des trois morceaux de la bande à Jean-Pierre Everaerts, Etienne Vernaeve & co sortent nettement du lot. Überdynamiques, dansants et secs tout en privilégiant un sens du sarcasme encore quasi-adolescent, Dangerous et Trackers of the Night impriment le fond de la nuit d’une cadence marquée d’une époque où Ian Curtis hantait les murs, de Manchester à Molenbeek. Préfigurant même le très habité The Joint Between de Babils sorti… vingt-cinq ans plus tard (et où Vernaeve tient toujours les fûts), le second des trois volets emmène même l’inquiétude au pays de la rébellion effrontée – on est bluffé !
Inévitable comme sur toute compilation, la comparaison entre les forces en présence amène notre enthousiasmomètre sur la pente descendante pour la bande from Edinburgh. D’une belle morgue toutefois (Slave Train), leur envie féroce d’empiéter les plates-bandes de la new wave manque de force de persuasion – on imagine aisément que les projets du style devaient de compter à la douzaine de Leeds à Glasgow. Centrée autour d’une certaine Miriam – girlfriend du manager des Kreuners pour l’anecdote – la version all girl post punk plat pays (Unit 4, on disait) ne manque pas d’atours, à condition de passer au-dessus de la voix – parfois – criarde de la chanteuse. On songe, entre autres, à la légende française seventies Thierry Müller lorsque, sous le pseudo de Ruth, il démontait le punk aux côtés de Françoise Portes, mais ce serait faire port peu de cas de l’excellent Rules et son entêtante colère lo-fi.
Un LP : V/A – FM-BX Society Tape 001 (S.S. Records)
20:59
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29.03.2011
Lucian Maggiore & Francesco fuzz Brasini – Chasm Achanes
Embarquement immédiat pour une étrange odyssée narrée sur une seule piste de 35 minutes. Elle démarre, c’est entendu, sur un bourdonnement étiré, telle une sirène de bateau adaptée par Phill Niblock à l’aide d’une multitude d’ingrédients. Imaginée par les Italiens Francesco "fuzz" Brasini et Luciano Maggiore, l’aventure peine cependant à gravir les échelons. Développées en des boucles de trente secondes chacune, les variations sur un même thème des artistes de Bologne amènent bien vite à se poser la question de l’opportunité de la démarche. En dépit d’interventions qui captent l’attention, elles incarnent un psychédélisme en mutation concrète qu’on aurait aimé plus présent dans le mix final, un rapide sentiment de lassitude s’installe, que ne comble pas totalement une conclusion digne pourtant du magnifique Oren Ambarchi.
Un disque : Lucian Maggiore & Francesco fuzz Brasini – Chasm Achanes (Boring Machines)
14:11
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Rotterdam – Cambodia
Autant néerlandais que le combo australien Architecture In Helsinki était finlandais, le duo viennois Rotterdam a patienté dix longues années d’expérimentation avant de nous offrir ce premier opus, auquel nous adhérons sans guère de réserves. Le plus captivant dans l’histoire de ce Cambodia, qui, vous l’avez deviné, n’a rien d’Indochine (la bande de neuneus, hein) ? Les pulsations, mon Gaston, hypnotiques et au-delà de toutes les conventions. D’entrée de jeu, Susanne Amann (violoncelle, flûte, électronique) et Michael Klauser (guitare acoustique, électronique) nous scotchent au dossier, à la faveur d’un Cool Bum Bum à faire tomber les pucerons arrimés aux ouvrages de Radian. Tout, pourtant, devrait concourir à faire des six pièces de l’album une master class en monotonie rythmique – dont une répétitivité qui confine à l’obsession post-No-Neck Blues Band vs Kapital Band 1. Toutefois, la paire autrichienne remporte le pari, haut la main. Intégrant des tempos rapides qui s’entrelacent au contact d’une guitare qu’on jurerait amoureuse des tablas de Ravi Shankar (Sup Sup), les divagations sensuelles du duo aus Wien explosent les canevas sans jamais parader inutilement. Imposant l’évidence de leur conviction d’un naturel déconcertant, Amann et Klauser sont, peut-être, moins à l’aise quand ils invitent l’obscurité à leur table (Eckig), ce ne sont que détails. Le flambeau est bien vite repris de main de maître sur un morceau-titre qui rend maboul par ses deux notes répétées à l’infini. Évidemment, contexte aidant, la techno minimale trouve une place naturelle largement au-delà des clichés dancefloor (Rotterdam) tout comme des rythmes africains étonnamment intitulés… Berlin. Au final, on en redemande tant et plus !
