25/06/2009

Lawrence English – A Colour For Autumn

lawrenceenglish-acolourforautumnAdieu embruns, au revoir brouillard, bonjour l’automne, telle pourrait être la devise de A Colour For Autumn, dernière œuvre en date de Lawrence English. Second numéro d’une série inscrite dans le passage des saisons, le disque fait écho à la collaboration entre le producteur australien et le musicien concret espagnol Francisco López (HB), défendue avec enthousiasme en ces pages et, bien plus encore, à For Varying Degrees Of Winter, deux sorties du label français Baskaru.

Pour bien appréhender la chaleur qui se dégage des sept plages de l’album, l’australité d’English est un pré-requis indispensable. Là où en nos terres nordiques, la saison des feuilles mortes évoque engourdissement et hibernation, en l’hémisphère sud de son auteur, elle est synonyme de renouveau et de renaissance. Même quand elle mêle le bruit du mistral enregistré dans  la basilique Notre-Dame de la Garde à Marseille (Droplet), une cordialité manifeste relie les divers éléments de l’album. Entre la voix de Dean Roberts sur le morceau d’ouverture et les clusters électroniques de Christian Fennesz sur les lenteurs exquises de The Surface Of Everything, les variations sur le même thème – devinez lequel – du patron de Room40 (en exil sur 12K) combleront les heureux modernes qui prennent le temps de s’en donner.

 

Un disque : Lawrence English – A Colour For Autumn (12K)


Droplet - Lawrence English

The Surface of Everything - Lawrence English

14/06/2009

Lawrence English – Kiri No Oto

lawrenceenglish-kirinootoLes présentations faites, le temps est venu de nous intéresser aux deux dernières productions de Lawrence English, chronologiquement parlant. Parue sur le label Touch, célèbre pour l’édition des passionnants récents travaux de Jacob Kirkegaard (dont nous ne recommanderons jamais assez l’ultime Labyrinthis), Hildur Gudnadottir (ou l’émotion faite violoncelle) ou Fennesz (pas à son meilleur toutefois sur son ultime Black Sea), Kiri No Oto (Le son du brouillard dans l’idiome natal de Keiji Haino) est tout simplement un disque exceptionnel, ce que l’année écoulée depuis sa sortie n’a fait que confirmer. Explication de (con)texte. Au départ de l’opus, il y avait une collection de sons glanés lors des voyages d’English, entre Pologne, Nouvelle-Zélande, Japon et Australie. Filtrées et soumises à des distorsions qui lui confèrent un supplément d’âme absolument stupéfiant de maîtrise technique, les sonorités de Kiri No Oto entraînent l’auditeur en une quête habitée de, vous l’aurez deviné, brumes et brouillard. D’une hauteur de vue qu’on n’espérait guère plus depuis le Zauberberg de Wolfgang Voigt aka GAS, l’œuvre débute par un morceau complètement mystifiant de bruitisme élégant, il est bien plus rêveur qu’inquiétant (Organs Lost At Sea). Toujours en phase avec sa vision de la musique, le cas présent à un environnement où règne une fausse sérénité, il ne se laisse toutefois pas aller à une complaisance reposante et amorphe. Sous des faux airs de tranquillité, le chaos surgit d’où on ne l’attend plus (White Spray), avant que les échos d’une fin de nuit glaciale au-dessus des flots ne submergent la vanité de l’être humain, frêle esquif qui s’imagine omnipotent. Et face à cet immense disque, on s’imagine vraiment (tout) petit.

 

Un disque : Lawrence English – Kiri No Oto (Touch)


Organs Lost At Sea - Lawrence English

White Spray - Lawrence English

08/06/2009

Lawrence English, l'origine du temps

lawrenceenglish1Entre les multiples casquettes de Lawrence English, héros contemporain d’une musique ambient qui dépasse les clichés planants pour atteindre l’universalité d’un Brian Eno période Harold Budd ou d’un DJ Olive aujourd’hui, chaque activité n’outrepasse jamais une autre, tout comme la fièvre de la nuit complète le repos du jour. Patron des labels Room40 et Someone Good, musicien et compositeur aux œuvres rêvées par Christian Fennesz et Jim O’Rourke, commissaire d’expositions audio ou installateur sonore, l’artiste australien tient le haut du pavé, et on espère bien que ce n’est pas fini.

