24/03/2011

Stuart Sweeney – 16:9

Stuart SweeneyEntre échos surprenants et lignes venteuses, 16:9 du Britannique Stuart Sweeney est à découvrir sur le Grisli.

 

Un disque : Stuart Sweeney16:9 (Oomff)

06/02/2011

Slowcream – River Of Flesh

me raabenstein, slowcream, critique, nonine, neo classique, experimental, electronica, critiqueÉpoque propice à tous les mal-être du monde, la saison froide recommande, parait-il, de longues séances de luminothérapie, bercées d’une intense clameur infrarouge, enveloppée dans une douce musique lounge achetée au rayon balnéo du centre Yves Rocher du coin. Comment, qu’entends-je, on n’y trouve pas le nouveau Slowcream – il paraîtrait même qu’il est en rupture de stock dans les étagères ambiances dark plongées dans la brume humide ? Vérifions, voulez-vous – écoutons, c’est encore mieux, d’autant que le jeune homme, alias Martin Eugen (Me) Raabenstein, n’en guère à son coup de peinture noire initial.

Un coup d’œil sur les ingrédients nous renseigne une combinaison riche, voire surchargée, de samples, compositions et de free improv’ live, joués sur des lecteurs à cassettes et des platines vinyles. Vous avez dit Giuseppe Ielasi, petit coquin ? Dans le mille, mon ami, notamment sur le second titre Atrocity, réellement superbe (en dépit de son patronyme) et qui aurait fait merveilleuse figure sur le premier volet de la série Stunt du maître milanais – tout comme Hunting Song, aux accents GASsiens. Sans doute la pièce la plus musicale du lot, au sens "mélodique" du terme, ce deuxième épisode contraste fortement avec ses cinq acolytes, plongés dans des ténèbres dark ambient, une seule fois inutilement surchargés (Spiritual Training In Cataclysm), sinon agencés avec une spendide ingéniosité (Unspeakable Acts). Et si tout cela n’est forcément pas très drôle, voire carrément lugubre, on reste abasourdi – track initiale exceptée, devant la dextérité noctambule du musicien berlinois, promeneur virtuose dans les entrelacs impitoyables et mortifères de nos insomnies oniriques.

Un disque : SlowcreamRiver Of Flesh (Nonine)

03/02/2011

Philippe Petit & friends – A Scent Of Garambrosia

philippepetitfriends.jpgEntouré d’une ribambelle de compagnons de haut vol, Philippe Petit laisse tout le champ libre à ses partenaires d’un morceau (ou plus) sur A Scent Of Garambrosia. Qu’il s’agisse de l’harpe électrique de Raphaëlle Rinaudo (qui défie carrément la grande Zeena Parkins, ô compliment) sur When A Seahorse Meets A Seafish… ou que les violons de James Johnston remplissent un espace constellé qui n’est pas sans évoquer le récent Off To Titan, les atmosphères dévoilent – au casque, svp – leurs intimes secrets au fil des écoutes. Visant même un hyper-monde partant en vrille sous la trompette d’Andy Diagram (oui, celui de Pale Fountains, The Spaceheads et James), l’œuvre éteint ses tentacules vivaces entre maintes sonorités originales dans leur familiarité dissolue.

A l’instar du morceau-titre (et phare) du disque, où Maria Grigoryeva, Helena ‘Espers’ Espvall, Hervé Vincenti et Alexander Bruck exploreraient un étonnant – et fameux – rapprochement entre Andy Moor et Lene Grenager quelque part sur le label Tzadik, les ambiances nocturnes convergent à l’unisson, tantôt dans une lenteur assumée (Night Elves Jukebox), tantôt dans un déferlement craquelant où le violoncelle de Bela Emerson rejoindrait Svarte Greiner (The Moon Woman). Et tel un diable au corps maculant ses victimes d’un noir désir d’envoûtement céleste, l’ultime descente anoblit les mystères acides de ses pensées obliques.

Un disque : Philippe Petit & friendsA Scent Of Garambrosia (Aagoo Records)

