16/03/2013

Rachel Zeffira – The Deserters

rachelzeffira-thedeserters.jpgDécidément, ce début d’année nous vaut une rafale de découvertes à ne plus savoir où tourner du slip. Outre la délicieuse Lindi Ortega, l’horizon nous dévoile The Deserters, premier album de la Canadienne (encore !) Rachel Zeffira, et nul doute qu’on en reparlera. Résidente londonienne et ex-membre de Cat’s Eye, la jolie brune de 30 ans dévoile un potentiel pop où les influences se bousculent sans toutefois se noyer dans une quelconque bouillie new age. Ainsi, d’entrée de jeu, la singer songwriter enterre définitivement Enya, pour ensuite mettre les fans endeuillés de feu Trish ‘Broadcast’ Keenan d’accord avec les nostalgiques du meilleur Cocteau Twins. Plus loin, on songe à une version contemporaine et anglophone de Françoise Hardy, sensualité à fleur de peau cent pour cent incluse, alors qu’en d’autres endroits, on sent l’ombre de Mark Hollis tapie dans un recoin du studio. A un tel niveau, ce n’est plus beau, c’est tout simplement mag(nif)ique...

 

Un disque : Rachel ZeffiraThe Deserters (Last Gang Records)

07/03/2013

Trixie Whitley – Fourth Corner

trixiewhitley.jpgMi-Américaine par son père, feu le guitariste Chris Whitley, mi-Belge par sa mère (elle est née à Gand), Trixie Whitley dévoile un potentiel vocal qui décoiffe sur son premier disque solo. Telle une Nicole Willis blanche qui aurait largué les arrangements soul de son husband Jimi Tenor pour des nuances americana où le blues et la country trouvent leur juste place, la jeune chanteuse (25 ans) prouve par A + B pourquoi elle a suscité l’enthousiasme de Daniel Lanois – oui, monsieur – avec qui elle tenait déjà le micro sur le projet Black Dub. Capable de nuances subtiles, elles vont d’un délicat susurré à des envolées décibelliques assumées, la blonde demoiselle montre, sans besoin d’en faire des tonnes cabotines, qu’elle maîtrise son registre à la perfection. Tout en guidant ses pas dans un passé prestigieux, on y trouve même quelques échos épars entre Portishead et… Alicia Keys (c’est dire si le spectre est large), on ne sait trop si Trixie Whitley conjugue le conditionnel ou le subjectif, mais c’est rudement bien fichu.

 

Un disque : Trixie Whitley – Fourth Corner (Unday Records)

04/03/2013

Lindi Ortega – Cigarettes & Truckstops

Last Gang Records, Lindi Ortega, country, singer songwriter, songwriting feminin, americana, critiqueAvec son très charmant minois de brunette aux racines latinos (de par son daddy), on imaginerait plus vite Lindi Ortega en sœur cadette de Gabrielle Solis dans Desperate Housewives qu’en singer songwriter country pur jus. Pourtant, et je lance officiellement l’avis à tous les fans invétérés d’Emmylou Harris (dont je fais partie), le second effort de la musicienne canadienne en jette sous le coude et donne une franche envie de s’envoyer cul sec une dizaine de whiskys bien sentis. Non qu’on ait envie d’oublier fissa les dix morceaux de l’album, au contraire ils sont tous excellents, juste qu’une révélation de cet acabit, ça donne une fichtre envie d’enfourcher sa Jolly Jumper, le Colt bien attaché à la ceinture, et d’aller taper le carton au saloon du coin. Car au-delà de toutes les clichés que le genre peut véhiculer en Europe, Lindi Ortega a un chic très particulier pour la composition de titres smooth, qu’elle chante excellemment de sa très belle voix, sans compter que ses musicos sont loin d’être des manchots. Revelation of the year, dude.

 

Un disque : Lindi OrtegaCigarettes & Truckstops (Last Gang Records)

12/02/2013

Julia Holter – Ekstasis

Julia Holter, singer songwriter, songwriting feminin, folktronica, experimental, rnvg intl., domino, critiqueAprès un cru 2012 on ne peut plus faste qui l’aura vue fréquenter une multitude de tops de l’année (pas celui de votre serviteur mais il s’en est fallu de peu), Julia Holter est de retour avec le… même album. La différence ? Le label, mon cher, puisque de l’ultraconfidentiel Rvng Intl., la New-Yorkaise est passée à la grosse écurie Domino. Pour le reste, on ne peut que répéter les multiples louanges de cet Ekstasis toujours aussi extatique. Numéro d’équilibre subtil où l’éther de Beach House vient côtoyer les expériences d’une Laurie Anderson, le disque continue, écoute après passage, d’enchanter les écoutilles, surtout si elles ont déjà été séduites en leur temps par Midaircondo, Maja Ratkje ou Islaja. Une séance de rattrapage indispensable, quoi.

