22/03/2011

Hot Club – Straight Outta Bagnolet

hotclub-straight.gifTotale bizarrerie où le free jazz percute le turntablism, le délirant Straight Outta Bagnolet du quatuor Hot Club est un des disques les plus improbables – et éthyliques – de ce début d’année. Œuvre de mecs frappés du bulbe, ils sont tout sauf manchots insipides, Alexandre Bellenger (platines), Jac Berrocal (voix, trompette), François Fuchs (contrebasse) et Dan Warburton (violon) ont sans doute pris un énorme pied à enregistrer leurs versions des chansons favorites de Berrocal – un plaisir que nous partageons à chaque écoute. Improvisant sans la moindre timidité ni gêne sur les chansons préférées du jazzman hexagonal, des vieux titres très chanson française des années cinquante (mais aussi Jeane Manson et son Fais-Moi Danser, massacré et c’est vraiment à se tordre de rire !), le quatuor franco-britannique laisse libre cours à ses instincts du moment. Captés, vous l’aurez deviné, quelque part en banlieue parisienne, d’où son titre rigolo, leurs instants décochent les mâchoires plus souvent qu’à notre tour. Allant jusqu’à revendiquer l’héritage d’une jeune Brigitte Fontaine qui interprèterait à sa grinçante façon la liturgie catholique, Berrocal s’en donne à cœur joie – même si le violon de Warburton est d’une justesse, disons, surprenante. On ne sait dans quelle mesure l’alcool a coulé à flots mais l’esprit y est.

Un LP : Hot ClubStraight Outta Bagnolet (Monotype)


podcast

03/07/2010

Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy

rdecaraketa-oldgirloldboyDuo formé de la Slovène (basée à Vienne) Maja Osojnik et de l’Autrichien Matija Schellander (déjà entendu dans Métalycée), Rdeča Raketa – prononcer Rdetcha Raketa – emmène l’auditeur en une extraordinaire promenade fantasmagorique dans les contrées turntablisées de Philip Jeck et de Giuseppe Ielasi. Grâce à la combinaison épatante d’enregistreurs à cassette, de Paetzold recorder, de jouets, de basse électrique et de multiples outils électroniques, les deux complices démontent les concepts nauséeux et placent la bravoure libertaire au centre de leur attention, nourrie d’opposition à tout préjugé. Mariant la décalcomanie à la bravoure sonore, débusquant au coin d’un magasin de jouets pour grands enfants exilés sur Touch ou Schoolmap Records les sonorités d’un voyage au pays de tous les (im)possibles, Osojnik et Schellander déclinent en une seule longue plage un dynamisme intellectuel qui n’exclut ni plaisir ni lucidité. Et pour vous donner une idée encore plus exacte de la vitalité neuronale extrême de notre duo favori – rayon nouveautés 2010, on vous invite à fouiller YouTube, vous y dénicherez une épatante performance au Sonntags Abstrakt de Graz. Disque du mois, M. Charlebois !

 

Un disque : Rdeča Raketa – Old Girl, Old Boy (Mosz)

22/05/2009

Giuseppe Ielasi – (another) Stunt

giuseppeielasi-anotherstuntVous l’imaginez bien, après nous avoir gratifié de ce magistral Stunt, Giuseppe Ielasi était attendu comme au coin d’un bois avec son ‘(another) Stunt’. Deuxième composant de la trilogie, disponible physiquement en vinyl uniquement, il repose toujours sur le même principe du turntablism, associé à des rythmes et des pulsations qui lui donnent tout son sel. Habitude aidant, les six plages ne portent pas de titre, c’est bien la seule monotonie que l’artiste milanais s’autorise. Tout débute par une rythmique abstract hip hop conditionnée à l’hélium, elle hypnotise une voix vinylique qui prétend avoir douze ans sur fond de déconstruction mentale. Encore un cran au-dessus dans la désorganisation des tempi, le second titre s’inscrit dans une névrose cérébrale impitoyable et, pour tout dire, déconcertante. Davantage inscrit dans une discrète pulsation qu’on pourrait imaginer cardiaque, le troisième morceau dévoie une synchronicité très musicale, aux confins des râga indiens et du jazztronica. Episode le plus étonnant, le quatrième track débauche dans sa stupéfiante irrégularité les délires explosés d’un Donald Duck cocaïnomane accroché à une vieille pendule comme bouée de sauvetage. Le morceau final, une réjouissante bravade expressive où l’on fantasme la présence aux fûts de Martin Brandlmayr aux côtés d’une Colleen traçant une voie rapide, donne du baume au corps d’un opus à demi-réussi seulement.

