11/02/2013

Gareth Dickson – Quite A Way Away

garethdickson-quite.jpgNom qu’on n’aurait jamais imaginé associé à 12K, la structure de Taylor Deupree, l’icône Nick Drake est ressuscitée pour l’occasion, Dieu qu’elle est belle, sous les traits d’un certain Gareth Dickson. Car, nom de Zeus, quelle magnifique révélation que voilà. Tout en oubliant de fouiller les fonds de tiroir vintage pour y ressortir sa panoplie de chanteur maudit à la guitare sèche, le musicien écossais apporte une touche de modernité stupéfiante à l’auteur de Five Leaves Left, et ce n’est pas un hasard si je cite le premier des trois disques du songwriter anglais. D’ailleurs, bien des points tragiques rapprochent les deux hommes, au-delà de l’évidence stylistique à laquelle Dickson ajoute un bluffant complément d’âme – telle une reverb’ comme seule Marissa Nadler sait l’utiliser. Si, on le sait, l’histoire s’est terminée tragiquement pour Drake à l’âge de 26 ans, vaincu par la maladie, la vie de Gareth D., expatrié en Argentine auprès de sa girlfriend, n’est pas exactement de tout repos, entre attaque de clébards, braquage où une balle s’est perdue (devinez qui l’a reçue) et moteur d’avion en feu dans les Andes. Qu’importent les circonstances, on ressort grandi de sa découverte folk(tronica) et ce n’est qu’un bouleversant début.

 

Un disque : Gareth DicksonQuite A Way Away (12K)

09/03/2010

Small Color – In Light

smallcolor-inlightDes chansonnettes nipponnes folktronica qui embrassent à défaut d’étonner. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Small Color In Light (12K)

17/11/2009

Tomasz Bednarczyk – Let’s Make Better Mistakes Tomorrow

tomaszbednarczyk-letsmakeJeune musicien polonais dont les deux premières œuvres ont trouvé l’écrin subtil qu’elles méritent en le label Room40 de Lawrence English, Tomasz Bednarczyk traverse le Pacifique pour son troisième effort, hébergé par la maison new-yorkaise 12K. Le changement d’hémisphère n’implique nullement une nouvelle orientation, toujours basée sur des traitements ambient de la guitare et du piano autour de quelques notes éparses. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Tomasz Bednarczyk Let’s Make Better Mistakes Tomorrow (12K)


Autumn - Tomasz Bednarczyc

So - Tomasz Bednarczyc

08/08/2009

Kenneth Kirschner – Filaments & Voids

Kenneth Kirschner – Filaments & VoidsComplexes et mystérieux, les rapports qui sous-tendent la musique et le silence qui lui succède peuvent donner lieu à de multiples interprétations. Dans quelle mesure l’absence de musique marque-t-elle la fin d’une œuvre musicale ? Le silence est-il un mysticisme ou un néant ? David Tudor, interprète magistral de John Cage, l’avait bien compris, le silence en musique ne l’est jamais totalement. Quand il (non-)jouait la célèbre 4’33, les instants séparant l’ouverture et la fermeture du couvercle de son piano lui faisait entendre les bruits du public, tout comme Cage lui-même prétendait que le silence absolu n’existait pas.

Pour son retour sur le label 12K, le compositeur électro-acoustique Kenneth Kirschner inscrit son œuvre quelque part entre une electronica ambient d’une magnifique pureté post-Ligeti (les Filaments) et un continuum cagien (les Voids). Entre composition moderne et drones numérisés, chaque mini-séquence est suivie d’un silence de quelques secondes, le procédé étant répété à de multiples reprises à l’intérieur même de chaque plage (quatre au total sur ce double disque compact). Absolument remarquables de synthèse métaphysique, elle va bien au-delà de l’apparente froideur intellectuelle du projet, les quatre œuvres du musicien de Brooklyn s’inscrivent complètement dans la logique cosmique d’un Murcof (ou d’un Stanley Kubrick en mode 2001, Odyssée de l’Espace), les spectaculaires effets planants en moins, les insondables mystères interplanétaires en plus. Ce silence de l’infini, toujours lui.