20/01/2011

Francesco Tristano – Idiosynkrasia

francesco_tristano-idiosynkrasia.jpg

Personnage surdoué – et pas uniquement à ses heures perdues – Francesco Tristano appartient à cette caste de musiciens à qui tout réussit et que l’on voudrait détester sans jamais y parvenir. Il a pourtant bien des raisons de susciter la jalousie, le pianiste et compositeur luxembourgeois établi à Berlin – sans compter qu’en prime, il est plutôt du genre beau gosse. Diplômé de la très prestigieuse Juilliard School, interprète reconnu de Prokofiev, Ravel ou Debussy, collaborateur de Carl Craig, Moritz von Oswald ou Murcof – mais si, voyons – Tristano n’est heureusement pas du genre premier de la classe à réciter les mêmes gammes par cœur une carrière durant. Adepte d’une réunion où la musique savante affronte le jazz et les musiques électroniques de maîtresse manière – il suffit de consulter les noms que nous venons de citer pour s’en rendre compte – notre homme évolue avec une époustouflante aisance entre Hauschka, Max Richter et Wolfgang Voigt. Prenons le morceau d’ouverture Mambo. Ponctuées de beats martiaux qui s’immiscent entre les noires et les blanches de l’époustouflante façon du patron de Kompakt sur son récent (et remarquable) Freiland Klaviermusik, les six minutes trente de la pièce ouvrent idéalement l’objet de nos désirs. S’ensuivent des passages davantage lyriques, où le jazz prend un rôle dominant, mais aussi des épisodes (très) sautillants où le plaisir des enchevêtrements s’invite à la table des secoueurs de têtes. Définitivement conquis, nous l’accompagnons, libérés et heureux, dans ses contemporaines divagations.

 

Un disque : Francesco TristanoIdiosynkrasia (InFiné)
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11/10/2010

Max Richter – Infra

maxrichter-infra.jpgOn a beau le répéter, le parcours de Max Richter ressemble à un sans-faute. Soulmate de tous les Sylvain Chauveau et Hauschka de notre planète, le compositeur britannique d’origine allemande n’a guère son pareil pour affranchir les bornes néo-classiques de ses trouvailles electronica, tel que le prouve encore la surprenante introduction de ce nouvel Infra. Toujours à son apogée dans la construction d’atmosphères mélancoliques d’une immense beauté plastique, le Germano-Ecossais offre ici au ballet éponyme du chorégraphe Wayne McGregor un décor magnifique sans jamais verser dans un esthétisme planplan. Songeant parfois à l’inquiétude sublimée de Fog Dance, My Moth Kingdom de Worrytrain ou aux trouvailles aquatiques du Luminarium de Tape, Infra marque encore davantage l’impact de Max Richter, artisan des temps modernes entre tradition et renouvellement.

 

Un disque : Max Richter – Infra (Fat Cat)


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04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)

04/03/2010

Lene Grenager – Affinis Suite

LeneGrenager–AffinisSuiteAutre compositeur (il faudrait écrire compositrice dans son cas) en vue du pays des fjords, Lene Grenager (née en 1969) collabore depuis plus de dix ans avec l’Affinis Ensemble, à qui elle dédie cette Affinis Suite. A la lisière des musiques classiques et du jazz, la manière de Grenager s’inscrit dans les interstices dynamiques de ses géniaux compatriotes du Quatuor Lemur. Bien qu’il soit difficile de faire la part des choses entre la part écrite et les éléments improvisés des six mouvements, Affinis Suite séduit au-delà de toute tentative de chapellisation abusive. Epris du magnifique hautboïste Heinz Holliger, un des maîtres de l’instrument au siècle dernier, Duped for solo oboe étend son aura au-delà des œuvres remarquables d’un Luciano Berio. D’un esprit frondeur et espiègle, la musique de Lene Grenager évite – et c’est évidemment plus que bienvenu – l’écueil du dessèchement théorique. Emprunts d’une liberté totale de ton qui n’est pas sans rappeler un certain Steve Reich parachuté sur Rune Grammofon (Redolence for piano and marimba), certains aspects de son travail sonore impliquent un abandon total dans un hédonisme absolu qu’on n’attendait guère dans un secteur d’activités en telle marge des courants dominants.

 

Un disque : Lene Grenager – Affinis Suite (+3dB)

