07/03/2013

Trixie Whitley – Fourth Corner

trixiewhitley.jpgMi-Américaine par son père, feu le guitariste Chris Whitley, mi-Belge par sa mère (elle est née à Gand), Trixie Whitley dévoile un potentiel vocal qui décoiffe sur son premier disque solo. Telle une Nicole Willis blanche qui aurait largué les arrangements soul de son husband Jimi Tenor pour des nuances americana où le blues et la country trouvent leur juste place, la jeune chanteuse (25 ans) prouve par A + B pourquoi elle a suscité l’enthousiasme de Daniel Lanois – oui, monsieur – avec qui elle tenait déjà le micro sur le projet Black Dub. Capable de nuances subtiles, elles vont d’un délicat susurré à des envolées décibelliques assumées, la blonde demoiselle montre, sans besoin d’en faire des tonnes cabotines, qu’elle maîtrise son registre à la perfection. Tout en guidant ses pas dans un passé prestigieux, on y trouve même quelques échos épars entre Portishead et… Alicia Keys (c’est dire si le spectre est large), on ne sait trop si Trixie Whitley conjugue le conditionnel ou le subjectif, mais c’est rudement bien fichu.

 

Un disque : Trixie Whitley – Fourth Corner (Unday Records)

04/03/2013

Lindi Ortega – Cigarettes & Truckstops

Last Gang Records, Lindi Ortega, country, singer songwriter, songwriting feminin, americana, critiqueAvec son très charmant minois de brunette aux racines latinos (de par son daddy), on imaginerait plus vite Lindi Ortega en sœur cadette de Gabrielle Solis dans Desperate Housewives qu’en singer songwriter country pur jus. Pourtant, et je lance officiellement l’avis à tous les fans invétérés d’Emmylou Harris (dont je fais partie), le second effort de la musicienne canadienne en jette sous le coude et donne une franche envie de s’envoyer cul sec une dizaine de whiskys bien sentis. Non qu’on ait envie d’oublier fissa les dix morceaux de l’album, au contraire ils sont tous excellents, juste qu’une révélation de cet acabit, ça donne une fichtre envie d’enfourcher sa Jolly Jumper, le Colt bien attaché à la ceinture, et d’aller taper le carton au saloon du coin. Car au-delà de toutes les clichés que le genre peut véhiculer en Europe, Lindi Ortega a un chic très particulier pour la composition de titres smooth, qu’elle chante excellemment de sa très belle voix, sans compter que ses musicos sont loin d’être des manchots. Revelation of the year, dude.

 

Un disque : Lindi OrtegaCigarettes & Truckstops (Last Gang Records)

14/09/2009

Cass McCombs – Catacombs

Cass-McCombs-Catacombs-470437La pochette – à l’entrée d’une grotte – et le titre sont parfaitement trompeurs, nulle trace de déprime existentialiste sur le nouvel effort du songwriter américain Cass McCombs. Epris de ballades totalement sixties, McCombs habite en toute sincérité un cabanon romantique, tapissé de veloutes à la M. Ward, orné de sucettes au goût de Zombies. Ouvert sur un splendide duo en compagnie de l’actrice Karen Black (qui à 67 ans, en a vu d’autres, notamment dans le fameux Easy Rider), le disque enchaîne sur une doucerette romance toujours fan des Byrds, une Prima Donna qui touche en plein cœur. Larme à l’œil et pourtant jamais pleurnichard, le Californien fait tout son miel d’une guitare et d’un piano, au milieu de discrets arrangements d’une élégance toute poétique, pleinement au service de mélodies aussi travaillées qu’elles sont attachantes. Et on en redemande.

