04/04/2013

Dawn McCarthy & Bonnie ‘Prince’ Billy – What The Brothers Sang

Dawn_McCarthy___Bonnie_'Prince'_Billy_-_What_The_Brothers_Sang.jpgDeuxième collaboration entre Dawn McCarthyet Bonnie ‘Prince’ Billy, What the Brothers Sang se veut un hommage aux Everly Brothers, il est toutefois bien plus qu’une simple évocation des plus belles heures du folk made in the USA. Comme on pouvait s’y attendre avec Will Oldham, les treize reprises jalonnent le parcours d’un certain de personnalisation à la fois dans l’esprit de BPB et ses auteurs (en vrac, Kris Kristofferson, Carole King et bien sûr, à quatre reprises, Don Everly). Parfois, ça groove même à fond les ballons, et ça fait un rude bien (Milk Train), à une occasion, ça rocke les miches dans le bayou (Somebody To Help Me, fascinant mix entre le Spencer Davis Group et les New Pornographers) et le reste du temps, la voix de velours de M. Oldham caresse plus que jamais les écoutilles. Toutefois, même si l’on sent toujours la patte d’un des plus grands artisans de la folk music d’outre-Atlantique, une certaine lassitude pointe le bout de son nez en plusieurs instants, d’autant que le rôle de Dawn McCarthy, dans l’ombre, manque du relief qu’une voix féminine aurait pu apporter à l’ensemble. Dommage.

 

Un disque : Dawn McCarthy & Bonnie ‘Prince’ BillyWhat The Brothers Sang (Domino)

07/03/2013

Trixie Whitley – Fourth Corner

trixiewhitley.jpgMi-Américaine par son père, feu le guitariste Chris Whitley, mi-Belge par sa mère (elle est née à Gand), Trixie Whitley dévoile un potentiel vocal qui décoiffe sur son premier disque solo. Telle une Nicole Willis blanche qui aurait largué les arrangements soul de son husband Jimi Tenor pour des nuances americana où le blues et la country trouvent leur juste place, la jeune chanteuse (25 ans) prouve par A + B pourquoi elle a suscité l’enthousiasme de Daniel Lanois – oui, monsieur – avec qui elle tenait déjà le micro sur le projet Black Dub. Capable de nuances subtiles, elles vont d’un délicat susurré à des envolées décibelliques assumées, la blonde demoiselle montre, sans besoin d’en faire des tonnes cabotines, qu’elle maîtrise son registre à la perfection. Tout en guidant ses pas dans un passé prestigieux, on y trouve même quelques échos épars entre Portishead et… Alicia Keys (c’est dire si le spectre est large), on ne sait trop si Trixie Whitley conjugue le conditionnel ou le subjectif, mais c’est rudement bien fichu.

 

Un disque : Trixie Whitley – Fourth Corner (Unday Records)

04/03/2013

Lindi Ortega – Cigarettes & Truckstops

Last Gang Records, Lindi Ortega, country, singer songwriter, songwriting feminin, americana, critiqueAvec son très charmant minois de brunette aux racines latinos (de par son daddy), on imaginerait plus vite Lindi Ortega en sœur cadette de Gabrielle Solis dans Desperate Housewives qu’en singer songwriter country pur jus. Pourtant, et je lance officiellement l’avis à tous les fans invétérés d’Emmylou Harris (dont je fais partie), le second effort de la musicienne canadienne en jette sous le coude et donne une franche envie de s’envoyer cul sec une dizaine de whiskys bien sentis. Non qu’on ait envie d’oublier fissa les dix morceaux de l’album, au contraire ils sont tous excellents, juste qu’une révélation de cet acabit, ça donne une fichtre envie d’enfourcher sa Jolly Jumper, le Colt bien attaché à la ceinture, et d’aller taper le carton au saloon du coin. Car au-delà de toutes les clichés que le genre peut véhiculer en Europe, Lindi Ortega a un chic très particulier pour la composition de titres smooth, qu’elle chante excellemment de sa très belle voix, sans compter que ses musicos sont loin d’être des manchots. Revelation of the year, dude.

 

Un disque : Lindi OrtegaCigarettes & Truckstops (Last Gang Records)

21/10/2010

Admiral Radley – I Heart California

AdmiralRadley-IHeartCalifornia.jpg

Admiral Radley ou quand deux moitiés font l’unité, belle et cohérente, on ne peut que se réjouir. Evidemment, les forces en présence – Jason Lytle et Aaron Burtch de Grandaddy, ainsi qu’Aaron Espinoza et Ariana Murray d’Earlimart – promettaient de beaux lendemains, ils ne nous déçoivent nullement. Témoins d’une indie pop qui rend un hommage au regretté Denis Wielemans d’autant plus séduisant qu’il est involontaire (on doute que la bande de Braine-l’Alleud ait trouvé un écho jusqu’en Californie), le dynamisme mélodique balance son cœur de beurre entre déclinaisons mélancoliques (le morceau-titre) et cavalcade drolatique (Sunburn Kids). Au-delà de l’aspect mélodique évident sur une grande majorité des titres, les grands noms d’une Amérique moderne (et bien au-delà) peuplent de leur écho inconscient les pages de ce très bel opus. Quelque part au centre d’une vaste plaine où des échos exotiques à la Dirty Projectors ouvrent une valse à la Matt Elliott au son de la voix suave d’Ariana Murray (The Thread), l’ambiance musicale dépote sans fausse pudeur le manque d’ambition de nombre de projets contemporains en matière d’harmonies (les très putassiers Editors, anyone ?). Au-delà du simple exercice de name dropping (Ariel Pink, Yo La Tengo, place your bet), la fusion des deux groupes en présence imprime une révélation marquante sur le cervelet et, à l’occasion, les guiboles.

