23/03/2013

Pixel – Mantle

pixel-mantle.jpegVieux client de la maison Raster-Noton qu’il fréquente depuis 2003, Pixel (aka Jon Egeskov) affiche une fréquence de métronome – un disque tous les trois ans – à l’image de sa musique. Totalement à son aise dans l’esthétique technoïde desséchée du label cher à Frank Bretschneider, le producteur danois inscrit ses beats dans les enceintes d’Alva Noto et Grischa Lichtenberger – avis à ceux qui ont pleinement goûté à l’excellent And IV [Intertia] du dernier cité. Toutes en déclinaisons rythmiques pointillistes, imaginez un tableau de Paul Signac transformé en mode digital par les Mouse on Mars dans un studio post-moderne de Chemnitz, les déclinaisons pluri-ascensionnelles de son Mantle convainquent et perdurent dans leurs fondements, entre sauts de puce robotisés et inquiétude cybernétique. Kapiert ?

 

Un disque : PixelMantle (Raster-Noton)

10/02/2013

Atom TM – Winterreise

atomtm-winterreise.jpgTotale sortie majeure de l’année 2012 (époque où ce blog était en stand-by), Winterreise d’Atom TM se veut une suite du Liedgut de 2009 – il vaut nettement plus que cela. Inspiré dans ses dédales électroniques où l’ambient et la techno jouent à cache-cache au-delà de toute misère stylistique, le nouvel opus d’Uwe Schmidt (que pour rappel, on connait aussi sous les pseudos de Senor Coconut ou Atom Heart, entre autres) prend à la gorge dès les premières secondes pour ne plus rien lâcher, cinquante et une minutes durant. Digne du choc que j’avais ressenti dans un glorieux passé lorsque j’ai découvert les premiers travaux du seigneur Wolfgang Voigt sous le masque de GAS, l’album illustre également une série de photos exposées en 2011 à Francfort et Tokyo – tout en ayant des liens plus que distendus avec le cycle homonyme de Lieder schubertiens. Who cares ?

 

Un disque : Atom TMWinterreise (Raster-Noton)

04/02/2013

Grischa Lichtenberger – And IV [Intertia]

grischalichtenberger.jpgMine de rien, ça faisait un rude bail qu’on avait plus guère de news tranchantes du label Raster-Noton. Même si la dernière fois, nous avions été servis avec l’incroyablement formidable du feu de Dieu (ça suffit ou vous en voulez encore ?) Winterreise d’AtomTM, ça fout bien la patate de remettre la main sur un disque de l’officine de Carsten Nicolai, d’autant qu’il s’agit de Grischa Lichtenberger dont nous avions déjà goûté à l’EP Treibgut en 2009. Tout en inscrivant dans la lignée techno asséchée de ses comparses de label Alva Noto, Byetone ou Frank Bretschneider ; le producteur de Düsseldorf dévoile sur ce premier opus longue durée une très belle créativité dans la recherche de beats et tempos originaux. D’une franche dynamique où la robotique s’incruste sur le dancefloor pour mieux le dévoyer, l’artiste allemand imprime à ses vingt-et-uns tracks, dont certains dépassent à peine la minute, un sens en zigzags multiples et pertinents. Mieux, tout au long du parcours, la tentation de la monotonie demeure hors-jeu et on est beaucoup plus proche du hat-trick que du renvoi aux vestiaires pour non-combativité. Deutschland regiert !

 

Un disque : Grischa LichtenbergerAnd IV [Intertia] (Raster-Noton)

09/11/2010

Senking – Pong

senking-pong.jpgQu’un label expert dans l’electronica de haut-vol goûte aux joies ténébreuses du dubstep – le très influent Raster-Noton pour ne pas le nommer – voilà qui n’a rien de bien étonnant. Même si la maison de Carsten Nicolai & co n’intègre que très tardivement les deep basses typiques du genre né à South Croydon, le résultat est à mille lieues des horreurs récentes entendues de l’autre côté de la Manche, en premier le très putassier Outside The Box de Skream. Référence au classique du jeu vidéo, Pong déroule en neuf titres d’une somptueuse – et inquiétante – beauté sonore – un groove lentissimo sensuel, bien que perché dans un au-delà qui séparerait Mullholland Drive de DJ Distance, le tout dans un ancien bunker berlinois ressuscité en pleine guerre froide. Maniaques et sombres, parfois même flippantes (Painbug In My Eye), les atmosphères développées par Senking ne témoignent toutefois nullement d’une quelconque nostalgie pour un âge d’or dubstep entonné par Vex’d, Milanese ou DJ Hatcha. Au contraire, ancré dans une tradition électronique germanique qui relie le fil d’Aleph-1 à Mika Vainio (qui est certes finlandais) s’évadant du côté des docks de Hambourg une nuit froide de novembre, le cinquième numéro de Jens Massel pour le compte du label de Chemnitz est à marquer d’une pierre dark.