 

Un disque : Cass McCombs Catacombs (Domino)

Dreams-Come-True-Girl - Cass McCombs

Prima Donna - Cass McCombs

28/05/2009

Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware

bonnie-prince-billy-bewarePour être tout à fait honnête – et c’est bien la moindre des choses pour un chroniqueur musical – ça faisait un bon bout de temps qu’on attendait un disque à l’intérêt marquant de Will Oldham, qui avait actionné la fonction pilote automatique depuis un moment. Etait-ce l’usure du temps ou la sensation malsaine d’avoir tout compris chez le barbu de Louisville, les repères discographiques de ses récents Ask Forgiveness ou Lie Down In The Light manquaient de conviction profonde pour s’établir durablement entre nos cactus et nos prairies. Allelujah !, le cru 2009 du songwriter américain installe en nos pavillons une envie plus que latente de ressortir les violons et les guitares, accompagnées d’un instrumentaire plus développé qu’à l’habitude, ce qui rend au son de M. Palace une vigueur harmonique qui sied à merveille à sa voix toujours autant de velours capitonné. Globalement plus country – mais c’est celle que doivent abhorrer les danseurs en chemises à carreaux du dimanche, oh oui – ce nouvel opus du maître oscille entre sonorités obscures, à l’instar de la lugubre pochette, et pâlots rayons d’un soleil couchant sur les Appalaches. Qui en sont déjà tombées amoureuses.

 

Un disque : Bonnie ‘Prince’ Billy – Beware (Domino)


Beware Your Only Friend - Bonnie "Prince" Billy

I Dont Belong to Anyone - Bonnie "Prince" Billy

01/04/2009

Erik Friedlander – Block Ice & Propane

erikfriedlander-blockiceDans l’univers très formaté de la musique, adepte de classements tout faits et d’étiquettes indécollables, le présent disque d’Erik Friedlander sonne tel un rappel de nos cloisonnements mentaux, si prompts à refuser les rapprochements esthétiques inattendus alors que leur simple écoute dégage des saveurs inoubliables et éternelles. Au croisement de l’expérimentation et de l’americana, le violoncelliste et compositeur américain dévoile une maîtrise de l’instrument, superbe dans le fingerpicking comme dans les glissandi, évadée dans les espaces infinis d’un Midwest fantasmé. De la première technique, Friedlander retient une entêtante parabole sur cinq lentes notes (Dream Song), de la seconde manière, il décoche une cavalcade country virevoltante et virtuose de bonheur (Airstream Envy). Surtout, et là se situe l’essentiel, le jeu du poète sonore new-yorkais est mis complètement au service de ses compositions, prenantes et novatrices tout en demeurant parfaitement accessibles, telle la bande-son parfaite d’un western avec Will Oldham en guest star (le tournoyant morceau-titre, Yakima). L’homme peut toutefois se faire plus radical, presque bruitiste (A Thousand Unpieced Suns) car il n’oublie pas ses liens étroits avec le grand John Zorn, tout comme il peut déposer la virulence au pied de son tabouret, en équilibre stable entre atmosphères intimes et mélodies espacées.

 

Un disque : Erik Friedlander Block Ice & Propane (Skipstone Records)

19/02/2009

zeitkratzer & Terre Thaemlitz – electronics

zeitkratzerterrethaemlitz-electronicsMusicalement aux antipodes des atmosphères feutrées de zeitkratzer, le New Yorkais Terre Thaemlitz est le moins connu des trois noms à l’affiche, alors que sa musique est sans doute la plus ‘accessible’ du lot. Mélange explosif de rythmes tribaux qui ne sont pas sans rappeler le gospel, les percussions de Down Home Kami-Sakunobe s’intègrent difficilement dans le contexte d’un concert, l’Américain jouant une partie irrésistible (certes) qui rend superflue la présence de l’ensemble allemand. Quand il reprend les commandes seul, l’impression d’unité sonore s’en trouve d’ailleurs ragaillardie, notamment sur sloppy 42nds, où le free jazz et l’electronica jouent à saute-mouton avec des percussions obsédantes sans être mordantes. Les choses s’arrangent lors du second titre commun (Hobo Train) avec Thaemlitz au piano, mélange détonant de violon country, de percussions 4/4 et de jazz dégénéré, qui en dépit d’une unité de vues toute relative, séduit par son dynamisme mélodique et sa vigueur rythmique. Avant une conclusion ambient absolument magnifique, quelque part entre Kapital Band 1 et Svarte Greiner.

