19/02/2013

Thomas Köner – Novaya Zemlya

thoma köner,ambient,musique concrete,electronica,touchPoint d’ancrage de ma rubrique Love on the Bits dans RifRaf, le label Touch a tellement peu déçu ces dernières années (en vrac, Jana Winderen, Hildur Gudnadottir, Chris Watson) que je me jette sur ses productions les yeux fermés (mais les écoutilles grandes ouvertes). Déjà habitué au Grand Nord grâce à des étapes précédentes du label – on songe notamment à l’excellentissime Energy Field de Jana W. – on reprend la route de Septentrion en compagnie de Thomas Köner, cap sur l’archipel de Novaya Zemlya, quelque part dans l’Océan Arctique au nord de la Russie. Comment on pouvait s’y attendre, mais c’est un constat objectif et nullement une crainte, les atmosphères qui s’en dégagent nous plongent dans une sensation froide et désolée où la vie lutte contre toutes les formes d’abandon. Trois tracks durant, chacune d’une douzaine de minutes, on se plonge intensément dans un monde engourdi et, dans un sens premier, exotique, d’où émergent quelques rares échos assourdis, échappés d’un lointain campement dont les quelques habitants ne doivent s’extraire que par brefs instants épars. Fascinant et introspectif, à condition de ne pas oublier les peaux de phoque et les moufles triple épaisseur.

 

Un disque : Thomas KönerNovaya Zemlya (Touch)

29/03/2011

Lucian Maggiore & Francesco fuzz Brasini – Chasm Achanes

chasm260.jpgEmbarquement immédiat pour une étrange odyssée narrée sur une seule piste de 35 minutes. Elle démarre, c’est entendu, sur un bourdonnement étiré, telle une sirène de bateau adaptée par Phill Niblock à l’aide d’une multitude d’ingrédients. Imaginée par les Italiens Francesco "fuzz" Brasini et Luciano Maggiore, l’aventure peine cependant à gravir les échelons. Développées en des boucles de trente secondes chacune, les variations sur un même thème des artistes de Bologne amènent bien vite à se poser la question de l’opportunité de la démarche. En dépit d’interventions qui captent l’attention, elles incarnent un psychédélisme en mutation concrète qu’on aurait aimé plus présent dans le mix final, un rapide sentiment de lassitude s’installe, que ne comble pas totalement une conclusion digne pourtant du magnifique Oren Ambarchi.

 

Un disque : Lucian Maggiore & Francesco fuzz BrasiniChasm Achanes (Boring Machines)

21/12/2009

Broadcast & The Focus Group – Investigate Witch Cults Of The Radio Ages

broadcast_focus_group_investigate_witch_cults_largeProjet totalement vénéré par votre serviteur depuis ses débuts vers le milieu des nineties, Broadcast élargit le spectre de ses intentions sur ce mini-album. Aujourd’hui résidant de Hungerford, à mi-chemin entre Bristol et Londres, le duo Trish KeenanJames Cargill collabore pour la première fois avec The Focus Group aka Julian House, le fondateur du label Ghost Box.

Composé de vingt-trois titres pour cinquante minutes de musique, Investigate… s’inscrit pleinement dans la démarche très anglaise de Broadcast, tout en élargissant les horizons entre Vieux et Nouveau Monde. Traçant un lien aussi étonnant que subtil entre le Pink Floyd de Pipers At The Gates Of Dawn et le White Noise de Delia Derbyshire, les titres chantés – ils ne le sont pas tous – sont d’une beauté onirique absolument irréelle, à commencer par un The Be Colony d’anthologie. Parfois, l’évocation de la campagne anglaise trace son chemin au sein d’un pastoralisme électronique bluffant (I See, So I See So) tandis qu’en d’autres instants surprenants, l’ombre de la musique de… Henry Purcell rencontre la musique concrète de Pierre Schaeffer (qui n’était pourtant pas anglais), quand ce n’est un souvenir de jazz bebop affrontant une electronica micro-tonale. Très varié, parfois un peu incohérent tant les idées se bousculent, le treillis élaboré par les trois artistes inspire une luxuriance humaine où la notion de rétro-futurisme prend encore davantage de sens.

 

Un disque : Broadcast & The Focus Group Investigate Witch Cults Of The Radio Ages (Warp)

26/05/2009

Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis – Sur Fond Blanc

bernierpoulindenis-surfondblancCollaborateurs depuis 2006, membres du collectif Ekumen éditeur du présent objet, les compositeurs électro-acoustiques Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis en sont à leur second coup d’essai, deux années après le remarqué Etudes No 3 Pour Cordes Et Poulies, déjà sur le même label québécois. Pour ne rien changer de leurs bonnes habitudes, il s’agit également d’une collaboration avec la compagnie de danse O Vertigo, plus précisément pour le spectacle La Chambre Blanche.

