07/02/2010

La renaissance du Profan

voigt02Précurseur du mondialement célèbre Kompakt, le label Profan de Wolfgang Voigt renait de ses cendres en ce début 2010. Intitulée Abweichung (Déviance), la nouvelle production du maître de maison Voigt augure, espérons-le, d’une renaissance définitive et enthousiaste. En prime – et c’est la seconde bonne nouvelle, le double CD Wolfgang Voigt – Werkschau jettera un autre regard rétrospectif sur la carrière du producteur de Cologne, deux ans après un Nah und Fern d’anthologie. Aux dernières infos, les feux de joie se multiplient aux quatre coins du dancefloor. Minimal.

27/04/2009

Gui Boratto – Take My Breath Away

guiboratto-takemybreathawayEt dire qu’il a fallu attendre la trentaine de Gui Boratto (né en 1974) pour qu’il daigne nous proposer le résultat de ses recherches sonores. C’était en 2007, rappelez-vous, son magnifique Chromophobia sous le bras, le producteur brésilien enflammait la planète de sa classe techno folle, elle faisait danser comme elle subjuguait de ses merveilleuses textures. Au menu 2009, le maître brésilien du dancefloor remet le couvert minimal, ses beats sont toujours aussi prenants aux guibolles – sans jamais être assourdissants ou martiaux, ses harmonies répétitives témoignent plus que jamais d’une maîtrise incomparable des éléments, dont le point culminant est incontestablement le très sexy Atomic Soda et ses bourdonnements érotiques, ainsi que le fascinant travail de superposition des couches de No Turning Back, complètement hypnotisant. On regrettera, pour faire le difficile, quelque héritage douteux du passé, tels les sonorités synthétiques de Colors, ce serait faire bien trop de cas de ce titre tout à fait mineur. Aussi à l’aise dans l’electro-pop, c’est la nouveauté de l’album par rapport à son devancier (Azurra), que dans la techno, voire dans l’ambient (Les Enfants), le nouveau cru Boratto témoigne de l’ouverture d’un esprit libre qui ne se refuse à aucune chapelle, quitte à décevoir les fans de la première heure.

 

Un disque : Gui Boratto Take My Breath Away (Kompakt)


Atomic Soda - Gui Boratto

Azurra - Gui Boratto

20/03/2009

V/A – Pop Ambient 2009

kompaktpopambient2009C’est devenu une excellente habitude, chaque début d’année voit la grande maison Kompakt, mère nourricière de tant d’artistes électroniques de qualité, proposer sa compilation Pop Ambient. Neuvième du nom, l’édition 2009 est un très grand cru. Composée d’artistes au pire recommandables, le plus souvent exceptionnels, les douze morceaux choisis ont été  sélectionnés par le boss Wolfgang Voigt lui-même et c’est un sérieux gage de qualité.

Jamais si bien servi que par lui-même, c’est sous le pseudonyme de Mint que WV fait magnifiquement des siennes sur le très cinématique Hindemith aux angoisses lento ressourcées sur un piano qui fait écho au Nuage III de Sylvain Chauveau qui le précède (rappelons que l’œuvre du compositeur français illustre un long métrage fantastique éponyme). Splendide enchaînement ! Ailleurs au remix (assez moyen) de Jürgen Paape ou en collaboration – dans les deux cas, le vieux complice Jörg BürgerVoigt trouve sur Frieden l’écho inoubliable lorsqu’il se produit sous le nom de GAS, sans toutefois faire de l’ombre aux autres artistes présents. Parmi ceux-ci, outre Sylvain C. – son second titre Fly Like A Horse est fantastique avec ses boucles de guitare obsédantes – on relèvera plus particulièrement Klimek et son grandiloquent True Enemies & False Friends, ainsi que les inévitables Marsen Jules et Tim Hecker, meilleurs que jamais.

 

Un disque : V/APop Ambient 2009 (Kompakt)


Fly Like A Horse - Sylvain ChauveauONT-FAMILY: 'Verdana','sans-serif'">


Its Only Castles Burning - Marsen Jules

A Dream Of A Spider - Andrew Thomas

26/01/2009

Kompakt's pop ambient anno 2009

kompakt-pop-ambient-2009L’affaire est entendue, chaque début d’année voit le label Kompakt présenter la nouvelle mouture des compilations Pop Ambient. Peuplée d’artistes vénérés en ces lieux (Sylvain Chauveau, Tim Hecker, Marsen Jules ou le patron Wolfgang Voigt sous le pseudo de Mint ou aux côtés de Jörg Burger), la neuvième édition du genre complète le tableau – aux frontières de l’idylle – en invitant des compères soit indispensables (Klimek) soit recommandables, et c’est dans le "pire" des cas (Jürgen Paape, Andrew Thomas). On le disait, l’affaire est entendue.

