24.03.2011

Stuart Sweeney – 16:9

Stuart SweeneyEntre échos surprenants et lignes venteuses, 16:9 du Britannique Stuart Sweeney est à découvrir sur le Grisli.

 

Un disque : Stuart Sweeney16:9 (Oomff)

22.02.2011

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

01.02.2011

RV Paintings – Samoa Highway

The Helen Scarsdale Agency, rv paintings, jon pyle, brian pyle, electronica, ambient, experimental, love on the bitsMembre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions). Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.

Un disque : RV PaintingsSamoa Highway (The Helen Scarsdale Agency)


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06.07.2010

alva noto – For 2

alvanoto-for2Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

 

Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)


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27.05.2010

Eleh – Location Momentum

Eleh_Location_Momentum_Mystère insoluble en dépit de onze sorties – toutes en vinyle – sur les labels Important et Taiga en moins de quatre années, le mystère Eleh inscrit depuis 1999 sa démarche en une exploration de synthétiseurs analogiques, plus précisément les oscillations à basse fréquence et les phénomènes de résonance acoustique. Terriblement impressionnants, tels des vertiges cosmiques nichés dans les trous noirs de la stratosphère, les drones de l’énigmatique artiste – quid de sa nationalité, de son identité ou de son sexe ? – vibrent au creux de nos pavillons tel un magma ralenti sur un faux plat volcanique.

Première œuvre elehienne à être proposée au format CD, Location Momentum trouve en la maison Touch le cadre naturel de son introspection, que d’aucuns – nous n’en faisons pas partie – jugeront dogmatique. Bourdonnantes, quelquefois enivrantes d’une beauté surnaturelle qui vénèrerait des cloches d’église passée à la moulinette de Phill Niblock (le morceau d’ouverture Heleneleh vers les 16’), ses sculptures sonores – plongées dans les tourments nuageux du bas du spectre – impriment au fil du temps un tapis obscur dont les fils finissent par nous embaumer. D’une longueur extrêmement variable – entre deux et vingt minutes, chaque track possède une particularité physique qui rend l’écoute de l’album tout sauf monotone – à l’instar de The Invisible City, dernier opus en date de BJ Nilsen. Ainsi, la troisième étape Circle One : Summer Transcience transvase en deux couches hyper-distinctes (et distinguées) un sifflement continu superposé à une sourde menace noiraude – en proie à des pulsations cardiaques accélérées jusqu’au bord de l’apoplexie. Etalée sur plus de dix minutes, l’expérience s’achève sur un faux calme oppressant, telle une vision post-apocalyptique en rouleau compresseur.

 

Un disque : Eleh Location Momentum (Touch)

22.04.2010

Chihei Hatakeyama – Ghostly Garden

chiheihatakeyama-ghostlygardenElectronicien japonais dont nous avons déjà apprécié la subtilité des tons clairs sur l’excellent Hau du duo Opitope qu’il forme avec Date Tomoyoshi – mais aussi en solo sur Kranky, Chihei Hatakeyama nous revient en solo sur la maison luxembourgeoise Own Records, pourtant davantage orientée vers une certaine indie pop americana – à l’instar de l’excellent Gathered Tones des Trouble Books, sur lequel nous reviendrons prochaînement. Très sereine et entre deux eaux calmes, l’approche métaphysique du producteur nippon intègre une série d’éléments premiers pour mieux les malaxer et les rendre méconnaissables. Véritable maître de la déconstruction sonore passée au crible d’une galaxie limpide où trônent les œuvres de Lawrence English, Christopher Bissonnette et DJ Olive, Hatakeyama déploie ses drones filandreux au sein d’une soierie émergeant d’un filet de brume rafraichissant. Finalement très en phase avec lui-même, il nous propose sans doute le plus accessible de ses travaux et vous auriez bien tort de ne pas vous noyer dans les profondeurs de sa non-métamorphose.

 

Un disque : Chihei Hatakeyama Ghostly Garden (Own Records)

17.03.2010

Phill Niblock – Touch Strings

PhillNiblock–TouchStringsVidéaste, réalisateur, compositeur, les branches qui sous-tendent l’art de Phill Niblock reposent sur un tronc commun solidement implanté dans une indépendance farouche. Personnage majeur de la musique contemporaine, cela fait plus de vingt ans qu’en tant que directeur d’Experimental Intermedia, il offre des lieux de vie à des artistes d’avant-garde, en ses terres new-yorkaises comme en notre bonne vieille ville de Gand (Sassekaai 45, au nord de la ville). Pour ne rien gâcher, un double CD du musicien américain proposé par le passionnant label Touch vient ancrer l’artiste new-yorkais dans l’actualité discographique récente.

