05/02/2013

Laurel Halo – Quarantine

laurel halo, hyperdub, electronica, dubstep, electro pop, critique, songwriting femininGrosse hype en 2011 avec son très réussi EP Hour LogicLaurel Halo signe un an plus tard un très joli opus en format étendu, son apparente inoffensivité au premier abord est extrêmement trompeuse. D’une longueur en bouche subtile et harmonieuse, l’œuvre de la New-Yorkaise évolue dans des eaux pop expérimentales où s’est baignée la grande Laurie Anderson, ainsi que, mais ça va de soi vu qu’ils forment un couple à la ville, Oneohtrix Point Never alias Daniel Lopatin. Pour multiplier le name dropping, on citera aussi une Julia Holter, en mode un chouia moins accessible, mais l’énorme force de Quarantine est de multiplier les tentatives électroniques, couplées à un chant angélique, voire diaphane. Alors oui, par moments, on reste tellement longtemps sous l’eau qu’on en perd la respiration, mais quand on retrouve la surface, un monde en technicolor digital exprime toutes ses nuances, elles sont riches et multiples. Nombreuses écoutes conseillées avant d’atteindre la plénitude, got it ?

 

Un disque : Laurel HaloQuarantine (Hyperdub)

09/03/2011

Duffstep – Getting To Sirius

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Conjonction d’un style (le dubstep, au sens élargi du terme) et d’un nom (l’Anglais Jeremy Duffs), le simple nom de Duffstep pourrait très bien figurer au rang des incontournables du genre, aux côtés des extraordinaires Mount Kimbie et de leur incontournable Crooks & Lovers (en bonne place des les tops 2010). Pêcheur de galaxies post-Benga, défricheur d’ambiances où le mortifère transperce ses lézardes de rayons ultraviolets, le producteur anglais inspire, dès la première écoute, un sentiment d’abandon noctambule vivace et enveloppeur. Inspiré, puisant aussi bien dans la scène UK garage des années 2000 que dans les musiques électroniques dansantes des deux décennies précédentes, son premier opus balance une sacrée carte de visite sur le dancefloor. Même si les schtroumpfs grognons sursauteront face à tel ou tel gimmick trop voyant (un clin d’œil au disco par ci, une suavité lounge jazzy par là), ils resteront globalement scotchés devant le mariage fiévreux, voire improbable, des multiples composants du lieu. Telle une gageure citant Kode9 auprès d’un… Robert Wyatt baléarique, tout en n’ignorant pas FaltyDL et Ultravox, Duffstep ose et impose, quitte à chiffonner les bonnes consciences en mal de vécu sentimental.

Un disque : DuffstepGetting To Sirius (Join The Dots)

04 On & On by Duffstep

09/11/2010

Senking – Pong

senking-pong.jpgQu’un label expert dans l’electronica de haut-vol goûte aux joies ténébreuses du dubstep – le très influent Raster-Noton pour ne pas le nommer – voilà qui n’a rien de bien étonnant. Même si la maison de Carsten Nicolai & co n’intègre que très tardivement les deep basses typiques du genre né à South Croydon, le résultat est à mille lieues des horreurs récentes entendues de l’autre côté de la Manche, en premier le très putassier Outside The Box de Skream. Référence au classique du jeu vidéo, Pong déroule en neuf titres d’une somptueuse – et inquiétante – beauté sonore – un groove lentissimo sensuel, bien que perché dans un au-delà qui séparerait Mullholland Drive de DJ Distance, le tout dans un ancien bunker berlinois ressuscité en pleine guerre froide. Maniaques et sombres, parfois même flippantes (Painbug In My Eye), les atmosphères développées par Senking ne témoignent toutefois nullement d’une quelconque nostalgie pour un âge d’or dubstep entonné par Vex’d, Milanese ou DJ Hatcha. Au contraire, ancré dans une tradition électronique germanique qui relie le fil d’Aleph-1 à Mika Vainio (qui est certes finlandais) s’évadant du côté des docks de Hambourg une nuit froide de novembre, le cinquième numéro de Jens Massel pour le compte du label de Chemnitz est à marquer d’une pierre dark.

