19.03.2011

Britta Persson – Current Affair Medium Rare

brittapersson-current.jpgUn aller simple vers Uppsala, ça tente quelqu’un ? Le voyage, pour alléchant qu’il soit, mérite toutefois une mise en garde de la plus haute solennité. Sur place, quelque part dans l’est de la Suède, une certaine Britta Persson doit tenir le haut du pavé des gazettes people locales, qui doivent être friandes de jeunes femmes à la garçonne adeptes d’un pop rock passe-partout qui bouffe à tous les râteliers. Un p’tit coup de, gloups, Avril Lavigne à droite, une grosse branche de je-suis-jeune-et-pas-trop-moche-et-je-veux-devenir-célèbre à gauche et partout ailleurs, la recette est tellement fade et repassée que ça n’éveille que haussement d’épaules confus. Sinon, il paraît que ça cause de suicide et de mariages ratés et, si ça vous branche vraiment, Uppsala est à une heure de route de Stockholm. Faudra pas revenir au pays la queue entre les jambes après ça, hein.

Un disque : Britta PerssonCurrent Affair Medium Rare (Selective Notes)

22.02.2011

Shannon Wright – Secret Blood

Shannon Wright, rock, singer songwriter, songwriting feminin, critique, vicious circleCamarade lecteur, toi qui collectionnes passionnément tous les numéros de RifRaf depuis 1858 – tu t’en souviens bien, Offenbach était en couv’ en bas résilles, sacré Jacques – tu n’es pas sans ignorer la profonde gratitude que nous éprouvons pour le parcours de Shannon Wright. D’une hauteur de vue rock et d’une probité émouvante sans équivalent(e)s, l’Américaine chouchou du public français (et de Yann Tiersen) n’a cessé de nous envoûter, tant et plus. Qu’elle nous livre ses états d’âme ténébreux au bord du précipice (Over The Sun), qu’elle éructe sa colère intérieure tout en maintenant un détonant mélange de tendresse et de noirceur (Dyed In The Wool) ou que sa maternité lui dicte des tonnes d’amour empilées sous un spleen récurrent (Let In The Light), l’univers de la chanteuse d’Atlanta demeure à jamais dans notre panthéon des plus intenses émotions musicales des dix dernières années. Tel un mariage des multiples courants qui traversent sa vie, le nouvelle effort de l’ex-membre de Crowsdell unit les contrastes, voire les contradictions, au sein de douze nouveaux titres de fort belle tenue – mais où, vous l’aurez deviné, il manque l’étincelle qui nous a causé plus d’un collapse mental dans le passé. Déçu ? Peut-être mais il n’est pas dit que dans quelques mois, au moment de remettre l’objet sur la platine, on ne succombe pas de nouveau à l’appel.

Un disque : Shannon WrightSecret Blood (Vicious Circle)

10.11.2010

Christina Antipa – Everything Starts To Sing

christinaantipa-everything.jpgMême si Christina Antipa joue du hautbois depuis sa tendre enfance, sa musique est tout sauf du pipeau. Œuvrant dans les travées nu folk qui séparent Tara Jane O’Neil de Dawn Landes et Tamara Williamson, la chanteuse américaine interprète ses chansons ultra-sensibles (mention spéciale à It’s Not Enough) dans une bulle où la tendresse le dispute à la mélancolie, la sensualité à l’autisme – c’est qu’il faut laisser du temps à ses seize morceaux. Au-delà de l’instrumentation, minimale le plus souvent (guitare acoustique ou piano), on pourrait penser que la demoiselle de Sacramento n’est pas la plus grande technicienne de ce début de siècle (certes) mais ses chansons ne nécessitent guère de débauche de pyrotechnie démonstrative. Par ailleurs augmentées, de ci de là, d’extraits cinématiques qui leur donnent un supplément d’âme où l’émotion nous prend encore un peu plus (le magnifique morceau-titre), les compositions de Christina Antipa attrapent les tripes et les relocalisent près du cœur.

 

Un disque : Christina Antipa – Everything Starts To Sing (Waterhouse Records)

18.08.2010

Nina Nastasia – Outlaster

nina-nastasia-outlaster.jpgDentellière des temps modernes aux armes changées en guitare acoustique, Nina Nastasia n’a eu de cesse de nous enchanter au cours de ses divers albums – on y trouve Run To Ruin au sommet – pour un seul demi-échec aux côtés de Jim ‘Dirty Three’ White en 2007 (You Follow Me). Ne pouvant définitivement pas rester sur cette impression saumâtre, la New-Yorkaise a remis les instruments (cordes, guitare & co) sur le métier, pour un disque à ranger au faîte de sa discographie. Nettement moins empêtré dans le tapis d’expérimentations qui ne lui convenaient guère, Nastasia ressuscite le canevas folk de ses comptines, qui touchent directement au cœur. Magnifique de douceur, sa voix fait plus que jamais des merveilles de tendresse, sans affect ni guimauve. Accompagnée d’une troupe de musiciens de tout haut vol – ils offrent à ses chansons alanguies un écrin d’une beauté élégiaque qu’on emmènerait au paradis, la demoiselle from NYC n’attend plus qu’une scène belge pour l’accueillir. Dans l’intervalle, nous lui lançons ce cri : Nina, you’re my only true love (euh, Shannon Wright aussi).

