22/02/2011

Francisco López – Köllt / Kulu

franciscolopez-kolltkulu.jpegAbondante et très majoritairement captivante, l’œuvre de Francisco López se recoupe en deux axes aussi antinomiques qu’ils sont complémentaires. Dans ses multiples variantes calmes, n’y lisez aucune asepsie ou fadeur, le travail de l’artiste espagnol campe sa tente au milieu de field recordings resculptés par les doigts d’orfèvre de son auteur. Le versant noise hardcore est, lui aussi, pareillement époustouflant – et le présent Köllt / Kulu n’apportera nul démenti à ces propos dithyrambiques, notamment par l’usage d’un déluge de batteries qui feraient passer Boredoms pour Norah Jones.

Basé sur une double version de chaque pièce (une longue en audio et une courte en vidéo - et inversement), le double CD et DVD emporte l’auditeur dans une catharsis bruitiste d’une immense acuité sonore, aussi bien dans ses propensions secouées (le début de Köllt) que dans les brouillards industriels insectivores qui leur succèdent (ou précédent, tout étant imbriqué dans un magma de bruit, de fureur et d’abandon). Comme dit précédemment, la version en vidéo des deux morceaux est soit plus courte (Köllt) soit plus longue (Kulu) qu’en format audio. Apportant un supplément d’âme visuel – encore que la simple écoute en aveugle suffise pleinement à s’en prendre plein la gueule, les deux films rendent toute la folie auditive à leur juste (dé)mesure. Que des milliers d’insectes traversent l’écran pour explorer Köllt ou que des variations de noir et de blanc illustrent les moments de bruit ou de silence de Kulu, on reste ébahis et subjugués.

Un CD + DVD : Francisco López – Köllt / Kulu (Störung)

27/11/2009

Leyland Kirby – Sadly The Future Is No Longer What It Was

leylandkirby-sadlythefutureVéritable identité du mystérieux The Caretaker (alias V/Vm), auteur des remarquables A Stairway To The Stars et Persistent Repetition Of Phrases, Leyland Kirby quitte – enfin – la coquille de l’anonymat volontaire. Comparé au meilleur des musiques ambient, celles d’un William Basinski (quand il ne s’emmêle pas les bandes) et de Janek Schaefer, le musicien britannique installé à Berlin explore, toujours un peu plus loin, une veine néo-classique automnale. Pleinement mélancolique, et c’est peu dire, elle est déclinée en trois doubles vinyls vendus séparément en 450 exemplaires seulement (ou en un coffret de 3 CD), telles des armes absolues contre les frimas automnaux à venir.

 

Installé à Berlin dans le formidable quartier de Friedrichshain, là où les clubs les plus fameux (Berghain, Maria am Ostbahnhof) côtoient les vitrines architecturales du néo-classicisme socialiste (Frankfurter Tor, Karl-Marx Allee), Kirby nous invite à prendre le temps de la déambulation ralentie. Narrée en vingt titres d’une splendide beauté formelle, ne vous étonnez pas de voir des larmes garnir vos joues, l’histoire peut se conter en de multiples tableaux pluvieux et solitaires. Les privilégiés d’entre nous qui ont l’immense chance d’avoir un jour parcouru les rues depuis l’Oberbaumbrücke jusqu’au Volkspark Friedrichshain, un soir frisquet, savent de quoi il en retourne.

 

Avant d’aborder la musique de Kirby, prenez le sentier de Google, bifurcation Youtube. Un click de souris plus loin, vous vous plongez dans une vidéo en noir et blanc, elle est volontairement floue et humide. Tremblotant d’émotion, pris d’une subite envie de gagner les bords de la Spree, elle vous  emmène en promenade dans des rues du quartier habité par le compositeur. Au travers des gouttes et des tremblements, nous passons outre les cocktail-bars embourgeoisés de la Simon-Dach-Strasse. Traversant une histoire mouvementée, nous débouchons au pied des prestigieux – et socialistes – palais des travailleurs de la Frankfurter Allee, vitrines d’une époque heureusement révolue où le tovarich Joseph Staline imposait sa loi martiale et inhumaine à tout un demi-continent. Pris dans un flot ininterrompu de sentiments forts, nous pensons au présent, marqué au fer rouge des expériences du passé.