 

Un disque : Julia HolterEkstasis (Domino)

11/02/2013

Gareth Dickson – Quite A Way Away

garethdickson-quite.jpgNom qu’on n’aurait jamais imaginé associé à 12K, la structure de Taylor Deupree, l’icône Nick Drake est ressuscitée pour l’occasion, Dieu qu’elle est belle, sous les traits d’un certain Gareth Dickson. Car, nom de Zeus, quelle magnifique révélation que voilà. Tout en oubliant de fouiller les fonds de tiroir vintage pour y ressortir sa panoplie de chanteur maudit à la guitare sèche, le musicien écossais apporte une touche de modernité stupéfiante à l’auteur de Five Leaves Left, et ce n’est pas un hasard si je cite le premier des trois disques du songwriter anglais. D’ailleurs, bien des points tragiques rapprochent les deux hommes, au-delà de l’évidence stylistique à laquelle Dickson ajoute un bluffant complément d’âme – telle une reverb’ comme seule Marissa Nadler sait l’utiliser. Si, on le sait, l’histoire s’est terminée tragiquement pour Drake à l’âge de 26 ans, vaincu par la maladie, la vie de Gareth D., expatrié en Argentine auprès de sa girlfriend, n’est pas exactement de tout repos, entre attaque de clébards, braquage où une balle s’est perdue (devinez qui l’a reçue) et moteur d’avion en feu dans les Andes. Qu’importent les circonstances, on ressort grandi de sa découverte folk(tronica) et ce n’est qu’un bouleversant début.

 

Un disque : Gareth DicksonQuite A Way Away (12K)

21/01/2013

Eloïse Decazes & Eric Chenaux – s/t

 

decazeschenaux.jpgAuteure du sensationnnel Feu La Figure, LE disque en français de l’année 2012, sous les traits d’Arlt, dont elle forme un tiers (aux côtés de Sing Sing et Mocke), Eloïse Decazes n’a pas fini de nous éblouir – qui s’en plaindra ? Rejointe sur le label bruxellois Okraïna – dont il s’agit du baptême du feu – par le guitariste canadien Eric Chenaux (dont l’austère beauté trouve habituellement refuge chez Constellation), la chanteuse française invite, ô bonheur intime, à un parcours au fil du temps fascinant, et tant pis si le terme est galvaudé.

Entre chansons traditionnelles françaises, revisitées d’une maîtresse façon qui relie Sybille Baier à Josephine Foster, reprises de morceaux plus récents (dont l’a cappella On N’est Pas Des Arbres d’Areski) et improvisations à l’archet sur la guitare de Chenaux, le duo franco-canadien vogue entre passé lointain et modernité mélancolique. Heureusement très éloignés de la moindre tentative de formolisation avariée, les deux comparses gardent tout au long des huit titres un cap où les notions de beauté et de sublimation conservent un sens proche du divin triste.

 

Un LP : Eloïse Decazes & Eric Chenaux s/t (Okraïna)

28/02/2011

Stranded Horse – Humbling Tides

TAL060P_STRANDEHORSE_HUMBLINGTIDES_72dpi.jpgIl a beau avoir évacué le Thee de son Stranded Horse, Yann Tambour continue de rédiger de son Encre précieuse des chansons d’une immense charge émotive, sans même parler de leur imparable musicalité. Toujours autant plongé dans une équidistance superbe entre folk music occidentale – Nick Drake et John Fahey ne sont jamais loin – et inspirations africaines transpirant de ses notes pincées, le musicien français trace un peu plus profondément un sillon entamé en 2006, année bénie qui avait accueilli son incontournable Churning Strides. Sauf que les années passant, l’instrumentation s’est enrichie, entre deux koras miniatures construites pour les voyages et perfectionnées au contact du grand Ballaké Sissoko et, ne les oublions pas, une guitare acoustique. Ajoutez- y un admirable clin d’œil spoken word au défunt projet Encre – dont on se rappelle quelques disques audacieux et un concert sur la corde raide en première partie de Feist à la Rotonde, ça date – et, aujourd’hui au moins autant qu’hier, la fréquentation humaine des ambivalences intercontinentales du cheval échoué vaut bien tous les secrets du monde.

