07/03/2013

Trixie Whitley – Fourth Corner

trixiewhitley.jpgMi-Américaine par son père, feu le guitariste Chris Whitley, mi-Belge par sa mère (elle est née à Gand), Trixie Whitley dévoile un potentiel vocal qui décoiffe sur son premier disque solo. Telle une Nicole Willis blanche qui aurait largué les arrangements soul de son husband Jimi Tenor pour des nuances americana où le blues et la country trouvent leur juste place, la jeune chanteuse (25 ans) prouve par A + B pourquoi elle a suscité l’enthousiasme de Daniel Lanois – oui, monsieur – avec qui elle tenait déjà le micro sur le projet Black Dub. Capable de nuances subtiles, elles vont d’un délicat susurré à des envolées décibelliques assumées, la blonde demoiselle montre, sans besoin d’en faire des tonnes cabotines, qu’elle maîtrise son registre à la perfection. Tout en guidant ses pas dans un passé prestigieux, on y trouve même quelques échos épars entre Portishead et… Alicia Keys (c’est dire si le spectre est large), on ne sait trop si Trixie Whitley conjugue le conditionnel ou le subjectif, mais c’est rudement bien fichu.

 

Un disque : Trixie Whitley – Fourth Corner (Unday Records)

01/02/2013

Blackie & The Oohoos – Song For Two Sisters

Blackie & The Oohoos - Song For Two Sisters.jpgRéponse belge à Mazzy Star, Blackie & The Oohoos inscrit ses gènes dans la dream pop, genre très encombré depuis l’avènement au plus haut des cieux de Beach House. Loin, toutefois, d’être de simples suceuses de roue à l’inspiration provinciale, les deux frangines Loesje et Martha Maieu, joliment secondées par Pascal Deweze (Sukilove, Broken Glass Heroes), explorent les interstices entre Twin Peaks et Portishead, tout en évitant la guimauve romantique neuneu. Du haut de leurs voix, angéliques et malicieuses, on les imagine échappées d’une photo de David Hamilton, qui aurait troqué pour l’occasion les bords embrumés d’un lac frisquet au backstage intimiste du Vooruit. Pour grincher un peu, on ajoutera que mélodiquement, le travail n’est pas toujours forcément accompli, mais dans la petite trentaine de disques que votre serviteur a ingurgités en ce mois, l’objet lorgne sans fausse modestie une place dans le premier tiers.

 

Un disque : Blackie & The OohoosSong For Two Sisters (Unday Records)

19/02/2010

Undine – Exo

Undine-ExoC’est à un cas d’école de disque sympatoche – et dispensable – que nous convoque le trio flamand Undine. Les bonnes intentions ne manquent pas, pourtant. Des arrangements acoustiques d’une belle délicatesse, qui souligne un amour des belles choses romantiques – ou une volonté manifeste d’un rappel moderniste des avantages certains de l’acoustique. Mais bon dieu, que tout cela est maniéré et manque de spontanéité. Même en tentant d’oublier, l’espace d’un instant, les sirènes diaphanes des géniales Midaircondo ou l’acidité magique d’Espers, impossible d’y entendre qu’une suite trop propre sur elle de chansons nu folk trop bien jouées (et surproduites) pour captiver au-delà du lectorat de Humo.

 

Un disque : Undine – Exo (Undine Music)

11/11/2009

Christophe Bailleau – Lights Out In The Ghosting Hour

os032Collaboration avec l’intransigeant Won (aka Sébastien Llinares), installations sonores pour le CitySonics montois et très réussie tentative en duo avec le songwriter folk Neal Williams, entre autres projets, l’activité de Christophe Bailleau est aussi intense que le rythme des tournées de Bob Dylan. Retrouvant le chanteur américain et le directeur du CitySonics Philippe Franck aux synthés, guitare et vocoder, l’électronicien franco-hutois ouvre la voie à une quadruple échappée, aux côtés de l’artiste belge Niko Hafkenscheid (guitare).

Le disque, excellent, débute avec un extraordinaire morceau de bravoure, où les orages de l’électronique se mêlent au banjo jovial de Williams, entre autres méandres où il fait bon gambader malgré les éclairs menaçants. D’une manière plus globale, l’electronica de Bailleau ouvre les morceaux, chantés en alternance par ses trois comparses. Un rappel n’ayant jamais explosé au visage d’un lecteur, nous rappellerons juste que la fréquentation assidue des chansons de Neal Williams est chaque jour un peu plus indispensable. Ecorchés juste ce qu’il faut, tout en préservant cette dose d’empathie salvatrice, ses A Night Of Real Recognition et I’ll Be There sont une vraie – vous pouvez nous croire – bénédiction auditive. Moins naturel, le chant de Hafkenscheid fait relativement moins bonne figure, notamment en raison de l’amplitude plus limitée, voire monocorde de sa voix. Bouleversant de justesse et d’équilibre, Christophe Bailleau lui-même prend également le micro, pour deux titres d’une beauté élégiaque digne, n’ayons pas peur des mots, du grand David Sylvian lui-même. Quatrième et ultime vocaliste, Philippe Franck ose une toute autre approche. Proclamé tel un discours maléfique, son spoken word intrigant signe un appel à la mort complètement scotchant qui, en d’autres temps, lui auraient valu un billet direct pour l’enfer. Celui-ci est tout, sauf pavé de bonnes intentions, et on adore ça.