Construits à des rythmes de forçats proprement insoutenables (ils ont débouché sur la révolte des ouvriers écrasée dans le sang le 17 juin 1953), les – oui, très – beaux immeubles en style confiserie de l’avenue voient défiler le passant pressé, abrité de la pluie et du vent sous sa cape. C’était en 1989, un nouvel espoir tourné vers l’ouest s’offrait à lui, il avait pour nom liberté (et capitalisme, aussi).

Déjà, l’enthousiasme n’était pas partagé par tous. Irréductibles anti-conformistes, les squatteurs chassés de Kreuzberg avaient investi les lieux, occupant tout un côté de la tellement délabrée Mainzer Strasse. Partisans d’une utopie fraternelle où la vie en communauté s’affranchirait des règles bourgeoises de la propriété privée, ils rêvaient d’une autre existence, elle avait également de fortes odeurs d’opiacées qui rendent heureux. C’était au début 1990, les Trabant décoraient encore les rues de Berlin-Est de leur silhouette caractéristique, en attendant la prise de pouvoir des Golf et BMW. Quelques mois plus tard, le rêve était terminé. Lâchés par les sociaux-démocrates, les quelque 500 occupants – oh, pas que des enfants de chœur – sont expulsés manu militari par plus de 4000 policiers (oui, quatre mille). Bienvenue en Occident, History Always Favours The Winners.

 

A l’heure des souvenirs officiels célébrant le culte de la fin de la guerre froide et des régimes communistes bloqués dans leur préhistoire idéologique, les vingt ans de la chute du Mur de Berlin sont aussi, peut-être surtout, l’occasion de faire le point sur la somme des espoirs exprimés et des déceptions engrangées. Certes, regretter le temps des missiles soviétiques braqués sur nos pays serait de particulièrement mauvais aloi, mais qu’avons-nous réellement gagné au change ?

Pour rester dans la capitale allemande, des zones entières de totale liberté artistique et/ou philosophique laissent peu à peu la place à des projets de luxe pour jeunes couples aisés en manque de lofts top cools (accent de Prenzlauer Berg en option).

Heureusement, ça et là subsistent des îlots de contestation. Quelques-uns demeurent implantés et vivaces (l’immense Cassiopeia, Revaler Strasse à Friedrichshain est un Recyclart au centuple), d’autres très sérieusement en péril (le club reggae Yaam en bord de Spree doit bientôt dégager pour faire place à des projets plus rentables, lisez contributeurs d’impôts). D’autres, volontairement ou non, ont basculé du côté obscur de la force en se transformant en attraction pour touristes venus chercher la coolitude berlinoise (le Tacheles, Oranienburger Strasse à Mitte). Et que dire de la reconstruction annoncée du château des Hohenzollern (Berliner Stadtschloss), l’ex-résidence impériale à deux pas de l’Alexanderplatz, démoli dans les années qui ont suivi la guerre. Remplacé vingt ans plus tard par le Palais de la République est-allemande, avant que les pelleteuses n’aient raison de ce dernier l’an dernier, sa future présence témoigne d’une volonté de mettre en creux un pan de l’histoire sans doute pas assez rentable.

Témoignage, un de plus, d’un abandon des rêves en un matérialisme marchand, le retour de ce symbole de l’absolutisme bourgeois risque, si l’on n’y prend garde, de transformer les villes – et nos vies tout entières – en une funeste parodie consumériste plus proche de Disneyland que de Käthe Kollwitz, la géniale sculptrice dont les œuvres forment le décor de plus d’un lieu berlinois. Ces utopies passées enfouies dans un futur devenu présent, Leyland Kirby les met en musique, superbement dosée et, osons le terme, libertairement émotionnelle. Les fans des GAS, Murcof et autres Harold Budd savent ce qu’il leur reste à faire.

