24/02/2011

Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts

BillOrcutt-ANewWay.jpegMembre des défunts Harry Pussy – soit dit en passant, un des nombres de groupes à jamais les plus démentiels – Bill Orcutt balance un énoooooooorme coup de sabot dans les burnes du blues, dévoyé à foison en quatorze séances déboulonnées du cortex. Sans doute un des plus beaux hommages – ‘scusez le terme faisandé – rendus à feu Captain Beefheart, A New Way To Pay Old Debts porte, par ailleurs, merveilleusement son titre. Tout en déconstruisant sans concessions les Appalaches, en un plaisir furibard qui transpire par tous les pores de l’album, le guitariste américain visité les tranchées de Charles Martin Simon aka Charlie Nothing – rappelez-vous, l’artiste qui créait ses dingulators à partir de carcasses de bagnoles recyclées. Au-delà du simple bordel aux antipodes d’un polissage creux et stérile, le bluesman punkoïde de San Francisco réussit la gageure de développer un langage personnel à partir d’un matériau tellement marqué stylistiquement. Pourtant, on n’imagine déjà les cris d’orfraie des puristes qui se touchent le kiki en se croyant dans le delta du Mississipi en 1932 (alors qu’ils se font royalement ch*** à Jodoigne en 2011). Pour notre, nous rendrons grâce aux démoniaques Editions Mego (oui, le label viennois spécialisé dans l’electronica bruitiste) de participer à la renaissance de cet immense disque, déjà paru en 2009 sur la maison Palilalia et augmenté de quatre inédits. Oh My God…

Un disque : Bill Orcutt – A New Way To Pay Old Debts (Palilalia / Editions Mego)

30/01/2011

Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch)

marcusschmickler-palaceofmarvels.jpgQuoi de mieux pour démarrer une année électronique qu’un disque de Marcus Schmickler – rappelez-vous, l’auteur du fondamental Altars Of Science paru en 2007 et dont les frétillements à la Florian Hecker n’ont eu de cesse de combler les trois années qui le séparent du présent Palace Of Marvels’. En dépit d’un titre qui n’évoque guère la modestie, l’ambition est à la hauteur des enjeux. Héritier spirituel du BBC Radiophonic Workshop et de la Kosmische, le morceau d’ouverture New Methodical Limits Of Ascencion envole dans la stratosphère des volutes où sensualité et expérimentation se caressent le bout du nez. C’est d’ailleurs tout le miracle des douze compositions de ce disque, aux multiples et volubiles trompe-l’oreille. Réinventant l’art de Roger Shepard, créateur de la gamme qui porte son nom où les sons donnent l’illusion de monter ou descendre indéfiniment, le musicien allemand sublime à chaque seconde l’envie de se projeter au-delà d’un cyberspace névrotique. Terriblement hypnotiques, certains titres finissent par rendre maboul, tant leurs tournoiements impriment un effet indélébile sur le cortex – on songe en particulier au troisième titre Risset Brain Hammer. En d’autres instants, un drone maléfique vire à l’incantation nihiliste, c’est toutefois sans compter sur la carrure post-ligetienne de Charm/Anticharm, réponse en tous points remarquables à l’œuvre pour orgue de Bach passée au crible de l’incroyable Acid In The Style Of David Tudor du déjà nommé Florian H. Arrivé trop tard pour figurer dans notre Top 10 de l’année écoulée, la bête aurait trouvé sans le moindre souci sa place sur le podium aux côtés de zeitkratzer/Whitehouse ou Lene Grenager.

 

Un CD/2 LP : Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch) (Editions Mego)