 

Un disque : Senking – Pong (Raster-Noton)
Read full review of Pong - SENKING on Boomkat.com ©

06/07/2010

alva noto – For 2

alvanoto-for2Personnage quasi-récurrent du Love On The Bits – nous reparlerons très prochainement de sa collaboration avec – mais oui – Blixa Bargeld (Einstürzende Neubauten), alva noto compile sur For 2 les compositions dédiées à des personnages du vingtième siècle, du cinéaste russe Andrei Tarkovsky au dramaturge allemand Heiner Müller en passant par le  musicien américain Phill Niblock. En avant pour un très intéressant aperçu de la vie parallèle de l’auteur de Unitxt, entre 2003 et 2007.

Davantage inspiré par un esprit ambient qui confine au néo-classiscisme tel que l’imaginerait Wolfgang Voigt (alias GAS), Carsten Nicolai n’oublie toutefois pas complètement le minimalisme de ses beats, ceux qui nous excitent tant sur son label Raster-Noton (Garment, 13). Ici penché sur l’héritage indispensable de la musique concrète de Francisco López (Villa Aurora), là imprégné d’un faux jazz viennois que pratiquerait Kai Fagaschinski aux côtés de Philip Glass (Argonaut), For 2 dévoile les multiples facettes méconnues de son auteur. Explorateur des espaces interstellaires, à l’instar de Lawrence English mais aussi de Brian Eno, le musicien de Chemnitz sublime le beau dans la pérennité alors que, trop souvent rangé dans la catégorie des producteurs d’une techno squelettique qui n’en demeure pas moins indispensable, il pourrait se contenter de capitaliser sur la recette d’une relative et bien illusoire notoriété.

 

Un disque : alva noto – For 2 (Raster-Noton)


Read full review of For 2 - ALVA NOTO on Boomkat.com ©

02/06/2009

Pixel – The Drive

pixel-thedriveTroisième essai du Danois Jon Egeskov aka Pixel, The Drive se veut avant tout une traversée imaginaire des Etats-Unis en voiture et cela importe finalement peu. Marqué d’un degré de longitude et de latitude (du sud vers le nord), chaque track explore l’implicite de la situation, telle qu’elle pourrait avoir été vécue à un instant T et à une heure H. Laissant à l’auditeur le soin de construire sa propre vision d’un aussi vaste territoire, l’électronicien scandinave n’impose nul cliché électronique et ses abstractions minimales ouvrent bien des fenêtres sur la diversité des horizons géographiques du pays de l’Oncle Sam, à la condition expresse de transpercer les certitudes métaphysique qui sous-tendent nos fichues habitudes d’écoute.

 

Un disque : Pixel – The Drive (Raster-Noton)


+43° 39 25.60 -110° 42 10.10 - Pixel

+40° 42 24.12 -73° 59 51.18 - Pixel

04/05/2009

SND – Atavism

Une des pierres angulaires du mythique – et défunt – label Mille Plateaux, le duo anglais SND ne pouvait que se retrouver sur Raster-Noton pour la suite de ses aventures, neuf années (et oui, déjà!) après la sortie de son dernier opus sur la tant regrettée structure fondée par Achim Szepanski (exception faite du triple vinyl 4, 5, 6 de l’an dernier).

Les excellentes habitudes conservant leur très robotique – tiens, le terme rime avec extatique – vigueur en cette fin de première décennie du 21è siècle, Mat Steel et Mark Fell maintiennent plus que jamais leur place au sommet de la hiérarchie überminimaliste, aux côtés des – who else ? – alva noto et Pan Sonic. Comme toute démarche un tant soit peu recherchée, celle remarquable d’AtomTM par exemple, l’auditeur sera immanquablement sollicité à franchir le pas qui le sépare du Rubicon glacé aux multiples craquelures glitch que forme cet Atavism. Les premières épreuves franchies, le corps tout entier expurgé de ses restes de chaleur humaine, la satisfaction – masochiste en son commencement, expiatoire en son terminus – le rendra définitivement accro à une œuvre qu’on peut déjà classer parmi les meilleures de la maison menée de main de maîtres par Carsten Nicolai, Olaf Bender et Frank Bretschneider. Et en soi, c’est un énorme exploit qui, nous l’espérons ardemment, ne nous fera pas patienter neuf autres années.

 

Un disque : SND Atavism (Raster-Noton)


2 - SND

14 - SND

25/03/2009

Atom™ – Liedgut

atomtm-liedgutŒuvrant sous divers noms et pseudos, Atom™ est également connu en d’autres occasions sous le moniker de Atom Hearts, quand ce n’est sous son vrai nom de Uwe Schmidt ou sous l’alias le plus connu, celui de Señor Coconut. Auteur d’une multitude de disques et projets en une vingtaine d’années, l’artiste allemand oublie complètement l’héritage électrolatino de M. Noixdecoco pour proposer une épitaphe électronique abstraite d’une grande sobriété arythmique.

