19/02/2013

Thomas Köner – Novaya Zemlya

thoma köner,ambient,musique concrete,electronica,touchPoint d’ancrage de ma rubrique Love on the Bits dans RifRaf, le label Touch a tellement peu déçu ces dernières années (en vrac, Jana Winderen, Hildur Gudnadottir, Chris Watson) que je me jette sur ses productions les yeux fermés (mais les écoutilles grandes ouvertes). Déjà habitué au Grand Nord grâce à des étapes précédentes du label – on songe notamment à l’excellentissime Energy Field de Jana W. – on reprend la route de Septentrion en compagnie de Thomas Köner, cap sur l’archipel de Novaya Zemlya, quelque part dans l’Océan Arctique au nord de la Russie. Comment on pouvait s’y attendre, mais c’est un constat objectif et nullement une crainte, les atmosphères qui s’en dégagent nous plongent dans une sensation froide et désolée où la vie lutte contre toutes les formes d’abandon. Trois tracks durant, chacune d’une douzaine de minutes, on se plonge intensément dans un monde engourdi et, dans un sens premier, exotique, d’où émergent quelques rares échos assourdis, échappés d’un lointain campement dont les quelques habitants ne doivent s’extraire que par brefs instants épars. Fascinant et introspectif, à condition de ne pas oublier les peaux de phoque et les moufles triple épaisseur.

 

Un disque : Thomas KönerNovaya Zemlya (Touch)

19/12/2010

Top Ten 2010 Nr. 5 Jana Winderen – Energy Field (Touch)


Read full review of Energy Field - Jana Winderen on Boomkat.com ©

12:48 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : jana winderen, touch, top 10, top 10 2010 |  Facebook |

27/05/2010

Eleh – Location Momentum

Eleh_Location_Momentum_Mystère insoluble en dépit de onze sorties – toutes en vinyle – sur les labels Important et Taiga en moins de quatre années, le mystère Eleh inscrit depuis 1999 sa démarche en une exploration de synthétiseurs analogiques, plus précisément les oscillations à basse fréquence et les phénomènes de résonance acoustique. Terriblement impressionnants, tels des vertiges cosmiques nichés dans les trous noirs de la stratosphère, les drones de l’énigmatique artiste – quid de sa nationalité, de son identité ou de son sexe ? – vibrent au creux de nos pavillons tel un magma ralenti sur un faux plat volcanique.

Première œuvre elehienne à être proposée au format CD, Location Momentum trouve en la maison Touch le cadre naturel de son introspection, que d’aucuns – nous n’en faisons pas partie – jugeront dogmatique. Bourdonnantes, quelquefois enivrantes d’une beauté surnaturelle qui vénèrerait des cloches d’église passée à la moulinette de Phill Niblock (le morceau d’ouverture Heleneleh vers les 16’), ses sculptures sonores – plongées dans les tourments nuageux du bas du spectre – impriment au fil du temps un tapis obscur dont les fils finissent par nous embaumer. D’une longueur extrêmement variable – entre deux et vingt minutes, chaque track possède une particularité physique qui rend l’écoute de l’album tout sauf monotone – à l’instar de The Invisible City, dernier opus en date de BJ Nilsen. Ainsi, la troisième étape Circle One : Summer Transcience transvase en deux couches hyper-distinctes (et distinguées) un sifflement continu superposé à une sourde menace noiraude – en proie à des pulsations cardiaques accélérées jusqu’au bord de l’apoplexie. Etalée sur plus de dix minutes, l’expérience s’achève sur un faux calme oppressant, telle une vision post-apocalyptique en rouleau compresseur.

 

Un disque : Eleh Location Momentum (Touch)

17/03/2010

Phill Niblock – Touch Strings

PhillNiblock–TouchStringsVidéaste, réalisateur, compositeur, les branches qui sous-tendent l’art de Phill Niblock reposent sur un tronc commun solidement implanté dans une indépendance farouche. Personnage majeur de la musique contemporaine, cela fait plus de vingt ans qu’en tant que directeur d’Experimental Intermedia, il offre des lieux de vie à des artistes d’avant-garde, en ses terres new-yorkaises comme en notre bonne vieille ville de Gand (Sassekaai 45, au nord de la ville). Pour ne rien gâcher, un double CD du musicien américain proposé par le passionnant label Touch vient ancrer l’artiste new-yorkais dans l’actualité discographique récente.

