24.03.2011

The Banjo Consorsium – A Turning One

Mariage déroutant (ou pas)banjo_consorsium-turning.jpg entre la musique folk nord-américaine et l’electronica tendance pop ambient, A Turning One dévoile, après une période d’adaptation nécessaire, de très jolies choses. Œuvre du Québécois The Banjo Consorsium, alias (on s’accroche au manche) Jacques-Philippe Lemieux-Leblanc, le disque inscrit dans ses gênes dans les pas des songwriters d’outre-Atlantique (M. Ward vient directement à l’esprit), à l’instar du finalement très pop hymne Burning Feet en ouverture des (pacifiques) hostilités. Là où la démarche gagne en individualité, c’est quand les échos digitalisés de Taylor Deupree ou Ghislain Poirier s’invitent à l’unisson. A l’instar des superbes travaux du Breton de Belgique Christophe Bailleau aux côtés du baroudeur folk américain Neal Williams, mais en mode solo uniquement, Lemieux-Leblanc imprime une touche électronique, la sienne penche toutefois très nettement du côté de l’electro-pop façon Fedaden (tiens, une des autres signatures Nacopajaz). Quelques accrocs, toutefois, viennent perturber l’harmonie. On note sur Name April une incongrue intervention de cordes synthétiques douteuses ainsi qu’un démarrage traînant en longueur sur Rocky (mais la machine lancée, elle est d’une vigueur inarrêtable).  Au-delà de ces quelques regrets, les quelques titres chantés, notamment la très Under Byen-like collaboration Until Morning avec la vocaliste danoise Sara Savery sont totalement délicieux. Extrêmement accessible, en tout cas parfaitement mélodique, les douze morceaux méritent bien davantage qu’un simple crochet distrait.

Un album (download only) : The Banjo ConsorsiumA Turning One (Nacopajaz)

17.03.2011

Conquering Animal Sound – Kammerspiel

ConqueringAnimalSound–Kammerspiel.jpgDuo mixte de Glasgow dont on reparlera – ou pas – au pays de Hanne Hukkelberg (et ailleurs, plus au sud), Conquering Animal Sound entrevoit la vie sur un fil gracile, en équilibre aussi charmant que précaire. Apprivoisant la folktronica scandinave repassée du côté de Stina Nordenstam, Colleen et Taxi Taxi, Anneke Kampman (voix) et James Scott (musique) poursuivent consciencieusement, à défaut de génialement, un chemin tout tracé vers la terre des elfes enchanteurs – encore que sur le coup, ils aient une rude tendance à la paillasse. Prise il y a dix ans, la formule nous aurait probablement conquis, aujourd’hui elle ne suscite plus qu’écoute distraite et blasée.

Un disque : Conquering Animal SoundKammerspiel (Gizeh Records)

CONQUERING ANIMAL SOUND - Kammerspiel by Gizeh

28.02.2011

Stranded Horse – Humbling Tides

TAL060P_STRANDEHORSE_HUMBLINGTIDES_72dpi.jpgIl a beau avoir évacué le Thee de son Stranded Horse, Yann Tambour continue de rédiger de son Encre précieuse des chansons d’une immense charge émotive, sans même parler de leur imparable musicalité. Toujours autant plongé dans une équidistance superbe entre folk music occidentale – Nick Drake et John Fahey ne sont jamais loin – et inspirations africaines transpirant de ses notes pincées, le musicien français trace un peu plus profondément un sillon entamé en 2006, année bénie qui avait accueilli son incontournable Churning Strides. Sauf que les années passant, l’instrumentation s’est enrichie, entre deux koras miniatures construites pour les voyages et perfectionnées au contact du grand Ballaké Sissoko et, ne les oublions pas, une guitare acoustique. Ajoutez- y un admirable clin d’œil spoken word au défunt projet Encre – dont on se rappelle quelques disques audacieux et un concert sur la corde raide en première partie de Feist à la Rotonde, ça date – et, aujourd’hui au moins autant qu’hier, la fréquentation humaine des ambivalences intercontinentales du cheval échoué vaut bien tous les secrets du monde.