 

Un EP : Giuseppe Ielasi (another) Stunt (Schoolmap Records)

2 - Giuseppe ielasi

4 - Giuseppe ielasi

14/05/2009

Giuseppe Ielasi, where the tracks have no name (II)

giuseppeielasi2L'année 2005 marquera également un tournant considérable dans la carrière de notre homme, qui voit son horizon géographique s’élargir à la Suède de l’excellentissime refuge Häpna (Tape, Tenniscoats, Anna Järvinen). Première de ses deux œuvres solo pour le compte de ce label, Genise ouvre la voie à une sensibilité acoustique (la guitare, toujours, parfois accompagnée de percussions) à peine remaniée par l’électronique, pour un disque magnifique de délicatesse élégiaque. La voie était toute tracée vers les sentiers empruntés par les Jim O’Rourke et Oren Ambarchi de l’univers, pensions-nous, c’était pour mieux nous tromper l’année suivante. En surprise du chef, Giuseppe Ielasi nous concocta une de ses pirouettes überélégantes auxquelles nous avons pris la délicieuse habitude au fil du temps. Là où chacun attendait une cascade d’arpèges folktronica, il débarquait avec un album éponyme qui évoquait déjà les colorations ambient de son magnifique August et le turntablism du fantastique Stunt (nous y reviendrons). Tout en soignant les formes d’un coup de trompette de ci, de guitare de là, il nous projetait dans les avances fulgurantes de sa discographie, dont nous n’étions qu’au début de la découverte.

 

Un coup de vol transatlantique plus loin, le compositeur  milanais se retrouvait hébergé – pour la première fois – sur la structure new-yorkaise 12K. L’occasion, un voyage en August, était trop belle pour ne point renouer le contact. Etonnant dans sa diversité apaisante, l’objet – très beau comme tous les disques du label de Taylor Deupree – sonnait telle une promenade intime dans les neurones de son géniteur. En apesanteur hors de toute vindicte énervée, entre souvenirs de jazz, pop agenouillée et ambient nordique, l’œuvre sentait alors le souffle obsédant de Jeff Knoch (aka Eyes Like Saucers), en survol horizontal de notre époque, marquée par Machinefabriek et Stars of the Lid. Et tel un objet insaisissable entre deux méridiens liquéfiés, elle glissait entre nos doigts à maintes reprises, avant que l’écoute suivante ne nous la fasse redécouvrir sous un jour à jamais renouvelé.

 

Nous vous l’avons évoqué en introduction, le maître lombard s’occupe également de sa propre maison de production, lancée voici trois ans. Outre deux rééditions pleinement inattendues (Chry-ptus d’Eliane Radigue paru en 1971 et Cholalogues de Nestor Figueras, David Toop et Paul Burwell), il y édite sa trilogie Stunt, dont le premier élément est sorti l’an dernier (et ce fut un sacré choc !). Entièrement joué à partir de disques vinyls tournant sur une seule platine et sur lesquels se greffent des rythmes et des pulsations en sens divers (du breakbeat au click’n cuts en passant par les bips), les six pistes louvoyaient entre les genres, sans jamais se perdre ne fut-ce qu’un dixième de seconde. A peine nous étions-nous remis d’une déviation abstract folktronica, des échos de contrebasse renvoyaient à une voie synthétique ou à un écho mirifique des Boards of Canada, quand ce n’étaient des références à la musique concrète ou à Judith Juillerat. Rarement l’expression de tout grand art prit autant de sens qu’en cette vingtaine de minutes inoubliables.