22/01/2011

Mark McGuire – Living With Yourself

MarkMcGuire-Living.jpegHomme fort des Emeralds (dont on se rappelle le récent et intéressant Does It Look Like I'm Here?), Mark Mc Guire au placard les synthétiseurs visages frelatés à la Kosmische Musik quand il passe à l’épisode solo sous son propre patronyme. Au lieu des Moog et autres Korg, les guitares électriques occupent tout l’espace, modernisant à foison les interstices laissés par les successeurs sous tension de John Fahey et Robbie Basho. Adressé en premier lieu aux amis et à la famille, selon les propres dires de son auteur, Living With Yourself incarne la beauté des six cordes, revisitées pour l’occasion sous formes d’arpèges éprises de dynamisme mélodique et d’harmonies sonnantes (sans être trébuchantes). Gardant à l’esprit l’environnement qui héberge ses travaux – le label autrichien Editions Mego n’est guère connu pour ses simplismes primesautiers, le guitariste américain tapisse ça et là ses compositions d’un tapis de drones en background (Clouds Rolling In), révélant un art de la virtuose toujours au service de la musique – on admire d’autant plus que le gaillard n’affiche que vingt-trois printemps au compteur. Alors, à moins de honnir à tout prix les efforts solitaires d’instrumentistes de la plus haute tenue, on voit mal de quelle façon on pourrait balancer des tonnes de boue à la face de ce très bon disque, ancré dans un passé glorieux pour mieux en extirper la modernité de son interprétation.

 

Un disque : Mark McGuireLiving With Yourself (Editions Mego)
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15/12/2010

Top Ten 2010 Nr. 8 Bruce Gilbert – This Way (Editions Mego)


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16/08/2010

Oneohtrix Point Never – Returnal

oneohtrix-point-never-returnal.jpgLa Kosmische Musik anno 2010, c’est du côté de Oneohtrix Point Never – alias Daniel Lopatin aus den USA. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Oneohtrix Point Never – Returnal (Editions Mego)

 


podcast

 

24/08/2009

Fenn O'Berg - The Magic Sound & The Return Of...

fennobergTrois dieux des musiques expérimentales, qu’elles soient d’une teneur ambient majestueuse (Christian Fennesz), indie rock folk noise (Jim O’Rourke) ou drone metal vs electronica (Peter Rehberg aka Pita et moitié de KTL). A lire sur le Grisli

25/07/2009

Hecker – Acid In The Style Of David Tudor

Hecker-AcidInTheStyleHomme aux idées fortes et sans concession à une quelconque chapelle électronique, si ce n’est celle de l’exigence et de l’excellence, Florian Hecker nous avait tout simplement bluffé en 2003 sur son précédent Sun Pandämonium, disque incroyable qui donnait carrément le mal de mer, au sens le plus physique du terme. On adorait ou on détestait, en toute hypothèse. Une multitude d’installations sonores et une collaboration avec le tout aussi impitoyable Yasuano Tone plus tard, le musicien allemand est de retour pour une œuvre qui mêle – le défi est osé – la culture des rave parties et la musique expérimentale du vingtième siècle (David Tudor était ce pianiste et compositeur spécialisé dans les musiques de Cage, Stockhausen ou Boulez).

Autant prévenir les drogués du beat qui rend fou, Hecker ne met nulle eau technoïde dans son vin expérimental, tout digitalisé qu’il soit. Exposées en six pistes (sur les dix du disque) toutes intitulées Acid In The Style Of David Tudor, les manipulations sonores de l’artiste allemand picotent les nerfs, sursautent à un niveau épileptique surhumain et secouent – en toute acidité, indeed, le cervelet. A ce stade de la chronique, vous vous dites que tout cela doit être monotone et intellectualisant au possible, et vous avez êtes passé à la review suivante, grave erreur, voici pourquoi. D’une immense variété stylistique, les sons produits par l’ordinateur analogique de Hecker (un vieux Comdyna, avis aux geeks) – couplés à un synthétiseur modulaire Buchla, favori d’Eliane Radigue ou Pauline Oliveros – ne doivent rien au hasard de l’informatique ou de l’abandon. Entre échos dépecés de video games eighties, bestioles martyrisées dans un circuit électrique ou bribes de dialogues machinisées, l’univers de l’homme d’Augsbourg est pleinement subjuguant, des six pièces déjà citées aux trois plages ASA, aux atmosphères spatiales entre évasion suraiguë et boucles tarkovskiennes. Waw.