Etonnamment romantique dans son âme torturée – elle relie, bel exploit, la fibre ankylosée de Kraftwerk à la radicalité absorbante de Peter Rehberg pour Gisèle VienneLiedgut subjugue par ses textures éclatées, donnant jusqu’à l’impression que les interférences d’un téléphone portable viennent perturber quelque session de studio de Ralf Hütter et Florian Schneider penchés sur leurs nouvelles machines. L’humour n’en est pas absent, par quelques bribes éparpillées, quelques secondes d’introduction techno minimale heurtant un mur du son aux crépitements bruitistes de basse intensité, d’autres instants évoquent des échos de Pac Man joué sur des airs de Schubert – c’est osé et réussi – pour un disque dont le très joli packaging est à la hauteur du travail de son auteur, complètement unique en son genre.

 

Un disque : Atom™ Liedgut (Raster-Noton)


Wellen und Felder: Wellen und Felder II - ATOM TM

Funksignal: Funksignal - ATOM TM

Zwischenstücke: Mittlere Composition, No. II - ATOM TM

13/10/2008

Byetone – Death Of A Typographer

byetone-death-of-a-typographerCo-fondateur de Raster-Noton aux côtés de Carsten Nicolai et de Frank Bretschneider, Olaf Bender se hisse complètement à la hauteur de son collègue de chambrée électronique sous son pseudonyme de Byetone. Absolument géniale de bout en bout, à commencer par l’intrigante techno complètement desséchée du second titre Plastic Star (Session), également disponible au format 12’’ pour les puristes – ce premier effort du producteur de Chemnitz (et oui, lui aussi) depuis son Feld de 2003 répond à une double gageure, que seuls quelques – très – grands sont à même de relever. Tout en maintenant le cap stylistique de son label à un niveau d’exigence minimaliste aux frontières de la métaphysique, Bender transcende par sa classe visionnaire les limites étroites d’un genre qui en d’autres mains, aurait vite fait de tomber dans l’inhumanité dictatoriale. Rien de tout cela – ou si peu – chez Byetone, tant son art de fouiller les entrailles des machines nous dévoile les cadavres, sombres comme ils sont exquis, de plus de quarante années de musique électronique made in Deutschland. Métronomiques dans leur motorisme tentaculaire, les pulsations tantôt cardiologiques (Rocky (Soft)), tantôt martiales (Black Is Black, où les fans de Vomito Negro ou Front 242 sont cordialement invités) de Byetone subliment en toute immunité mortifère un univers glacé / glacial dont les tétons repeints en noir ont nourri l’incontournable Insights de la Francfortoise Miss Yetti, qui en exploite le côté plus tendu, voire guerrier. Légèrement moins à l’aise quand ses tracks l’amènent sur les chemins sinueux de l’ambient dub techno d’un certain Wolfgang Voigt (Capture This (Part II)), bien que cette ‘faiblesse’ soit toute relative (n’est-ce pas la Ed Banger connection ?), Bender redresse définitivement une barque guère en danger de chavirement sur deux tracks à couper le souffle (Grand Style, Heart). La dernière seconde franchie, le retour à la vie normale n’en est que plus fade et sans intérêt.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : ByetoneDeath Of A Typographer (Raster-Noton)

09/10/2008

Alva Noto – Unitxt

alvanoto-unitxtCela fait des années que chaque sortie de Carsten Nicolai – alias Alva Noto – est scrutée à l’aune de la même envie click ‘n cuts, formidable de précision, glaçante de vitalité robotique. Deuxième publication du Berlinois en 2008 (la première Transform est une réédition du disque sorti en 2001 sur Mille Plateaux), Unitxt approfondit le sillon tracé sur le remix du björkien Innoncence (extrait de l’album Volta de l’Islandaise ), en un registre encore plus radical. Au-delà de sa magique – et inquiétante – obsession pour un monde contrôlé par des machines d’une implacable froideur, le boss de Raster-Noton fait appel au poète et perfomer français Anne-James Chaton sur deux morceaux (u_07 - des extraits de factures, des cartes de crédit sorties du portefeuille de Nicolai – et u_08-1 - des suites de chiffres en français). Son flow implacable de robotisme transcende de magistrale façon les séquences numériques de Nicolai, parvenant de sa voix caverneuse à encore abaisser de plusieurs degrés une température sonore déjà frigorifiante. Bien sûr complètement au sommet du genre, à des années-lumière de ses contemporains, le compositeur né dans la Karl-Marx-Stadt de l’époque où la République Démocratique Allemande faisait la nique à l’Ouest (aujourd’hui Chemnitz) balance le cadavre de Kraftwerk au surgélateur (u_08) avant un néant bruitiste total, composé de quinze courtes plages (de quelques secondes à 1’45) transcriptions sonores de données informatiques (des fichiers jpg, entre autres). Et vous n’avez encore rien entendu.

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Alva Noto Unitxt (Raster-Noton)