29/03/2009

Torngat – La Petite Nicole

torngat-lapetitenicoleInconnu en nos terres européennes, ça ne saurait durer, le nom de Torngat ne renverra plus très longtemps qu’à la chaîne de montagnes québécoise éponyme. Attribut de ce trio montréalais purement instrumental (guitares, orgues, synthés, percussions), il évoque désormais du haut de ses sommets enneigés la faconde pop ambient de ses deux premières compositions Interlude et La Petite Nicole, éprises de cette lutte brumeuse et mélodique qu’aurait pu enfanter The Album Leaf s’il avait été membre de Menace Ruine. L’apparente mélancolie obscure des minutes initiales ne se nourrit toutefois pas uniquement de simplicité tonale. Que du contraire, des vagues menaçantes d’un bruit sourd et mystérieux envahissent peu à peu le fil de l’histoire, qui recherche dans les rythmiques krautrock de L’Ecole Pénitentier un salut dynamique amoureux de My Bloody Valentine et de Babils (les éléphants, ça…). Par-delà l’exercice de style shoekrautjazz, une invitation à la poésie de l’enfance se fait jour, bien qu’assourdie d’un voile d’inquiétude aux accents d’un Pascal Comelade membre de Soft Machine (Afternoon Moon Pie), tandis qu’on se demande encore si la lenteur élégiaque de 6:23 pm est signée de la main de Kevin Shields ou de Tim Hecker.

 

Un disque : Torngat La Petite Nicole (Alien8 Recordings)


La petite Nicole - torngat

6:23pm - torngat

11/03/2009

Aidan Baker & Tim Hecker – Fantasma Parastasie

heckerbakerDepuis les absolument essentiels Radio Amor et Harmony In Ultraviolet, le nom de Tim Hecker fait partie du cercle restreint, presque intime, des incontournables de l’electronica contemporaine. Epiée à l’aune de la plus fine des exigences, chaque sortie du maître de Montréal est un événement et la présente collaboration avec son compatriote Aidan Baker ne fait pas exception à une règle que ferait bien se d’appliquer William Basinski, en petite forme ces derniers temps. Fascinante de poésie sonore, la mitoyenneté entre les deux artistes triture des sonorités guitaristiques – instrument de Baker au sein du duo doom ambient Nadja – en marge du shoegazing et de la dream pop, passées à la moulinette expérimentale de son comparse Hecker. Globalement penchée sur une abstraction musicale dont nous nous étions déjà réjouis chez Wzt Hearts ou Jefre Cantu-Ledesma, les sept mouvements du duo canadien bruissent aussi dans leurs structures micro-mélodiques, à l’image de la fascinante colère orageuse de l’inaugural Phantom On A Pedestal ou du méphistophélien Skeleton Dance. A contrario, et pour encore mieux illustrer la diversité stylistique de ce disque remarquable d’équilibre, le jeu de Baker picore de ses quelques la brume ambient de Hymn To The Idea Of Night, tandis que le souvenir du magnifique Benjamin Lew hante de ses harmonies limpides des Auditory Spirits. Sans même parler du sommet absolu de l’album (et du changement d’année), le formidablement onirique Dream Of The Nightmare, preuve ultime et essentielle que l’émotion la plus profonde est totalement soluble entre six cordes électriques et atmosphères digitalisées.

 

Un disque : Aidan Baker & Tim Hecker Fantasma Parastasie (Alien8 Recordings)

