22/02/2011

Shannon Wright – Secret Blood

Shannon Wright, rock, singer songwriter, songwriting feminin, critique, vicious circleCamarade lecteur, toi qui collectionnes passionnément tous les numéros de RifRaf depuis 1858 – tu t’en souviens bien, Offenbach était en couv’ en bas résilles, sacré Jacques – tu n’es pas sans ignorer la profonde gratitude que nous éprouvons pour le parcours de Shannon Wright. D’une hauteur de vue rock et d’une probité émouvante sans équivalent(e)s, l’Américaine chouchou du public français (et de Yann Tiersen) n’a cessé de nous envoûter, tant et plus. Qu’elle nous livre ses états d’âme ténébreux au bord du précipice (Over The Sun), qu’elle éructe sa colère intérieure tout en maintenant un détonant mélange de tendresse et de noirceur (Dyed In The Wool) ou que sa maternité lui dicte des tonnes d’amour empilées sous un spleen récurrent (Let In The Light), l’univers de la chanteuse d’Atlanta demeure à jamais dans notre panthéon des plus intenses émotions musicales des dix dernières années. Tel un mariage des multiples courants qui traversent sa vie, le nouvelle effort de l’ex-membre de Crowsdell unit les contrastes, voire les contradictions, au sein de douze nouveaux titres de fort belle tenue – mais où, vous l’aurez deviné, il manque l’étincelle qui nous a causé plus d’un collapse mental dans le passé. Déçu ? Peut-être mais il n’est pas dit que dans quelques mois, au moment de remettre l’objet sur la platine, on ne succombe pas de nouveau à l’appel.

Un disque : Shannon WrightSecret Blood (Vicious Circle)

24/11/2009

Shannon Wright – Honeybee Girls

shannonwright-honeybeegirlsJour après jour, siècle après siècle, elle nous hante, elle nous possède, elle ne nous lâche plus. Elle, la musique de Shannon Wright, est une odyssée vers une éternité rock, le vrai, celui hérité des héroïnes intemporelles que fut, qu’est Patti Smith. De sa carrière sans le moindre faux pas, à la – très – relative exception d’une collaboration bancale avec Yann Tiersen, la demoiselle d’Atlanta retire la substantielle moelle de son art sur ce nouvel Honeybee Girls. De la carrure énervée et psychanalytique du fantastique opus ‘Over The Sun’, elle fait rugir une basse et une guitare furieuses sans jamais être exhibitionnistes (Embers in Your Eyes, Trumpets On New Year’s Eve), du précédent et formidablement touchant Let In The Light, sans oublier les délices tourmentés du fondamental Dyed In The Wool, elle conserve une sérénité retrouvée. Oh, la souffrance n’est jamais bien loin, elle est toutefois d’une telle évidence que  sa troublante présence, entre larmes et frissons, donne une dimension supplémentaire à des chansons, d’une époustouflante maîtrise émotionnelle (tout le reste de l’album !). Et surtout, faudrait-il écrire plus que jamais, la qualité des compositions de Shannon Wright atteint un degré de perfection entre rage et lumière qui conforte son immanquable emplacement au panthéon éternel de nos envies musicales. On ne t’aime plus Shannon, on t’adore. For ever.

 

Un disque : Shannon Wright – Honeybee Girls (Vicious Circle)


embers in your eyes - Shannon Wright

Sympathy On Challen Avenue - Shannon Wright

01/05/2008

Shannon Wright arrive au Beurs

s_wright_r88_72dpi_5x7_1Les concerts de Shannon Wright comptent, incontestablement, parmi les expériences scéniques les plus prenantes – aux tripes s’entend – q’il soit sonné d’assister, tant la virulente sincérité de son propos vous prend à la gorge pour mieux vous consumer. Extraordinaire – je répète, ex-tra-or-di-nai-re – comme elle bouleversante (et les mots ne suffisent pas), la songwriter américaine sera de retour à Bruxelles – au Beurs cette fois – le 19 juin et c’est ce qu’on appelle un événement.

 

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Un mp3 : Shannon Wright – In The Morning

Un disque : Shannon Wright Let In The Light (Vicious Circle)

