17/11/2010

Squares On Both Sides – Salt Meadows

SQ_SM_Cover_150.jpgHomme connu pour la retenue mélodique de son œuvre folk aux structures réductionnistes, Daniel Bürkner aka Squares On Both Sides enrichit quelque peu son propos dans ses habits de 2010. Intégrant, outre son habituelle guitare acoustique, des instruments à la présence discrète bien qu’affirmée (un piano, un ukulélé, un mélodica mais, aussi et surtout, de l’electronica), le Munichois joue au Légo dans son univers, décorant subrepticement la mélancolie jamais simpliste de son propos de touches de couleurs pêchées au début de l’automne. Envisageant la nature dans un processus infini où Marcus Fjellström poserait la nappe à carreaux sur la terrasse de Sylvain Chauveau, plus précisément au son du Singular Forms (Sometimes Repeated) du musicien français, Bürkner invite à la méditation personnelle. Toutefois, à la différence notable de Chauveau sur son dernier album, la vision de SOBS est davantage empreinte de chaleur, fût-elle légèrement triste (sans être tourmentée). Et sans jamais nous serrer le cœur, la musique de Salt Meadows nous invite, lentement mais sûrement, à la table de notre hôte, tel un vieil ami qu’on aimerait mieux connaître s’il ouvrait tout grand le champ/chant de ses nouvelles perspectives.

 

Un disque : Squares On Both Sides – Salt Meadows (Own Records)

22/04/2010

Chihei Hatakeyama – Ghostly Garden

chiheihatakeyama-ghostlygardenElectronicien japonais dont nous avons déjà apprécié la subtilité des tons clairs sur l’excellent Hau du duo Opitope qu’il forme avec Date Tomoyoshi – mais aussi en solo sur Kranky, Chihei Hatakeyama nous revient en solo sur la maison luxembourgeoise Own Records, pourtant davantage orientée vers une certaine indie pop americana – à l’instar de l’excellent Gathered Tones des Trouble Books, sur lequel nous reviendrons prochaînement. Très sereine et entre deux eaux calmes, l’approche métaphysique du producteur nippon intègre une série d’éléments premiers pour mieux les malaxer et les rendre méconnaissables. Véritable maître de la déconstruction sonore passée au crible d’une galaxie limpide où trônent les œuvres de Lawrence English, Christopher Bissonnette et DJ Olive, Hatakeyama déploie ses drones filandreux au sein d’une soierie émergeant d’un filet de brume rafraichissant. Finalement très en phase avec lui-même, il nous propose sans doute le plus accessible de ses travaux et vous auriez bien tort de ne pas vous noyer dans les profondeurs de sa non-métamorphose.

 

Un disque : Chihei Hatakeyama Ghostly Garden (Own Records)

01/08/2009

Talons – Songs For Babes

talons-songsforbabesFace à la mer et aux cris de ses mouettes, Mike Tolan – homme aux Talons multiples – promenait un fin doigté, précieux tel le bruit des vagues, il annonçait une sensibilité folk, aride et magnifique. Tel un Will Oldham – ou un Nick Drake du pays désolé d’Akron, Ohio – il déposait au creux de nos tympans usés par tant d’inutilités bruyantes des comptines en pointillés de grâce tranquille, leurs subtilités n’avaient pas terminé de nous émouvoir. Soutenu tout en discrétion par de modestes complices aperçus en d’autres lieux, tels Keith Freund et Linda Lejsovka des Trouble Books, il faisait sienne la noirceur subite de notre époque récessive, évitant toute guimauve péremptoire, contemplant sans pleurnicher les dégâts d’un bouleversement économique sans précédents. L’histoire aurait pu mettre les freins, se muer en une auto-complaisance salace, elle avait eu l’extrême bon goût de nous prendre par la main, guitare acoustique en étendard, field recordings dissimulés et arrangements délicats entièrement portés au service d’une narration lyrique qui nous faisait croire en un avenir certainement meilleur. Ca s’appelle la modestie du grand art et c’est magique.

 

Un disque : Talons Songs For Babes (Own Records)


Cole - Talons

02/07/2009

Trouble Books – The United Colors Of

TroubleBooks-TheUnitedColorsOfProbables uniques représentants de la scène d’Akron, Ohio, le combo Trouble Books s’est fait remarquer par une floppée de CD-R et de cassettes enregistrées sur un huit-pistes vintage antédiluvien, avant de se retrouver sur le label Own Records. A l’écoute de sa dream pop ambient, le trio américain et sa dizaine de voisins et potes ne doit pas être ressorti totalement éveillé de ses séances d’enregistrement, tant la discrétion vaporeuse de ses atmosphères oscille entre rêve éveillé et renoncement utopiste. Les tempi se veulent étalés sur des nuages effilés, les voix empruntent des chemins de traverse fondamentalement indie, ils sont carrément superbes sur le second titre Strelka, chanté en solo et charme par Linda Lejsovska. Tout cela participant d’un minimalisme épuré qui n’exclut guère des arrangements où la subtilité des distorsions n’ignore pas le sens du mot beauté (Night Of The Pelican Street Sweeper), bien que la propension de Keith Freund & co à juguler les intensités puisse aussi lasser. La proposition est à prendre ou à laisser.