Un disque : Stranded HorseHumbling Tides (Talitres)

25.02.2011

Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays

jullian angel, half asleep, les disques normal, folk, pop, singer songwriter, critiqueDécouverte, voire révélation de l’année 2007, époque où son second opus Life Was The Answer (including un splendide duo en compagnie de Half Asleep), Jullian Angel poursuit la trame de ses épopées folk en 2011 – guitare pendue en bandoulière et voix plaintive (sans jamais être exagérément gémissante ou pleurnicharde). Toujours à l’aise dans un registre sur l’os qui évoque sans fusse pudeur les (nombreuses) heures pensives de Nick Drake (mais aussi du Dominique A anno 2001), l’intimisme fébrile du songwriter lillois voit toutefois quelques instruments acoustiques rejoindre la séance de thérapie collective. Entre un mélodica, un glockenspiel ou un bandonéon (joués par le monsieur himself), notre Valérie Leclercq nationale (aka la demoiselle à demi endormie déjà mentionnée) pose une flûte discrète et sa troublante voix sur quatre morceaux (dont le joli duo A Choice). Profond, aux frontières du sérieux et de la fracture, le jeune homme du Nord parvient toutefois – l’occurrence est bienvenue – sur Saved By The Monster, quasiment guilleret et serein. Davantage inscrite dans un monde où les vicissitudes de l’existence impriment leur encre dans les hauts et les bas du quotidien, la suite pèche, certes, par un relatif manque de diversité – il est toutefois bon de se souvenir qu’on peut écouter les autres sans rester éternellement prostré dans les recoins abîmés d’une vie trop austère.

Un disque : Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays (Les Disques Normal)

The Strong by Jullian Angel

09.02.2011

Piiptsjilling – Wurdskrieme

piipsjtilling.jpgRégion du nord des Pays-Bas dont la réputation tient essentiellement au… patinage de vitesse – pour qui le stade couvert de Heerenveen représente le même statut iconique que Wembley en football, la Frise possède également pour particularité de conserver la vivacité de sa langue, dont les sonorités gutturales ne sont pas sans évoquer les idiomes scandinaves. Hors de toute idée véloce imaginée sur des lames coupantes, Wurdskrieme (Le Cri des Mots)  de Piiptsjilling conserve l’usage exclusif du Frison, sous la plume insolite de Jan Kleefstra (dont les textes sont traduits en anglais dans le livret). Aux côtés de son comparse de frangin Romke Kleemstra, mais aussi des essentiels Machinefabriek (aka Rutger Zuyderveldt) et Soccer Committee (alias Mariska Baars), il développe des atmosphères nocturnes totalement enveloppantes. Qu’elles soient en duo féminin-masculin (le magnifique Unkrûd), "simplement" accompagné d’un long drone obscur éclairé de quelques notes de guitare ou en solo (Tsjsutere Leaten ou Sangerjende Wyn) épaulé de craquèlements torrentiels et orageux, les déclinaisons en spoken word du musicien néerlandais ne tardent guère à faire leur effet. Prenant le temps de la langueur fugace (sans jamais donner des signes de paresse), échafaudées sur des structures tactiles aux traits inquiétants, le second opus du quatuor tient toutes ses promesses crépusculaires – et même davantage.

Un disque : Piiptsjilling – Wurdskrieme (Experimedia)


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08.02.2011

Sic Alps – Napa Asylum

sicalps-napaasylum.jpgParfois, souvent en fait, quand on insère un disque dans le lecteur et qu’on aperçoit le chiffre 22, on n’a qu’envie de s’encourir et appeler Asnières en criant au secours ils sont devenus fous. Dans le cas de Napa Asylum, troisième effort des Sic Alps, on est vraiment triste de s’arrêter à ce double chiffre, tant leur double nouvel album regorge de pépites lo-fi psyché de la plus haute teneur addictive. Prenez le morceau Cement Surfboard, (presque) au hasard. Vous les entendez ces échos post-Smile revigorés au blues cracra des Two Gallants, le tout embrigadé dans une division explosée au crack emmenée par Ariel Pink ? Et bien, les amis, figurez-vous que dans la balance, au-delà de la poudreuse qui ressort du pif, la verve toxico-salace surgit à la manière d’une session des Rolling Stones miraculeusement retrouvée, quarante-trois ans après et ressuscitée à l’aune californienne de notre temps – un peu comme si Phil Spector s’était reconverti en Gary War patron de Paw Tracks. Messieurs les programmateurs de concerts et réjouissances estivales, on compte sur vous !

Un disque : Sic AlpsNapa Asylum (Drag City)


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31.01.2011

Gospel Music – Duettes

Gospel_Music-Duettes.jpgJamais nom de projet n’aura autant envoyé l’auditeur inattentif sur une fausse piste, l’avis est lancé. Heureusement pour nous – et tant pis pour tous ceux qui se voyaient déjà claquer des mains au son de Oh Happy Day – la folk lo-fi (limite tendance punkoïde) de Gospel Music, aka Owen Holmes , répand la bonne parole poppy et invite quatre vocalistes féminines et un masculin, pour cinq duos aux atours de (gros) coup de cœur du mois. Il faut dire que le gaillard, par ailleurs bassiste des Black Kids, a du flair et/ou un joli carnet d’adresses. Dans la liste des heureuses élues, un nom sort du lot car, oyez oyez sortons la guitare acoustique et la batterie, Tracyanne Campbell (Camera Obscura) est du voyage, pour un titre à se dévisser les chevilles du plaisir – le formidable de bonheur Automobile. Ajoutez à la sauce Cassie Ramone des Vivian Girls en clôture de l’EP et zou ! c’est reparti pour se faire des heures entières au son des Moldy Peaches et de Kimya Dawson. Ouais, fieu.

