11/04/2013

Bachar Mar-Khalifé – Who’s Gonna Get the Ball From Behind

Bachar Mar-Khalifé, infine, techno, jazz, folk, critiqueIl est libre, Bachar. Non, pas l’affreux jojo aux commandes de la Syrie, plutôt le Franco-Libanais Bachar Mar-Khalifé, dont le présent Who’s Gonna Get… est une des plus excitantes révélations de l’hiver. Capteur d’univers disparates qu’il fusionne dans une cohérence à couper le souffle, le jeune pianiste, frère du fondateur d’Aufgang Rami Mar Khalifé, enfile – telles  les perles – une multitude d’événements musicaux du plus bel effet. En premier, on songe – et pas qu’un peu – à la formidable rencontre de la techno et du jazz  initiée en son temps par Francesco Tristano (par ailleurs ami et compagnon de label). Ensuite, au fil de la fréquentation, chaque jour plus assidue, de ses dix morceaux, le chant en arabe de Bachar révèle une connexion affirmée entre Orient et Occident, tel un gigantesque pied-de-nez libertaire à tous les conservatismes bloqués au stade anal. N’hésitant pas à faire sien l’héritage de la tradition koweitienne (Ya Nas), le musicien parisien enchaîne les références politique (Marea Negra, emblème du printemps arabe) et artistique (Requiem, tel du Sébastien Tellier première mouture sous nette influence Jean-Claude Vannier vs Jeff Mills). Poivrées, épicées et rondes en bouche, les saveurs s’entrecroisent, le festin est somptueux.

 

Un disque : Bachar Mar-KhaliféWho’s Gonna Get the Ball From Behind (InFiné)

31/01/2011

Agoria – Impermanence

agoria-impermanence.jpgLabel dont la réputation a trouvé jusqu’aux colonnes de Libération, la maison InFiné s’est fait une immense spécialité – savoureuse, disons-le tout net – des chemins croisés de l’electro (pop), du jazz et de la techno minimale. Récemment éblouies par le magnifique Idiosynkrasia de Francesco Tristano, combinaison exemplaire de la vision machinesque de Wolfgang Voigt au pianisme teinté de bleu à la Max Richter, ces pages vont-elles dès lors succomber à l’appel d’Impermanence, troisième épisode longue durée dans la carrière de Sébastien Devaud, aka Agoria ? Oui, non, peut-être ?

Production InFiné qu’on aurait envie de qualifier de typique, au sens le plus normatif du terme, la production du DJ français -  from rural France, précise la bio – vit avant tout dans le minimalisme classieux de ses beats, totalement berlinois dans l’âme (lisez Ben Klock & co). Ajoutez-y une touche de chant largement digne de Sascha Ring (alias Apparat) du côté de Souless Dreamer – une jolie plume au chapeau du vocaliste Seth Troxler, mais aussi des lignes de piano circulant sur un tempo électro à la Clara Moto – pour le déjà classique Panta Rei, nul ennui ne pointe son nez, ou alors en catimini (le très bref Simon). Au-delà d’atmosphères captées en filigrane du Club der Visionäre, Speechless transgresse toutefois (et c’est heureux) les distances, pour une liaison directe vers le Detroit de Carl Craig et Jeff Mills, tout en n’ignorant pas la boucle vers l’Amérique du Sud – un Grande Torino Ricardo Villalobos réinventerait des Tetine sans paroles. Tout en restant dubitative des rapports parfois étranges, voire disharmonieux, entre les arrangements et la voix des intervenant(e)s – notamment une certaine Kid A sur l’agaçant Heart Beating – la balance penche toutefois largement du côté plus des jolies choses, notamment grâce à la subtile alternance d’une techno dub crédible et recyclable dans les échos jazzifiés de Under The River, prélude insolite à l’ultime Libellules, tel une barque secouée par les échos hallucinants du patron de Kompakt dans ses récents ouvrages. On a connu pire voisinage.

Un disque : AgoriaImpermanence (InFiné)

20/01/2011

Francesco Tristano – Idiosynkrasia

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Personnage surdoué – et pas uniquement à ses heures perdues – Francesco Tristano appartient à cette caste de musiciens à qui tout réussit et que l’on voudrait détester sans jamais y parvenir. Il a pourtant bien des raisons de susciter la jalousie, le pianiste et compositeur luxembourgeois établi à Berlin – sans compter qu’en prime, il est plutôt du genre beau gosse. Diplômé de la très prestigieuse Juilliard School, interprète reconnu de Prokofiev, Ravel ou Debussy, collaborateur de Carl Craig, Moritz von Oswald ou Murcof – mais si, voyons – Tristano n’est heureusement pas du genre premier de la classe à réciter les mêmes gammes par cœur une carrière durant. Adepte d’une réunion où la musique savante affronte le jazz et les musiques électroniques de maîtresse manière – il suffit de consulter les noms que nous venons de citer pour s’en rendre compte – notre homme évolue avec une époustouflante aisance entre Hauschka, Max Richter et Wolfgang Voigt. Prenons le morceau d’ouverture Mambo. Ponctuées de beats martiaux qui s’immiscent entre les noires et les blanches de l’époustouflante façon du patron de Kompakt sur son récent (et remarquable) Freiland Klaviermusik, les six minutes trente de la pièce ouvrent idéalement l’objet de nos désirs. S’ensuivent des passages davantage lyriques, où le jazz prend un rôle dominant, mais aussi des épisodes (très) sautillants où le plaisir des enchevêtrements s’invite à la table des secoueurs de têtes. Définitivement conquis, nous l’accompagnons, libérés et heureux, dans ses contemporaines divagations.