Un disque : Rotterdam – Cambodia (Everest Records)
14:05
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24.03.2011
Stuart Sweeney – 16:9
Entre échos surprenants et lignes venteuses, 16:9 du Britannique Stuart Sweeney est à découvrir sur le Grisli.
Un disque : Stuart Sweeney– 16:9 (Oomff)
22:13
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The Banjo Consorsium – A Turning One
Mariage déroutant (ou pas)
entre la musique folk nord-américaine et l’electronica tendance pop ambient, A Turning One dévoile, après une période d’adaptation nécessaire, de très jolies choses. Œuvre du Québécois The Banjo Consorsium, alias (on s’accroche au manche) Jacques-Philippe Lemieux-Leblanc, le disque inscrit dans ses gênes dans les pas des songwriters d’outre-Atlantique (M. Ward vient directement à l’esprit), à l’instar du finalement très pop hymne Burning Feet en ouverture des (pacifiques) hostilités. Là où la démarche gagne en individualité, c’est quand les échos digitalisés de Taylor Deupree ou Ghislain Poirier s’invitent à l’unisson. A l’instar des superbes travaux du Breton de Belgique Christophe Bailleau aux côtés du baroudeur folk américain Neal Williams, mais en mode solo uniquement, Lemieux-Leblanc imprime une touche électronique, la sienne penche toutefois très nettement du côté de l’electro-pop façon Fedaden (tiens, une des autres signatures Nacopajaz). Quelques accrocs, toutefois, viennent perturber l’harmonie. On note sur Name April une incongrue intervention de cordes synthétiques douteuses ainsi qu’un démarrage traînant en longueur sur Rocky (mais la machine lancée, elle est d’une vigueur inarrêtable). Au-delà de ces quelques regrets, les quelques titres chantés, notamment la très Under Byen-like collaboration Until Morning avec la vocaliste danoise Sara Savery sont totalement délicieux. Extrêmement accessible, en tout cas parfaitement mélodique, les douze morceaux méritent bien davantage qu’un simple crochet distrait.
Un album (download only) : The Banjo Consorsium – A Turning One (Nacopajaz)
10:47
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22.03.2011
Hot Club – Straight Outta Bagnolet
Totale bizarrerie où le free jazz percute le turntablism, le délirant Straight Outta Bagnolet du quatuor Hot Club est un des disques les plus improbables – et éthyliques – de ce début d’année. Œuvre de mecs frappés du bulbe, ils sont tout sauf manchots insipides, Alexandre Bellenger (platines), Jac Berrocal (voix, trompette), François Fuchs (contrebasse) et Dan Warburton (violon) ont sans doute pris un énorme pied à enregistrer leurs versions des chansons favorites de Berrocal – un plaisir que nous partageons à chaque écoute. Improvisant sans la moindre timidité ni gêne sur les chansons préférées du jazzman hexagonal, des vieux titres très chanson française des années cinquante (mais aussi Jeane Manson et son Fais-Moi Danser, massacré et c’est vraiment à se tordre de rire !), le quatuor franco-britannique laisse libre cours à ses instincts du moment. Captés, vous l’aurez deviné, quelque part en banlieue parisienne, d’où son titre rigolo, leurs instants décochent les mâchoires plus souvent qu’à notre tour. Allant jusqu’à revendiquer l’héritage d’une jeune Brigitte Fontaine qui interprèterait à sa grinçante façon la liturgie catholique, Berrocal s’en donne à cœur joie – même si le violon de Warburton est d’une justesse, disons, surprenante. On ne sait dans quelle mesure l’alcool a coulé à flots mais l’esprit y est.
