28/06/2009

Metalycée – It Is Not

metalycee-itisnotLes racines du projet Metalycée remontent déjà à l’an 2003, année de composition d’un disque où les artistes sonores viennois Armin Steiner et Nik Hummer manipulaient numériquement des samples de guitares et de batterie. Complété depuis deux ans, l’effectif du groupe comprend aujourd’hui la chanteuse Melita Jurisic, le batteur Bernhard Breuer et la bassiste Matija Schnellander, ce qui a fait évoluer sa musicalité dans une direction où le metal downtempo croise le fer avec le spoken word, voire le free jazz.

Le plus frappant à l’écoute de cet It Is Not, c’est la voix caverneuse de l’actrice et vocaliste australienne Melita Jurisic, déjà entendue aux côtés de Szely ou de Philipp Quehenberger. Fille très digne de Nico, Myra Davies et Ursula Rucker, elle récite des textes certes pas drôles mais qui prennent tout leur sens lugubre, grâce à l’accompagnement musical de ses partenaires. Relevons notamment le jeu de batterie de Bernhard Breuer sur Satisfy My Soul, implacable et motorique, ainsi que l’abrasivité du duo Hummer / Steiner sur le morceau-titre, remarquable écho du Hello Voyager de Carla ‘Evangelista’ Bozulich, œuvre majeure de l’année écoulée.

 

Un disque : Metalycée – It Is Not (Mosz)


It Is Not - Metalycée

Something Sick - Metalycée

11/04/2009

Oldman – Son, Father and Son

oldman-sonfatherandsonAncienne moitié du duo MAN, artiste épris de collaborations indépendantes (Lena en compagnie de Matthias Delplanque, en duo avec Jérôme Paressant), le Nantais Charles-Eric Charrier aka Oldman fait partie de ses aventuriers ultimes à l’hyperactivité effrénée et contagieuse. Adepte d’une polyvalence stylistique où le spoken word le dispute au jazz – version minimale, preuve en est l’introductif Son, Father et son échappatoire lento d’une captivante beauté sur quelques notes de guitare acoustique, de synthé et de cymbales – Charrier vise à l’épure, toujours, pour atteindre le beau, souvent, le sublime, parfois. Puisant aux sources les plus incontestables, qu’elles soient issues du croisement improbable de la gratte de Matt Elliott instrumentalisée par Cvantez (Mon Délicat) ou du parler nocturne d’un post rock à la sourde colère, trempée dans une Encre période Flux. De temps à autre, le ton se fait davantage serein, divaguant entre six cordes et xylophone sur un nuage comeladien où il fait bon se reposer (Grandfather’s Shield), avant que le souvenir grave (la voix et le texte) de Rodolphe Burger ne fasse définitivement oublier le très pénible Gérard Darmon sur le surprenant Son, Father and Son. C’est que contrairement à une scène franco-hexagonale où l’auto-complaisance est érigée en religion, Oldman regarde au vitriol son ombre dans le miroir, elle lui renvoie une misanthropie paranoïde subjuguante de vérité. A l’image d’un disque dont les fractions inquiètes énumèrent les sens pour mieux les vampiriser.

Un disque : Oldman Son, Father and Son (Arbouse Recordings)