 

Aujourd’hui âgé de trente-trois ans, l’homme de Brisbane promène dans son sillage ésotérique une multitude de disques en solitaire et de collaborations amicales, dont le niveau d’ensemble laisse généralement sans voix. Co-auteur tout récemment du très recommandable U aux côtés de son guitariste de compatriote John Chantler, English tressait pour notre héroïne électro-pop préférée Tujiko Noriko des filaments de soie d’une élégance soyeuse, dont l’apparente fragilité ne faisait que s’infirmer au fil des écoutes. Laissant la place à des compositions micro-tonales d’une ampleur exemplaire de modestie et de talent, l’univers dressé par le trio nippo-australien n’a pas fini de nous dévoiler ses richesses, enfouies et vivaces pour des mois (années ?) encore.

 

Patron de la maison Room40 qui éditait cette très jolie collaboration, Lawrence English nous est tout autant redevable DU disque ambient de ses derniers temps, l’extraordinaire Triage de DJ Olive. Hébergeur de noms recommandables (Janek Schaefer, Greg Davis), voire mythiques (Oren Ambarchi, Luc Ferrari), cultivateur des zones en friche de l’espace électronique contemporain, le multicartes aussie produit non seulement des disques, matière première de tout label, mais aussi organise des festivals dans sa ville de résidence (Liquid Architecture et What Is Music?), tout en mettant sur pied des expositions où le sonore répond au visuel, et inversement, à l’instar du toujours intéressant festival CitySonics, tenu chaque été en cette bonne vieille ville de Mons.

 

Plus pop et (beaucoup) plus mélodiques, les sorties de Someone Good – l’autre imprint dont notre homme s’occupe, ici aux côtés de sa femme Rebecca – témoignent cependant d’un même attachement aux valeurs fondamentales de l’être humain Lawrence English, pour qui chaque œuvre s’inscrit dans un espace, qu’il soit géographique et/ou temporel, qui lui donne toute sa force et son originalité. Entre It’s On Everything, le premier effort du Japonais Akira Kosemura, qui mêle des mélodies pianistiques élégantes à des field recordings d’une discrétion électronique rare, micro-pop de chambre du duo Lullatone (qui arrachera bien des sourires à tous les My Little Cab fans du monde) et bricolages indie de The Rational Academy (on les verrait bien sur Own Records, tiens), l’esthétique reste la même dans sa profondeur intime, le reste n’étant que questions de pure forme, plus concrète dans un cas, plus abstraite dans l’autre.

 