 

Habitant de la Grosse Pomme depuis plus de cinquante ans (à l’époque, il avait une vingtaine d’années), Niblock s’est tout d’abord formé une renommée en tant que cinéaste. Spécialisé dans la réalisation de films de jazz, au premier rang celui consacré à Sun Ra et de son Arkestra. Célèbre et célébré, son The Magic Sun de 1966 est un immense chef-d’œuvre, autant musical que visuel. Filmé en un noir et blanc onirique et sensuel en dépit de – ou plutôt grâce à – son abstraction überinspirée, l’œuvre évoque – et pas qu’un peu – la manière hypnotique des vidéos du label Raster-Noton, la chaleur humide en plus. Dans une telle mise en perspective, où l’on ne sait plus trop qui de la musique ou de l’image complète l’autre, certaines visions sont totalement inoubliables, tant la complémentarité des deux artistes est singulière d’envie vitale. Un exemple, parmi tant d’autres ? Quand les doigts de Ronnie Boykins, le contrebassiste du Sun Ra Arkesta, surgissent d’une obscurité tournée en négatif – à l’instar de tout le film, c’est tout un monde d’allégories férocement dynamiques qui s’ouvre à nous, auditeurs/spectateurs veinards de tant d’audace faconde informelle. Le DVD est toujours disponible sur le site du label américain Atavistic, faites-vous plaisir, c’est le moment, c’est l’instant.

 

Deux années plus tard, en 1968, Phill Niblock entamait ses premiers travaux musicaux. Sans aucune formation musicale, c’est en acteur/spectateur assidu de la scène de la Big Apple qu’il se lança dans l’aventure. Citant notamment les œuvres du grand Morton Feldman pour sources d’inspiration, l’artiste de la East Coast est toutefois parvenu à se forger – et rapidement – un vocabulaire propre. Fondé sur des structures généralement sombres et lentes jusqu’à la folie, le langage niblockien s’inscrit dans un cosmos atonal entre bourdonnements insondables et expérimentations métaphysiques. Multipliant les couches et les sous-couches pour ne plus former qu’un magma dont les textures se sont faites plus riches et complexes au fil des années, le son de Phill Niblock invite inévitablement au décloisonnement des fils, ceux qui relient les premières expériences d’un György Ligeti aux plus récents travaux d’un Jim O’Rourke tendance Long Night.

Toutefois, faudrait-il écrire évidemment, les drones élaborés du compositeur new-yorkais nécessitent une attention soutenue pour être appréciés à leur juste – et immense – mesure. Au-delà des premières impressions, qui promènent l’auditeur au sein d’un bloc de granit monochrome, les murmures inquiétants émis par les machines de Niblock impriment au fil des minutes une marque sourdement indélébile dans l’esprit de ses auditeurs.

Evidemment invité à partager les audaces stylistiques, c’est-à-dire à s’impliquer pavillons grands ouverts, le spectateur est avant tout acteur de la passion selon Saint-Phill. Là où une trop grande superficialité l’aurait forcé à quitter le chemin des ombres pour les mirages faussement lumineux de la musique commerciale, l’auditeur s’imprègne, lentement et imperceptiblement, des subtiles variations de la stratosphère relue par l’homme de New York.

 

La vision artistique de Phill Niblock ne se limite toutefois pas à l’utilisation exclusive des machines, fussent-elles de plus en plus complexes. A ses débuts de compositeur, à la fin des années soixante, la musique électronique n’avait pas encore atteint, loin s’en faut, la phase de démocratisation ultime que nous lui connaissons aujourd’hui. Certes, les travaux du BBC Radiophonic Workshop et des deux Pierre (Schaeffer et Henry) dataient déjà de plusieurs années, sans même parler des œuvres de Stockhausen, dont le fameux Gesang der Jünglinge avait déjà passé le cap des dix ans. A l’époque, les moyens employés par Niblock étaient somme toute modestes. Utilisant des bandes pour overdubber des enregistrements bruts d’instruments principalement classiques, l’artiste américain parvenait déjà à insuffler une unité stylistique qui ne s’est jamais démentie.