 

Un disque : V/A Pop Ambient 2009 (Kompakt)

 

 


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14/11/2008

Jacopo Carreras – From Bed To Couch

Jacopo Carreras – From Bed To CouchEntre le lit et le divan de Jacopo Carreras, un fatras d’objets décore la dancefloor – sombre et énigmatique, le dancefloor, voire neuro-dépressif. Pêle-mêle s’y retrouvent les cordes synthétiques de Giuseppe Ielasi, les beats dark de Front 242 anno 1986 (Rox Tox) vs 1990 (Gentle Touch), un disque de Ricardo Villalobos mixé sur l’iPod des Prodigy, quand ce ne sont des restes d’indus germanique. D’une maîtrise rare, en dépit de la sortie de route Il Vuoto Non E’¸ la production du musicien berlinois aux racines romaines se savourera aussi bien dans le salon de Marc Hollander à la recherche des disques d’Aksak Maboul et de Minimal Compact que dans les soirées gothiques chic de la place Saint-Boniface. Ca porte un nom tout simple, la classe.

 

En écoute sur Dotshop

Un disque : Jacopo CarrerasFrom Bed To Couch (Lan Muzic / Kompakt)

11/09/2008

Wolfgang Voigt alias Gas (fin)

wolfgangvoigtIl ne fait aucun doute que l’electronica contemporaine aurait connu un tout autre visage si ces quatre opus n’avaient eu un jour le bonheur d’exister. Difficile d’imaginer en effet que le dieu mexicain des musiques spatiales Fernando Corona – plus connu sous le patronyme de Murcof – aurait pu produire le magnétique Cosmos sans avoir jamais entendu les quatorze minutes du troisième morceau de Zauberberg (à signaler qu’aucune des pistes ne porte de nom). Dans le même ordre d’idées, et toujours sur ce même second album, l’influence du quatrième morceau est prégnante sur le génial Baden-Baden de la Munichoise Michaela Melián, tant les très subtils beats de Voigt pénètrent une forêt endormie sous le poids de la torpeur hivernale. Et dans une autre voie, moins directement liée peut-être, Gudrun Gut aurait-elle eu le culot de confronter le tango argentin sur des tempi très berlinois lors de l’enregistrement de son très hypnotisant Move Me ? La réponse est ouverte, bien que Voigt ait déjà apporté une partie de la réponse en remixant de très belle façon le tube de la boss du label Monika Enterprise sur un maxi on ne peut plus recommandable.

 

Sans même parler de tous les artistes du label Kompakt forcément inspirés du maître, et nous pensons en premier lieu aux splendides œuvres de The Field (tel ce morceau 4 de Pop) et de Gui Boratto, l’aura du maestro teuton des machines dépasse tout ce que l’imagination humaine peut produire de subtil. Dans son numéro de mai dernier, le mensuel britannique Wire comparait l’œuvre de Voigt à celle de Kraftwerk, en particulier leur essentiel album Autobahn de 1975. Nous partageons ce point de vue, sans la moindre réserve. Aujourd’hui encore, alors que nombre de productions techno portent encore la griffe de Ralf Hütter et des siens, la marque de Voigt imprègne une générations entière de musiciens électroniques, à commencer par les très remarqués Klimek, Julien Néto ou Marsen Jules (la réécoute du second titre de Pop est frappante), sans même parler des plus exigeants – et plus expérimentaux – Janek Schaefer ou Stefan Mathieu. Incontournable, on vous le disait.

 

Un coffret 4 CD : Gas – Nah Und Fern (Kompakt)

Un livre : Wolfgang Voigt – Gas (Raster-Noton)

06/09/2008

Wolfgang Voigt alias Gas (II)

wolfgangvoigtTout à fait cultes pour toute une génération de musiciens et d’amateurs de sons digitalisés, à mi-chemin entre ambient et techno ultra-minimale, et très longtemps introuvables, ces quatre albums étaient parus à l’origine sur Mille Plateaux. A l’origine dédié aux interconnections entre electronica et théorie post-moderne, le label de Francfort dirigé par Achim Szepanski tirait son nom du livre éponyme du philosophe Gilles Deleuze et du psychanalyste Félix Guattari, dans une démarche courageuse – et commercialement suicidaire – de rattachement de la théorie politique aux musiques électroniques expérimentales incarnées par Cristian Vogel ou Alec Empire. Presque défunt, mais en voie de renaissance (car racheté par le distributeur Total Recall), Mille Plateaux ne pouvait rêver plus bel hommage que cette réédition, certes quelque peu spartiate mais ça doit être pour mieux en apprécier le contenu.