 

Habitant de la Grosse Pomme depuis plus de cinquante ans (à l’époque, il avait une vingtaine d’années), Niblock s’est tout d’abord formé une renommée en tant que cinéaste. Spécialisé dans la réalisation de films de jazz, au premier rang celui consacré à Sun Ra et de son Arkestra. Célèbre et célébré, son The Magic Sun de 1966 est un immense chef-d’œuvre, autant musical que visuel. Filmé en un noir et blanc onirique et sensuel en dépit de – ou plutôt grâce à – son abstraction überinspirée, l’œuvre évoque – et pas qu’un peu – la manière hypnotique des vidéos du label Raster-Noton, la chaleur humide en plus. Dans une telle mise en perspective, où l’on ne sait plus trop qui de la musique ou de l’image complète l’autre, certaines visions sont totalement inoubliables, tant la complémentarité des deux artistes est singulière d’envie vitale. Un exemple, parmi tant d’autres ? Quand les doigts de Ronnie Boykins, le contrebassiste du Sun Ra Arkesta, surgissent d’une obscurité tournée en négatif – à l’instar de tout le film, c’est tout un monde d’allégories férocement dynamiques qui s’ouvre à nous, auditeurs/spectateurs veinards de tant d’audace faconde informelle. Le DVD est toujours disponible sur le site du label américain Atavistic, faites-vous plaisir, c’est le moment, c’est l’instant.

 

Deux années plus tard, en 1968, Phill Niblock entamait ses premiers travaux musicaux. Sans aucune formation musicale, c’est en acteur/spectateur assidu de la scène de la Big Apple qu’il se lança dans l’aventure. Citant notamment les œuvres du grand Morton Feldman pour sources d’inspiration, l’artiste de la East Coast est toutefois parvenu à se forger – et rapidement – un vocabulaire propre. Fondé sur des structures généralement sombres et lentes jusqu’à la folie, le langage niblockien s’inscrit dans un cosmos atonal entre bourdonnements insondables et expérimentations métaphysiques. Multipliant les couches et les sous-couches pour ne plus former qu’un magma dont les textures se sont faites plus riches et complexes au fil des années, le son de Phill Niblock invite inévitablement au décloisonnement des fils, ceux qui relient les premières expériences d’un György Ligeti aux plus récents travaux d’un Jim O’Rourke tendance Long Night.

Toutefois, faudrait-il écrire évidemment, les drones élaborés du compositeur new-yorkais nécessitent une attention soutenue pour être appréciés à leur juste – et immense – mesure. Au-delà des premières impressions, qui promènent l’auditeur au sein d’un bloc de granit monochrome, les murmures inquiétants émis par les machines de Niblock impriment au fil des minutes une marque sourdement indélébile dans l’esprit de ses auditeurs.

Evidemment invité à partager les audaces stylistiques, c’est-à-dire à s’impliquer pavillons grands ouverts, le spectateur est avant tout acteur de la passion selon Saint-Phill. Là où une trop grande superficialité l’aurait forcé à quitter le chemin des ombres pour les mirages faussement lumineux de la musique commerciale, l’auditeur s’imprègne, lentement et imperceptiblement, des subtiles variations de la stratosphère relue par l’homme de New York.

 

La vision artistique de Phill Niblock ne se limite toutefois pas à l’utilisation exclusive des machines, fussent-elles de plus en plus complexes. A ses débuts de compositeur, à la fin des années soixante, la musique électronique n’avait pas encore atteint, loin s’en faut, la phase de démocratisation ultime que nous lui connaissons aujourd’hui. Certes, les travaux du BBC Radiophonic Workshop et des deux Pierre (Schaeffer et Henry) dataient déjà de plusieurs années, sans même parler des œuvres de Stockhausen, dont le fameux Gesang der Jünglinge avait déjà passé le cap des dix ans. A l’époque, les moyens employés par Niblock étaient somme toute modestes. Utilisant des bandes pour overdubber des enregistrements bruts d’instruments principalement classiques, l’artiste américain parvenait déjà à insuffler une unité stylistique qui ne s’est jamais démentie.