12/02/2010

R. S. Gjertsen – Grains

RSGjertsen-GrainsLa démarche du jeune compositeur Ruben Sverre Gjertsen – il est né en 1977 – s’inscrit dans une sphère contemporaine uniquement acoustique. Composé de cinq œuvres à l’aspect diversifié, Grains démontre l’étendue de la palette instrumentale des travaux du musicien norvégien. Musique de l’accident défragmenté, confrontation dynamique des transferts secrets entre contemporanéité désarçonnée et musique de chambre post-Giacinto Scelsi, la vision défendue par Gjersten déplace les repères mélodiques sous la tourmente moderne d’une vivifiante atonalité. Joué par trois solistes du prestigieux Ensemble Intercontemporain, Contradiction for violin, bass clarinet and horn constitue un merveilleux exemple de transparence dynamique. Tour à tour, les instruments se répandent en sarcasmes isolés, avant de laisser place à un discours amoureux tourmenté, qui héberge en son propre sein une violence contenue, au bord de l’implosion rythmique. La pièce pour violoncelle seul Fluente for cello, admirablement jouée par Friedrich Gauwerky), offre, elle, une porte d’entrée idéale, contrairement aux grincements abyssaux de Duo for viola and contrabass, d’une radicalité effrayante. Bien plus écoutable, la composition pour orchestre tReMbLiNg for 14 musicians évoque une collaboration entre Keiji Haino et l’ensemble berlinois zeitkratzer, tel qu’un Pierre Boulez en chef d’orchestre l’imaginerait revue et corrigée (et on adore). Ultime œuvre présentée, Grains for percussion, viola and harp n’est pas sans rappeler certains traits de génie d’Edgar Varèse, plus d’un demi-siècle après. Certes moins novatrice que ne le furent les compositions du Franco-américain en leur temps, la pièce inscrit ses gènes dans un continuum d’une affolante précision, où chaque note tombe à un instant tellement incontournable qu’on ne finit plus d’y revenir.

 

Un disque : R. S. Gjertsen – Grains (+3dB)

27/11/2009

Leyland Kirby – Sadly The Future Is No Longer What It Was

leylandkirby-sadlythefutureVéritable identité du mystérieux The Caretaker (alias V/Vm), auteur des remarquables A Stairway To The Stars et Persistent Repetition Of Phrases, Leyland Kirby quitte – enfin – la coquille de l’anonymat volontaire. Comparé au meilleur des musiques ambient, celles d’un William Basinski (quand il ne s’emmêle pas les bandes) et de Janek Schaefer, le musicien britannique installé à Berlin explore, toujours un peu plus loin, une veine néo-classique automnale. Pleinement mélancolique, et c’est peu dire, elle est déclinée en trois doubles vinyls vendus séparément en 450 exemplaires seulement (ou en un coffret de 3 CD), telles des armes absolues contre les frimas automnaux à venir.

 

Installé à Berlin dans le formidable quartier de Friedrichshain, là où les clubs les plus fameux (Berghain, Maria am Ostbahnhof) côtoient les vitrines architecturales du néo-classicisme socialiste (Frankfurter Tor, Karl-Marx Allee), Kirby nous invite à prendre le temps de la déambulation ralentie. Narrée en vingt titres d’une splendide beauté formelle, ne vous étonnez pas de voir des larmes garnir vos joues, l’histoire peut se conter en de multiples tableaux pluvieux et solitaires. Les privilégiés d’entre nous qui ont l’immense chance d’avoir un jour parcouru les rues depuis l’Oberbaumbrücke jusqu’au Volkspark Friedrichshain, un soir frisquet, savent de quoi il en retourne.

 

Avant d’aborder la musique de Kirby, prenez le sentier de Google, bifurcation Youtube. Un click de souris plus loin, vous vous plongez dans une vidéo en noir et blanc, elle est volontairement floue et humide. Tremblotant d’émotion, pris d’une subite envie de gagner les bords de la Spree, elle vous  emmène en promenade dans des rues du quartier habité par le compositeur. Au travers des gouttes et des tremblements, nous passons outre les cocktail-bars embourgeoisés de la Simon-Dach-Strasse. Traversant une histoire mouvementée, nous débouchons au pied des prestigieux – et socialistes – palais des travailleurs de la Frankfurter Allee, vitrines d’une époque heureusement révolue où le tovarich Joseph Staline imposait sa loi martiale et inhumaine à tout un demi-continent. Pris dans un flot ininterrompu de sentiments forts, nous pensons au présent, marqué au fer rouge des expériences du passé.

Construits à des rythmes de forçats proprement insoutenables (ils ont débouché sur la révolte des ouvriers écrasée dans le sang le 17 juin 1953), les – oui, très – beaux immeubles en style confiserie de l’avenue voient défiler le passant pressé, abrité de la pluie et du vent sous sa cape. C’était en 1989, un nouvel espoir tourné vers l’ouest s’offrait à lui, il avait pour nom liberté (et capitalisme, aussi).

Déjà, l’enthousiasme n’était pas partagé par tous. Irréductibles anti-conformistes, les squatteurs chassés de Kreuzberg avaient investi les lieux, occupant tout un côté de la tellement délabrée Mainzer Strasse. Partisans d’une utopie fraternelle où la vie en communauté s’affranchirait des règles bourgeoises de la propriété privée, ils rêvaient d’une autre existence, elle avait également de fortes odeurs d’opiacées qui rendent heureux. C’était au début 1990, les Trabant décoraient encore les rues de Berlin-Est de leur silhouette caractéristique, en attendant la prise de pouvoir des Golf et BMW. Quelques mois plus tard, le rêve était terminé. Lâchés par les sociaux-démocrates, les quelque 500 occupants – oh, pas que des enfants de chœur – sont expulsés manu militari par plus de 4000 policiers (oui, quatre mille). Bienvenue en Occident, History Always Favours The Winners.

