03/04/2013

Claire Diterzi – Le Salon Des Refusées

diterzi-salon.jpgMême si perso, j’ai toujours eu du mal avec les remontées expressionnistes de Claire Diterzi, que j’ai souvent comparées à une version pseudo-déjantée de Camille Dalmas, je dois bien reconnaître que Le Salon Des Refusées est son meilleur album à ce jour. Là où en d’autres temps elle agaçait (son Tableau De Chasse était le pompon), l’artiste française réussit la gageure de transcender ses habituelles caractéristiques, voire défauts (un sens du spectaculaire pour le plaisir de…) sur son quatrième opus solo. Est-ce le lieu de l’enregistrement (la prestigieuse Villa Médicis à Rome, elle est la première artiste non-classique à bénéficier d’une résidence), en son cru 2012-2013, la demoiselle désormais quadra parvient à donner plus de corps à ses chansons. Non qu’elle ait renoncé à ses échos expansifs, ils sont après tout sa marque de fabrique, simplement que les divers éléments de son salon sont aujourd’hui recouverts de teintes harmonieuses qui ne misent plus tout sur la voix. Que les ingrédients soient arabisants, classiques (au sens français à la Rameau) ou simplement pop arrangée avec un énorme soin (who said Joanna Newsom ?), la dernière œuvre en date de la Diterzi risque de faire chavirer bien des chaloupes, la mienne en premier. Vous savez bien ce qu’on dit des imbéciles et des avis...

 

Un disque : Claire DiterziLe Salon Des Refusées (Naïve)

05/02/2013

Majeur – Maury Road

 

majeur-mauryroad.jpgAprès sa reprise du Summertime Sadness de Lana Del Rey qui a suscité un mini-buzz sur la toile, Majeur était attendu au tournant de son premier album, le résultat est mitigé. A vrai dire, on ne sait trop si c’est l’agacement ou l’émerveillement qui prédomine à l’issue du – long – parcours (14 titres, mazette). Il y a bien quelques pépites, dont un Message Perso et un Open Your Eyes qui vont droit au cœur et aux tripes, il y a aussi pas mal de pose faussement éthérée, genre tu l’as vu comme moi aussi je sais faire de la dream pop, sans compter certains passages où on se demande vraiment, et c’est dit sans méchanceté, si les musicos ont appris à jouer il y a plus de trois semaines (le pompon revenant aux catastrophiques Where Are You Now et Festival de Cannes). Ou bien, c’est de l’humour et je n’ai rien compris.

 

Un disque : Majeur – Maury Road (Autoproduction)

 

10/03/2011

Cocosuma – Le Début

cocosuma-debut.jpg

En fait, de commencement, le duo parisien Cocosuma en est déjà à son cinquième épisode, le second où la douce Anglaise Amanda pose sa voix mutine sur des textes naïfs (sans être niais) et poppy pour les grands ados trentenaires et au-delà. Toutefois, si c’est bien le début pour la formulation francophone du titre, les chansons demeurent écrites en anglais, dans une veine electro pop eighties datée, bien que cajoleusement perverse. Toujours mélodique, inspiré par le disco – l’influence de Giorgio Moroder en mode I Feel Love crève les tympans sur The Jar – mais aussi par un post punk adouci du côté de chez Annie (la ligne de basse de Tickle Me Pink) l’univers bubblegum de Cocosuma frise cependant, par instants, un simplisme vite lassant (Happy Holidays). Heureusement, l’absence de prétention  et une très grande légèreté savonneuse font passer un moment agréable, à défaut d’être toujours pleinement savoureux.

Un disque : CocosumaLe Début (Third Side Records)

07/12/2009

Falseparklocation – Tropic FM

Falseparklocation – Tropic FMDuo musical à la scène et conjugal à la ville – et heureux parents depuis quelques mois – Christian Bouyjou et Nadia Lichtif alias Falseparklocation forment un ensemble electro-pop aux influences eighties clairement identifiées, tout en développant un langage propre et mélancolique. Ecrites lors d’un voyage en Thaïlande et en Inde, les quatorze chansons de leur premier album se glissent sans coup férir dans les tympans, qui n’ont jamais autant adoré se faire phagocyter.

A la fois légères et tristounettes, les mélodies pop de la paire française évoque irrésistiblement un autre duo hexagonal (Hypo & EDH), que nous n’avons plus quitté depuis leur passionnant The Correct Use Of Pets. Ailleurs, les populistes Vive La Fête se voient balancer une formidable leçon de modestie classieuse revue par Taxi Girl (un peu) et Anne Laplantine (beaucoup).  En tous points ambivalente, au mitan des rires et du spleen, la vision développée par Falseparklocation enflamme un retour vers le beau délicatement profond et subtilement charnel. Chiche qu’on en reparle dans quelques mois ?

