12/02/2013

Julia Holter – Ekstasis

Julia Holter, singer songwriter, songwriting feminin, folktronica, experimental, rnvg intl., domino, critiqueAprès un cru 2012 on ne peut plus faste qui l’aura vue fréquenter une multitude de tops de l’année (pas celui de votre serviteur mais il s’en est fallu de peu), Julia Holter est de retour avec le… même album. La différence ? Le label, mon cher, puisque de l’ultraconfidentiel Rvng Intl., la New-Yorkaise est passée à la grosse écurie Domino. Pour le reste, on ne peut que répéter les multiples louanges de cet Ekstasis toujours aussi extatique. Numéro d’équilibre subtil où l’éther de Beach House vient côtoyer les expériences d’une Laurie Anderson, le disque continue, écoute après passage, d’enchanter les écoutilles, surtout si elles ont déjà été séduites en leur temps par Midaircondo, Maja Ratkje ou Islaja. Une séance de rattrapage indispensable, quoi.

 

Un disque : Julia HolterEkstasis (Domino)

29/01/2013

Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn

wegnerweinmann.jpgRetour sur la magnifique microstructure portugaise Crónica pour notre troisième écoute mensuelle – qui vaut sacrément le détour. Collaboration entre une photographe allemande (Julia Weinmann) et un compatriote de producteur (Ephraim Wegner), Eins bis sechzehn (de un à seize) offre un fascinant chassé-croisé entre visuels et sonorités, mais aussi de formidables croisement stylistiques au sein même des vingt minutes de son. Electronica abstraite, noise parallèle, musique concrète et soundscapes angoissants, les six étapes du processus ne cessent d’épuiser notre imaginaire, génialement secouru par le passionnant travail photographique de Frau Weinmann. Question une : pourquoi seulement 1200 secondes ? Question deux : qui songera un jour à ériger une statue à Miguel Carvailhais, infatigable tête chercheuse de son label.

 

Un disque : Ephraim Wegner & Julia Weinmann – Eins bis sechzehn (Crónica)

22/01/2013

Emanuele de Raymondi – Büyükberber Variations

emanuele de raymondi,oğuz büyükberber,jazz,electronica,experimental,critique,zerokilled musicLa présente livrée du mois est un de mes coups de cœur de 2012, sans limites ou presque. Œuvre du mystérieux compositeur italien Emanuele de Raymondi, Büyükberber Variations explore les techniques toutes particulières du clarinettiste turc Oğuz Büyükberber et c’est peu dire que la confrontation des genres porte des beaux fruits. A la lisière de Steve Reich et de Jérôme Paressant, mais sous un haut patronage qui réunirait Philippe Petit (oui, encore) et Janek Schaefer, le musicien transalpin et le virtuose anatolien exploitent à merveille les multiples connections entre l’électronique du premier et l’instrument du second. Là où tant d’autres acquaintances sonnent apprêtées et artificielles, les rapprochements stylistiques de nos deux protagonistes impriment un canevas d’une évidence telle qu’elle semble exister depuis des lustres. Un reproche ? Allez, le quatrième morceau, aux saccades intermittentes trop marquées.


Un disque : Emanuele de Raymondi – Büyükberber Variations (ZerOKilled Music)

29/03/2011

Lucian Maggiore & Francesco fuzz Brasini – Chasm Achanes

chasm260.jpgEmbarquement immédiat pour une étrange odyssée narrée sur une seule piste de 35 minutes. Elle démarre, c’est entendu, sur un bourdonnement étiré, telle une sirène de bateau adaptée par Phill Niblock à l’aide d’une multitude d’ingrédients. Imaginée par les Italiens Francesco "fuzz" Brasini et Luciano Maggiore, l’aventure peine cependant à gravir les échelons. Développées en des boucles de trente secondes chacune, les variations sur un même thème des artistes de Bologne amènent bien vite à se poser la question de l’opportunité de la démarche. En dépit d’interventions qui captent l’attention, elles incarnent un psychédélisme en mutation concrète qu’on aurait aimé plus présent dans le mix final, un rapide sentiment de lassitude s’installe, que ne comble pas totalement une conclusion digne pourtant du magnifique Oren Ambarchi.

 

Un disque : Lucian Maggiore & Francesco fuzz BrasiniChasm Achanes (Boring Machines)

Rotterdam – Cambodia

Everest RecordsAutant néerlandais que le combo australien Architecture In Helsinki était finlandais, le duo viennois Rotterdam a patienté dix longues années d’expérimentation avant de nous offrir ce premier opus, auquel nous adhérons sans guère de réserves. Le plus captivant dans l’histoire de ce Cambodia, qui, vous l’avez deviné, n’a rien d’Indochine (la bande de neuneus, hein) ? Les pulsations, mon Gaston, hypnotiques et au-delà de toutes les conventions. D’entrée de jeu, Susanne Amann (violoncelle, flûte, électronique) et Michael Klauser (guitare acoustique, électronique) nous scotchent au dossier, à la faveur d’un Cool Bum Bum à faire tomber les pucerons arrimés aux ouvrages de Radian. Tout, pourtant, devrait concourir à faire des six pièces de l’album une master class en monotonie rythmique – dont une répétitivité qui confine à l’obsession post-No-Neck Blues Band vs Kapital Band 1. Toutefois, la paire autrichienne remporte le pari, haut la main. Intégrant des tempos rapides qui s’entrelacent au contact d’une guitare qu’on jurerait amoureuse des tablas de Ravi Shankar (Sup Sup), les divagations sensuelles du duo aus Wien explosent les canevas sans jamais parader inutilement. Imposant l’évidence de leur conviction d’un naturel déconcertant, Amann et Klauser sont, peut-être, moins à l’aise quand ils invitent l’obscurité à leur table (Eckig), ce ne sont que détails. Le flambeau est bien vite repris de main de maître sur un morceau-titre qui rend maboul par ses deux notes répétées à l’infini. Évidemment, contexte aidant, la techno minimale trouve une place naturelle largement au-delà des clichés dancefloor (Rotterdam) tout comme des rythmes africains étonnamment intitulés… Berlin. Au final, on en redemande tant et plus !

