06/02/2011

Slowcream – River Of Flesh

me raabenstein, slowcream, critique, nonine, neo classique, experimental, electronica, critiqueÉpoque propice à tous les mal-être du monde, la saison froide recommande, parait-il, de longues séances de luminothérapie, bercées d’une intense clameur infrarouge, enveloppée dans une douce musique lounge achetée au rayon balnéo du centre Yves Rocher du coin. Comment, qu’entends-je, on n’y trouve pas le nouveau Slowcream – il paraîtrait même qu’il est en rupture de stock dans les étagères ambiances dark plongées dans la brume humide ? Vérifions, voulez-vous – écoutons, c’est encore mieux, d’autant que le jeune homme, alias Martin Eugen (Me) Raabenstein, n’en guère à son coup de peinture noire initial.

Un coup d’œil sur les ingrédients nous renseigne une combinaison riche, voire surchargée, de samples, compositions et de free improv’ live, joués sur des lecteurs à cassettes et des platines vinyles. Vous avez dit Giuseppe Ielasi, petit coquin ? Dans le mille, mon ami, notamment sur le second titre Atrocity, réellement superbe (en dépit de son patronyme) et qui aurait fait merveilleuse figure sur le premier volet de la série Stunt du maître milanais – tout comme Hunting Song, aux accents GASsiens. Sans doute la pièce la plus musicale du lot, au sens "mélodique" du terme, ce deuxième épisode contraste fortement avec ses cinq acolytes, plongés dans des ténèbres dark ambient, une seule fois inutilement surchargés (Spiritual Training In Cataclysm), sinon agencés avec une spendide ingéniosité (Unspeakable Acts). Et si tout cela n’est forcément pas très drôle, voire carrément lugubre, on reste abasourdi – track initiale exceptée, devant la dextérité noctambule du musicien berlinois, promeneur virtuose dans les entrelacs impitoyables et mortifères de nos insomnies oniriques.

Un disque : SlowcreamRiver Of Flesh (Nonine)

14/11/2009

V/A – XVI Reflections On Classical Music

xvi_reflectionsŒuvre d’un immense passionné des musiques sous toutes leurs formes, le patron du label berlinois Nonine, Me Raabenstein, les seize réflexions présentées n’ont pour seul trait commun que la qualité, supérieure et la beauté, admirable. Rassemblées sans la moindre prétention musicologique ni stylistique, le terme classique recoupant aussi bien le néo-classicisme electronica de Takeo Toyama que l’ambient techno de GAS (le génialissime Zauberberg IV), l’ensemble des compositions est de plus haut niveau musical tout en demeurant très accessible.

Outre quelques personnages (re)connus, dont notre chouchou Sylvain Chauveau et son magnifique Il Fait Nuit Noire A Berlin, ainsi que l’incontournable Max Richter sur le très cinématique Arboretum, la compilation regroupe également des artistes moins fréquentés. Un exemple ? Direction plage treize quand le Californien Akira Rabelais nous gratifie d’un air vocal très mystérieux, où un chœur de la Renaissance se verrait projeté dans l’espace en 2050. Expérimental peut-être, réussi sûrement. D’autres noms, parmi nos favoris (Alva Noto & Ryuichi Sakamoto, Philip Glass, Gavin Bryars, Ryan Teague, Hauschka) viennent compléter ce panorama exemplaire, introduction rêvée aux musiques de notre temps.

 

Un disque : V/A XVI Reflections On Classical Music (Universal)


Daydream - Lawrence

1382 Wyclif Gen. II. 7 - Akira Rabelais

05/08/2009

Pepper And Bones – One

pepperandbones-oneLentement et en toute sérénité electronica, nous nous sommes habitués à la soyeuse élégance des productions de Me Raabenstein, sous ses diverses appellations, seul ou en collaboration(s). Adepte des liaisons inattendues, le Berlinois a déjà mis en scène le hip-hop face à son laptop (Sqaramouche), le classique à l’ére du numérique (Slowcream) ou le jazz vs l’électronique (Langer & Raabenstein).

Pour leur première version en tant que Pepper And Bones, Raabenstein et son comparse Ju Bartolomäus dévoilent un goût manifeste pour la folk music, qu’ils dissimulent à l’envi sous des airs souls aux relents – vous l’avez deviné – électroniques. Toujours très propres, on aimerait parfois plus de Sturm und Drang et moins de froideur, les compositions du boss de Nonine et de son complice Ju dénotent un savoir-faire absolument convaincant. Quand il se marie au spoken word de Bartholomäus – et son timbre à la Tom Waits – on est même carrément ravi, gros coups de basse en sus.

 

Un disque : Pepper And BonesOne (Nonine)


Holy O - Pepper And Bones

Jacqui - Pepper And Bones

07/10/2008

Taub – Bedtime Stories

taub-bedtimestoriesIl n’arrête plus, le gars Me Raabenstein, aus Berlin. Boss de la structure Nonine, co-auteur du très bon disque de Sqaramouche chroniqué en ces mêmes pages le mois dernier, il signe sous le nom de Taub, en collaboration avec l’Ecossais David Hillary, la seizième(!) sortie de son label, au rêve choisi avec beaucoup d’à-propos. Telle une longue rêverie passée dans les bars de Rutger Zuyderveldt – dites Machinefabriek pour faire civilisé – les onze titres de ces histoires de couche oscillent entre somnolence électronique et langueur acoustique, le tout parfois déposé sur quelques notes de piano électrique, dont le terriblement émouvant Wild Blue Yonder, à la croisée des chemins de Sylvain Chauveau et Julien Néto. Par moments plus abstraite, la musique se laisse également – et c’est heureux – aller à des gargouilles jazztronica échappées d’un flipper (Valid Bed’), laisse un dialogue de film français des années soixante (estimation à la louche) garnir de trouées lento entre musique western à la Ennio Morricone et jazz contemporain minimaliste (La Ronde At The Top), l’ensemble dévoilant une science des atmosphères réparatrices pas si fréquentes que ça.

 

En écoute sur le label

Un disque : TaubBedtime Stories (Nonine)

09/09/2008

Sqaramouche – First Raw

sqaramouche-firstrawLa musique du trio berlinois Sqaramouche est foisonnante dans ses inspirations planétaires. Quand elle ne revisite pas le Sao Paulo de Tom Ze au son de claviers vintage eighties aux tempi saccadés tout en se foutant allègrement des tics de Prodigy (Saucy Rhodenbarr, le très dancefloor White Insidious Milk), elle déglingue le New York d’Ursula Rucker de ses rythmes – faussement – décadents (Cincinatti Phoenix, featuring l’Anglais Colonel Red) et prend une tangente dub qui enterre définitivement le trip hop anglais (Give Some Get Some). Trois minutes d’un mortel ennui plus tard (ce sont bien les seules), c’est le rap du Bronx qui en prend plein la tronche en nous invitant à sucer le singe (Suck The Monkey) en dézinguant à toute berzingue un jazz Casio déjoué par Stevie Wonder. A d’autres instants, c’est la bossa qui passe à la râpe à fromage jazzy, la samba ne se reconnaît plus dans le miroir (Bare Chalet Row), entre mille fricassées désaxées du bulbe. Plus globalement, on se dit que Me Raabenstein (le patron du tout jeune label berlinois Nonine) et ses potes Core et Subsequent ont dû se prendre un sacré pied en la compagnie de tous les invités peuplant ce First Raw aussi irrévérencieux que réussi.

 

En écoute sur le label

Un disque : Sqaramouche First Raw (Nonine)