Nettement moins radicale et, osons le mot, dérangeante que les travaux de KTL pour Gisèle Vienne, la vision des deux Canadiens n’en est pas moins parfaitement captivante. A l’image des dialogues cinématiques de Olo, ponctuation sensuelle sur fond de paysages sonores d’une magnifique clarté magnétisante, l’univers en pâles – mais pas pâlottes – déclinaisons de Bernier et Poulin-Denis révisent les classiques de la musique ambient, tout en s’en détachant. Entre onirisme pudique et bruitisme familier (des pas de danseurs, notamment sur Air, Sur Fond Blanc transcende par son simple impact auditif l’habillage sonore qu’il est censé incarner sur la scène chorégraphique. A ce niveau d’altitude, une rencontre impromptue entre musique concrète, soundscapes et électro-acoustique qui n’a pas beaucoup de rivales et se satisfait complètement à elle-même. Qui aurait pensé que l’espace intérieur, le vide et l’absence (les trois thèmes du projet) pouvaient avoir autant de contenu ?

 

Un disque : Nicolas Bernier et Jacques Poulin-Denis – Sur Fond Blanc (Ekumen)


Olo - Nicolas Bernier & Jacques Poulin-Denis

Emm - Nicolas Bernier & Jacques Poulin-Denis

27/03/2009

Strotter Inst. – Minenhund

strotterinst-minenhundAlias du musicien Suisse Christoph Hess (Sum Of R, Herpes Ö DeLuxe), Strotter Inst. héberge sous sa mystérieuse dénomination un véritable as du turntablism, qu’on adorerait observer dans une soirée dédiée à ce genre tellement étonnant. Aux côtés des Giuseppe Ielasi et Philip Jeck, la présence du citoyen helvète sur son compatriote de label Hinterzimmer (en coprod avec la maison de Baltimore Public Guilt) affirme un talent qui ne concède rien au génie de ses deux collègues italo-britannique. La quincaillerie sonore créée par Hess est tout simplement formidable. Au départ de vieilles platines Lenco modifiées, il tourne des disques dont le son est manipulé pour créer des effets de pulsation – et non de rythmes – absolument redoutables de précision martiale et d’envoûtement hypnotique.

Synthèse aussi étonnante que prenante des premiers travaux répétitifs de Steve Reich et de l’indus vue par Throbbing Gristle, sans oublier l’ambient de William Basinski passée à la moulinette des élastiques et fils électriques qui en créent le tempo, les quatorze titres anonymes de Minenhund (chien de la mine) entraînent leur auditeur dans un enchaînement infernal entre monstre sidérurgique et monstre noir assoupi au fond d’un cratère atomique. Loin de simplement raconter le savoir-faire évident d’un maître de l’expérimentation dont on rêve d’admirer le bricolage en concert (à l’image du fondamental Pierre Bastien au dernier festival Happy New Years) et dont l'écoute au casque rend fou, l’œuvre de Hess confirme en toute hypothèse qu’il n’est pas le collaborateur des excellents Sudden Infant et Maja Ratkje pour rien. Disque de l’année ?

 

Un disque : Strotter Inst. Minenhund (Hinterzimmer / Public Guilt)


# 5 - Strotter Inst.

# 11 - Strotter Inst.

21/03/2009

Francisco López & Lawrence English – HB

franciscolopezlawrenceenglish-hbUn nom – celui du très présent Australien Lawrence English – saute à nos yeux de la pochette de HB, en communication directe avec des oreilles qui venaient de se gaver de son imparable Kiri No Oto paru chez Touch – le très grand label frère de Baskaru. Associé au vétéran de la musique concrète Francisco López, vingt années de soundscapes édités sur une centaine(!) de labels différents, le patron du label Room40 (dont l’admirable travail en compagnie de John Chantler pour la toujours délicieuse Tujiko Noriko est chroniqué en ces mêmes pages) propose deux titres sur ce qui est davantage un split album, tandis que l’homme de Madrid nous présente, lui aussi, deux de ses travaux. Non-intitulé Untitled #175, le premier morceau de López repose sur des field recordings d’oiseaux enregistrés en 2001 au Costa Rica. Manipulés telle de la dentelle par des vibrations electronica d’une très grande délicatesse, le contraste entre un monde de couleurs aviaires qu’on imagine luxuriantes et le traitement numérisé d’une bête immonde tapie dans les sous-bois est complètement prenant dans sa personnalisation suprême. Placé en quatrième et ultime position, l’autre œuvre de l’électronicien espagnol Untitled #204 surgit entre craquelures forestières et orage lointain, avant qu’un ruisseau aux allures de laptop ne dévoile la fluidité de son cours au travers de sous-bois loin des sentiers battus. Intercalées entre ces deux propositions alléchantes, les deux œuvres de Lawrence English relèvent le défi lancé par López, brillamment et bruyamment. Telle une averse tropicale d’où surgirait des batailles de sabres électroniques, Pattern Review By Motion déclenche un déluge noise infernal, dont la surprenante seconde partie rejoint le paradis ailé décrit par López sur Untitled #175. L’autre proposition d’English Wire Fence Upon Opening campe sur une menace d’orage en sourdine, une compagnie de volatiles nous en garde heureusement bien, éloignant par ses chants les démons infidèles qui osent encore prétendre que toutes les musiques électroniques se ressemblent. Dieu que cette histoire finit bien…

 

A suivre...