Mon Délicat - Oldman

Father and Son - Oldman

27/12/2008

Lena & The Floating Roots Orchestra – Lost Wax

LenaTheFloatingRootsOrchestra-LostWaxFigure incontournable d’une certaine scène indie made in France, celle qui – à l’instar d’un Jérôme Paressant sur son label Oceanik Creations – refuse les compromissions que s’autorise une scène faussement Naïve, Mathias Delplanque était l’auteur en 2004 d’un excellent album de dub (Floating Roots), dont le présent disque est le prolongement naturel. Axé sur un mélange des genres (dub, jazz, soul, spoken word, rap) d’une très grande maîtrise qu’on aimerait davantage en lâcher-prise, Lost Wax fait appel à une myriade de collaborateurs, voisins de paliers (les Nantais de Man Rasim Biyikli et Charles-Eric Charrier), patron de label (le batteur Steve Argüelles, collaborateur entre autres de l’impeccable Pierre Bastien) ou légende de Chicago (le corniste Rob Mazurek, habitué de la maison Thrill Jockey), qui donnent au disque une matière sonore intéressante, dont le grain riche, voire copieux, donne par moments envie de baisser pavillon. Non que le disque manque d’idées, il en regorge même, à l’image du flow de MC Black Sifichi ou des remarquables lignes de guitare de Delplanque, c’est juste que cette avalanche de richesses donne un sentiment d’indigestion étrange et incongru.

 

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Un disque : Lena & The Floating Roots OrchestraLost Wax (Plush!)

24/11/2008

Myra Davies – Cities And Girls

myradavies-citiesandgirlsEn cette année électorale américaine où une illuminée défend(ait) becs et ongles l’interdiction de l’avortement, même en cas de viol (on ne vous en voudra pas de gerber sur votre écran de PC), une simple chanson peut suffire à faire des miracles d’émotion politique. Sous des dehors très early sixties girlie pop, My Friend Sherry de l’artiste spoken word Myra Davies défend d’une rage tout en retenue les affres de notre époque soi-disant moderne. Fille en cloque qu’on laisse crever dans un avortement clandestin, l’histoire terriblement d’actualité (hélas) de la Sherry du titre nous fait dire que les cinglés ne sont pas près de dégager le plancher. Comme sur la majorité des autres morceaux, la musique de l’essentielle Gudrun Gut tient le haut du pavé, accompagnant en toute humilité les textes parlés de la poétesse canadienne, sur des thèmes aussi variés qu’une vision impressionniste de Berlin (Rain) ou la visite des femmes qataries voilées jusqu’aux yeux au centre commercial local (Qatar). Pour notre part, nous avons particulièrement goûté la dégustation d’un café au Vietnam (Hanoi, titre génial sur une musique de Beate Bartel (la première bassiste des Einstürzende Neubauten), accompagné d’un dan bau, instrument vietnamien traditionnel) ou la description de la ville de Calgary à la fin du 19è siècle (Calgary). Entre autres atmosphères (très) délectables.

 

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Un disque : Myra Davies Cities And Girls (Moabit Musik)

13/03/2008

Felicia Atkinson & Sylvain Chauveau, duo magique

chauveauatkinson-romananglaisTrès délicat tant il peut virer directement à la pose intellectualisante sur fond de textes crispants, le spoken word compte en ses rangs quelques maîtres aussi rares que précieux. Parmi ceux-ci, la Parisienne Felicia Atkinson trouve en le magnifique Sylvain Chauveau une fondation sonore d’un minimalisme intransigeant, digne de l’immense Hau des Japonais de Opitope. Absolument fascinante par son obsession de l’épure apprivoisée, la ponctuation aux frontières du tragique de la poétesse abonde – en français comme en anglais – d’une tension sourde en tous points fantastique. En regard, le pourtant remarquable Pinto – cette dramatique évocation de la vie d’un ouvrier portugais - de leurs compatriotes Mendelson sonnerait presque comme de la variété.

 

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Un disque : Felicia Atkinson & Sylvain ChauveauRoman Anglais (O Rosa)

08/09/2006

MP3 : Sylvain Chauveau & Felicia Atkinson

Fusion sensorielle de la rencontre entre le grand Sylvain Chauveau et la poétesse parisienne Felicia Atkinson et témoignage intemporel de leurs performances scéniques pour guitare préparée et spoken word, quatre titres qui invitent à une méditation rêveuse sur le lien entre la note et le mot. Auditeurs de Encre bienvenus.

 

Deux mp3 : Sylvain Chauveau & Felicia Atkinson Aberdeen

Sylvain Chauveau & Felicia Atkinson How The Light