22/02/2011

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

21/03/2009

Francisco López & Lawrence English – HB

franciscolopezlawrenceenglish-hbUn nom – celui du très présent Australien Lawrence English – saute à nos yeux de la pochette de HB, en communication directe avec des oreilles qui venaient de se gaver de son imparable Kiri No Oto paru chez Touch – le très grand label frère de Baskaru. Associé au vétéran de la musique concrète Francisco López, vingt années de soundscapes édités sur une centaine(!) de labels différents, le patron du label Room40 (dont l’admirable travail en compagnie de John Chantler pour la toujours délicieuse Tujiko Noriko est chroniqué en ces mêmes pages) propose deux titres sur ce qui est davantage un split album, tandis que l’homme de Madrid nous présente, lui aussi, deux de ses travaux. Non-intitulé Untitled #175, le premier morceau de López repose sur des field recordings d’oiseaux enregistrés en 2001 au Costa Rica. Manipulés telle de la dentelle par des vibrations electronica d’une très grande délicatesse, le contraste entre un monde de couleurs aviaires qu’on imagine luxuriantes et le traitement numérisé d’une bête immonde tapie dans les sous-bois est complètement prenant dans sa personnalisation suprême. Placé en quatrième et ultime position, l’autre œuvre de l’électronicien espagnol Untitled #204 surgit entre craquelures forestières et orage lointain, avant qu’un ruisseau aux allures de laptop ne dévoile la fluidité de son cours au travers de sous-bois loin des sentiers battus. Intercalées entre ces deux propositions alléchantes, les deux œuvres de Lawrence English relèvent le défi lancé par López, brillamment et bruyamment. Telle une averse tropicale d’où surgirait des batailles de sabres électroniques, Pattern Review By Motion déclenche un déluge noise infernal, dont la surprenante seconde partie rejoint le paradis ailé décrit par López sur Untitled #175. L’autre proposition d’English Wire Fence Upon Opening campe sur une menace d’orage en sourdine, une compagnie de volatiles nous en garde heureusement bien, éloignant par ses chants les démons infidèles qui osent encore prétendre que toutes les musiques électroniques se ressemblent. Dieu que cette histoire finit bien…

 

A suivre...

 

Un disque : Francisco López & Lawrence English HB (Baskaru)


Untitled #157 - Francisco Lopez

Wire Fence Upon Opening - Lawrence English