15/10/2009

Gintas K – Lovely Banalities

GintasK-LovelyBanalitiesPorté sur les fonds baptismaux en 2003, le label portugais Crónica est véritablement issu de la rencontre entre les musiques électroniques et les cultures digitales. A l’instar des multiples installations et collaborations qui entrecroisent monde des arts plastiques, pratiques scéniques et univers musical, la maison de Porto s’inscrit dans une démarche souvent radicale, certes. Elle est toutefois, et plus souvent qu’à son tour, une immense bouffée d’oxygène libre dans un monde où les conformismes de tous les suiveurs ont bien trop souvent pignon sur rue.

 

Emanation du trio, aujourd’hui duo, @c, Crónica est issu de l’imaginaire fertile de deux de ses fondateurs Miguel Carvalhais et Pedro Tudela, avides de mettre sur pied ‘une plate-forme pour réaliser, distribuer et promouvoir leurs propres réalisations et celles d'autres activistes ayant les mêmes préoccupations esthétiques’ (interview parue dans la magazine MCD n°22, juin 2004). Entièrement fondé sur une vision numérisée de la musique qui tient cependant plus de la performance multimédia que de l’art de faire danser les foules, le catalogue de la maison lusitanienne s’est enrichi d’une quarantaine de titres, dont le fameux Happiness Will Befall de notre Australien préféré Lawrence English ou le plus ambient Hidden Name des excellents Stephan Mathieu et Janek Schaefer. Les trop rares spectateurs présents un soir de février au Netwerk d’Alost ont pu le vérifier, la très bonne réputation du label n’est pas un vain mot, comme en témoignent trois sortes récentes, dont le magnifique Lovely Banalities de Gintas K, notre recommandation absolue du moment.

 

Second effort de l'artiste sonore lituanien, les charmantes banalités succèdent au très bon double album Lengvai / 60 x One Minute Audio Colours Of 2 kHz Sound. Tout sauf... ban(c)al, composé de quatorze miniatures que l'auteur n'hésite pas à comparer aux Tableaux d'une Exposition du compositeur romantique russe Moussorgsky, l'oeuvre alterne moments de musique digitalisée et field recordings - le cours d'une rivière, la pluie - enregistrés à Marijampole, ville de résidence de notre homme.

Certains titres sont absolument remarquables de justesse harmonique et de précision dynamique. Ainsi, l'introductif In intègre en toute fantaisie une menace extra-terrestre bourdonnante éprise d'Andrei Tarvosky et de bruits épars, dont un drone obsédant bien que familier. Le second titre Q est tout aussi réussi. Evoquant la pulsation d'un téléphone qui sonne occupé revisité par les Boards of Canada, la track est traversée par un brouillard épars d'où l'on s'attend à voire surgir le commandant Spock aux manettes d'HAL 9000. Traversé, d'une manière plus globale, de ses sonorités banales - au sens le plus étymologique - du quotidien, Lovely Banalities n'est cependant pas qu'une exploration de plus des non-événements d'une vie sans relief. Puisé dans une inspiration jusque dans ses meilleures sources, l'essai emprunte autant à alva noto (Something In The Grass) qu'à Svarte Greiner ou Lawrence English (HH3), sans même parler des évidentes connections dépoussiérées avec la maison Editions Mego, (C2, Just 1). Vous l'aurez compris, nous sommes - très - très fans.

 

Un disque : Gintas K Lovely Banalities (Crónica)


Something In The Grass - Gintas K

C2 - Gintas K