 

A l’heure des souvenirs officiels célébrant le culte de la fin de la guerre froide et des régimes communistes bloqués dans leur préhistoire idéologique, les vingt ans de la chute du Mur de Berlin sont aussi, peut-être surtout, l’occasion de faire le point sur la somme des espoirs exprimés et des déceptions engrangées. Certes, regretter le temps des missiles soviétiques braqués sur nos pays serait de particulièrement mauvais aloi, mais qu’avons-nous réellement gagné au change ?

Pour rester dans la capitale allemande, des zones entières de totale liberté artistique et/ou philosophique laissent peu à peu la place à des projets de luxe pour jeunes couples aisés en manque de lofts top cools (accent de Prenzlauer Berg en option).

Heureusement, ça et là subsistent des îlots de contestation. Quelques-uns demeurent implantés et vivaces (l’immense Cassiopeia, Revaler Strasse à Friedrichshain est un Recyclart au centuple), d’autres très sérieusement en péril (le club reggae Yaam en bord de Spree doit bientôt dégager pour faire place à des projets plus rentables, lisez contributeurs d’impôts). D’autres, volontairement ou non, ont basculé du côté obscur de la force en se transformant en attraction pour touristes venus chercher la coolitude berlinoise (le Tacheles, Oranienburger Strasse à Mitte). Et que dire de la reconstruction annoncée du château des Hohenzollern (Berliner Stadtschloss), l’ex-résidence impériale à deux pas de l’Alexanderplatz, démoli dans les années qui ont suivi la guerre. Remplacé vingt ans plus tard par le Palais de la République est-allemande, avant que les pelleteuses n’aient raison de ce dernier l’an dernier, sa future présence témoigne d’une volonté de mettre en creux un pan de l’histoire sans doute pas assez rentable.

Témoignage, un de plus, d’un abandon des rêves en un matérialisme marchand, le retour de ce symbole de l’absolutisme bourgeois risque, si l’on n’y prend garde, de transformer les villes – et nos vies tout entières – en une funeste parodie consumériste plus proche de Disneyland que de Käthe Kollwitz, la géniale sculptrice dont les œuvres forment le décor de plus d’un lieu berlinois. Ces utopies passées enfouies dans un futur devenu présent, Leyland Kirby les met en musique, superbement dosée et, osons le terme, libertairement émotionnelle. Les fans des GAS, Murcof et autres Harold Budd savent ce qu’il leur reste à faire.

 

Un coffret / Trois doubles vinyls : Leyland Kirby – When We Parted My Heart Wanted To Die / Sadly The Future Is No Longer What It Was / Memories Live Longer Than Dreams (History Always Favours The Winners)

14/11/2009

V/A – XVI Reflections On Classical Music

xvi_reflectionsŒuvre d’un immense passionné des musiques sous toutes leurs formes, le patron du label berlinois Nonine, Me Raabenstein, les seize réflexions présentées n’ont pour seul trait commun que la qualité, supérieure et la beauté, admirable. Rassemblées sans la moindre prétention musicologique ni stylistique, le terme classique recoupant aussi bien le néo-classicisme electronica de Takeo Toyama que l’ambient techno de GAS (le génialissime Zauberberg IV), l’ensemble des compositions est de plus haut niveau musical tout en demeurant très accessible.

Outre quelques personnages (re)connus, dont notre chouchou Sylvain Chauveau et son magnifique Il Fait Nuit Noire A Berlin, ainsi que l’incontournable Max Richter sur le très cinématique Arboretum, la compilation regroupe également des artistes moins fréquentés. Un exemple ? Direction plage treize quand le Californien Akira Rabelais nous gratifie d’un air vocal très mystérieux, où un chœur de la Renaissance se verrait projeté dans l’espace en 2050. Expérimental peut-être, réussi sûrement. D’autres noms, parmi nos favoris (Alva Noto & Ryuichi Sakamoto, Philip Glass, Gavin Bryars, Ryan Teague, Hauschka) viennent compléter ce panorama exemplaire, introduction rêvée aux musiques de notre temps.

 

Un disque : V/A XVI Reflections On Classical Music (Universal)


Daydream - Lawrence

1382 Wyclif Gen. II. 7 - Akira Rabelais