 

Un disque : Admiral Radley – I Heart California (Admiral Radley)

 

08/11/2009

The Fiery Furnaces – I’m Going Away

fieryfurnacesimgoingawaAprès la terrible récompense auditive de leur septième numéro Widow City, les Fiery Furnaces étaient sacrément attendus au tournant. Ne tournons pas autour du pot thrilljockeyien, son successeur I'm Going Away est du même tonneau, celui dont fût tiré la magnificence revêche de leur récent passé.

Démarrant par une cavalcade espiègle où la guitare de Matthew Friedberger joue à saute-arpèges avec la voix toujours aussi subtile de sa complice Eleanor, le disque est tout simplement fabuleux de joie déconstruite à la fréquentation de Kurt Weill et de Deerhoof. Coquins et sexys en diable, sans jamais la moindre once de vulgarité salace, nos deux frangins explosent un piano de bordel new-yorkais, martelé d'une batterie enregistrée sur l'os. Toujours imprégnée d'une envie rock, leur envie communicative gargarise l'âme de Sonic Youth au son d'une décadence post-grande dépression, version moderne (lisez, qui a écouté Television et The Ex, entre autres). Bourrées d'un humour qui explose les humeurs maussades, les douze chansons débauchent les mélodies en les dévoyant à coup de tord-boyaux jazz, tendance Tom Waits ivre de bonheur - et de plein d'autres choses. Au-delà de toutes ces splendides références, I'm Going Away envoie un formidable uppercut à la tronche de tous ceux qui s'imaginent encore que le rock n'a d'essence qu'entre Manchester et Sheffield, sans compter que jamais, ô non jamais, les mélodies des fourneaux furibards n'ont été autant enthousiasmantes et accessibles. Vous avez dit pop ?

 

Un disque : The Fiery Furnaces I’m Going Away (Thrill Jockey)


Im Going Away - Fiery Furnaces, The

Ray Bouvier - The Fiery Furnaces

18/10/2009

Laura Gibson – Beasts Of Seasons

lauragibbson-beastsofseasonsMise à l'honneur en ces mêmes pages voici moins d’un an, Laura Gibson nous avait à l’époque fait parvenir son premier album, le parfaitement recommandable If You Come To Greet Me sorti sur l’épicerie fine espagnole Borne!. En adepte d'une folk music qui trempait sa mélancolie dans l'encre de Peter Broderick (il était du nombre présent sur le disque) et d'Adam Selzer (qui le produisait), la demoiselle américaine nous avait profondément séduits par son naturel, désarmant comme du Julie Doiron et beau comme du Mariee Sioux.

C'est donc rempli d'un enthousiasme débordant que notre lecteur a englouti ces bêtes des saisons, bien plus automnales que printanières et, pour la petite histoire, première sortie du nouveau label berlinois Souterrain Transmissions. Divisée en deux parties (Communion Songs et Funeral Songs), l'œuvre débute par deux titres d'une grande tristesse, heureusement jamais surjouée, qui évoque la rencontre des grandes Billie Holliday et Sibylle Baier. Le troisième morceau Spirited vient, heureusement, mettre du baume au coeur, aux battements rythmés par Feist sur fond de nymphe des bois. Entre envolées belles à pleurer sur le Carbon Glacier de Laura Veirs et magnifiques arrangements, riches et décorés comme du Lambchop, le temps vire à novembre, et sa morte saison.

 

Un disque : Laura Gibson Beasts Of Seasons (Souterrain Transmissions)


Shadows On Parade - Laura Gibson

Spirited -

21/09/2009

SheKeepsBees – Nests

SheKeepsBees-NestsDonc, elle garde des abeilles. Qui ça, elle ? Et bien, une certaine Jessica Larribee, plus son compagnon de producteur Andy LaPlant aux fûts. La nature même de leur duo SheKeepsBees (un garçon, une fille, plein de possibilités qui rockent), le genre pratiqué (des songs à l’héritage bluesy évident), tout concourt à rameuter le couple de Brooklyn dans un enclos gardé par des certains The Kills, sans même parler des White Stripes. Sauf que la voix, grave et puissante, et le chant univoque de la demoiselle évoqueront immanquablement une PJ Harvey dopée à la testostérone (ou à Thalia Zedek), l’énergie libératrice en moins. Sans compter qu’en fin de bilan, on repassera pour la nouveauté, sans même parler de chansons à l’écriture souvent faiblarde (hormis la très entêtante Gimmie). Un petit stage de remise à niveau chez les Fiery Furnaces, peut-être ?