 

Un disque : Christophe Bailleau / Neal Williams / Philippe Franck / Niko Hafkenscheid Lights Out In The Ghosting Hour (Optical Sound)


A Night Of Real Recognition - Christophe Bailleau

Walk The Curse - Christophe Bailleau

08/09/2009

paTTon – Hellénique Chevaleresque Récital

paTTon – Hellénique Chevaleresque RécitalDeux frères, formés à la Brussels Jazz School, composent le duo paTTon, qui n’a rien de jazz (encore que le jeu de batterie…), tout en cultivant un phrasé spoken word plongé dans l’art du blues et de la folk. Cette fratrie – Sam (voix, batterie, électronique) et Max Bodson (voix, guitare, piano, basse, électronique) – n’a peur de rien, si ce n’est de la retape de sentiers battus et rien qu’en cela, elle se démarque de toute cette ribambelle d’imitateurs mal dégrossis qui peuplent l’essentiel de la scène franco-belge chantant en anglais.

Les premières secondes du morceau-titre laissent toutefois perplexes. Heureusement, cette vingtaine de secondes où les deux frangins de Bastogne échangent les page 1 et page 2 à qui pire pire n’augurent en rien de la suite, ombragée bien que pop.

Transpercé des grands espaces de l’americana, tout en contrastant avec les sombres forêts de leurs Ardennes natales, les mélodies escarpées de paTTon alternent le chanté et le parlé, rugueux tel du Rodolphe Burger folkoïsant. Par moments (Neighbours), c’est même fichtrement séduisant quand des arrangements tout simples (une guitare aux espagnolades raffinées, une batterie aux rythmes irréguliers et d’une sécheresse désarmante, un chouia d’électronique). Guère timide, sans être démonstrative genre ‘regarde comme je sais te pondre un hit’, la musique du duo belge s’égare une ou deux fois en des terres expérimentales qui ne sont pas leurs (Schnee (edit)), ce ne sont que scories mineurs face à des dialogues complices où le français en jette à l’anglais. Tels des Kat Onoma de la folk music ?

 

Un disque : paTTonHellénique Chevaleresque Récital (Matamore/Prohibited Records)


Hellénique Chevaleresque Récital - paTTon

Ramasser - paTTon

30/07/2009

V/A – Umbrelladelika! – Drops

umbrelladelikaQu’un label aux accents électroniques de qualité voit le jour en nos contrées, réputées accueillantes pour les artistes Warp ou Planet Mu, n’a rien de surprenant. Cette nouvelle structure, c’est celle du Bruxellois Harry Poppins, elle porte l’étrange nom d’Umbrelladelika! Records, on dira UBD pour faire court et sa première sortie donne déjà à entendre – du tout bon, coco. Très jolie carte de visite, la présente compilation regroupe une multitude de styles, entre IDM tendance Autechre (Egon Fisk, dont l’élégante track a beaucoup de gueule dynamique), electronica rêveuse saupoudrée de click’n cuts (Ucture) ou cavalcade de (break)beats en un mode Venetian Snares assourdi (le label manager himself). Seul nom "connu" de la bande, le duo Wevie Stonder confirme tout le bien au moral de son électro-pop dadaïste, ponctuée de scratches et d’un spoken word ergophizmizien, tout comme les délires joueurs de tep auraient pu se retrouver sur le label Gagarin Records d’un Felix Kubin tombé amoureux de Pascal Comelade et de Bogdan Raczynski. Des noms qui évoquent déjà des futures sorties à suivre, et pas que du coin de l’oeil.

 

Un disque : V/A – Umbrelladelika! – Drops (Umbrelladelika! Records)


Desperate Hole Life - Ucture

When Marti Was There - RoachBungincan

Acip Lellien Hungmeister - Egon Fisk

23/03/2009

Domenico Solazzo – Deadend

domenicosolazzo-deadendLe monde de la musique a ceci de merveilleux qu’il permet, chaque jour pratiquement, de se replonger dans l’essence même de l’humanité, ces contacts interpersonnels avec des personnages passionnés par leur art à un stade jamais démenti. Collaborateur de RifRaf depuis quelques mois, le Bruxellois Domenico Solazzo – musicien multi-genres dont les goûts artistiques et la maîtrise instrumentale l’emmènent sur les traces du (post) rock, du métal et du (free) jazz – mène depuis 2003 une itinéraire d’enfant médiatiquement peu gâté qui force le respect. Sa dixième œuvre Deadend, si elle se veut un chouia plus pop que ses précédentes, démontre surtout que l’homme de Schaerbeek s’y entend à merveille pour trousser des mélodies fortes de leur délicatesse tourmentée (Length Of Time, Mulunde), sur lesquelles on aimerait – aussi – voir se poser la voix d’une Half Asleep ou d’un Olivier Andu. N’y voyez toutefois nulle critique de l’organe vocal de notre homme, que du contraire, le chant n’étant qu’une des variables de son univers, d’une musicalité infiniment riche et variée. Entre guitares à l’ouest du stoner et du Godspeed, saxophone énervé, xylophone en quête de Steve Reich, percussions furtives et cordes synthétiques échappées d’Alpha, Solazzo tire le monde vers le haut, tout en trouvant ça et là des gimmicks arabisants inoubliables (Mescaline). Et nous l’affirmons sans complaisance aucune, ce n’est d’ailleurs pas le genre du personnage, son disque est tout simplement remarquable.