 

Un disque : Kenneth Kirschner Filaments & Voids (12K)


October 19, 2006 (extract) - Kenneth Kirschner

25/06/2009

Lawrence English – A Colour For Autumn

lawrenceenglish-acolourforautumnAdieu embruns, au revoir brouillard, bonjour l’automne, telle pourrait être la devise de A Colour For Autumn, dernière œuvre en date de Lawrence English. Second numéro d’une série inscrite dans le passage des saisons, le disque fait écho à la collaboration entre le producteur australien et le musicien concret espagnol Francisco López (HB), défendue avec enthousiasme en ces pages et, bien plus encore, à For Varying Degrees Of Winter, deux sorties du label français Baskaru.

Pour bien appréhender la chaleur qui se dégage des sept plages de l’album, l’australité d’English est un pré-requis indispensable. Là où en nos terres nordiques, la saison des feuilles mortes évoque engourdissement et hibernation, en l’hémisphère sud de son auteur, elle est synonyme de renouveau et de renaissance. Même quand elle mêle le bruit du mistral enregistré dans  la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille (Droplet), une cordialité manifeste relie les divers éléments de l’album. Entre la voix de Dean Roberts sur le morceau d’ouverture et les clusters électroniques de Christian Fennesz sur les lenteurs exquises de The Surface Of Everything, les variations sur le même thème – devinez lequel – du patron de Room40 (en exil sur 12K) combleront les heureux modernes qui prennent le temps de s’en donner.

 

Un disque : Lawrence English – A Colour For Autumn (12K)


Droplet - Lawrence English

The Surface of Everything - Lawrence English

08/06/2009

Lawrence English, l'origine du temps

lawrenceenglish1Entre les multiples casquettes de Lawrence English, héros contemporain d’une musique ambient qui dépasse les clichés planants pour atteindre l’universalité d’un Brian Eno période Harold Budd ou d’un DJ Olive aujourd’hui, chaque activité n’outrepasse jamais une autre, tout comme la fièvre de la nuit complète le repos du jour. Patron des labels Room40 et Someone Good, musicien et compositeur aux œuvres rêvées par Christian Fennesz et Jim O’Rourke, commissaire d’expositions audio ou installateur sonore, l’artiste australien tient le haut du pavé, et on espère bien que ce n’est pas fini.

 

Aujourd’hui âgé de trente-trois ans, l’homme de Brisbane promène dans son sillage ésotérique une multitude de disques en solitaire et de collaborations amicales, dont le niveau d’ensemble laisse généralement sans voix. Co-auteur tout récemment du très recommandable U aux côtés de son guitariste de compatriote John Chantler, English tressait pour notre héroïne électro-pop préférée Tujiko Noriko des filaments de soie d’une élégance soyeuse, dont l’apparente fragilité ne faisait que s’infirmer au fil des écoutes. Laissant la place à des compositions micro-tonales d’une ampleur exemplaire de modestie et de talent, l’univers dressé par le trio nippo-australien n’a pas fini de nous dévoiler ses richesses, enfouies et vivaces pour des mois (années ?) encore.

 

Patron de la maison Room40 qui éditait cette très jolie collaboration, Lawrence English nous est tout autant redevable DU disque ambient de ses derniers temps, l’extraordinaire Triage de DJ Olive. Hébergeur de noms recommandables (Janek Schaefer, Greg Davis), voire mythiques (Oren Ambarchi, Luc Ferrari), cultivateur des zones en friche de l’espace électronique contemporain, le multicartes aussie produit non seulement des disques, matière première de tout label, mais aussi organise des festivals dans sa ville de résidence (Liquid Architecture et What Is Music?), tout en mettant sur pied des expositions où le sonore répond au visuel, et inversement, à l’instar du toujours intéressant festival CitySonics, tenu chaque été en cette bonne vieille ville de Mons.

 

Plus pop et (beaucoup) plus mélodiques, les sorties de Someone Good – l’autre imprint dont notre homme s’occupe, ici aux côtés de sa femme Rebecca – témoignent cependant d’un même attachement aux valeurs fondamentales de l’être humain Lawrence English, pour qui chaque œuvre s’inscrit dans un espace, qu’il soit géographique et/ou temporel, qui lui donne toute sa force et son originalité. Entre It’s On Everything, le premier effort du Japonais Akira Kosemura, qui mêle des mélodies pianistiques élégantes à des field recordings d’une discrétion électronique rare, micro-pop de chambre du duo Lullatone (qui arrachera bien des sourires à tous les My Little Cab fans du monde) et bricolages indie de The Rational Academy (on les verrait bien sur Own Records, tiens), l’esthétique reste la même dans sa profondeur intime, le reste n’étant que questions de pure forme, plus concrète dans un cas, plus abstraite dans l’autre.