Un LP : Hot Club – Straight Outta Bagnolet (Monotype)
22:21
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19.03.2011
Britta Persson – Current Affair Medium Rare
Un aller simple vers Uppsala, ça tente quelqu’un ? Le voyage, pour alléchant qu’il soit, mérite toutefois une mise en garde de la plus haute solennité. Sur place, quelque part dans l’est de la Suède, une certaine Britta Persson doit tenir le haut du pavé des gazettes people locales, qui doivent être friandes de jeunes femmes à la garçonne adeptes d’un pop rock passe-partout qui bouffe à tous les râteliers. Un p’tit coup de, gloups, Avril Lavigne à droite, une grosse branche de je-suis-jeune-et-pas-trop-moche-et-je-veux-devenir-célèbre à gauche et partout ailleurs, la recette est tellement fade et repassée que ça n’éveille que haussement d’épaules confus. Sinon, il paraît que ça cause de suicide et de mariages ratés et, si ça vous branche vraiment, Uppsala est à une heure de route de Stockholm. Faudra pas revenir au pays la queue entre les jambes après ça, hein.
Un disque : Britta Persson – Current Affair Medium Rare (Selective Notes)
18:02
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17.03.2011
Conquering Animal Sound – Kammerspiel
Duo mixte de Glasgow dont on reparlera – ou pas – au pays de Hanne Hukkelberg (et ailleurs, plus au sud), Conquering Animal Sound entrevoit la vie sur un fil gracile, en équilibre aussi charmant que précaire. Apprivoisant la folktronica scandinave repassée du côté de Stina Nordenstam, Colleen et Taxi Taxi, Anneke Kampman (voix) et James Scott (musique) poursuivent consciencieusement, à défaut de génialement, un chemin tout tracé vers la terre des elfes enchanteurs – encore que sur le coup, ils aient une rude tendance à la paillasse. Prise il y a dix ans, la formule nous aurait probablement conquis, aujourd’hui elle ne suscite plus qu’écoute distraite et blasée.
Un disque : Conquering Animal Sound – Kammerspiel (Gizeh Records)
22:22
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16.03.2011
Lorenzo Senni – Dunno

Masterisé par Marcus Schmickler (et ce n’est nullement un hasard), Dunno est la première étape discographique de Lorenzo Senni, jeune (27 ans) producteur italien fondateur du label Presto!? – maison qui a déjà accueilli en son sein des noise heroes aussi prestigieux que Lasse Marhaug, Lawrence English ou Carl Michael Von Hausswolff.
Sans ambiguïté ni compromission, les dix pièces proposées par l’artiste milanais offrent un pendant actuel – et cependant daté – aux premières heures de l’officine autrichienne Mego, avant sa reconversion en Editions (en gros la période tournant du millénaire de la structure fondée par Peter Rehberg). Parmi tous les radicaux libres ayant eu droit de cité en la boutique viennoise, celui de Yasunao Tone & Hecker ou de Gert-Jan Prins.sont les plus évidents à l’écoute d’une majorité de titres (dont Glowsticking ou http://www.youtube.com/watch?v=epBgHEFbrlg&feature=re..., clickez le lien, il fonctionne !) Toutefois, au-delà de la réelle abstraction bruitiste manifestée par l’électronicien transalpin, d’autres atours pointent le bout de leur nez – à commencer par quelques clins d’œil discrets (mais réels) à des musiques cosmiques que le duo KTL aurait revisitées pour un ballet de Gisèle Vienne (Pumping Geometries, In High Places). Non que vous vous surprendrez à sautiller gaiement en prenant votre douche mais le plaisir coupable de se replonger dans les heures anciennes des musiques inspirées par Xenakis n’a guère de prix.
Un disque : Lorenzo Senni – Dunno (Presto!?)
11:46
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