06/02/2011

Z’ev + Jason Kahn – Intervals

ZevJasonKahn–Intervals.jpgVénéré en ces lieux pour la réédition de son chaos percussif As/if/When chez Sub Rosa, l’Américain Z’ev aka Stefan Joel Weisser n’a pas fini de nous surprendre, dans le bon sens toujours. Confrontant son univers à la fausse quiétude de Jason Kahn – dont nous avions particulièrement goûté les sonorités blanchâtres dans son Vanishing Point en 2009, Weisser incline ses déclinaisons bruyantes dans un calme qui vire entre angoisse et recueillement. Telle une lecture californienne – les deux protagonistes en sont originaires – du formidable s6t8r de Gilles Aubry, on guette le moindre détail sonore comme si notre vision de l’instant en dépendait. Ponctués d’entrechocs captés dans le lointain d’un outre-monde, la notion de concentration acoustique prend un tour quasiment neurasthénique – imaginez, pour faire bref, un anti-Merzbow s’extasiant de la paix toute relative de la nuit après un orage ravageur. Basé autour de deux pièces de concert enregistrées en Suisse en avril 2009, Intervals réussit la gageure de présenter Chris Corsano à Machinefabriek en passant par le Kreuzberg de 1980, celui où Blixa Bargeld & co découpaient les contours de la musique industrielle. Tel un négatif aux antipodes de Berlin, la vision de la paire US invite son apparente imperturbabilité à la table de l’inquiétude – pour un défi relevé avec brio en dépit de son éprouvant caractère.

Un disque : Z’ev + Jason KahnIntervals (Monotype)

09/09/2009

Jason Kahn – Vanishing Point

jasonkahn-vanishingpointArtiste sonore américain émargeant dans les frontières ténues qui séparent la noise music – le cas présent, il faudrait parler de silent music – de l’absence totale de reconnaissance médiatique (en dépit d’une vingtaine de sorties en dix ans), Jason Kahn risque d’entrer dans la cour élective des noms à suivre de l’ambient quietissimo (et c’est tout le mal que nous lui souhaitons à l’issue de ce remarquable Vanishing Point).

Ecrite dans la douleur du décès de sa fille Louise, l’œuvre du résident de Zürich développe des tonalités issues de certaines couleurs précises du spectre, plus précisément les fréquences du blanc, du rose, du marron et du bleu. A l’instar du récent Sur Fond Blanc du duo canadien Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis, mais en une version plus métallique et moins pâle, Vanishing Point décline en une multitude de micro-évolutions sonores l’immense variété ébruitée du monde qui nous entoure.

Tout au long des quarante-sept minutes de son unique morceau, les sons imaginés par le patron du label Cut ne cessent de grandir et de nous prendre par le cortex. En un singulier – et superbe – flux et reflux d’une marée charriant son lot imprévisible de couches échelonnées (et c’est magnifique d’une précision… helvétique), l’œuvre ne cesse de progresser vers un infini inaccessible, entre échos lancinants d’une métallurgie désincarnée et souvenirs colorés d’une vie passée à trépas.

 

Un disque : Jason Kahn Vanishing Point (23five Incorporated)


Vanishing Point (extract) - Jason Kahn