 

Aujourd’hui âgé de 76 ans, Phill Niblock demeure plus que jamais fidèle à ses principes sur le double album Touch Strings. Dans un premier temps, des instruments (à cordes, comme le nom du disque le prouve) sont enregistrés – les guitares et les basses de Susan Stenger et Robert Poss pour le premier volume Stosspeng, le violoncelle d’Arne Deforce sur Poure (une commande du Centre de Recherches et de Formation Musicales de Wallonie, basé à Liège) et l’Ensemble Nelly Boyd pour One Large Rose sur le second volet. Manipulés à l’aide d’une technologie plus avancée que les bandes de ses débuts, les sons organiques des instruments subissent un traitement ProTools d’une complexité étonnante qui leur donne une épaisseur moite absolument incroyable. Au-delà de toute fausse monotonie distraite, les drones étalonnés sous les doigts de Niblock impriment un rythme trouble et opaque. Jamais, et la multiplication des écoutes le confirme, la démarche n’exploite une quelconque fumisterie grotesque et inscrit son auteur, plus que jamais, au panthéon des mythes vivants de la musique électronique contemporaine. Vous en doutiez ?

 

Un disque : Phill Niblock Touch Strings (Touch)


The Magic Sun (Sun Ra filmed by Phil Niblock)

LittLe Boy | Clips vidéo MySpace

12/03/2010

Oren Ambarchi – Intermission 2000 - 2008

OrenAmbarchi-Intermission2000-2008La liste des collaborateurs d’Oren Ambarchi au fil des ans prend des allures de best of des musiques électroniques et/ou expérimentales, tendance grands maîtres. Entendu aux côtés de Jim O’Rourke, Christian Fennesz, Phill Niblock, Keiji Haino ou SunnO))) – il était de la partie sur l’incroyable Monoliths & Dimensions, le guitariste australien a depuis longtemps atteint le stade d’expert dans la manipulation numérisée des sons de sa six-cordes, quitte à rester hermétique auprès du plus grand nombre. Introduction idéale à son univers, le présent disque Intermission 2000 - 2008 pourrait bien changer la donne.

Compilation de performances de concert, de raretés et de faces B, la plaque démonte en cinq titres les diverses facettes du talent du producteur aussie. Le premier morceau Intimidator est une vraie machine infernale. Bâties autour d’un drone sourd et lentissimo échappé du piano préparé de son compatriote Anthony Pateras, ses quelque douze minutes rendraient fou le moindre moine bouddhiste en pleine crise existentialiste. L’influence orientale se fait encore plus marquée sur Iron Waves (un remix du Parasail de Paul Duncan), aux impressionnants échos de cloches et de cymbales surgis d’un néant obscurci par le traitement ravagé d’une guitare vrombissante. Déjà publié sur Touch (la compilation du 25è anniversaire), Moving Violation offre une pause balançant entre repos et malaise, alors que le numéro suivant The Strouhal Number ignore remarquablement le second volet du paradigme pour se plonger entièrement dans le premier. Bien plus secouée – au sens Harold Budd du terme, la conclusion A Final Kiss On Poisoned Cheeks vibre d’un être qui ne se pose plus la question du néant, tant ses torpeurs éclatées finissent par l’emporter dans ses cavités les plus férocement subliminales.

 

Un disque : Oren Ambarchi Intermission 2000 - 2008 (Touch)

02/08/2009

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol

Biosphere – Wireless – Live at the Arnolfini BristolL’air de rien, ça fait bientôt vingt ans que Geir Jenssen aka Biosphere enchante nos nuits de ses projets mirifiques, le plus souvent à la frontière des musiques ambient et electronica, bien que ses tracks les plus courus (Novelty Waves, Patashnik) allaient clairement chercher du côté de l’IDM tendance Warp. Tourné définitivement dans d’élégantes atmosphères depuis son Substrata de 1997, signé – et ce n’était pas un hasard – sur le label All Saints Records de Brian Eno himself, le musicien de Tromsø était demeuré silencieux depuis 2006 et son Dropsonde, dernière production studio en date où un certain jazz fusion côtoyait des field recordings captés dans l’Himalaya.