A suivre

21/03/2009

Francisco López & Lawrence English – HB

franciscolopezlawrenceenglish-hbUn nom – celui du très présent Australien Lawrence English – saute à nos yeux de la pochette de HB, en communication directe avec des oreilles qui venaient de se gaver de son imparable Kiri No Oto paru chez Touch – le très grand label frère de Baskaru. Associé au vétéran de la musique concrète Francisco López, vingt années de soundscapes édités sur une centaine(!) de labels différents, le patron du label Room40 (dont l’admirable travail en compagnie de John Chantler pour la toujours délicieuse Tujiko Noriko est chroniqué en ces mêmes pages) propose deux titres sur ce qui est davantage un split album, tandis que l’homme de Madrid nous présente, lui aussi, deux de ses travaux. Non-intitulé Untitled #175, le premier morceau de López repose sur des field recordings d’oiseaux enregistrés en 2001 au Costa Rica. Manipulés telle de la dentelle par des vibrations electronica d’une très grande délicatesse, le contraste entre un monde de couleurs aviaires qu’on imagine luxuriantes et le traitement numérisé d’une bête immonde tapie dans les sous-bois est complètement prenant dans sa personnalisation suprême. Placé en quatrième et ultime position, l’autre œuvre de l’électronicien espagnol Untitled #204 surgit entre craquelures forestières et orage lointain, avant qu’un ruisseau aux allures de laptop ne dévoile la fluidité de son cours au travers de sous-bois loin des sentiers battus. Intercalées entre ces deux propositions alléchantes, les deux œuvres de Lawrence English relèvent le défi lancé par López, brillamment et bruyamment. Telle une averse tropicale d’où surgirait des batailles de sabres électroniques, Pattern Review By Motion déclenche un déluge noise infernal, dont la surprenante seconde partie rejoint le paradis ailé décrit par López sur Untitled #175. L’autre proposition d’English Wire Fence Upon Opening campe sur une menace d’orage en sourdine, une compagnie de volatiles nous en garde heureusement bien, éloignant par ses chants les démons infidèles qui osent encore prétendre que toutes les musiques électroniques se ressemblent. Dieu que cette histoire finit bien…

 

A suivre...

 

Un disque : Francisco López & Lawrence English HB (Baskaru)


Untitled #157 - Francisco Lopez

Wire Fence Upon Opening - Lawrence English

14/03/2009

Tujiko Noriko / Lawrence English / John Chantler – U

tujikoenglishchantler-uPassionnante dans sa forte identité, l’œuvre de Tujiko Noriko intrigue depuis ses débuts. Véritables révélations, Shojo Toshi et Hard Ni Sasete, ses deux opus hébergés sur le label Mego (avant sa mue noise radicale en Editions Mego) touchaient de leur grâce élégiaque, perchée sur quelques éléments électroniques d’une fragilité entre douleur et sérénité. Moins convaincante dans son travail pour Tomlab, l’artiste japonaise signait un retour magistral en 2006, le bien nommé Solo confirmant le particularisme unique de son univers tactile et polisson. Habituée des collaborations, la demoiselle d’Osaka a déjà collaboré avec l’Australien Lawrence English, patron de Room40 et auteur du ma-gni-fi-que disque ambient Kiri No Oto sur Touch, c’était en 2005 pour la réalisation en demi-teinte Blurred In My Mirror.

Aujourd’hui complété  d’un autre homme de Brisbane, le guitariste John Chantler, le duo Tujiko – English confirme son sens de l’utopie electronica aux traits oniriques. Plus ue jamais cristalline et superbe de délicatesse, la voix de Tujiko (son nom de famille, pour rappel) étire ses filaments de soie sur des structures micro-mélodiques dont le fil ténu ne fait que prendre de l’ampleur au fil des écoutes. Grâce au travail d’orfèvre de ses deux complices masculins, maîtres es ambiances electro-feutrées, la tentation esthétisante du trio ne vire jamais à la joliesse zen, préférant œuvrer sur des textures dont l’enchevêtrement complexe confirme un sens de la musicalité garant de nombreuses heures de rêveries électroniques.

 

Un disque : Tujiko Noriko / Lawrence English / John Chantler U (Room40)


12OClock on the Highway - Tujiko Noriko Lawrence English John Chantler

Make Me Your Private Party - Tujiko Noriko Lawrence English John Chantler

04/01/2009

Playlist # 6 - The rest of the best in 2008 (III)


18/10/2008

Tujiko Noriko, la vie en U

tujikonoriko-URavissement éternel pour nos pavillons nourris de son génial Shojo Toshi, la musique de Tujiko Noriko a trouvé tant sur (Editions) Mego que sur Room40 le terrain idéal à ses expérimentations electro-pop. Nouvelle sortie du label australien de Lawrence English – d’ailleurs présent aux côtés de John Chantler – son nouveau U la voit poursuivre une aventure où mélodies câlines et étrangetés machinistes s’entremêlent à ne plus nous lâcher.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Tujiko Noriko / Lawrence English / John Chantler – U (Room40)