25/02/2009

Menace Ruine – The Die Is Cast

menaceruine-thedieiscastOrageux et noir corbeau, le combo montréalais Menace Ruine en est déjà à son second épisode, huit mois seulement après la sortie de son opus initial Cult Of Ruins (déjà tout un programme en soi). Et il a beau être tout jeune, le duo canadien change complètement de registre, évacuant la furie black métal satanique de son premier effort au profit d’un doom folk shoegazing slowcore – tout ça, oui – où toute trace de gras est désormais proscrite. Hantée, il faudrait écrire possédée, par la magnifique (si, si) voix médiévalisante de la chanteuse Geneviève, fille cachée de Nico et de Brian Molko, la musique évidemment sombre de Menace Ruine ne succombe toutefois pas à la tentation morbide facile, préférant développer des atmosphères éprise de littérature gothique (on pense à la Carmilla de l’Irlandais Sheridan Le Fanu, muse de moults films de vampires). Pour ne rien gâcher, et c’est heureux, les mélodies étirées des Montréalais évoquent la lenteur faite art d’Elizabeth Anka Vajagic (autre Canadienne pas spécialement drôle), confrontées au lyrisme magnétique de My Bloody Valentine et aux bruits légendaires des incomparables Sunno))). Le plus étonnant demeurant que, malgré des atmosphères pesantes et finalement monotones, le disque continue de se fréquenter avec bonheur au fil des écoutes, encore que le terme doit être banni à jamais du vocabulaire de ses auteurs.

 

Un disque : Menace RuineThe Die Is Cast (Alien8 Recordings)


One Too Many - Menace Ruine

Dismantling - Menace Ruine

17/10/2008

Tim Hecker vs Aidan Baker

aidanbakertimheckerLes grands disques se dégustant toujours avec du recul, les sublimes Radio Amor et Harmony In Ultraviolet de Tim Hecker peuvent – que dis-je – doivent être vus comme de(ux) très grands albums. Dans sa mouture 2008, le Canadien est rejoint par son compatriote Aidan Baker (du projet Nadja), pour une œuvre à la contemplation enténébrée, peuplée de guitares passées à la moulinette (à la manière de Wzt Hearts) et de combattants immergés dans les glacis électroniques. Le temps en dévoilera les richesses sonores, elles promettent d’être passionnantes.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque :  Aidan Baker & Tim Hecker Fantasma Parastasie (Alien8 Recordings)

04/12/2007

Nadja, plongée en plein doom

ALIENCD72CoverRGBLes mains encore tout agitées de la commande du récent Pilgrimage de Om (album de la semaine sur Octopus voici peu), les oreilles encore bourdonnantes du concert le plus tellurique de l’année (Boris au De Kreun en juillet dernier), tu t’es précipité sur Radiance Of Shadows, le nouvel album du duo Nadja (soit Aidan Baker et Leah Buckareff) et depuis, tu te précipites à la moindre occaze sur le site du label Alien8 Recordings, en noise addict que tu es devenu. Doom, doom, doom, doom, auraient dit Véronique et Davina.

 

En écoute sur le label

Un disque : Nadja Radiance Of Shadows (Alien8 Recordings)

05/04/2007

Tim Hecker – Radio Amor

cover-radioamorAlbum de milieu de parcours de Tim Hecker (dont la première œuvre date de 2001), Radio Amor précède de trois ans, pas moins, Harmony In Ultraviolet, dernier (magnifique) opus du Canadien sorti fin 2006. Grâce au label Alien8, le voici de nouveau disponible, alors qu’on croyait l’édition originale de Mille Plateaux épuisée à tout jamais. Du même niveau d’exigence que son successeur sorti sur le toujours passionnant label Kranky, Radio Amor dévoile en une redoutable sensualité electronica, mi-feu mi-glace, un univers cinématique dont surgissent les ombres de Marcus Fjellström (et son très beau Gebrauchsmusik), Svarte Greiner, Brian Eno, Christian Fennesz et Steve Reich. Passionnantes de bout en bout, ébauchant des spectres lagunaires d’où surgissent des elfes fantomatiques, les atmosphères de ce disque indispensable ébauchent des sorties d’hiver rigoureux à faire frémir d’envie, de jouissance. Unique dans son approche et pourtant inscrit dans une démarche globale d’une cohérence affirmée, chaque titre réveille en majuscules un genre ambient pas souvent à pareille fête (encore que la métaphore festive ne s’applique pas le cas présent). Pour tout dire, le prestigieux magazine Wire l’avait qualifié de key album of the year 2003 et c’était entièrement mérité.

 

Un disque : Tim HeckerRadio Amor (Alien8 Recordings)