 

Un disque : RotterdamCambodia (Everest Records)

22/03/2011

Hot Club – Straight Outta Bagnolet

hotclub-straight.gifTotale bizarrerie où le free jazz percute le turntablism, le délirant Straight Outta Bagnolet du quatuor Hot Club est un des disques les plus improbables – et éthyliques – de ce début d’année. Œuvre de mecs frappés du bulbe, ils sont tout sauf manchots insipides, Alexandre Bellenger (platines), Jac Berrocal (voix, trompette), François Fuchs (contrebasse) et Dan Warburton (violon) ont sans doute pris un énorme pied à enregistrer leurs versions des chansons favorites de Berrocal – un plaisir que nous partageons à chaque écoute. Improvisant sans la moindre timidité ni gêne sur les chansons préférées du jazzman hexagonal, des vieux titres très chanson française des années cinquante (mais aussi Jeane Manson et son Fais-Moi Danser, massacré et c’est vraiment à se tordre de rire !), le quatuor franco-britannique laisse libre cours à ses instincts du moment. Captés, vous l’aurez deviné, quelque part en banlieue parisienne, d’où son titre rigolo, leurs instants décochent les mâchoires plus souvent qu’à notre tour. Allant jusqu’à revendiquer l’héritage d’une jeune Brigitte Fontaine qui interprèterait à sa grinçante façon la liturgie catholique, Berrocal s’en donne à cœur joie – même si le violon de Warburton est d’une justesse, disons, surprenante. On ne sait dans quelle mesure l’alcool a coulé à flots mais l’esprit y est.

Un LP : Hot ClubStraight Outta Bagnolet (Monotype)


podcast

16/03/2011

Lorenzo Senni – Dunno

lorenzosenni-dunno.jpg

Masterisé par Marcus Schmickler (et ce n’est nullement un hasard), Dunno est la première étape discographique de Lorenzo Senni, jeune (27 ans) producteur italien fondateur du label Presto!? – maison qui a déjà accueilli en son sein des noise heroes aussi prestigieux que Lasse Marhaug, Lawrence English ou Carl Michael Von Hausswolff.

Sans ambiguïté ni compromission, les dix pièces proposées par l’artiste milanais offrent un pendant actuel – et cependant daté – aux premières heures de l’officine autrichienne Mego, avant sa reconversion en Editions (en gros la période tournant du millénaire de la structure fondée par Peter Rehberg). Parmi tous les radicaux libres ayant eu droit de cité en la boutique viennoise, celui de Yasunao Tone & Hecker ou de Gert-Jan Prins.sont les plus évidents à l’écoute d’une majorité de titres (dont Glowsticking ou http://www.youtube.com/watch?v=epBgHEFbrlg&feature=re..., clickez le lien, il fonctionne !) Toutefois, au-delà de la réelle abstraction bruitiste manifestée par l’électronicien transalpin, d’autres atours pointent le bout de leur nez – à commencer par quelques clins d’œil discrets (mais réels) à des musiques cosmiques que le duo KTL aurait revisitées pour un ballet de Gisèle Vienne (Pumping Geometries, In High Places). Non que vous vous surprendrez à sautiller gaiement en prenant votre douche mais le plaisir coupable de se replonger dans les heures anciennes des musiques inspirées par Xenakis n’a guère de prix.

Un disque : Lorenzo SenniDunno (Presto!?)

13/03/2011

Angelicá Castelló – Bestario

angelicacastello-bestario.jpgAu-delà d’un douteux premier morceau, Bestario de la Mexicaine aus Wien Angelicá Castelló est à conseiller sans autres réserves. La suite sur le Grisli.

Un disque : Angelicá CastellóBestario (Mosz)

22/02/2011

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

09/02/2011

Piiptsjilling – Wurdskrieme

piipsjtilling.jpgRégion du nord des Pays-Bas dont la réputation tient essentiellement au… patinage de vitesse – pour qui le stade couvert de Heerenveen représente le même statut iconique que Wembley en football, la Frise possède également pour particularité de conserver la vivacité de sa langue, dont les sonorités gutturales ne sont pas sans évoquer les idiomes scandinaves. Hors de toute idée véloce imaginée sur des lames coupantes, Wurdskrieme (Le Cri des Mots)  de Piiptsjilling conserve l’usage exclusif du Frison, sous la plume insolite de Jan Kleefstra (dont les textes sont traduits en anglais dans le livret). Aux côtés de son comparse de frangin Romke Kleemstra, mais aussi des essentiels Machinefabriek (aka Rutger Zuyderveldt) et Soccer Committee (alias Mariska Baars), il développe des atmosphères nocturnes totalement enveloppantes. Qu’elles soient en duo féminin-masculin (le magnifique Unkrûd), "simplement" accompagné d’un long drone obscur éclairé de quelques notes de guitare ou en solo (Tsjsutere Leaten ou Sangerjende Wyn) épaulé de craquèlements torrentiels et orageux, les déclinaisons en spoken word du musicien néerlandais ne tardent guère à faire leur effet. Prenant le temps de la langueur fugace (sans jamais donner des signes de paresse), échafaudées sur des structures tactiles aux traits inquiétants, le second opus du quatuor tient toutes ses promesses crépusculaires – et même davantage.

Un disque : Piiptsjilling – Wurdskrieme (Experimedia)


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