 

Un disque : Domenico Solazzo Deadend (Autoproduction / LAP Records)

Mr.Kewl - Domenico Solazzo

Length Of Time - Domenico Solazzo

Mescaline - Domenico Solazzo

18/01/2009

Annelies Monseré – Somewhere Someone

anneliesmonsere-somewheresomeoneL’heure étant plus que jamais à ces pseudo-artistes imitatrices de Dusty Springfield et Amy Winehouse, il est réconfortant d’entendre de vraies personnalités – discrètes comme elles sont attachantes – tracer leur sillon, en toute lenteur, en pleine humilité. Auteur en 2005 d’un premier disque dont le temps n’a fait que confirmer la juste place aux côtés de Jessica Bailiff, la Gantoise Annelies Monseré nous fait patienter, et de quelle manière sur cet EP qui confirme sa patte sombre et vaporeuse, inquiète et éthérée. Musicalement, le dépouillement dont fait preuve la compagne de Wim Lecluyse (responsable du label Morc) renforce la dynamique immobiliste de ses six nouveaux titres, d’une forte personnalité alanguie qui donne paradoxalement envie de s’allonger dans les bras de l’enfer, histoire de mieux capter un monde entre sérénité coupable et malaise réconfortant.

 

Un mp3 : Annelies Monseré – Golden

Un disque : Annelies Monseré Somewhere Someone (Morc Records)


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08/01/2009

Guernica – Who Are Your Songs For?

Guernica_WhoAreYourSongsForA l’heure où les groupes d’une belle contrée nommée Belgique confondent pop music et shopping sur l’avenue de la Toison d’Or, il est réjouissant de constater que des artistes du pays de Tom Barman et Jos Steen résistent à la tentation de la participation aux concours annuels du plus bel hennissement. Autant notre aversion pour les MonteMalibuPonstars de tout poil ne cesse de grandir avec le temps, implacable juge arbitre du bon grain et de l’ivraie, autant le quatuor Guernica s’est glissé sans coup férir dans nos cœurs, déjà conquis par les magnifiques Français de Papier Tigre. D’abord paru dans son pays d’origine sur le minuscule label courtraisien Vlas Vegas, Who Are Your Songs For? connaît l’honneur d’une sortie française, grâce au dynamisme du label Greed Recordings (Cornflakes Heroes, Action Dead Mouse). Et c’est plus que mérité, les six morceaux du disque se servant du dynamisme grégaire des Fugazi pour mieux personnaliser des tonalités post pop d’une vélocité assouvie à coups de guitare basse. Difficile aussi de ne pas craquer sur le chant mi-moqueur mi-détaché du gars Michael au micro, dont la verve – ralentie ou furieuse – n’est pas sans évoquer le toujours fondamental Stephen Malkmus. Autant dire que ça vaut le coup de marteau sur l’enclume.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Guernica Who Are Your Songs For? (Greed Recordings)

01/12/2008

Yuko – For Times When Ears Are Sore

yuko-fortimeswhenearsaresoreOyez oyez bonnes gens, sortez les flonflons (acid) folk, tentez les mélodies indie pop, un compatriote belge relève le gant de la concurrence internationale, haut la main encore bien. Ce jeune homme très plat pays, c’est le jeune Kristof Deneijs, ancien étudiant en photographie à Gand et actuel membre des collectifs belge Rarefish et français Haiku Bang. Il est surtout l’auteur – sous le pseudonyme japonisant de Yuko – d’un très joli premier disque, impeccable de bout en bout. Ses onze titres, s’ils sont globalement de la plus haute veine harmonique, n’oublient toutefois ni les mélodies à la Radiohead (There’s A Limit), ni les madeleines shoegazing à la Ride grondant la guitare acoustique de Greg ‘Espers’ Weeks (le splendide No Trees Up Here). Produit par le trop méconnu génie Wim Maesschalk (aka Wixel), chanté sur un mode mineur très Morr Music qui n’enlève rien à se pertinence ni à son excellence, For Times When Ears Are Sore trempe sa plume dans une émotion instrumentale peu commune (Peuchttücher). Histoire de jouer au grincheux, on pointera bien quelque raideur vocale (Noone Here To Hug), c’est bien peu de choses en regard des indispensables échos de The Notwist peuplant un opus aux palmes d’argent.

 

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Un disque : YukoFor Times When Ears Are Sore (Debonair Recordings)