Quelques disques plus tard, dont les plus austères Shenzhou et Autour de la Lune, et désormais bien ancré sur le bateau Touch, le Norvégien se rappelle à notre – très – bon souvenir avec le présent Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol, enregistré lors du concert qu’il donna le 27 octobre 2007 au centre d’art contemporain cité dans le titre. Après une brève introduction marquée du fer inquiétant d’une décompression pneumatique au sifflement suraigu (le trombone d’Anders Kalskås sur cet étonnant Pneuma), la performance prend un fascinant tournant mélodique répétitif, quelque part entre Debussy, Berio, Reich et Murcof, où les boucles samplées du grand compositeur français hantent jusqu’à l’hypnose (Shenzou). Véritable trésor de richesses aux multiples facettes (spoken word russe et ambient sur Kobresia, IDM sur When I Leave), le disque prouve que la présence de son auteur tout au sommet de la hiérarchie mondiale tient autant à son génie des ambiances électroniques qu’à sa capacité narcotique de mêler les influences, du classicisme post-romantique au jazz fusion en passant par la dance music.

 

Un disque : Biosphere Wireless – Live at the Arnolfini, Bristol (Touch)


Shenzou - Biosphere

Kobresia - Biosphere

23/06/2009

Fennesz – Black Sea

fennesz-blackseaIl suffit de remonter le temps de quelques années, un peu moins de cinq, pour trouver trace de l’ultime effort en solo de Christian Fennesz  - et lequel ! – quand il parcourait la lagune vénitienne le long de ses nappes mélodiques aux dissonances délicatement saturées. Proclamé depuis l’incontournable Endless Summer pape de la génération new ambient, le Viennois confirmait, si besoin était, que sa stature n’était pas usurpée, bien que d’autres albums de Lawrence English, Jefre Cantu-Ledesma ou Wzt Hearts nous aient finalement bien plus convaincus sur la durée.

Pour un come back solo forcément  attendu, le producteur autrichien nous convie à un séjour aux bords de la Mer Noire, en des termes finalement bien similaires à ceux déjà développées dans ses œuvres précédentes. Bien entendu, le niveau de musicalité franchi par le maître de Vienne demeure tout bonnement exceptionnel de maîtrise formelle et d’inventivité esthétique (The Colour Of Three, magnifique le piano préparé de l’Australien Anthony Pateras), personne n’en disconviendra. Le rôle du critique n’étant pas de servir de caisse enregistreuse des sorties immanquables de leur temps, nous nous en voudrions cependant de ne pas remettre en question la volonté de renouvellement de Christian F. au bout de quinze années de discographie. Aussi n’est-ce qu’à demi-surprenant que les réels échos novateurs proviennent des deux morceaux en collaboration, l’une déjà citée, l’autre avec le Néo-Zélandais Rosy Parlane aux fascinants murmures post-post-industriels sur Glide. A l’image d’un autre travail en équipe paru récemment, l’essentiel Till The Old World’s Blown Up And A New One Is Created aux côtés de Werner Dafeldeker et Martin Brandlmayr.

 

Un disque : Fennesz – Black Sea (Touch)

The Colour of Three - Fennesz

Glide - Fennesz

16/06/2009

Hildur Gudnadottir – Without Sinking

HildurGudnadottir-withoutsinkingVioloncelliste islandaise formée au conservatoire, partenaire de projets aussi divers que remarquables (Pan Sonic, Animal Collective, Throbbing Gristle, múm), Hildur (Ingveldardottir) Gudnadottir avait déjà fait parler d’elle en 2006 sur son label autochtone 12 Tonar. Et si quelques productions du cru s’étaient frayé un chemin plus que convenable jusqu’en nos terres, notamment la récent et excitante tribu synth kraut Evil Madness, le premier opus de la demoiselle de Reykjavik était resté bien plus discret de ce côté de l’Atlantique Nord.

Dorénavant signée sur l’incontournable Touch, Gudnadottir a passé énormément de temps à voyager ces trois dernières années et la vue des nuages  depuis le hublot des avions lui a inspiré ce Without Sinking dont on reparlera. Par-delà le concept, qui faisait craindre un énième bâillement ambient nébuleux, la musicienne du pays de Valgeir Sigurdsson démontre un fameux savoir-faire dans le traitement des instruments, violoncelle (of course) et cithare en tête. Passés par un filtre électronique qui leur un supplément d’âme au lieu de tout bousiller ce qui fait leur substance, les sons chaleureux de la demoiselle des geysers dénotent une emprise sereine de l’instrument qui n’exclut ni lâcher prise dans les moments allegro, ni recueillement dans les passages lento. Un peu comme si elle avait déniché le point d’équilibre entre Gavin Bryars et Colleen, deux des personnages centraux de notre temps qu’il fait toujours bon fréquenter.