 

Un disque : Senking – Pong (Raster-Noton)
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24/10/2010

Skream – Outside The Box

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Le mystère n’est désormais plus entier, la scène dubstep – le douteux Skream en particulier – vire peu à peu au cauchemar sonnant et trébuchant. A mille lieues des expérimentations sombres qui donnaient aux basses ultra-profondes un parfum envoûtant de fin du monde sophistiqué, le genre se phagocyte aujourd’hui de remixes bancaux pour l’insupportable La Roux (présente ici sur le très mauvais Finally) et des collaborations douteuses. Ce n’est pas ce très mauvais Outside The Box qui changera la donne d’un iota. Echos putassiers d’expériences au-delà du réel – franchement, ça donne envie de regarder un concert d’Elton John sur TF1 – le disque est d’autant plus décevant que son auteur nous avait enchantés en son temps sur ses EP Skreamizm – en un temps où Benga dépeçait un trompe-le-monde sur fond de samples vocaux venus d’une autre planète. Triste constat.

 

Un disque : Skream – Outside The Box (Tempa)
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13/10/2010

Mount Kimbie – Crooks & Lovers

mountkimbie-crooksandlovers.jpgTrès belle hype de l’été, Crooks & Lovers sera-t-il le disque fondateur d’un nouveau genre que d’aucuns nomment déjà post-dubstep ? L’histoire le dira mais nous prenons déjà le pari que… peut-être. Au-delà de notre réponse de Normand, le verdict se fait plus nuancé (pour le post-machin) et sans ambigüité (pour la qualité musicale). Croisement entre une tonne de genres, le son de Mount Kimbie est avant tout d’une richesse inouïe et mérite – à lui seul – bien mieux qu’un simple qualificatif. Jouant à saute-moutons entre jazz, electronica, trip hop, dubstep, UK garage, voire pop, le premier opus longue durée de Dominic Maker et Kai Campos nécessite un temps d’acclimatation – impossible d’assimiler autant de belles choses d’un seul tenant en trente-cinq minutes chrono. Au fil du temps, la fascination pour les recherches sonores prend nettement le dessus, aucun acte gratuit n’ayant été posé par ces escrocs et ces amants. Mieux même, à chaque étape du parcours, les multiples trouvailles des Mount Kimbie embaument l’espace de leurs immenses beautés, jamais elles ne sont vaines ou de pure forme. Sans même parler de l’utilisation des samples vocaux, qui renvoient jusqu’au pourtant génial Burial à ses chères études. Ca vous suffit où il vous en faut encore ?

 

Un disque : Mount Kimbie – Crooks & Lovers (Hot Flush Recordings)
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18/11/2009

Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His Breakfast

Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His BreakfastReprésentant majeur de la scène électronique anglaise depuis un Restaurant Of Assassins gravé dans les mémoires, Neil Landstrumm s’inscrit encore un peu plus dans la lignée du magnifique Harmonic 313 sur sa nouvelle production. Toujours signé sur le label protéiforme Planet Mu, insatiable telle une plongée dubstep dans les entrailles analogiques, le cru 2009 du producteur écossais ne freine nullement ses ardeurs, sans pour autant se perdre dans des beats bombastiques à la… (censuré, pas de pitié pour les bourrins).

Adepte de croisements stylistiques entre grime, electronica, techno, IDM et tout ce que la scène UK compte de sous-chapelles, Landstrumm emprunte mille et une fausses pistes. Certaines ne mènent pas bien loin, à l’image du finalement binaire The Coconut Kestrel. D’autres, nettement plus nombreuses, incitent à pousser la porte du London Underground, direction une party noire de Croydon où le diable se fantasme en Kode9 (How Do You Feel?).

Tout comme sur le précédent Lord For £39, le rappeur d’Edimbourg Profisee vient poser son flow sur deux tracks inquiétantes (Can’t See Me), voire rageuses (Say ‘n Do). Disons-le tout net, la seconde s’incline face à l’angoissante beauté de la première. D’autres moments invitent à une régénération de gamers eighties transposée dans l’univers funky de notre temps (Schlump Funk), pour une échappée paroxysmique ouverte à tous les vents underground du Royaume-Uni.

 

Un disque : Neil Landstrumm – Bambaataa Eats His Breakfast (Planet Mu)


Cant See Me (feat. Profisee) - Neil Landstrumm

15/04/2009

Distance – Repercussions

distance-repercussionsAlbum complètement indispensable de la scène dubstep, My Demons du DJ et producteur londonien – where else ? – Greg Sanders alias Distance fut l’un des événements de l’année 2007. Bourré de hits underground (il fut d’ailleurs proclamé Album de l’année sur un forum dédié au genre), véritable coup de massue pour des tympans qui en pourtant connu d’autres chocs (Burial, Skream, 2562, Benga and so on), ses basses ultra-lourdes et profondes vous catapultaient en trois secondes six dixièmes au fin fond de Croydon, South London, pour un voyage sans retour.

