13/03/2011

Angelicá Castelló – Bestario

angelicacastello-bestario.jpgAu-delà d’un douteux premier morceau, Bestario de la Mexicaine aus Wien Angelicá Castelló est à conseiller sans autres réserves. La suite sur le Grisli.

Un disque : Angelicá CastellóBestario (Mosz)

06/02/2011

Z’ev + Jason Kahn – Intervals

ZevJasonKahn–Intervals.jpgVénéré en ces lieux pour la réédition de son chaos percussif As/if/When chez Sub Rosa, l’Américain Z’ev aka Stefan Joel Weisser n’a pas fini de nous surprendre, dans le bon sens toujours. Confrontant son univers à la fausse quiétude de Jason Kahn – dont nous avions particulièrement goûté les sonorités blanchâtres dans son Vanishing Point en 2009, Weisser incline ses déclinaisons bruyantes dans un calme qui vire entre angoisse et recueillement. Telle une lecture californienne – les deux protagonistes en sont originaires – du formidable s6t8r de Gilles Aubry, on guette le moindre détail sonore comme si notre vision de l’instant en dépendait. Ponctués d’entrechocs captés dans le lointain d’un outre-monde, la notion de concentration acoustique prend un tour quasiment neurasthénique – imaginez, pour faire bref, un anti-Merzbow s’extasiant de la paix toute relative de la nuit après un orage ravageur. Basé autour de deux pièces de concert enregistrées en Suisse en avril 2009, Intervals réussit la gageure de présenter Chris Corsano à Machinefabriek en passant par le Kreuzberg de 1980, celui où Blixa Bargeld & co découpaient les contours de la musique industrielle. Tel un négatif aux antipodes de Berlin, la vision de la paire US invite son apparente imperturbabilité à la table de l’inquiétude – pour un défi relevé avec brio en dépit de son éprouvant caractère.

Un disque : Z’ev + Jason KahnIntervals (Monotype)

01/02/2011

RV Paintings – Samoa Highway

The Helen Scarsdale Agency, rv paintings, jon pyle, brian pyle, electronica, ambient, experimental, love on the bitsMembre fondateur des libérateurs psyché Starving Weirdos – c’est là son principal fait d’armes « people », Brian Pyle fait cause commune avec son frangin Jon au sein de RV Paintings. Nés en Californie, plus exactement dans le Humboldt County, soit très loin des lumières de San Francisco et Los Angeles, ils conjuguent les visions impressionnistes de leur terre natale à un psychédélisme cinématique ravageur – le résultat est très satisfaisant, voire par instants stupéfiant (tel l’inaugural Millions). Pendues sur le fil d’un drone qui relie un shoegaze abstrait aux réflexes pavloviens d’une sortie de route bruitiste, les déclinaisons de Samoa Highway (dont le titre fait référence au long pont reliant les deux communautés du comté) s’imprègnent des bruits familiers du lieu – l’aéroport du coin, par exemple. Alors que tout cela risquait de nous faire glisser vers le déjà entendu, d’autres ingrédients viennent, heureusement, ajouter une touche personnelle aux cinq morceaux. Entre un piano minimaliste à ma gauche et des effets organiques à ma droite (on songe notamment à Hildur Gudnadóttir), les instants fouillés développés par la fratrie américaine s’imposent par l’évidence de leur architecture, en dépit de (ou plutôt grâce à) la richesse flamboyante de ses oripeaux ambient, servis sur des souvenirs néo-classiques qu’on ne peut que vous recommander.

Un disque : RV PaintingsSamoa Highway (The Helen Scarsdale Agency)


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30/01/2011

Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch)

marcusschmickler-palaceofmarvels.jpgQuoi de mieux pour démarrer une année électronique qu’un disque de Marcus Schmickler – rappelez-vous, l’auteur du fondamental Altars Of Science paru en 2007 et dont les frétillements à la Florian Hecker n’ont eu de cesse de combler les trois années qui le séparent du présent Palace Of Marvels’. En dépit d’un titre qui n’évoque guère la modestie, l’ambition est à la hauteur des enjeux. Héritier spirituel du BBC Radiophonic Workshop et de la Kosmische, le morceau d’ouverture New Methodical Limits Of Ascencion envole dans la stratosphère des volutes où sensualité et expérimentation se caressent le bout du nez. C’est d’ailleurs tout le miracle des douze compositions de ce disque, aux multiples et volubiles trompe-l’oreille. Réinventant l’art de Roger Shepard, créateur de la gamme qui porte son nom où les sons donnent l’illusion de monter ou descendre indéfiniment, le musicien allemand sublime à chaque seconde l’envie de se projeter au-delà d’un cyberspace névrotique. Terriblement hypnotiques, certains titres finissent par rendre maboul, tant leurs tournoiements impriment un effet indélébile sur le cortex – on songe en particulier au troisième titre Risset Brain Hammer. En d’autres instants, un drone maléfique vire à l’incantation nihiliste, c’est toutefois sans compter sur la carrure post-ligetienne de Charm/Anticharm, réponse en tous points remarquables à l’œuvre pour orgue de Bach passée au crible de l’incroyable Acid In The Style Of David Tudor du déjà nommé Florian H. Arrivé trop tard pour figurer dans notre Top 10 de l’année écoulée, la bête aurait trouvé sans le moindre souci sa place sur le podium aux côtés de zeitkratzer/Whitehouse ou Lene Grenager.