 

Un disque : Hildur Gudnadottir – Without Sinking (Touch)

Elevation - Hildur Gudnadóttir

Opaque - Hildur Gudnadóttir

14/06/2009

Lawrence English – Kiri No Oto

lawrenceenglish-kirinootoLes présentations faites, le temps est venu de nous intéresser aux deux dernières productions de Lawrence English, chronologiquement parlant. Parue sur le label Touch, célèbre pour l’édition des passionnants récents travaux de Jacob Kirkegaard (dont nous ne recommanderons jamais assez l’ultime Labyrinthis), Hildur Gudnadottir (ou l’émotion faite violoncelle) ou Fennesz (pas à son meilleur toutefois sur son ultime Black Sea), Kiri No Oto (Le son du brouillard dans l’idiome natal de Keiji Haino) est tout simplement un disque exceptionnel, ce que l’année écoulée depuis sa sortie n’a fait que confirmer. Explication de (con)texte. Au départ de l’opus, il y avait une collection de sons glanés lors des voyages d’English, entre Pologne, Nouvelle-Zélande, Japon et Australie. Filtrées et soumises à des distorsions qui lui confèrent un supplément d’âme absolument stupéfiant de maîtrise technique, les sonorités de Kiri No Oto entraînent l’auditeur en une quête habitée de, vous l’aurez deviné, brumes et brouillard. D’une hauteur de vue qu’on n’espérait guère plus depuis le Zauberberg de Wolfgang Voigt aka GAS, l’œuvre débute par un morceau complètement mystifiant de bruitisme élégant, il est bien plus rêveur qu’inquiétant (Organs Lost At Sea). Toujours en phase avec sa vision de la musique, le cas présent à un environnement où règne une fausse sérénité, il ne se laisse toutefois pas aller à une complaisance reposante et amorphe. Sous des faux airs de tranquillité, le chaos surgit d’où on ne l’attend plus (White Spray), avant que les échos d’une fin de nuit glaciale au-dessus des flots ne submergent la vanité de l’être humain, frêle esquif qui s’imagine omnipotent. Et face à cet immense disque, on s’imagine vraiment (tout) petit.

 

Un disque : Lawrence English – Kiri No Oto (Touch)


Organs Lost At Sea - Lawrence English

White Spray - Lawrence English

07/03/2009

Jacob Kirkegaard – Labyrinthitis

jacobkirkegaard-labyrinthitisCela paraîtra surprenant à beaucoup, l’année 2008 qui s’est achevée a été marquée par deux disques importantissimes, dont le travail dans les sons suraigus a mis à mal les tympans de leurs auditeurs, tout en leur donnant une énorme claque dont ils ne sont pas tout à fait remis. Première de cette monstrueuse épopée orthophonique aux limites de l’audible, ça ne la rend que plus fascinante, Arrowhead de Prurient nous avait déjà complètement scotchés sur notre chaise, elle-même soumise à l’impitoyable travail de son géniteur, bourreau sonore de génie. Toujours dans la même gamme de hautes fréquences, mais dans un registre beaucoup plus serein de la musique ambient, le Danois Jacob Kirkegaard développe sur sa nouvelle œuvre interactive des sons générés dans ses propres organes internes, créant une réaction audible chez son auditeur. Fondé sur le principe scientifique selon lequel deux fréquences jouées dans l’oreille interne produisent à leur tour une troisième fréquence, le disque – une seule plage d’une trentaine de minutes – se sert de ce produit de distorsion des émissions otoacoustiques (celles qui causent les bourdonnements dans l’oreille), Kirkegaard reproduisant artificiellement les sons dans sa composition pour que l’auditeur finisse par écouter le son de ses propres oreilles. Aussi théorique qu’il puisse paraître, ce discours se révèle heureusement bien plus captivant dans son application pratique, grâce aux variations à l’infini des hauteurs de ton, qui embaument leur auditeur dans une hypnose à hautes fréquences totalement antispasmodique.

 

Un disque : Jacob Kirkegaard Labyrinthitis (Touch)