 

Un disque : Hecker – Acid In The Style Of David Tudor (Editions Mego)


Acid In The Style Of David Tudor - Hecker

ASA 1 - Hecker

31/03/2009

KTL – IV

ktl-ivLe nom l’indique, IV est la quatrième collaboration des essentiels Peter Rehberg (synthés, laptop) et Stephen O’Malley (guitare) sous le nom de KTL (acronyme de Kindertotenlieder, pour rappel). La comparaison avec les trois précédents numéros est toutefois de peu d’utilité, tant la verve ambient doom metal du patron des Editions Mego et du guitariste de Sunno))) s’épanche en de multiples fracas orageux d’une violence aussi insoutenable qu’elle est balafrée de retenue métaphysique. Produit par l’incontournable Jim O’Rourke – depuis son tentaculaire double album Long Night réédité l’an dernier dix-huit années après sa sortie initiale, il n’a plus rien à prouver dans les drones, et il le montre magnifiquement – le disque est également le premier de la série à ne pas servir de support à une représentation théâtrale ou cinématographique, cela n’enlève rien à sa force ni à sa percussion mentale. Peuplé de spectres morbides le long de ses soixante minutes, l’œuvre des deux traceurs de douleur extatique est en outre renforcée par la présences à la batterie d’Atsuo (du groupe nippon Boris), dont le jeu ferme, puissant et mesuré amplifie encore un peu plus les atmosphères de forêts engluées dans une nuit sans fin (Paratrooper) ou d’aliens aux messages codés subliminaux (Natural Trouble). Prie pour ton salut avant qu’il ne soit vraiment trop tard, pauvre terrien.

 

Un disque : KTLIV (Editions Mego)

20/01/2009

Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008

peterrehberg-workforgvPatron du label Editions Mego, duettiste aux côtés de Stephen O’Malley dans KTL, collaborateur d’une frange radicale de l’electronica (Kevin Drumm, Marcus Schmickler, Z’EV, on en passe), Peter Rehberg (alias Pita) travaille également aux côtés de la chorégraphe (et marionnettiste) française Gisèle Vienne depuis 2001. Par le passé, leur interaction nous a déjà valu les incroyables Kindertotenlieder, dont la suite discographique s’est révélée d’une fertilité fascinante (trois albums de KTL, un quatrième est sorti voici peu). La présente compilation se concentre sur trois autres travaux du Londonien pour la Parisienne, pour I Apologize, Une Belle Enfant Blonde et Jerk, soit autant d’occasions de révéler l’étonnante polymorphie de la musique rehbergienne.

La moitié des huit titres concerne le premier spectacle, produit en 2004. Au sein d’un même titre (ML6), on y trouve Rehberg en spoken word artist déviant progressivement vers le bruitisme incandescent de KTL. D’autres compositions du maître évoquent une inquiétante plongée dans la face obscure de l’univers, peuplé de monstres abrités derrière des pulsations organiques, dont l’évolution vers une furie indus débouche – étonnamment – sur un rappel évident du The Ghost Sonata de Tuxedomoon, sans compter l’exceptionnellement obsédant Boxes & Angels, dont l’écoute au casque peut rendre fou jusqu’à la mort. Inutile de dire qu’on se sent parfois mal à l’aise et c’est ce qui donne tout son piment à un disque à ne pas mettre entre toutes les oreilles juvéniles, tant les thèmes abordés (la violence domestique pour I Apologize, les meurtres en série pour Jerk) explorent les viscères d’une humanité pas toujours agréable à fréquenter.

 

Un disque : Peter Rehberg – Work For GV 2004-2008 (Editions Mego)

 


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13/09/2008

Prurient – Arrowhead EP

prurient-arrowheadLa légende – bien joli nom pour une simple feuille de presse – prétend qu’un passager d’un vol Milan-Vienne s’est un jour plaint de sifflements aigus dans le système de climatisation de l’avion. L’anecdote est tout à fait plausible, tant les sons produits par le New-Yorkais Prurient – né Dominick Fernow et boss du label Hospital Productions – soumettent à une extrême tension le système auditif de toute personne normalement constituée. Dit crûment, on pourrait penser que l’écoute à volume simplement normal des douze minutes de Sternum constitue une épreuve aux frontières de l’insoutenable, et pourtant. Certes, ces mots pourraient passer pour une épouvantable critique négative, ils ne font que traduire l’incroyable – les mots manquent en pareilles circonstances – fascination que nous avons éprouvée à l’écoute de ces sonorités suraiguës, aux limites de l’(in)audible, qui transpercent les percussions brutales et les cris de torture en arrière-plan. A peine moins démesurées, les quatorze minutes de Ribcage font penser à une aciérie en folie et les quatre minutes du final Lungs évoquent le bruit d’un réacteur capté à trente centimètres. Quant à toi, ami lecteur, habitué que tu es à la radicalité du label Editions Mego, tu ne perds rien pour entendre.

 

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Un disque : Prurient Arrowhead EP (Editions Mego)