 

Un disque : Francesco TristanoIdiosynkrasia (InFiné)
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04/05/2010

Clara Moto – Polyamour

Clara-Moto-PolyamourProductrice autrichienne à qui l’EP Glove Affair de 2007 avait immédiatement donné du crédit – et pour notre plus grade joie, il est de la partie trois ans plus tard, Clara Moto trouve en la maison InFiné le cadre idéal à ses délicatesses électroniques. Compagne d’épopée d’un Danton Eeprom qu’on ne peut que recommander, la jeune compatriote de Fennesz déjoue les hypes dansantes, conjuguant techno minimale en quête d’absolutisme repu et deep house saupoudré de vagues de chaleur réconfortante. Jamais en mal d’une délicatesse mélodique rare à un tel niveau d’emballement, Clara Prettenhofer (au civil) aligne les délices, seule aux machines ou aux côtés de sa compatriote Mimu aux vocals. Présente sur trois titres impeccables à un tel point qu’on les verrait très bien édités du côté de Monika Enterprise, cette dernière insuffle une brise électro pop à un album qui transforme en (presque) or tous les genres qu’il touche, du plus dansant au plus home listening.

 

Un disque : Clara Moto Polyamour (InFiné)

02/03/2010

Danton Eeprom – Yes Is More

Danton-Eeprom-Yes-is-MoreQuand il est affaire de chiffres (un peu)… et de cœur (beaucoup). En 2009 (ou en 2010, 2011…) la French Touch 2.0 trace plus que jamais sa voie, tracée à coups de sillons dansants classieux et de mélodies pop aux mille trouvailles. A l’autopsie de Yes Is More, premier effort longue durée de l’hexagonal Danton Eeprom, le genre ne cesse de confirmer ses nuances spongieuses. Intégrant l’héritage universalisant d’une floppée de stars de la dance music, d’Ellen Allien à Simian Mobile Disco en passant par Sébastien Tellier – façon Sexuality – et, qui d’autre ? – les essentiels Poni Hoax, le producteur marseillais s’invite d’emblée à ta table (de mixage) des tout grands. Adepte de sonorités old skool, sa démarche ne regarde toutefois nullement dans le rétro – ou alors, c’est pour exorciser un passé glorieux où la house faisait de l’œil à la dance pop.

Embrigadé dans des ambiances sexy glam, limite porno chic, où tout beat grossier est banni, le disque était pourtant attendu au tournant. Successeur d’une série d’EPs remarqué jusqu’au grand Ivan Smagghe himself – il avait qualifié son Confessions Of An English Opium Eater de morceau de la décennie, ça en jette coco, la plaque s’écoute à merveille dans divers environnements sonores. Qu’on la passe dans une after où l’envie de se bouger les fesses n’a pas faibli ou qu’on l’écoute tranquillos dans son living room customisé, les ambiances chaudement fébriles qui la traversent demeurent pour longtemps dans la tête et les guibolles. Présente chacune sur un titre, la troublante Chloé et la craquante Erika ‘Au Revoir Simone’ Forster ne s’y sont pas trompées.

 

Un disque : Danton Eeprom – Yes Is More (Fondation / InFiné)

17/02/2010

Aufgang – s/t

aufgang2Chaque jour davantage lisible, l’échange entre  les musiques classiques et électroniques ne cesse de gagner du terrain. En songeant à de récentes épopées discographiques (ReComposed de Carl Craig & Moritz von Oswald, The Versailles Sessions de Murcof), la très grande réussite est au rendez-vous, quitte à laisser les ayatollahs de chaque bord à l’orée du bois. Issus, eux aussi, du milieu classique (ils ont étudié le piano à la très prestigieuse Julliard School), Rami Khalifé et Francesco Tristano ont fait leurs armes, c’était au Sonar Festival 2005, aux côtés de l’immense Jeff Mills. Rejoints par le batteur Aymeric Westrich (Cassius), ils avaient repris le fantastique track The Bells du producteur américain, point d’ancrage d’un projet qu’ils dénommeraient Aufgang.

Traversé d’un esprit libre, le disque décline la virtuosité contemporaine de ses notes de piano au gré des fantaisies électroniques. Traversée d’un esprit jazz prégnant sur certains titres (Channel 7, Good Generation) et davantage moderniste sur d’autres (Channel 8), l’entreprise joue à saute-moutons au-delà des siècles. Picorant son inspiration chez Bach – rappel évident de la fréquentation de haut vol de Tristano pour l’œuvre du monstre sacré Johann Sebastian (Barock) – comme chez… Sébastien Tellier (Sonar), le trio peut également s’inscrire dans une exquise langueur (Prélude Du Passé). Seul hic par instants, les ajouts électroniques dénaturent plus qu’ils n’enrichissent des morceaux joués de divine manière.

 

Un disque : Aufgang – s/t (InFiné)

Aufgang from discograph on Vimeo.