23/03/2013

Pixel – Mantle

pixel-mantle.jpegVieux client de la maison Raster-Noton qu’il fréquente depuis 2003, Pixel (aka Jon Egeskov) affiche une fréquence de métronome – un disque tous les trois ans – à l’image de sa musique. Totalement à son aise dans l’esthétique technoïde desséchée du label cher à Frank Bretschneider, le producteur danois inscrit ses beats dans les enceintes d’Alva Noto et Grischa Lichtenberger – avis à ceux qui ont pleinement goûté à l’excellent And IV [Intertia] du dernier cité. Toutes en déclinaisons rythmiques pointillistes, imaginez un tableau de Paul Signac transformé en mode digital par les Mouse on Mars dans un studio post-moderne de Chemnitz, les déclinaisons pluri-ascensionnelles de son Mantle convainquent et perdurent dans leurs fondements, entre sauts de puce robotisés et inquiétude cybernétique. Kapiert ?

 

Un disque : PixelMantle (Raster-Noton)

01/03/2013

Steve Moore – Light Echoes

 

zombi-lightechoes.jpgMoitié du duo Zombi, dont les échos seventies renvoient au prog, Steve Moore explore sans rougir un autre versant de la musique de ce temps quand il allume la case solo. Grand fan, probablement, de Kosmische, le musicien américain développe de longues phases planantes, elles seraient passionnantes si elles ne renvoyaient pas aux (nombreux) clichés de la musique de Jean-Michel Jarre. Assez loin des propositions novatrices d’un Bee Mask, pour rester dans le genre, Moore dessine de longs pans éthérés qui renvoient, hélas, plus vers le passé qu’ils n’envisagent l’avenir. A ce stade, nous sommes au regret de renoncer à ses échos, fussent-ils légers.

 

Un disque : Steve MooreLight Echoes (Cuneiform Records)

 

19/02/2013

Thomas Köner – Novaya Zemlya

thoma köner,ambient,musique concrete,electronica,touchPoint d’ancrage de ma rubrique Love on the Bits dans RifRaf, le label Touch a tellement peu déçu ces dernières années (en vrac, Jana Winderen, Hildur Gudnadottir, Chris Watson) que je me jette sur ses productions les yeux fermés (mais les écoutilles grandes ouvertes). Déjà habitué au Grand Nord grâce à des étapes précédentes du label – on songe notamment à l’excellentissime Energy Field de Jana W. – on reprend la route de Septentrion en compagnie de Thomas Köner, cap sur l’archipel de Novaya Zemlya, quelque part dans l’Océan Arctique au nord de la Russie. Comment on pouvait s’y attendre, mais c’est un constat objectif et nullement une crainte, les atmosphères qui s’en dégagent nous plongent dans une sensation froide et désolée où la vie lutte contre toutes les formes d’abandon. Trois tracks durant, chacune d’une douzaine de minutes, on se plonge intensément dans un monde engourdi et, dans un sens premier, exotique, d’où émergent quelques rares échos assourdis, échappés d’un lointain campement dont les quelques habitants ne doivent s’extraire que par brefs instants épars. Fascinant et introspectif, à condition de ne pas oublier les peaux de phoque et les moufles triple épaisseur.

 

Un disque : Thomas KönerNovaya Zemlya (Touch)

10/02/2013

Atom TM – Winterreise

atomtm-winterreise.jpgTotale sortie majeure de l’année 2012 (époque où ce blog était en stand-by), Winterreise d’Atom TM se veut une suite du Liedgut de 2009 – il vaut nettement plus que cela. Inspiré dans ses dédales électroniques où l’ambient et la techno jouent à cache-cache au-delà de toute misère stylistique, le nouvel opus d’Uwe Schmidt (que pour rappel, on connait aussi sous les pseudos de Senor Coconut ou Atom Heart, entre autres) prend à la gorge dès les premières secondes pour ne plus rien lâcher, cinquante et une minutes durant. Digne du choc que j’avais ressenti dans un glorieux passé lorsque j’ai découvert les premiers travaux du seigneur Wolfgang Voigt sous le masque de GAS, l’album illustre également une série de photos exposées en 2011 à Francfort et Tokyo – tout en ayant des liens plus que distendus avec le cycle homonyme de Lieder schubertiens. Who cares ?

 

Un disque : Atom TMWinterreise (Raster-Noton)

05/02/2013

Laurel Halo – Quarantine

laurel halo, hyperdub, electronica, dubstep, electro pop, critique, songwriting femininGrosse hype en 2011 avec son très réussi EP Hour LogicLaurel Halo signe un an plus tard un très joli opus en format étendu, son apparente inoffensivité au premier abord est extrêmement trompeuse. D’une longueur en bouche subtile et harmonieuse, l’œuvre de la New-Yorkaise évolue dans des eaux pop expérimentales où s’est baignée la grande Laurie Anderson, ainsi que, mais ça va de soi vu qu’ils forment un couple à la ville, Oneohtrix Point Never alias Daniel Lopatin. Pour multiplier le name dropping, on citera aussi une Julia Holter, en mode un chouia moins accessible, mais l’énorme force de Quarantine est de multiplier les tentatives électroniques, couplées à un chant angélique, voire diaphane. Alors oui, par moments, on reste tellement longtemps sous l’eau qu’on en perd la respiration, mais quand on retrouve la surface, un monde en technicolor digital exprime toutes ses nuances, elles sont riches et multiples. Nombreuses écoutes conseillées avant d’atteindre la plénitude, got it ?

