22/03/2011

Hot Club – Straight Outta Bagnolet

hotclub-straight.gifTotale bizarrerie où le free jazz percute le turntablism, le délirant Straight Outta Bagnolet du quatuor Hot Club est un des disques les plus improbables – et éthyliques – de ce début d’année. Œuvre de mecs frappés du bulbe, ils sont tout sauf manchots insipides, Alexandre Bellenger (platines), Jac Berrocal (voix, trompette), François Fuchs (contrebasse) et Dan Warburton (violon) ont sans doute pris un énorme pied à enregistrer leurs versions des chansons favorites de Berrocal – un plaisir que nous partageons à chaque écoute. Improvisant sans la moindre timidité ni gêne sur les chansons préférées du jazzman hexagonal, des vieux titres très chanson française des années cinquante (mais aussi Jeane Manson et son Fais-Moi Danser, massacré et c’est vraiment à se tordre de rire !), le quatuor franco-britannique laisse libre cours à ses instincts du moment. Captés, vous l’aurez deviné, quelque part en banlieue parisienne, d’où son titre rigolo, leurs instants décochent les mâchoires plus souvent qu’à notre tour. Allant jusqu’à revendiquer l’héritage d’une jeune Brigitte Fontaine qui interprèterait à sa grinçante façon la liturgie catholique, Berrocal s’en donne à cœur joie – même si le violon de Warburton est d’une justesse, disons, surprenante. On ne sait dans quelle mesure l’alcool a coulé à flots mais l’esprit y est.

Un LP : Hot ClubStraight Outta Bagnolet (Monotype)


podcast

06/02/2011

Z’ev + Jason Kahn – Intervals

ZevJasonKahn–Intervals.jpgVénéré en ces lieux pour la réédition de son chaos percussif As/if/When chez Sub Rosa, l’Américain Z’ev aka Stefan Joel Weisser n’a pas fini de nous surprendre, dans le bon sens toujours. Confrontant son univers à la fausse quiétude de Jason Kahn – dont nous avions particulièrement goûté les sonorités blanchâtres dans son Vanishing Point en 2009, Weisser incline ses déclinaisons bruyantes dans un calme qui vire entre angoisse et recueillement. Telle une lecture californienne – les deux protagonistes en sont originaires – du formidable s6t8r de Gilles Aubry, on guette le moindre détail sonore comme si notre vision de l’instant en dépendait. Ponctués d’entrechocs captés dans le lointain d’un outre-monde, la notion de concentration acoustique prend un tour quasiment neurasthénique – imaginez, pour faire bref, un anti-Merzbow s’extasiant de la paix toute relative de la nuit après un orage ravageur. Basé autour de deux pièces de concert enregistrées en Suisse en avril 2009, Intervals réussit la gageure de présenter Chris Corsano à Machinefabriek en passant par le Kreuzberg de 1980, celui où Blixa Bargeld & co découpaient les contours de la musique industrielle. Tel un négatif aux antipodes de Berlin, la vision de la paire US invite son apparente imperturbabilité à la table de l’inquiétude – pour un défi relevé avec brio en dépit de son éprouvant caractère.

Un disque : Z’ev + Jason KahnIntervals (Monotype)