 

Un disque :
podcast
(FatCat)

 

13.08.2010

Frazey Ford – Obadiah

frazeyford-obadiah.jpgChanteuse des très bons The Be Good Tanyas, Frazey Ford tente une première échappée solo en Obadiah, et elle a bien raison. Inspirée de l’univers immense de Neil Young tel qu’Alela Diane (la moderne) ou Ann Peebles (l’ancienne) auraient pu le pervertir – du côté soul plus que folk, donc – la songwriter canadienne nous a pondu une petite grande merveille de disque à ranger précieusement, car on sait qu’on y reviendra souvent. Arrangements capitonnés au coin d’un été chaud et humide, mélodies enivrantes d’un bonheur qui se partage au coin d’une fin de soirée midtempo, les chansons au nombre de treize témoignent d’un bonheur intim(ist)e qui donne envie de revivre le passé et d’anticiper l’avenir. Oui, tout ça.

 

Un disque : Frazey Ford – Obadiah ( Nettwerk )

 


podcast

 

07.03.2010

Hindi Zahra – Handmade

hindi-zahra-handmadeBerbère du Maroc débarquée en 1993 à Paris à l’âge de 14 ans, Hindi Zahra est plutôt du genre self-made-woman, tendance affranchie des contrariétés variétoches. Signée sur la branche française du prestigieux label Blue Note, la demoiselle a composé – et réussi, disons-le d’emblée – son premier opus tout seule comme une grande. Mélangeant allègrement les genres (soul, funk et folk) et les langues  (anglais et berbère), Hindi est manifestement née sous une bonne étoile.

Charmantes et bien plus, ses onze chansons invitent le soleil de la vie, tout en évitant le spectre glauque de la nunucherie faussement adolescente (The Do, Cocoon, anyone ?). Œuvre d’une jeune femme – très – douée, on songe parfois à Keren Ann dans ses meilleurs moments, Handmade dépasse allègrement le stade d’une innocence trompeuse à la première écoute. A d’autres instants, magiques, c’est même l’ombre tutélaire de l’immense Billie Holliday (et pour rester dans le récent, de Madeleine Peyroux) qui plane sur des chansons dont la profondeur réelle n’entrave ni le plaisir mélodique ni la richesse harmonique. Bon, il sort quand, le deuxième ?

 

Un disque : Hindi Zahra – Handmade (Blue Note)

24.11.2009

Shannon Wright – Honeybee Girls

shannonwright-honeybeegirlsJour après jour, siècle après siècle, elle nous hante, elle nous possède, elle ne nous lâche plus. Elle, la musique de Shannon Wright, est une odyssée vers une éternité rock, le vrai, celui hérité des héroïnes intemporelles que fut, qu’est Patti Smith. De sa carrière sans le moindre faux pas, à la – très – relative exception d’une collaboration bancale avec Yann Tiersen, la demoiselle d’Atlanta retire la substantielle moelle de son art sur ce nouvel Honeybee Girls. De la carrure énervée et psychanalytique du fantastique opus ‘Over The Sun’, elle fait rugir une basse et une guitare furieuses sans jamais être exhibitionnistes (Embers in Your Eyes, Trumpets On New Year’s Eve), du précédent et formidablement touchant Let In The Light, sans oublier les délices tourmentés du fondamental Dyed In The Wool, elle conserve une sérénité retrouvée. Oh, la souffrance n’est jamais bien loin, elle est toutefois d’une telle évidence que  sa troublante présence, entre larmes et frissons, donne une dimension supplémentaire à des chansons, d’une époustouflante maîtrise émotionnelle (tout le reste de l’album !). Et surtout, faudrait-il écrire plus que jamais, la qualité des compositions de Shannon Wright atteint un degré de perfection entre rage et lumière qui conforte son immanquable emplacement au panthéon éternel de nos envies musicales. On ne t’aime plus Shannon, on t’adore. For ever.

 

Un disque : Shannon Wright – Honeybee Girls (Vicious Circle)


embers in your eyes - Shannon Wright

Sympathy On Challen Avenue - Shannon Wright

12.11.2009

Cate Le Bon – Me Oh My

cate-le-bon-me-oh-myRemarquée en featuring du tubesque I Lust U du duo électro pop Neon Neon (soit Boom Bip et Gruff 'Super Furry Animals' Rhys), la Galloise Cate Le Bon aborde un toute autre genre sur ce second effort, intimiste sur l'os et mélancolique dans son brasier couvant.