 

A suivre

28/05/2009

Giuseppe Ielasi – Aix

giuseppeielasi-aixAutre suite d’un numéro précédent de Giuseppe Ielasi, Aix succède quant à lui à son August rêvé de 2007. Plus intimiste encore, l’univers de cet album – enregistré, son nom l’indique, à Aix-en-Provence – repose sur des rythmes largement irréguliers (marque de fabrique de ces derniers temps), encore que 02 séduise par sa lente fêlure où de brutales accélérations succèdent à une métronomie sournoise. Très riche et pleinement prenant au fur et à mesure de ses écoutes successives, ce second opus de Ielasi dépasse, et de loin, le simple stade de l’aléatoire qui guide théoriquement ses pas. Tournoyant autour de ses mille trouvailles sonores, chaque seconde en est une preuve de plus, Aix imbibe le moindre neurone de son auditeur tout au long de sa trentaine de minutes, tantôt obsédantes jusqu’à l’étouffement digital (04), tantôt impitoyables dans une répétitivité surgie d’entre les lignes sonores. Loin de toute paresse échaudée par trop d’ambient aseptisée pour lounge bar vert olive, cette langueur chaude et coupante invite à un ailleurs musical où chacun se prend à rêver de lendemains universels. A condition de se donner du temps, notre bien le plus précieux.

 

Un disque : Giuseppe Ielasi – Aix (12K)


02 - Giuseppe Ielasi

06 - Giuseppe Ielasi

14/05/2009

Giuseppe Ielasi, where the tracks have no name (II)

giuseppeielasi2L'année 2005 marquera également un tournant considérable dans la carrière de notre homme, qui voit son horizon géographique s’élargir à la Suède de l’excellentissime refuge Häpna (Tape, Tenniscoats, Anna Järvinen). Première de ses deux œuvres solo pour le compte de ce label, Genise ouvre la voie à une sensibilité acoustique (la guitare, toujours, parfois accompagnée de percussions) à peine remaniée par l’électronique, pour un disque magnifique de délicatesse élégiaque. La voie était toute tracée vers les sentiers empruntés par les Jim O’Rourke et Oren Ambarchi de l’univers, pensions-nous, c’était pour mieux nous tromper l’année suivante. En surprise du chef, Giuseppe Ielasi nous concocta une de ses pirouettes überélégantes auxquelles nous avons pris la délicieuse habitude au fil du temps. Là où chacun attendait une cascade d’arpèges folktronica, il débarquait avec un album éponyme qui évoquait déjà les colorations ambient de son magnifique August et le turntablism du fantastique Stunt (nous y reviendrons). Tout en soignant les formes d’un coup de trompette de ci, de guitare de là, il nous projetait dans les avances fulgurantes de sa discographie, dont nous n’étions qu’au début de la découverte.

 

Un coup de vol transatlantique plus loin, le compositeur  milanais se retrouvait hébergé – pour la première fois – sur la structure new-yorkaise 12K. L’occasion, un voyage en August, était trop belle pour ne point renouer le contact. Etonnant dans sa diversité apaisante, l’objet – très beau comme tous les disques du label de Taylor Deupree – sonnait telle une promenade intime dans les neurones de son géniteur. En apesanteur hors de toute vindicte énervée, entre souvenirs de jazz, pop agenouillée et ambient nordique, l’œuvre sentait alors le souffle obsédant de Jeff Knoch (aka Eyes Like Saucers), en survol horizontal de notre époque, marquée par Machinefabriek et Stars of the Lid. Et tel un objet insaisissable entre deux méridiens liquéfiés, elle glissait entre nos doigts à maintes reprises, avant que l’écoute suivante ne nous la fasse redécouvrir sous un jour à jamais renouvelé.