11/05/2009

Giuseppe Ielasi, where the tracks have no name (I)

GI_-_foto_Fatima_BianchiIntrépide et courageuse, la musique de Giuseppe Ielasi se fait d’entrelacs en apesanteur et invite à l’abandon du quotidien. Etagée sur une douzaine d’années, dont les cinq dernières nous ont révélé une profondeur lumineuse pleinement absorbante, la carrière discographique du producteur transalpin s’enrichit en ce printemps de deux nouvelles étapes, l’une sur le label 12K de Taylor Deupree, l’autre sur la propre maison Schoolmap Records de son auteur, créée en 2006.

 

Avant de nous attarder sur cette double actualité, nous nous en voudrions de ne pas revenir plus en avant sur le parcours discographique de l’homme de Milan, ponctué de repères essentiels sur lesquels il fait toujours bon s’attarder. Né en 1974, Ielasi s’est mis à la guitare à ses quatorze printemps et il attendra une petite dizaine d’années avant de se lancer à corps perdu dans le très large monde des musiques improvisées, qu’elles aient pour cadre les vapeurs humides de l’ambient ou la recherche d’un folk music aux horizons nouveaux. Aux côtés de Dean Roberts, Gert-Jan Prins ou de Renato Rinaldi (ensemble, ils forment le duo Oreledigneur), le musicien italien affute ses armes dès 1997, pour de multiples collaborations principalement sorties sur son précédent label Fringes, fondé en 1998 et muet depuis 2005.

 

A suivre

 

Photo : Fatima Bianchi

27/03/2009

Strotter Inst. – Minenhund

strotterinst-minenhundAlias du musicien Suisse Christoph Hess (Sum Of R, Herpes Ö DeLuxe), Strotter Inst. héberge sous sa mystérieuse dénomination un véritable as du turntablism, qu’on adorerait observer dans une soirée dédiée à ce genre tellement étonnant. Aux côtés des Giuseppe Ielasi et Philip Jeck, la présence du citoyen helvète sur son compatriote de label Hinterzimmer (en coprod avec la maison de Baltimore Public Guilt) affirme un talent qui ne concède rien au génie de ses deux collègues italo-britannique. La quincaillerie sonore créée par Hess est tout simplement formidable. Au départ de vieilles platines Lenco modifiées, il tourne des disques dont le son est manipulé pour créer des effets de pulsation – et non de rythmes – absolument redoutables de précision martiale et d’envoûtement hypnotique.

Synthèse aussi étonnante que prenante des premiers travaux répétitifs de Steve Reich et de l’indus vue par Throbbing Gristle, sans oublier l’ambient de William Basinski passée à la moulinette des élastiques et fils électriques qui en créent le tempo, les quatorze titres anonymes de Minenhund (chien de la mine) entraînent leur auditeur dans un enchaînement infernal entre monstre sidérurgique et monstre noir assoupi au fond d’un cratère atomique. Loin de simplement raconter le savoir-faire évident d’un maître de l’expérimentation dont on rêve d’admirer le bricolage en concert (à l’image du fondamental Pierre Bastien au dernier festival Happy New Years) et dont l'écoute au casque rend fou, l’œuvre de Hess confirme en toute hypothèse qu’il n’est pas le collaborateur des excellents Sudden Infant et Maja Ratkje pour rien. Disque de l’année ?

 

Un disque : Strotter Inst. Minenhund (Hinterzimmer / Public Guilt)


# 5 - Strotter Inst.

# 11 - Strotter Inst.

03/09/2008

Giuseppe Ielasi – Stunt

giuseppeielasi_stuntMagnifique esprit libre, Giuseppe Ielasi nous revient avec un EP – le premier dans une série de trois – complètement renversant. La suite sur Octopus.

 

Un EP 12’’ : Giuseppe Ielasi Stunt (Schoolmap Records)