 

Un disque : FalseparklocationTropic FM (Dokidoki Editions)

04/12/2009

Zak Laughed – The Last Memories Of My Old House

zak-laughed-the-last-memories-of-my-old-houseVrai phénomène médiatique de la scène indie made in France, Zak Laughed (traduction phonétique du prénom de son auteur Zacharie Boissau) risque d’être desservi par ce déluge de louanges parisiennes manipulatrices. Non que ses chansons ne vaillent pas un clou, elles sont même charmantes, d’une non-prétention digne des très aimables, lisez insignifiants The Dø ou Cocoon. Mais du haut de ses quinze ans (à sa voix, on lui en donne onze), le jeune Clermontois mérite-t-il tant d’attention, nonobstant son très jeune âge ? Oui, pour la qualité de certaines mélodies, joliment troussées bien que simplissimes et, non, mille fois non pour tout le reste. Les arrangements, surtout, sont particulièrement clichés, un fameux comble pour un gamin censé être hyper-créatif. Entre une pedal steel sortie d’un cauchemar de Will Oldham pour tout gage de non-crédibilité et accords de guitare scolaires, tout est fait pour nous dégoûter avant la date de péremption. Quant au chant préadolescent qui a définitivement oublié de muer, on l’imagine bien plus sorti de la gorge d’un petit chanteur à la croix de bois que d’un futur membre des Herman Dune. Zak Laughed, la blague de l’année ?

 

Un disque : Zak LaughedThe Last Memories Of My Old House (Wagram)

03/12/2009

Turzi – B

Turzi-BVrai petit génie – tant pis si le terme est bien trop galvaudé – de la musique made in France, Romain Turzi avait surpris tout son monde en 2007. Exciteur de particules krautrock relues à l’aune d’un temps post-Virgin SuicidesJoakim a son mot à dire, il avait dépoté la première lettre de l’alphabet pour un opus originel au psychédélisme toujours aussi (im)pertinent. Toujours signé sur Record Makers, le label des ses concitoyens versaillais Jean-Benoît Dunckel et Nicolas Godin, le musicien du 78 était bigrement attendu au tournant. Et en avant pour la seconde lettre, initiale de dix villes des quatre coins du monde.

Démarrant les hostilités sur un hymne glam pop qui frise un mauvais goût assumé, genre Bertrand Burgalat s’en prend à Tangerine Dream, Turzi met une grosse sourdine à son décorum krautrock. Il lui préfère, le choix est douteux, des références électroniques planantes dont la subtilité nous échappe, trente ans après les spectacles mégalomanes d’un certain Jean-Michel Jarre (ça crève les tympans sur Buenos Aires et Brasilia). En d’autres lieux, des guitares bourrées d’effet affrontent une orchestration pompeuse (Bombay) alors qu’un exotisme moyen-oriental de pacotille est censé nous emmener sur les traces de Bethlehem. Respectant le principe de la lettre B jusqu’à l’extrême, Turzi invite également deux vocalistes, ils ne sont pas les premiers venus. Sur "Baltimore", c’est ainsi Bobby Gillespie – M. Primal Scream – qui prend le micro pour un titre qui sonne justement comme du… Primal Scream. Quant à l’intervention de la kéké Brigitte Fontaine sur Bamako, elle clôt le disque de belle façon et nous fait regretter les multiples dérapages trop contrôlés qui la précèdent.

 

Un disque : TurziB (Record Makers)

Buenos Aires - Turzi

Bamako - Turzi

29/11/2009

Séverin – Cheesecake

severin-cheesecakeVéritable spécialité frenchie, faire chanter des filles, sexy et troublantes de préférence, ne date pas d’hier. Récemment, les pénibles compilations Nouvelle Vague nous ont valu des relectures parisianistes de classiques eighties dont sont surgies la surestimée Camille et l’inconsistante Mélanie Pain. En remontant davantage le temps, le nombre d’égéries mises en avant par le grand Gainsbourg himself frise la partouze (remarquez, on aurait bien voulu en être).

Jeune auteur-compositeur parisien que le dossier de presse nous présente ‘chef d’orchestre dans un petit costume rouge’ – comme quoi on se fait remarquer comme on peut  Séverin invite quatorze créatures féminines, les unes plus connues (Constance Verluca, Marina des Bondo de Role) que d’autres. D’une tenue pop globalement médiocre, au sens étymologique du terme, le disque varie entre mièvreries neuneuïsantes (Big Mouth pour Marie Flore), voire post-Coldplay (arrrrgh, ça s’appelle Tears Of The Morning pour Martina Björn) et gros clichés sixties pour lecteurs de Télérama (Les Lignes De La Main pour La Fiancée, Johnny pour mamzelle Verluca). On passe son chemin sans s’attarder.

 

Un disque : Séverin – Cheesecake (Cinq7 / Wagram)

26/11/2009

Anne Laplantine – A Little May Time Be

annelaplantine-littletimeDiscrète et admirable, l’évolution discographique d’Anne Laplantine n’a de cesse de nous ramener à l’essentiel. Jonglant avec les machines dont elle tire une humanité profonde que l’électeur FN – ou le fan de Michel Sardou - de base n’embrassera jamais, la créatrice de l’indispensable Nordheim s’amuse au jeu de la patience, au point que l’on se demandait si son devenir artistique ne devait pas se conjuguer au passé. Entre-temps, la Française avait éveillé jusqu’au magazine allemand Der Spiegel, après qu’elle a posté sur YouTube une série de vidéos thématiques reliées aux tueurs fous du campus de Virginia Tech ou de Tuusula (Finlande). Encore un peu et la voilà porte-étendard des massacreurs d’étudiants, là où son approche se voulait une réflexion dans la  lignée d’un Gus Van Sant dans son troublant film Elephant.