 

Nous vous l’avons évoqué en introduction, le maître lombard s’occupe également de sa propre maison de production, lancée voici trois ans. Outre deux rééditions pleinement inattendues (Chry-ptus d’Eliane Radigue paru en 1971 et Cholalogues de Nestor Figueras, David Toop et Paul Burwell), il y édite sa trilogie Stunt, dont le premier élément est sorti l’an dernier (et ce fut un sacré choc !). Entièrement joué à partir de disques vinyls tournant sur une seule platine et sur lesquels se greffent des rythmes et des pulsations en sens divers (du breakbeat au click’n cuts en passant par les bips), les six pistes louvoyaient entre les genres, sans jamais se perdre ne fut-ce qu’un dixième de seconde. A peine nous étions-nous remis d’une déviation abstract folktronica, des échos de contrebasse renvoyaient à une voie synthétique ou à un écho mirifique des Boards of Canada, quand ce n’étaient des références à la musique concrète ou à Judith Juillerat. Rarement l’expression de tout grand art prit autant de sens qu’en cette vingtaine de minutes inoubliables.

11/05/2009

Giuseppe Ielasi, where the tracks have no name (I)

GI_-_foto_Fatima_BianchiIntrépide et courageuse, la musique de Giuseppe Ielasi se fait d’entrelacs en apesanteur et invite à l’abandon du quotidien. Etagée sur une douzaine d’années, dont les cinq dernières nous ont révélé une profondeur lumineuse pleinement absorbante, la carrière discographique du producteur transalpin s’enrichit en ce printemps de deux nouvelles étapes, l’une sur le label 12K de Taylor Deupree, l’autre sur la propre maison Schoolmap Records de son auteur, créée en 2006.

 

Avant de nous attarder sur cette double actualité, nous nous en voudrions de ne pas revenir plus en avant sur le parcours discographique de l’homme de Milan, ponctué de repères essentiels sur lesquels il fait toujours bon s’attarder. Né en 1974, Ielasi s’est mis à la guitare à ses quatorze printemps et il attendra une petite dizaine d’années avant de se lancer à corps perdu dans le très large monde des musiques improvisées, qu’elles aient pour cadre les vapeurs humides de l’ambient ou la recherche d’un folk music aux horizons nouveaux. Aux côtés de Dean Roberts, Gert-Jan Prins ou de Renato Rinaldi (ensemble, ils forment le duo Oreledigneur), le musicien italien affute ses armes dès 1997, pour de multiples collaborations principalement sorties sur son précédent label Fringes, fondé en 1998 et muet depuis 2005.

 

A suivre

 

Photo : Fatima Bianchi

03/03/2009

Amplifier Machine – Her Mouth Is An Outlaw

amplifiermachine-hermouthisanoutlawL’Australie, quelque part du côté de Melbourne, en 2002. Trois camarades de jeux, James Dixon au Korg, à la guitare et au piano, Seth Rees aux percus et au violon, et Alex Jarvis à la guitare et à la batterie, décident de joindre sous la bannière Amplifier Machine leurs efforts, atmosphériques et vaporeux. Six années passent, le label new-yorkais 12K s’est complètement affirmé dans une veine ambient plus (Giuseppe Ielasi) ou moins (Christopher Willits + Ryuichi Sakamoto) passionnante, prendrait-il une autre route sur cette bouche hors-la-loi qu’on imaginerait volontiers sur Type ? Possible, le post-rock très étiré et éthéré des trois Aussies évoquant les guitares brumeuses de Sickoakes revues et corrigées par Machinefabriek, le tout embrigadé dans un jeu de déconstruction sonore où à tour de rôle, le troisième larron s’amuse à retoucher les idées de ses deux comparses. Cela nous vaut des moments d’une langueur interminable (Pockets Full Of Red Dirt), mais aussi des temps forts d’une captivante beauté embrumée, d’un niveau rarement atteint au sud de Xela et de Julien Néto (Poor People In Church). Avant tout, c’est le remarquable déchirement mélodique de l’introductif Her Mouth Is An Outlaw qui retient l’attention, à la première écoute comme à la dixième, la colère rentrée de sa mélodie développée sur des arpèges de guitare électrique demeurant à jamais ancrée dans une mémoire peuplée de souvenirs incompressibles.

 

Un disque : Amplifier MachineHer Mouth Is An Outlaw (12K)

Her mouth is an outlaw - Amplifier Machine

Poor People In Church - Amplifier Machine