Un disque : Stranded HorseHumbling Tides (Talitres)

25/02/2011

Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays

jullian angel, half asleep, les disques normal, folk, pop, singer songwriter, critiqueDécouverte, voire révélation de l’année 2007, époque où son second opus Life Was The Answer (including un splendide duo en compagnie de Half Asleep), Jullian Angel poursuit la trame de ses épopées folk en 2011 – guitare pendue en bandoulière et voix plaintive (sans jamais être exagérément gémissante ou pleurnicharde). Toujours à l’aise dans un registre sur l’os qui évoque sans fusse pudeur les (nombreuses) heures pensives de Nick Drake (mais aussi du Dominique A anno 2001), l’intimisme fébrile du songwriter lillois voit toutefois quelques instruments acoustiques rejoindre la séance de thérapie collective. Entre un mélodica, un glockenspiel ou un bandonéon (joués par le monsieur himself), notre Valérie Leclercq nationale (aka la demoiselle à demi endormie déjà mentionnée) pose une flûte discrète et sa troublante voix sur quatre morceaux (dont le joli duo A Choice). Profond, aux frontières du sérieux et de la fracture, le jeune homme du Nord parvient toutefois – l’occurrence est bienvenue – sur Saved By The Monster, quasiment guilleret et serein. Davantage inscrite dans un monde où les vicissitudes de l’existence impriment leur encre dans les hauts et les bas du quotidien, la suite pèche, certes, par un relatif manque de diversité – il est toutefois bon de se souvenir qu’on peut écouter les autres sans rester éternellement prostré dans les recoins abîmés d’une vie trop austère.

Un disque : Jullian Angel – Kamikaze Planning Holidays (Les Disques Normal)

The Strong by Jullian Angel

22/02/2011

Shannon Wright – Secret Blood

Shannon Wright, rock, singer songwriter, songwriting feminin, critique, vicious circleCamarade lecteur, toi qui collectionnes passionnément tous les numéros de RifRaf depuis 1858 – tu t’en souviens bien, Offenbach était en couv’ en bas résilles, sacré Jacques – tu n’es pas sans ignorer la profonde gratitude que nous éprouvons pour le parcours de Shannon Wright. D’une hauteur de vue rock et d’une probité émouvante sans équivalent(e)s, l’Américaine chouchou du public français (et de Yann Tiersen) n’a cessé de nous envoûter, tant et plus. Qu’elle nous livre ses états d’âme ténébreux au bord du précipice (Over The Sun), qu’elle éructe sa colère intérieure tout en maintenant un détonant mélange de tendresse et de noirceur (Dyed In The Wool) ou que sa maternité lui dicte des tonnes d’amour empilées sous un spleen récurrent (Let In The Light), l’univers de la chanteuse d’Atlanta demeure à jamais dans notre panthéon des plus intenses émotions musicales des dix dernières années. Tel un mariage des multiples courants qui traversent sa vie, le nouvelle effort de l’ex-membre de Crowsdell unit les contrastes, voire les contradictions, au sein de douze nouveaux titres de fort belle tenue – mais où, vous l’aurez deviné, il manque l’étincelle qui nous a causé plus d’un collapse mental dans le passé. Déçu ? Peut-être mais il n’est pas dit que dans quelques mois, au moment de remettre l’objet sur la platine, on ne succombe pas de nouveau à l’appel.

Un disque : Shannon WrightSecret Blood (Vicious Circle)

17/11/2010

Squares On Both Sides – Salt Meadows

SQ_SM_Cover_150.jpgHomme connu pour la retenue mélodique de son œuvre folk aux structures réductionnistes, Daniel Bürkner aka Squares On Both Sides enrichit quelque peu son propos dans ses habits de 2010. Intégrant, outre son habituelle guitare acoustique, des instruments à la présence discrète bien qu’affirmée (un piano, un ukulélé, un mélodica mais, aussi et surtout, de l’electronica), le Munichois joue au Légo dans son univers, décorant subrepticement la mélancolie jamais simpliste de son propos de touches de couleurs pêchées au début de l’automne. Envisageant la nature dans un processus infini où Marcus Fjellström poserait la nappe à carreaux sur la terrasse de Sylvain Chauveau, plus précisément au son du Singular Forms (Sometimes Repeated) du musicien français, Bürkner invite à la méditation personnelle. Toutefois, à la différence notable de Chauveau sur son dernier album, la vision de SOBS est davantage empreinte de chaleur, fût-elle légèrement triste (sans être tourmentée). Et sans jamais nous serrer le cœur, la musique de Salt Meadows nous invite, lentement mais sûrement, à la table de notre hôte, tel un vieil ami qu’on aimerait mieux connaître s’il ouvrait tout grand le champ/chant de ses nouvelles perspectives.

 

Un disque : Squares On Both Sides – Salt Meadows (Own Records)