Plus lentes, à peine moins percutantes, les nouvelles tracks  -  neuf au total – de Distance évoquent immanquablement telle banlieue revêche aux bonnes manières, reflet d’un monde industriel à l’impitoyable sauvagerie que nul n’épargne. Encore moins dansantes, voire pas du tout, que les morceaux de son prédécesseur (déjà paru sur Planet Mu), les nouvelles épreuves proposées par Sanders décochent encore de ces coups de poing au ventre dont on ne se relève plus, à l’image de Koncrete, et son tempo infernal à vous défroquer un peuple de ravers en léthargie post-acid. Et les tubes ont beau être moins évidents à la première écoute, la fréquentation du DJ de Rinse FM continuera longtemps d’abreuver nos neurones de ses répercussions hypnotiques.

 

Un disque : DistanceRepercussions (Planet Mu)

Magnesium - Distance

Koncrete - Distance

10/03/2009

Buraka Som Sistema – Black Diamond

Buraka Som Sistema - black diamondA l’heure où le label Soul Jazz se lance dans une compilation absolutely gorgeous de la culture dancehall entre 1983 et 2008, résonne le Lisbon Calling des Buraka Som Sistema, il n’est pas produit par le label londonien Fabric pour les fesses de sœur Linda. Complètement détonnant et machiavélique, le son du kuduro explose à la gueule, dépote les coincés de la bite et ensorcèle la congrégation de loubards pervers qui sommeille en chacun d’entre nous. Irrésistible, secouante comme c’est pas permis de remuer du cul dans le métro à 17h30, la musique du combo d’entre Lisbonne et Luanda explose toues ses sources – le dancehall, l’electro dance made in Brazil, les rythmes angolais, la techno, la drum’n’bass, zyva pour la suite – pour te péter dans le slip, et c’est à ranger les CSS au rang d’aimable thé dansant dominical sur les genoux de mamie Josiane. Ca se dit comment en portugais, check this out ?

 

Un disque : Buraka Som Sistema Black Diamond (Fabric)

26/02/2009

Helvetikone – Bubble Hum

helvetikone-bubblehumCe ne m’est même pas un euphémisme, la fréquence discographique de Helvetikone est tout sauf soutenue. Un premier EP en 2003, suivi de cinq années de silence, avant le premier vrai album, il n’y à guère de quoi remplir les étagères Ikea de nos appartements même étroits. N’imaginez toutefois pas Eduard Müller en oisif pianotant sur Facebook du matin au soir, l’homme gérant au quotidien la programmation du fameux tracker musical Renoise, activité principale qu’il combine à celle de producteur techno.

Le disque débute par un formidable track mélodique, où un synthétiseur robotique kraftwerkien tient la fragée haute à des dark beats d’une profondeur étonnamment cristalline, tels des Front 242 sous hypnose rudoyant Apparat. Ce ne sont pas les seules traces d’electronic body music du disque, loin s’en faut, tant le producteur berlinois prend un malin plaisir à multiplier les crocs-en-jambe à la scène techno minimale de sa ville. Par-delà les rigueurs sombres de ses rythmiques, Müller s’affranchit de la nuit en distribuant les pilules de couleur violacée qui font guili guili. Toutefois, et c’est bien dommage, Helvetikone peine à dépasser le simple stade de l’obscurité dubstep, se contentant par moments de redondances trop peu originales pour convaincre (Exocrine). Heureusement, d’autres étapes de Bubble Hum voient son auteur se démarquer du son de Croydon, en une idiosyncrasie qu’on aurait aimé plus affranchie de ses maîtres.

                 

Un disque : HelvetikoneBubble Hum (Digital Gadget)

Cis (Dev) - Helvetikone

Mosquito - Helvetikone

12/01/2009

Neil Landstrumm in your face for £39

neillandstrumm-landfor£39Vétéran de la scène techno - une quinzaine d’années au compteur tout de même, le grand Neil Landstrumm ne pouvait pas ne pas visiter les noirceurs apocalyptiques de la grime et du dubstep. Puissant et implacable, son Lord For £39 est un énorme uppercut en pleine tronche dont on a peine à se relever…

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Neil Landstrumm Lord For £39 (Planet Mu)