Les premières secondes, un jeu de guitare rappelant Joanne Robertson, donnent le ton, il est tout sauf lénifiant. Ponctué d'étranges sonorités d'un clavier déglingué et blafard, le morceau-titre nous fait toutefois chanceler, entre fascination dark et perplexité ralentie. Alors, de l’art ou du cochon ? La suite, d’une féerie qui frise la préciosité (Sad Sad Feet), est révélatrice d'un penchant trop évident pour les amours entre Nico et le Velvet Underground un certain Sunday Morning. Tout en ne jouant pas la carte du m’as-tu-entendue, la demoiselle de Cardiff nous conte ainsi ses histoires d'amour, que l'on devine désenchantées et nostalgiques, et on se croit parti pour un disque insignifiant de plus. Sauf que… Plus rock en apparence (Hollow Trees House Hounds), d'autres instants dévoilent les instincts de troubador folk de la donzelle, très charmante par ailleurs. Et quand la simplicité naturelle d'un violon celtique orne son très joli timbre de soprano des champs, ou quand un bête Casio souligne en douceur minimale une ligne vocale tout simplement superbe (Terror of The Man), on en vient même à regretter que Me Oh My ne dure que trente-cinq minutes. Chiche qu’on y revient dans quelques mois.

 

Un disque : Cate Le Bon Me Oh My (Irony Bored)

18.10.2009

Laura Gibson – Beasts Of Seasons

lauragibbson-beastsofseasonsMise à l'honneur en ces mêmes pages voici moins d’un an, Laura Gibson nous avait à l’époque fait parvenir son premier album, le parfaitement recommandable If You Come To Greet Me sorti sur l’épicerie fine espagnole Borne!. En adepte d'une folk music qui trempait sa mélancolie dans l'encre de Peter Broderick (il était du nombre présent sur le disque) et d'Adam Selzer (qui le produisait), la demoiselle américaine nous avait profondément séduits par son naturel, désarmant comme du Julie Doiron et beau comme du Mariee Sioux.

C'est donc rempli d'un enthousiasme débordant que notre lecteur a englouti ces bêtes des saisons, bien plus automnales que printanières et, pour la petite histoire, première sortie du nouveau label berlinois Souterrain Transmissions. Divisée en deux parties (Communion Songs et Funeral Songs), l'œuvre débute par deux titres d'une grande tristesse, heureusement jamais surjouée, qui évoque la rencontre des grandes Billie Holliday et Sibylle Baier. Le troisième morceau Spirited vient, heureusement, mettre du baume au coeur, aux battements rythmés par Feist sur fond de nymphe des bois. Entre envolées belles à pleurer sur le Carbon Glacier de Laura Veirs et magnifiques arrangements, riches et décorés comme du Lambchop, le temps vire à novembre, et sa morte saison.

 

Un disque : Laura Gibson Beasts Of Seasons (Souterrain Transmissions)


Shadows On Parade - Laura Gibson

Spirited -

25.07.2009

Roshi feat. Pars Radio – And Stars

roshi-andstarsLes origines iraniennes des musiciennes britanniques sont décidément des plus délicieuses. Après la princesse de l’ambient IDM Leila et son acclamé Blood, Looms & Blooms (Warp, 2008), une autre fille de la Perse (née au Pays de Galles) décide de faire des siennes, et la manière est très jolie. Répondant au doux nom de Roshi Nasehi, alias Roshi, la demoiselle nous présente son univers, tactile et précieux comme le dernier Portishead.

Véritable trésor qui nous ouvre les portes sensibles d’un monde à l’onirisme magique, Night Swimming baigne de la classe lento du soprano de la demoiselle, perché entre une étoile et un violoncelle tombé amoureux de cette sublime mélodie. Plus à l’est, quelque part dans un orient magnifié par une sœur Marie Keyrouz emportée dans un souffle alangui, Dohktar e Boyerhmadi conte en la langue persane de son auteure l’histoire d’une jeune fille, dans un ralenti fascinant de beauté assumée. Très surprenant et énigmatique, le troisième morceau She Paces sonne telle une mélodie en montagnes russes signée Felix Kubin, elle nous démontre les immenses possibilités vocales de Roshi, soutenue en toute agilité par son groupe Pars Radio (elle et Graham Dowdall, plus connu sous le pseudo de Gagarin), avant  d’entamer une seconde partie plus lyrique en pleine inadéquation avec ce qui le précède. La conclusion Rachid Khan voit, une fois de plus et (presque) de trop, l’artiste irano-galloise dialoguer avec un violoncelle qui rivalise de maniérisme avec les vocalises de son mentor vocal. Quelle importance, au vu du très haut degré de raffinement qui l’a précédé.

 

Un EP : Roshi feat. Pars Radio – And Stars (Geo Records)


Night Swimming - Roshi feat Pars Radio

Dohktar e Boyerhmadi - Rosha feat Pars Radio