 

Un CD/2 LP : Marcus Schmickler – Palace Of Marvels (queered pitch) (Editions Mego)

16/08/2010

Oneohtrix Point Never – Returnal

oneohtrix-point-never-returnal.jpgLa Kosmische Musik anno 2010, c’est du côté de Oneohtrix Point Never – alias Daniel Lopatin aus den USA. La suite sur le Grisli.

 

Un disque : Oneohtrix Point Never – Returnal (Editions Mego)

 


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06/07/2010

alva noto – For 2

alvanoto-for2Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

 

Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)


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03/07/2010

Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy

rdecaraketa-oldgirloldboyDuo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Métalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi. Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube, vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz. Disque du mois, M. Charlebois !

 

Un disque : Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy (Mosz)

04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)

01/06/2010

Denseland – Chunk

denseland-chunkEn avant pour un tour du côté du label viennois Mosz, en attendant le très troublant duo Rdeča Raketa – promis, juré! Développé autour d’un spoken word grave (au sens organique du terme), Chunk du trio austro-germano-américain Denseland s’inscrit – parfaitement, svp – dans les interstices qui sépare les albums 2 de Kapital Band 1 et The Ghost Sonata de Tuxedomoon – le tout conté par le timbre ricaneur de l’incomparable David Moss, à la fois ténébreux et impressionniste (think Tom Waits vs Ergo Phizmiz). D’une teneur électroacoustique qui laisse toute sa juste place aux musiques (semi)-improvisées, les dix propositions bénéficient du soutien dynamique, on pourrait écrire olfactif et poivré, de Hannes Strobl (basse, électronique) et Hanno Leichtmann (batterie, électronique).

Tendu autour d’un fil qui atteint un point d’équilibre au bord du miracle parfois (Monk, Low Velocity Zone) – hormis l’une ou l’autre tentation électro-pop expérimentale comique mais accessoire (Obsidian), les vraies folies de Denseland s’en laissent réellement compter quand, sous ses oripeaux électroniques (faussement) désorganisés, se rejoignent les mondes croisés de Felix Kubin et Yannis Kiriakides, quelque part sous un baobab africain. Qui l’eut cru, Lustucru ?

 

Un disque : Denseland Chunk (Mosz)

27/05/2010

Eleh – Location Momentum

Eleh_Location_Momentum_Mystère insoluble en dépit de onze sorties – toutes en vinyle – sur les labels Important et Taiga en moins de quatre années, le mystère Eleh inscrit depuis 1999 sa démarche en une exploration de synthétiseurs analogiques, plus précisément les oscillations à basse fréquence et les phénomènes de résonance acoustique. Terriblement impressionnants, tels des vertiges cosmiques nichés dans les trous noirs de la stratosphère, les drones de l’énigmatique artiste – quid de sa nationalité, de son identité ou de son sexe ? – vibrent au creux de nos pavillons tel un magma ralenti sur un faux plat volcanique.

Première œuvre elehienne à être proposée au format CD, Location Momentum trouve en la maison Touch le cadre naturel de son introspection, que d’aucuns – nous n’en faisons pas partie – jugeront dogmatique. Bourdonnantes, quelquefois enivrantes d’une beauté surnaturelle qui vénèrerait des cloches d’église passée à la moulinette de Phill Niblock (le morceau d’ouverture Heleneleh vers les 16’), ses sculptures sonores – plongées dans les tourments nuageux du bas du spectre – impriment au fil du temps un tapis obscur dont les fils finissent par nous embaumer. D’une longueur extrêmement variable – entre deux et vingt minutes, chaque track possède une particularité physique qui rend l’écoute de l’album tout sauf monotone – à l’instar de The Invisible City, dernier opus en date de BJ Nilsen. Ainsi, la troisième étape Circle One : Summer Transcience transvase en deux couches hyper-distinctes (et distinguées) un sifflement continu superposé à une sourde menace noiraude – en proie à des pulsations cardiaques accélérées jusqu’au bord de l’apoplexie. Etalée sur plus de dix minutes, l’expérience s’achève sur un faux calme oppressant, telle une vision post-apocalyptique en rouleau compresseur.

 

Un disque : Eleh Location Momentum (Touch)