Un EP : Gospel MusicDuettes (Fierce Panda)

22.01.2011

Mark McGuire – Living With Yourself

MarkMcGuire-Living.jpegHomme fort des Emeralds (dont on se rappelle le récent et intéressant Does It Look Like I'm Here?), Mark Mc Guire au placard les synthétiseurs visages frelatés à la Kosmische Musik quand il passe à l’épisode solo sous son propre patronyme. Au lieu des Moog et autres Korg, les guitares électriques occupent tout l’espace, modernisant à foison les interstices laissés par les successeurs sous tension de John Fahey et Robbie Basho. Adressé en premier lieu aux amis et à la famille, selon les propres dires de son auteur, Living With Yourself incarne la beauté des six cordes, revisitées pour l’occasion sous formes d’arpèges éprises de dynamisme mélodique et d’harmonies sonnantes (sans être trébuchantes). Gardant à l’esprit l’environnement qui héberge ses travaux – le label autrichien Editions Mego n’est guère connu pour ses simplismes primesautiers, le guitariste américain tapisse ça et là ses compositions d’un tapis de drones en background (Clouds Rolling In), révélant un art de la virtuose toujours au service de la musique – on admire d’autant plus que le gaillard n’affiche que vingt-trois printemps au compteur. Alors, à moins de honnir à tout prix les efforts solitaires d’instrumentistes de la plus haute tenue, on voit mal de quelle façon on pourrait balancer des tonnes de boue à la face de ce très bon disque, ancré dans un passé glorieux pour mieux en extirper la modernité de son interprétation.

 

Un disque : Mark McGuireLiving With Yourself (Editions Mego)
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17.11.2010

Squares On Both Sides – Salt Meadows

SQ_SM_Cover_150.jpgHomme connu pour la retenue mélodique de son œuvre folk aux structures réductionnistes, Daniel Bürkner aka Squares On Both Sides enrichit quelque peu son propos dans ses habits de 2010. Intégrant, outre son habituelle guitare acoustique, des instruments à la présence discrète bien qu’affirmée (un piano, un ukulélé, un mélodica mais, aussi et surtout, de l’electronica), le Munichois joue au Légo dans son univers, décorant subrepticement la mélancolie jamais simpliste de son propos de touches de couleurs pêchées au début de l’automne. Envisageant la nature dans un processus infini où Marcus Fjellström poserait la nappe à carreaux sur la terrasse de Sylvain Chauveau, plus précisément au son du Singular Forms (Sometimes Repeated) du musicien français, Bürkner invite à la méditation personnelle. Toutefois, à la différence notable de Chauveau sur son dernier album, la vision de SOBS est davantage empreinte de chaleur, fût-elle légèrement triste (sans être tourmentée). Et sans jamais nous serrer le cœur, la musique de Salt Meadows nous invite, lentement mais sûrement, à la table de notre hôte, tel un vieil ami qu’on aimerait mieux connaître s’il ouvrait tout grand le champ/chant de ses nouvelles perspectives.

 

Un disque : Squares On Both Sides – Salt Meadows (Own Records)

10.11.2010

Christina Antipa – Everything Starts To Sing

christinaantipa-everything.jpgMême si Christina Antipa joue du hautbois depuis sa tendre enfance, sa musique est tout sauf du pipeau. Œuvrant dans les travées nu folk qui séparent Tara Jane O’Neil de Dawn Landes et Tamara Williamson, la chanteuse américaine interprète ses chansons ultra-sensibles (mention spéciale à It’s Not Enough) dans une bulle où la tendresse le dispute à la mélancolie, la sensualité à l’autisme – c’est qu’il faut laisser du temps à ses seize morceaux. Au-delà de l’instrumentation, minimale le plus souvent (guitare acoustique ou piano), on pourrait penser que la demoiselle de Sacramento n’est pas la plus grande technicienne de ce début de siècle (certes) mais ses chansons ne nécessitent guère de débauche de pyrotechnie démonstrative. Par ailleurs augmentées, de ci de là, d’extraits cinématiques qui leur donnent un supplément d’âme où l’émotion nous prend encore un peu plus (le magnifique morceau-titre), les compositions de Christina Antipa attrapent les tripes et les relocalisent près du cœur.

 

Un disque : Christina Antipa – Everything Starts To Sing (Waterhouse Records)