 

Un disque : SheKeepsBees Nests (Names Records)


Gimmie - She Keeps Bees

You Can Tell - She Keeps Bees

14/09/2009

Cass McCombs – Catacombs

Cass-McCombs-Catacombs-470437La pochette – à l’entrée d’une grotte – et le titre sont parfaitement trompeurs, nulle trace de déprime existentialiste sur le nouvel effort du songwriter américain Cass McCombs. Epris de ballades totalement sixties, McCombs habite en toute sincérité un cabanon romantique, tapissé de veloutes à la M. Ward, orné de sucettes au goût de Zombies. Ouvert sur un splendide duo en compagnie de l’actrice Karen Black (qui à 67 ans, en a vu d’autres, notamment dans le fameux Easy Rider), le disque enchaîne sur une doucerette romance toujours fan des Byrds, une Prima Donna qui touche en plein cœur. Larme à l’œil et pourtant jamais pleurnichard, le Californien fait tout son miel d’une guitare et d’un piano, au milieu de discrets arrangements d’une élégance toute poétique, pleinement au service de mélodies aussi travaillées qu’elles sont attachantes. Et on en redemande.

 

Un disque : Cass McCombs Catacombs (Domino)

Dreams-Come-True-Girl - Cass McCombs

Prima Donna - Cass McCombs

14/08/2009

Louisville – A Silent Effort In The Night

louisville_asilenteffortinthenightIntroduit par une lignée de héros de la musique indépendante américaine de notre temps – elle prend tout son sens à l’écoute de ce superbe disque – l’univers de Louisville évolue bien au-delà du simple name dropping et des références états-uniennes mal digérées. Susurrées de la voix immédiatement identifiable de la toujours délicate Felicia Atkinson, accompagnée d’Olivier Cavaillé, ces noms – Bonnie ‘Prince’ Billy, David Pajo, Slint ou Rachels – touchent au plus profond l’âme de ses auditeurs, signe imperturbable d’une connivence artistique bien au-delà de la simple pose (avis aux oreilles distraites).

Ponctué d’un banjo discret et d’une electronica nuageuse, le premier titre LouisEville débouche au bout de deux minutes sur un magnifique air pop folk, trempé dans le meilleur de l’americana et de la French scene. Grand moment de l’année musicale (on vous le jure sur la tête de Chan Marshall), le morceau bénéficie, ô quel bonheur, de l’apport vocal de l’ami Sylvain Chauveau, magistralement souligné par un violoncelle amoureux. Après ce choc, il faut quelque temps avant de s’accaparer la vision überminimaliste de la demoiselle Atkinson, enregistrée selon ses (bonnes) habitudes dans des conditions précaires – un dictaphone, en l’occurrence – avant qu’une rengaine aux franges du post rock ne vienne secouer le cocotier d’un Silent Effort pas si silencieux que ça (et c’est tant mieux). Un fragile écho d’un piano en chambre plus tard (Matin), l’ombre de la géante Sylvia Plath plane sur The Only Thing To Come Is The Sea, adapté librement en français (pour une partie) et soutenu musicalement par une cavalcade (post) rock quelque peu cliché et en manque de lâcher prise. Peu importe, tant Soir, émouvant air de violoncelle, réconcilie les possibles (Worrytrain vs Helios, ce genre), prélude évident au spoken word dématérialisé d’Atkinson sur Forest (for Maria Kotalska). Le tout est conclu par l’hommage Johnny And June, où Sylvain Chauveau endosse le chapeau de David Pajo pour mieux nous rappeler que l’écho de Will Oldham avait traversé l’Atlantique tout en honorant de sa grâce la fin de vie du grand Johnny Cash.

 

Un disque : Louisville A Silent Effort In The Night (debruit&desilence)


LouisEville - Louisville

The Only Thing To Come Is The Sea - Louisville

01/08/2009

Talons – Songs For Babes

talons-songsforbabesFace à la mer et aux cris de ses mouettes, Mike Tolan – homme aux Talons multiples – promenait un fin doigté, précieux tel le bruit des vagues, il annonçait une sensibilité folk, aride et magnifique. Tel un Will Oldham – ou un Nick Drake du pays désolé d’Akron, Ohio – il déposait au creux de nos tympans usés par tant d’inutilités bruyantes des comptines en pointillés de grâce tranquille, leurs subtilités n’avaient pas terminé de nous émouvoir. Soutenu tout en discrétion par de modestes complices aperçus en d’autres lieux, tels Keith Freund et Linda Lejsovka des Trouble Books, il faisait sienne la noirceur subite de notre époque récessive, évitant toute guimauve péremptoire, contemplant sans pleurnicher les dégâts d’un bouleversement économique sans précédents. L’histoire aurait pu mettre les freins, se muer en une auto-complaisance salace, elle avait eu l’extrême bon goût de nous prendre par la main, guitare acoustique en étendard, field recordings dissimulés et arrangements délicats entièrement portés au service d’une narration lyrique qui nous faisait croire en un avenir certainement meilleur. Ca s’appelle la modestie du grand art et c’est magique.

 

Un disque : Talons Songs For Babes (Own Records)


Cole - Talons