06/05/2007

Shannon Wright – Let In The Light

shannonwright-letinthelightBien des choses ont changé dans la vie de Shannon Wright depuis la fabuleuse écorchure de Over The Sun, le dernier album de la chanteuse américaine (exception faite de sa collaboration avec Yann Tiersen). Trois années se sont écoulées, Shannon est devenue maman et cette naissance semble avoir éclairci – un peu – de ses sourires l’univers tempétueux de l’ex-Crowsdell, en témoigne l’évolution de ses titres d’album, du soleil caché à la lumière entrante. Toutefois, cette sérénité nouvelle ne pourrait bien être qu’un trompe-l’oreille de la première importance, réfugié derrière la part plus grande que le piano tient sur ce septième opus. Car derrière la (relative) luminosité des nouvelles chansons de Shannon pointe l’angoisse perpétuelle de la page blanche, de la malédiction de la condition humaine. Bien sûr, la noirceur sublimée de Over The Sun – impitoyable crochet à l’estomac qui vous secoue pour l’éternité, et ce n’était rien en regard du concert – n’a plus court, ce n’est pas pour autant que les atmosphères nous transportent sur une autre planète où tout ne serait que luxure et petites pépées. Telle une disciple des camarades de nuits sans fin David Eugene Edwards ou Elizabeth Anka Vajagic, Shannon Wright compose des mélodies difficiles – et délicates – dont la superbe maturité renvoie au fond des enfers toutes les Sheryl Crow du monde. Rien qu’à en parler, les frissons me parcourent l’épiderme et ce n’est que le début d’une longue aventure. 

 

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Un mp3 (via Spinner)Shannon Wright – St. Pete

Un disque : Shannon Wright Let In The Light (Vicious Circle)

26/04/2007

Shannon Wright, une tornade à la Rotonde

swDe la rage la plus intense aux larmes les moins retenues un torrent de frissons – tendance punk – s’est emparé de la Rotonde du Botanique, en ce chaud mardi de printemps. La cause ? Une certaine Ms. Wright, Shannon Wright. Déjà, sa précédente venue m’avait flanqué une de ces énooooooormes claques qui donnent une énergie à karcheriser tous les Mud Flow du monde, le genre d’expérience live que tout fan des grandes colériques de ce monde – de Patti Smith à Kim Gordon - se doit d’affronter un jour.

 

Jamais je ne pensais revivre un tel moment de bonheur lessivé, attrapé aux tripes par ce concert légendaire dans une Rotonde à l’époque aux deux tiers vide. C’était sans compter sans la force scénique de la musique à fleur de peau de l’ex-Crowsdell. Magicienne du piano et de la guitare, tourbillon de colère viscérale, la chanteuse d’Atlanta a mis KO une salle bien plus remplie qu’en 2004, rendant la meilleure des justices à des morceaux encore plus prenants sur scène que sur disque. C’est dire le niveau d’un concert déjà inoubliable, où j’ai cru un moment m’évanouir de tremblements intérieurs. Et ce n’est pas une image, simplement la réalité physique d’une expérience unique – quasi transcendantale – en de nombreux points de vue.

 

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Un mp3 Shannon Wright  Everybody's Got Their Own Part To Play

Un disque : Shannon Wright – Let In The Light (Vicious Circle)

26/01/2007

Shannon Wright, enfin le retour

shannon_swearl1Les origines de ce blog remontent à un des concerts les plus extraordinaires de ma déjà longue existence. Le contexte était particulier, trois (ou quatre, je ne sais plus) longues heures durant, j’avais poireauté en compagnie d’un stagiaire de Bang! à attendre la venue de Shannon Wright. De mauvaise humeur, grippée, la future comparse de Yann Tiersen avait préféré rester au chaud de son hôtel plutôt que de venir à l’interview. Le pire dans l’histoire étant finalement l’amateurisme de Bang!, même pas fichus de me donner le moindre renseignement sur l’heure définitive de l’interview. Qu’à cela ne tienne, l’ex-chanteuse de Crowsdell se pointe vers 19h30, la tronche plus bas que par terre, le moment est venu de la travailler au corps.

 

Rendez-vous une demi-heure plus tard dans les loges du Botanique, Miss Wright se prépare, elle doit jouer vers 21 heures. Pendant ce temps-là, je rate la première partie (Tamara Williamson), l’interview débute, l’ambiance est glaciale, ce fichu mal de crâne triture les méninges de Shannon, sa voix la trahit de temps à autre, dire qu’elle doit chanter dans moins d’une heure. Le temps passe, pas la rancœur, ni l’obsession quasi paranoïaque de ne pas dévoiler le contenu intime de paroles qui touchent au plus profond de sa personnalité. La camarade de Steve Albini (aux commandes de Over The Sun, le terrible dernier album en date) se montre rugueuse, les groupes de la nouvelle rock punk en prennent pour leur grade, sans jamais être cités explicitement, faut dire qu’il y a de quoi. Fin de partie, les Gang of Four sont passés par là, je sors de l’interview, confus et heureux d’avoir rencontré les yeux dans les yeux une des plus fortes têtes de la scène rock contemporaine. Son concert de ce soir-là, absolument fa-bu-leux de colère expiée, restera à jamais gravé dans ma mémoire.

 

Près de trois années se sont écoulées, Shannon Wright sort enfin un nouvel album, ce sera Let In The Light, un titre dont les apparences lumineuses risquent de tromper tout leur monde. Nul doute que ces pages en reparleront vers la fin mars.

 

Un mp3 Shannon Wright – Throw A Blanket Over The Sun

Un disque (sortie le 26 mars) : Shannon Wright – Let In The Light (Vicious Circle)