Un disque : zeitkratzer & Terre Thaemlitz electronics (zeitkratzer)

26/01/2009

Alela Diane se tient tranquille

aleladiane-tobestillMerveilleux indicateur d’un temps qui a passé en la profonde compagnie de sa voix unique de folk singer baignée de gospel, Pirate’s Gospel de la (désormais) incontournable Alela Diane fait à jamais partie de ses albums qui vous bouleversent une vie de music freak. Très attendu – et c’est peu de l’écrire – son successeur To Be Still – nous aura fait patienter plus deux ans (mais oui) et si certaines orientations stylistiques dénotent une volonté de ratisser plus large (à quoi bon la batterie de White As Diamonds ?), on y jettera une oreille forcément toujours de bon aloi. En attendant une tournée européenne aux étapes parisienne (Bataclan, le 6 avril) et bruxelloise (AB, le lendemain).

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Alela Diane To Be Still (Fargo Records)

08/12/2008

Isobel Campbell & Mark Lanegan – Keep Me In Mind Sweetheart

isobelcampbellmarklanegan-keepPour une suite du magnifique Sunday At Devil Dirt, le second opus de la belle écossaise et de la bête américaine, sorti en début d’année, c’en est une superbe que cet EP, enregistré lors des sessions de leur désormais célèbre dimanche diabolique. Toutes les qualités d’Isobel Campbell et Mark Lanegan se confirment, d’éclatante manière, sur ces six titres à mettre en toutes les oreilles. Ballade organique dans la foulée de (Do You Wanna) Come Walk with Me?’, titre majeur du premier album (Keep Me In Mind Sweetheart), volutes américana aux accents jazzy (Flight Fire With Fire), déchirante romance à flinguer toute la discographie de Lee Hazlewood (Asleep On A Sixpence), violon à quatre sous en quête d’une pièce (Violin Tango), tout subjugue, tout séduit, tout prend aux tripes. Sans même parler de l’intemporel Rambling Rose, titre qui ne se démodera jamais, à l’image d’un duo qui fréquente son passé pour mieux éclairer notre avenir.

 

En écoute sur MySpace

Un EP : Isobel Campbell & Mark LaneganKeep Me In Mind Sweetheart (V2)

31/10/2008

Jolie Holland, op. 4

jodieholland-thelivingandthedeadLa musique de Jolie Holland ne révolutionnera certes jamais le petit – et le grand – monde de l’americana, trop éloignée qu’elle est des plus audacieuses Josephine Foster ou Tara Angell. Cela importe peu, à vrai dire, tant ses intemporelles mélodies frémissent tels de futurs grands classiques, bichonnés au fusain par les toujours passionnants M. Ward, Jim White et Marc Ribot. Tel un appel d’une vieille amie fidèle que l’on retrouve après des années d’oubli, la voix inchangée à l’autre bout du téléphone.

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Jolie Holland Mexico City

Un disque : Jolie Holland The Living And The Dead (Anti-)

27/10/2008

Arthur Russell also went americana

arthurrussel-loveLa mort, cette chienne lubrique, nous a privés des plus beaux joyaux du génie Arthur Russell, ceux que cette saloperie de virus en quatre lettres l'a empêchés d'écrire. Nouveau regard sur l'immense talent de l'artiste américain, Love Is Overtaking Me quitte les rives de la disco barrée du genou, c'est pour mieux nous prouver les concordances de vue entre l'auteur de Calling Out of Context et une americana dérangée à la Townes Van Zandt. Importantissime, once more.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Arthur Russell Love Is Overtaking Me (Rough Trade)