Successeur du peu couru (hélas) We de 2005, A Little Time May Be est du tout grand Anne Laplantine. Maîtresse de la miniature poptronica – les 58 pistes, dont 34 de brefs silences, sont compactées en 23 titres sur moins de 40 minutes – la Parisienne ex-Berlinoise manipule des samples lo-fi de guitare ou de flûte pour mieux échafauder des haikus musicaux d’une immense tendresse. En ancienne fausse nipponne, la japonitude de Laplantine est, vous le savez bien, une bénédiction au-delà de tout cliché zen pour jeunes branchés en mal d’évasion.

A la rigueur prévisible, cela reste à démontrer, le disque donne sans rien attendre en retour et s’inscrit dans le droit fil d’une discographie toute personnelle. Les anciens patronymes Michiko Kusaki et Angelika Koehlermann définitivement(?) rangés au placard, Mademoiselle L rend nos jours meilleurs et nos nuits plus douces.

 

Un disque : Anne Laplantine – A Little May Time Be (Ahornfelder)


April - Anne Laplantine

Rev - Anne Laplantine

11/11/2009

Christophe Bailleau – Lights Out In The Ghosting Hour

os032Collaboration avec l’intransigeant Won (aka Sébastien Llinares), installations sonores pour le CitySonics montois et très réussie tentative en duo avec le songwriter folk Neal Williams, entre autres projets, l’activité de Christophe Bailleau est aussi intense que le rythme des tournées de Bob Dylan. Retrouvant le chanteur américain et le directeur du CitySonics Philippe Franck aux synthés, guitare et vocoder, l’électronicien franco-hutois ouvre la voie à une quadruple échappée, aux côtés de l’artiste belge Niko Hafkenscheid (guitare).

Le disque, excellent, débute avec un extraordinaire morceau de bravoure, où les orages de l’électronique se mêlent au banjo jovial de Williams, entre autres méandres où il fait bon gambader malgré les éclairs menaçants. D’une manière plus globale, l’electronica de Bailleau ouvre les morceaux, chantés en alternance par ses trois comparses. Un rappel n’ayant jamais explosé au visage d’un lecteur, nous rappellerons juste que la fréquentation assidue des chansons de Neal Williams est chaque jour un peu plus indispensable. Ecorchés juste ce qu’il faut, tout en préservant cette dose d’empathie salvatrice, ses A Night Of Real Recognition et I’ll Be There sont une vraie – vous pouvez nous croire – bénédiction auditive. Moins naturel, le chant de Hafkenscheid fait relativement moins bonne figure, notamment en raison de l’amplitude plus limitée, voire monocorde de sa voix. Bouleversant de justesse et d’équilibre, Christophe Bailleau lui-même prend également le micro, pour deux titres d’une beauté élégiaque digne, n’ayons pas peur des mots, du grand David Sylvian lui-même. Quatrième et ultime vocaliste, Philippe Franck ose une toute autre approche. Proclamé tel un discours maléfique, son spoken word intrigant signe un appel à la mort complètement scotchant qui, en d’autres temps, lui auraient valu un billet direct pour l’enfer. Celui-ci est tout, sauf pavé de bonnes intentions, et on adore ça.

 

Un disque : Christophe Bailleau / Neal Williams / Philippe Franck / Niko Hafkenscheid Lights Out In The Ghosting Hour (Optical Sound)


A Night Of Real Recognition - Christophe Bailleau

Walk The Curse - Christophe Bailleau

10/09/2009

Fedaden – Broader

fedaden-broaderLa classe, toujours, la sensualité, souvent, tel était le credo développé par Fedaden en 2007 sur son troisième opus Palabras,  et ses multiples circonvolutions electronica entre Boards of Canada et Benge. Jamais bavard (en dépit de son titre) et d’une musicalité tonale hors de tout soupçon démagogique, l’univers de Denis Fédabeille réclamait une suite, à corps digitalisés et à cris nappés.

La nouvelle édition du musicien français l’annonce dès son titre, elle élargit le propos. Davantage de beats, échappés de Four Tet (par exemple), et même une pop song en compagnie d’un vocaliste, pas n’importe lequel. Répondant depuis plus de quinze années au nom de Dominique A, ce dernier vient poser son timbre unique et son phrasé particulier sur Danseur Inutile, il démontre la toute grande forme du Nantais de Bruxelles en cette année où il chante magistralement La Musique. Entièrement instrumentaux, les douze autres titres font tout particulièrement bonne figure, entre mélodies épurées sur fond de rythmes warpiens (le morceau-titre) et délectations vénéneuses pour dancefloor malade (Musicbox, Key).

 

Un disque : Fedaden Broader (Nacopajaz)


Danseur inutile (feat. Dominique A) - FEDADEN

Key - FEDADEN