 

Un disque : Laurel HaloQuarantine (Hyperdub)

04/02/2013

Bee Mask – Vaporware / Scanops

beemask333.jpgVous disiez inépuisable ? Chris Madak, alias Bee Mask, n’a de cesse d’enrichir son catalogue, à raison d’une sortie tous les six mois. Certaines (Canzoni Dal Laboratorio Del Silenzio Cosmico, bof) sont plus dispensables que d’autres (le récent When We Were Eating Unripe Pears) mais la dernière fournée en provenance de son nouveau hébergeur Room40 fait partie des excellents crus. Telle une odyssée fantasmagorique en un monde où tout ne serait que Kosmische et volupté, Vaporware / Scanops évolue entre fantasme seventies assumé et déclinaisons stellaires redoutables, à l’image d’un mariage entre Boards of Canada et Evil Madness. Bordel de Zeus, ça fait rudement du bien par où ça passe – je dirais même plus, album de Kosmische de l’année !

 

Un disque : Bee MaskVaporware / Scanops (Room40)

Grischa Lichtenberger – And IV [Intertia]

grischalichtenberger.jpgMine de rien, ça faisait un rude bail qu’on avait plus guère de news tranchantes du label Raster-Noton. Même si la dernière fois, nous avions été servis avec l’incroyablement formidable du feu de Dieu (ça suffit ou vous en voulez encore ?) Winterreise d’AtomTM, ça fout bien la patate de remettre la main sur un disque de l’officine de Carsten Nicolai, d’autant qu’il s’agit de Grischa Lichtenberger dont nous avions déjà goûté à l’EP Treibgut en 2009. Tout en inscrivant dans la lignée techno asséchée de ses comparses de label Alva Noto, Byetone ou Frank Bretschneider ; le producteur de Düsseldorf dévoile sur ce premier opus longue durée une très belle créativité dans la recherche de beats et tempos originaux. D’une franche dynamique où la robotique s’incruste sur le dancefloor pour mieux le dévoyer, l’artiste allemand imprime à ses vingt-et-uns tracks, dont certains dépassent à peine la minute, un sens en zigzags multiples et pertinents. Mieux, tout au long du parcours, la tentation de la monotonie demeure hors-jeu et on est beaucoup plus proche du hat-trick que du renvoi aux vestiaires pour non-combativité. Deutschland regiert !

 

Un disque : Grischa LichtenbergerAnd IV [Intertia] (Raster-Noton)

29/01/2013

Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn

wegnerweinmann.jpgRetour sur la magnifique microstructure portugaise Crónica pour notre troisième écoute mensuelle – qui vaut sacrément le détour. Collaboration entre une photographe allemande (Julia Weinmann) et un compatriote de producteur (Ephraim Wegner), Eins bis sechzehn (de un à seize) offre un fascinant chassé-croisé entre visuels et sonorités, mais aussi de formidables croisement stylistiques au sein même des vingt minutes de son. Electronica abstraite, noise parallèle, musique concrète et soundscapes angoissants, les six étapes du processus ne cessent d’épuiser notre imaginaire, génialement secouru par le passionnant travail photographique de Frau Weinmann. Question une : pourquoi seulement 1200 secondes ? Question deux : qui songera un jour à ériger une statue à Miguel Carvailhais, infatigable tête chercheuse de son label.

 

Un disque : Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn (Crónica)

22/01/2013

Emanuele de Raymondi – Büyükberber Variations

emanuele de raymondi,oğuz büyükberber,jazz,electronica,experimental,critique,zerokilled musicLa présente livrée du mois est un de mes coups de cœur de 2012, sans limites ou presque. Œuvre du mystérieux compositeur italien Emanuele de Raymondi, Büyükberber Variations explore les techniques toutes particulières du clarinettiste turc Oğuz Büyükberber et c’est peu dire que la confrontation des genres porte des beaux fruits. A la lisière de Steve Reich et de Jérôme Paressant, mais sous un haut patronage qui réunirait Philippe Petit (oui, encore) et Janek Schaefer, le musicien transalpin et le virtuose anatolien exploitent à merveille les multiples connections entre l’électronique du premier et l’instrument du second. Là où tant d’autres acquaintances sonnent apprêtées et artificielles, les rapprochements stylistiques de nos deux protagonistes impriment un canevas d’une évidence telle qu’elle semble exister depuis des lustres. Un reproche ? Allez, le quatrième morceau, aux saccades intermittentes trop marquées.


Un disque : Emanuele de Raymondi – Büyükberber Variations (ZerOKilled Music)

29/03/2011

Lucian Maggiore & Francesco fuzz Brasini – Chasm Achanes

chasm260.jpgEmbarquement immédiat pour une étrange odyssée narrée sur une seule piste de 35 minutes. Elle démarre, c’est entendu, sur un bourdonnement étiré, telle une sirène de bateau adaptée par Phill Niblock à l’aide d’une multitude d’ingrédients. Imaginée par les Italiens Francesco "fuzz" Brasini et Luciano Maggiore, l’aventure peine cependant à gravir les échelons. Développées en des boucles de trente secondes chacune, les variations sur un même thème des artistes de Bologne amènent bien vite à se poser la question de l’opportunité de la démarche. En dépit d’interventions qui captent l’attention, elles incarnent un psychédélisme en mutation concrète qu’on aurait aimé plus présent dans le mix final, un rapide sentiment de lassitude s’installe, que ne comble pas totalement une conclusion digne pourtant du magnifique Oren Ambarchi.

 

Un disque : Lucian Maggiore & Francesco fuzz BrasiniChasm Achanes (Boring Machines)