 

Un disque : Francisco López & Lawrence English HB (Baskaru)


Untitled #157 - Francisco Lopez

Wire Fence Upon Opening - Lawrence English

11/12/2008

Nine Rain, alias Tuxedomoon (ou presque)

nine_rain-viMine de rien, ça fait déjà un sacré bail (1993) que Steven Brown, trente ans de présence aux micro, claviers et saxophone de Tuxedomoon, réside dans le Oaxaca mexicain, où il combine activités musicales au sein du collectif Nine Rain et profession de foi agricole. Peu connu en Europe, même auprès des fans de la lune en smoking, le projet en est pourtant à sa sixième levée, elle est sans conteste la plus proche du mythique groupe belgo-américain, son jazz cold wave trouvant un écho particulièrement zélé dans l’électronique sans reproches de Nicolas / Nikolaus Klau, Mr Hyde d’un Dr Jekill captivant au pays de Murcof comme il le fut en voisin de Marc Hollander.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Nine RainVI (Independent Recordings)

04/12/2008

Squarepusher – Just A Souvenir

squarepusher-justasouvenirMine de rien, l’histoire de Squarepusher remonte déjà à 1996 – putain, douze ans – au cours desquels il s’est fait un nom très remarqué dans le grand monde de l’IDM, d’abord sur Rephlex pour son opus originel, sur Warp ensuite. Toujours actif sur la structure d’Autechre et Prefuse 73, Thomas Jenkinson en est aujourd’hui à la onzième étape solo d’un parcours qu’il mène avec brio, ne se contentant pas de compiler les beats dansants mais proposant une vraie recherche musicale aux confins du jazz et de la musique concrète. Une fois de plus, mais pas une fois de trop, le producteur britannique varie les styles et les effets, passant d’une électro pop presque glitch (Star Time 2) à un jazztronica dance qui fout une énorme claque stylistique aux spécialistes du buzz très con Justice (The Coathanger). Empreinte d’un humour space pop qui présente un Venetian Snares batteur de notes bleues en sourdine aux Daft Punk (l’étonnant A Real Woman), Jenkinson incorpore en toute humilité l’héritage dynamique de son ami Aphex Twin, tout en incorporant des titres plus abstraits qu’un Pierre Bastien devenu guitariste ne renierait pas. L’occasion nous rappelle également que Squarepusher est un formidable musicien, doté d’un sens aigu des musiques improvisées (Potential Govaner ou comment Thomas Dutronc est un jazzman imposteur) et amplifiées (Planet Gear, un brin trop confus, toutefois, trop d’idées tuant les idées). Pas toujours d’accès aisé, certes, Just A Souvenir apportera toutefois un florilège de sensations fortes, entre émotions secouées et recherches du second degré, dont peu de noms connus osent se faire le commanditaire.

 

En écoute sur le site de l’artiste

Un disque : SquarepusherJust A Souvenir (Warp)

31/05/2008

Lukas Simonis & Takayuki Kawabata – NEWS

simoniskawabata-newsA l’écoute de NEWS, collaboration du compositeur néerlandais Lukas Simonis et du poète Takayuki Kawabata, ce sont des fantasmes musicaux de musique concrète européenne – Pierre Bastien, pour ne pas le citer, d’electronica nipponne – Tujiko Noriko, par exemple, et bien sûr de Luciano Berio qui surgissent à l’horizon. Sans oublier la violoncelliste Kumi Kondo, à l’origine des pièces pour violoncelle et voix, destinées à l’origine pour son examen au Conservatoire de Rotterdam en 2004 et présentes sur un disque absolument unique en son genre.

 

Le regard de Jean-Claude Gevrey sur Octopus

En écoute sur CD Baby

Un mp3 : Lukas Simonis & Takayuki Kawabata – News

Un disque : Lukas Simonis & Takayuki Kawabata NEWS (Z6 Records)

28/02/2008

Lionel Marchetti, Seijiro Murayama et l'éternité

Lionel Marchetti & Seijiro Murayama - Hatali AtseliCompositeur autodidacte – très – remarqué de la nouvelle musique concrète, celle qui, de Pierre Schaeffer à François Bayle, a fait décoller des générations de mélomanes curieux, le Français Lionel Marchetti (né en 1967) fait partie de cette trop rare catégorie de musiciens ouverts à tous les vents de la composition. Cette fois associé au percussionniste japonais Seijiro Murayama, ici dans le rôle de chaman, le musicien improvisateur hexagonal propose sur le passionnant label Intransitive un de ses disques les plus excitants. Jugez-en plutôt par ces deux extraits.

 

En disque de la semaine sur Octopus

Un disque : Lionel Marchetti & Seijiro Murayama – Hatali Atsalei (L'Echange des Yeux) (Intransitive Recordings)