 

Aussi surprenant que cela puisse paraître, ces quatre disques – absolument fondamentaux, et ce n’est rien de l’écrire – témoignent de l’engagement très personnel du producteur de Cologne pour la culture germanique, des musiques folkloriques allemandes à la Schlagermusik en passant par les formes plus classiques de la musique de conservatoire. Toutefois, et c’est là que tient tout le génie de l’artiste rhénan, Voigt déplume en toute subtilité les oripeaux traditionnels de genres trop bien ancrés dans la mémoire collective, pour mieux les noyer sous des brumes inquiétantes, de celles qui recouvrent la Lüneburger Heide les matins déjà froids d’octobre. Tout en évitant les écueils trop visibles de l’intellectualisation outrancière, reproche que l’on peut parfois adresser au Viennois Fennesz, Voigt contourne avec tout autant d’élégance – c’est un maître-mot de son œuvre – les reflux affectés de la manipulation émotive, ce qui le démarque des Boards of Canada, qui doivent se demander pourquoi ils produisent encore des disques.

 

A suivre...

04/09/2008

Wolfgang Voigt alias Gas (I)

wolfgangvoigtFort de seize – oui, 16 – nouvelles, le RifRaf francophone prend de suite une toute autre dimension. Pour ma part, je suis bombardé responsable de la nouvelle rubrique Love On The Bits, spécialisée dans les musiques électroniques et/ou expérimentales. Autant mettre la sauce pour la première, consacrée à l’immense talent de Wolfgang Voigt, alias Gas, alias patron de Kompakt.

 

Epoque propice aux rééditions – tout le catalogue Dead Can Dance sur 4AD, par exemple – l’été 2008 rend hommage, il est magnifique, à l’immense musicien allemand Wolfgang Voigt. Davantage connu en nos contrées pour son implication dans le label Kompakt, qu’il a co-fondé en compagnie de Michael Mayer et de Jürgen Paape, l’homme de Cologne retrouve – enfin – le rôle que l’histoire de la musique lui attribuera à l‘heure du jugement final. Là, tout en haut.

 

Figure essentielle de la musique électronique moderne, acteur majeur de notre époque caché sous une multitude de pseudonymes (une vingtaine, sans compter les multiples collaborations !), Voigt s’est déguisé dans les années 1990 en Gas (« le résultat d’une crise personnelle » comme il le dit dans le magazine berlinois Mono.Kultur), produisant quatre albums milestones d’une IDM ambient – ou l’inverse – qu’aurait volontiers imaginée un Brian Eno naturalisé allemand. Aujourd’hui réunis en un seul coffret, ces quatre opus trouvent tout naturellement refuge chez Kompakt, douze ans après la parution initiale de l’album éponyme Gas et huit après l’ultime Pop, entrecoupés de la parution de Zauberberg en 1997 et de Königsforest en 1998.

 

A suivre…

18/08/2008

Quantec – Unusual Signals

Quantec–UnusualSignalsSven Schienhammer, l’Allemand Quantec s’est taillé une jolie petite réputation chez les amateurs de dub techno, grâce à plusieurs plaques pas bégueules du tout. A l’écoute de son premier album, la (relative) hype est on ne peut plus justifiée. Trempées dans une encre bien noire, ses basses plongent le dancefloor dans un état second d’hébètement neurotoxique, notamment sur l’inaugural Aminata Muscaria, complètement fascinant de démesure hypnotique. Pas teuton pour rien, le producteur de Düsseldorf orne également plusieurs de ses tracks de beats minimal techno – du genre de ceux qu’Ellen Allien cultive en secret – et d’une manière globale, sa science de la construction des morceaux emporte pleinement notre adhésion.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Quantec Unusual Signals (Echocord / Kompakt)

15/07/2008

Nicola Ratti – From The Desert Came Saltwater

nicolaratti-fromthedesertcamesaltwaterLa mention Kompakt est trompeuse. Non, cette eau salée surgie du désert ne vous fera pas danser tout l’été à la suite des magnifiques Gui Boratto et The Field, ce qui n’enlève rien à la qualité des compositions ambient – où la guitare joue un rôle prépondérant – de l’Italien Nicola Ratti. Truffée de micro-sons, tels ces bruits de boîte métallique traînée sur le sol dans Cartographic Acrobat, la musique du multi-instrumentiste transalpin tend toutefois à l’éparpillement impressionniste, peinant à trouver sa route au beau milieu d’une forêt peuplée d’arbres nommés Machinefabriek et Giuseppe Ielasi (ici au mastering). Plus à son affaire quand l’instrumentation laisse libre cours à des volutes empruntées aux Suédois de Tape (le début de Voluta Musica), Ratti rate son coup quand il veut transformer l’essai Supersilent en voulant le confronter aux cuivres d’Edgar Varèse. En dépit de moments délicieux (Coconut et son fantôme de Matt Elliott), l’essai demeure trop inabouti pour convaincre pleinement.

 

En écoute sur LastFM

Un disque : Nicola Ratti – From The Desert Came Saltwater (Anticipate Recordings / Kompakt)