 

Aujourd’hui âgé de 76 ans, Phill Niblock demeure plus que jamais fidèle à ses principes sur le double album Touch Strings. Dans un premier temps, des instruments (à cordes, comme le nom du disque le prouve) sont enregistrés – les guitares et les basses de Susan Stenger et Robert Poss pour le premier volume Stosspeng, le violoncelle d’Arne Deforce sur Poure (une commande du Centre de Recherches et de Formation Musicales de Wallonie, basé à Liège) et l’Ensemble Nelly Boyd pour One Large Rose sur le second volet. Manipulés à l’aide d’une technologie plus avancée que les bandes de ses débuts, les sons organiques des instruments subissent un traitement ProTools d’une complexité étonnante qui leur donne une épaisseur moite absolument incroyable. Au-delà de toute fausse monotonie distraite, les drones étalonnés sous les doigts de Niblock impriment un rythme trouble et opaque. Jamais, et la multiplication des écoutes le confirme, la démarche n’exploite une quelconque fumisterie grotesque et inscrit son auteur, plus que jamais, au panthéon des mythes vivants de la musique électronique contemporaine. Vous en doutiez ?

 

Un disque : Phill Niblock Touch Strings (Touch)


The Magic Sun (Sun Ra filmed by Phil Niblock)

LittLe Boy | Clips vidéo MySpace

12.03.2010

Oren Ambarchi – Intermission 2000 - 2008

OrenAmbarchi-Intermission2000-2008La liste des collaborateurs d’Oren Ambarchi au fil des ans prend des allures de best of des musiques électroniques et/ou expérimentales, tendance grands maîtres. Entendu aux côtés de Jim O’Rourke, Christian Fennesz, Phill Niblock, Keiji Haino ou SunnO))) – il était de la partie sur l’incroyable Monoliths & Dimensions, le guitariste australien a depuis longtemps atteint le stade d’expert dans la manipulation numérisée des sons de sa six-cordes, quitte à rester hermétique auprès du plus grand nombre. Introduction idéale à son univers, le présent disque Intermission 2000 - 2008 pourrait bien changer la donne.

Compilation de performances de concert, de raretés et de faces B, la plaque démonte en cinq titres les diverses facettes du talent du producteur aussie. Le premier morceau Intimidator est une vraie machine infernale. Bâties autour d’un drone sourd et lentissimo échappé du piano préparé de son compatriote Anthony Pateras, ses quelque douze minutes rendraient fou le moindre moine bouddhiste en pleine crise existentialiste. L’influence orientale se fait encore plus marquée sur Iron Waves (un remix du Parasail de Paul Duncan), aux impressionnants échos de cloches et de cymbales surgis d’un néant obscurci par le traitement ravagé d’une guitare vrombissante. Déjà publié sur Touch (la compilation du 25è anniversaire), Moving Violation offre une pause balançant entre repos et malaise, alors que le numéro suivant The Strouhal Number ignore remarquablement le second volet du paradigme pour se plonger entièrement dans le premier. Bien plus secouée – au sens Harold Budd du terme, la conclusion A Final Kiss On Poisoned Cheeks vibre d’un être qui ne se pose plus la question du néant, tant ses torpeurs éclatées finissent par l’emporter dans ses cavités les plus férocement subliminales.

 

Un disque : Oren Ambarchi Intermission 2000 - 2008 (Touch)

04.02.2010

Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places

brom15kleinVolume 15 de la série Brombron du label néerlandais Korm Plastics, la collaboration entre l’électronicien batave Machinefabriek et le percussionniste italien Andrea Belfi est tout bonnement sensationnelle. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Machinefabriek & Andrea Belfi – Brombron 15: Pulses And Places (Korm Plastics)

Black To Comm – Alphabet 1968

blacktocomm-alphabet1968Boss du label Dekorder (Guido Möbius, Kuupuu, Xela, Stephan Mathieu) et musicien accompli dans le secteur des drones, Marc Richter aka Black To Comm explore des contrées électronica davantage néo-classiques sur ce nouvel opus, le premier pour Type. Parsemé d’atmosphères multiples et d’influences diverses, Alphabet 1968 est un disque malicieux et long en bouche. Entre velléités pianistiques minimalistes, évasions vers la musique concrète ou beats hyper-discrets très germaniques, les ingrédients se chevauchent dans un premier temps, c’est pour mieux d’amalgamer en un délicieux breuvage. A sa dégustation, nombre de nos héros contemporains se rappellent à notre excellent souvenir. Entre ambiances saupoudrées de turntablism à la Giuseppe Ielasi, escapades humides à la Wolfgang Voigt, rythmiques en sourdine façon Michaela Melian ou glockenspiel fébrile à la manière de Colleen, les points de chute se multiplient et s’entrecroisent. A certains instants, c’est tout bonnement magique (Frost, la conjugaison parfaite entre le Zauberberg de GAS et le Baden-Baden de Mme. Melian) ou gargarisant (Musik für Alle, tel du Benjamin Lew). Dans tous les autres cas, le niveau demeure très haut.

 

Un disque : Black To Comm – Alphabet 1968 (Type)