 

Un disque : Trouble Books – The United Colors Of Trouble Books (Own Records)


Strelka - Trouble Books

Night of the Pelican Street Sweeper - Trouble Books

29/03/2009

Squares On Both Sides – Indication

squaresonbothsides-indicationLe nom de Daniel Bürkner, alias Squares On Both Sides, timide teuton aux accents folk(tronica) d’une touchante sincérité fragile, rappellera – peut-être, pas sûr – quelques souvenirs des visiteurs d’une des dernières éditions du RhâââLovely Festival, qui avaient découvert ce jour-là un jeune homme introverti caché derrière une guitare trop petite pour sa grande carcasse longiligne. Trois (ou quatre ?) années plus tard, l’impression scénique mitigée laisse la place, définitivement acceptons-en l’augure, à des chansons d’une acuité mélodique discrète et remarquable de longueur en oreille, au bout de quelques écoutes cependant. Au-delà des références trop faciles (Nick Drake, Elliott Smith) que des chroniqueurs fatigués balancent à chaque jeune homme muni d’une guitare acoustique, l’univers précieux – au sens cardiaque du terme – du songwriter allemand s’enrichit de field recordings d’une absolue sobriété (enregistrés à Kyoto), parfois enveloppés d’une electronica tout sauf traumatisante pour les tympans. Quand d’autres instruments tentent une incursion, à l’image du mélodica doucereux de Temples 2, la promenade zen du Munichois achève de nous convaincre de dérouler le tapis de prière sous l’arbre de printemps, pouces et indexes joints vers un avenir qu’on lui souhaite radieux et contemplatif.

 

Un disque : Squares On Both SidesIndication (Own Records)


Pripyat - Squares On Both Sides

Author - Squares On Both Sides

19/11/2008

Uzi & Ari – Headworms

UziAri-HeadwormsAdeptes des groupes dont le point commun est l’horreur du vite écouté, vite jeté, le label Own Records jette de nouveau un pavé dans la mare Radiohead, vous savez la seconde à gauche après l’étang Talk Talk. Sans doute plus accessible que les très beaux disques de Khale ou Worrytrain, que nous vous recommandons toujours aussi chaleureusement, la nouvelle sortie de la structure luxembourgeoise fait la part belle à un chant plaintif qui rappelle Thom Yorke, voire Bob Dylan. Posée sur des arrangements d’une grande intelligence indie pop americana, cette voix est celle de Ben Shepard, membre fondateur d’un groupe aux multiples variations de line up. Sa présente mouture l’entraîne dans des chansons mélancoliques très bien troussées, dont le temps et les écoutes successives révèlent un dégradé de coloris palots passionnant sur la longueur. Un ou deux titres, plus immédiats dans leur pop attitude (le tubesque Thumbsucker, par exemple), pourraient même propulser le combo américain au sommet des charts si ceux-ci n’étaient peuplés de rouleurs de biscotos anabolisés et de faux nichons en plastoque siliconé. Une question de valeurs, en somme. 

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 : Uzi & Ari – Wolf Eggs

Un disque : Uzi & AriHeadworms (Own Records)

01/11/2008

TaughtMe – Lady

taughtme-ladyEn dépit de finances précaires – le lot de tous les petits labels – dont il ne fait guère mystère, le label luxembourgeois Own Records maintient le cap de l’exigence accessible, dont nous sommes redevables des excellents Gregor Samsa (un des disques de l’année), Worrytrain, et Khale. Poursuivant sa quête de l’indie pop made in the US, la maison d’Esch-sur-Alzette a une fois de plus le chic de nous dénicher un de ces groupes qui a tout compris de l’héritage introspectif de Talk Talk, tout en le confrontant à un univers bricolé à la maison dont surgissent quelques pépites pop bien senties (Invocation, Dearest, I Told Ya So). Frappante aussi est la voix de Blake Henderson, seul aux commandes du projet, dont le falsetto rapprocherait David Sylvian des déjà cités Khale, ou serait-ce l’héritage précieux de tous ces artisans isolés (Lost On Purpose, Katamine) dont le pain nourricier fait chaque jour un peu plus notre bonheur, encore que leur mélancolie revendiquée ne coïncide pas exactement avec le léger trouble mental de leurs auteurs. Ca ne les rend que plus fréquentables.

 

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Un mp3 : TaughtMe Strangeness

Un disque : TaughtMe Lady (Own Records)

11/06/2008

Gregor Samsa – Rest

gregorsamsa-restPrésente dans toutes les mémoires des amateurs d’un post rock éclairé à l’aune des Sickoakes, la souplesse décibellique de la smala américaine Gregor Samsa s’est muée en une renaissance atmosphérique d’une immense subtilité harmonique. La suite sur Octopus.

 

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Un mp3 : Gregor Samsa – Abutting Dismantling

Un disque : Gregor Samsa Rest (Own Records)

29/03/2008

The Dust Dive – Claws of Light

dustdive-clawsoflightInstantanés introspectifs de l’Amérique d’aujourd’hui, les douze titres de Claws of Light, premier album des New-Yorkais de The Dust Dive oscillent entre des hurlements d’inquiétude et sursauts de bonheur esthétique. La suite sur Octopus.

 

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Un mp3 : The Dust Dive – Starlet/Miss Brooklyn

Un disque à venir : The Dust Dive Claws of Light (Own Records)

14/02/2008

A fond de Khale

khaleElle sonne de sa trouble innocence, la musique pop – aux forts relents brumeux d’americana – du groupe américain Khale, et son apparente innocuité pourrait être bien le reflet méconnu d’un miroir aux alouettes où le reflet de Low prendrait des airs de Minor Majority. A suivre en mai 2008, sur le toujours passionnant label luxembourgeois Own Records.

 

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Un disque à venir : Khale Sleepworks (Own Records)

22:09 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : americana, khale, own records, preview, pop |  Facebook |