 

Un coffret / Trois doubles vinyls : Leyland Kirby – When We Parted My Heart Wanted To Die / Sadly The Future Is No Longer What It Was / Memories Live Longer Than Dreams (History Always Favours The Winners)

04/08/2009

The Glimmers – The Glimmers Present Disko Drunkards

Glimmers Present Disko DrunkardsAs du dancefloor, The Glimmers ont égayé bien des soirées au contact de leur dance music, principalement lorsqu’ils sont aux manettes pour nous offrir des mixes imparables (leurs DJ-Kicks ou Fabric Live). Associé aux idoles de la jeunesse de Flandre anno 2009 (Tim Van Hamel de Millionaire, François Demeyer ex-Vive La Fête, Ben Brunin et Stéphane Misseghers de dEUS), le duo gantois nous balance un disque absolument épouvantable de mauvais goût kitsch. Accords de guitare répétés à rendre maboul sur fond de batterie mixée avec des moufles, visite acide du label Stax ou disco keupon plombée d’une basse pour kermesse aux moules, chaque track nous fait un peu plus toucher le fond. A l’écoute de l’atroce reprise du Physical d’Olivier Newton-John, massacré en règle par deux soulards captés entre trois vomissures aux chiottes, on se dit que la nullité n’a pas de limites...

 

Un disque : The Glimmers The Glimmers Present Disko Drunkards (www.glimmertwins.com)

20/03/2009

Un Camera Obscura et le printemps est là

Camera Obscura – My Maudlin CareerYeepee, le printemps est là, les jeunes filles redécouvrent les joies des jupes échancrées, les jeunes gens entonnent des hymnes à l’amour en liberté, le nouveau Camera Obscura arrive !

 

Un disque à venir le 20 avril : Camera ObscuraMy Maudlin Career (4AD)


The Sweetest Thing - Camera Obscura

My Maudlin Career - Camera Obscura

22:40 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : video, pop, preview, 4ad, camera obscura |  Facebook |

15/03/2009

Adieu poète, so long rocker

J’ai fait la saison dans cette boîte crânienne

Tes pensées, je les faisais miennes

T’accaparer, seulement, t’accaparer

 

 

11:52 Écrit par Fab dans Musique | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : video, alain bashung |  Facebook |

04/03/2009

The Incredible String Band en inédits, can you believe it?

Leur nom montrait déjà la voie, celle de l’excellence, The Incredible String Band demeure en cette heure l’un des noms les plus indispensables de la folk music. Tout au long d’une carrière en fin de compte brève (1965 – 1974), sans compter la reformation partielle entre 1999 et 2006, la formation écossaise explorait à tout va les errances magnifiques de la musique hippie, sans jamais se départir d’une vision stylistique hors de tout pastoralisme pour cimetière. Compilation de seize inédits tirés des archives de Witchseason et de Island Records, le double cd Tricks Of The Senses démontre l’intemporalité d’une vision qui a depuis longtemps dépassé les limites étroites de son Ecosse natale.

 

Un disque : Amplifier MachineTricks Of The Senses (Hux Records)

21/12/2008

Jandek, de l'autre côté de la légende

jandek-glasgowsunday2005Personnage mythique dont la légende a longtemps participé du traitement quasi-religieux où ses fans l’ont entraîné, Jandek est demeuré longtemps un nom vénéré des happy few, le géant Loren Connors en premier (il est d'ailleurs présent à la guitare électrique). Actif depuis plus de trente ans sur la scène blues folk expérimentale, Sterling R. Smith s’est résolu depuis quelque temps à donner des concerts, quitte à tomber le masque, quitte à mettre sa musique à nu. Témoignage d'une de ses toutes premières apparitions scéniques, Glasgow Sunday 2005 se nourrit de la terrible violence maîtrisée de son auteur, trempée dans l’acide, baignée dans les lieux de concert alternatifs à l’extrême. Accompagné pour l’occasion des magnifiques Alan Licht et Heather Leigh Murray (pedal steel et voix sans paroles) le musicien texan prouve que sa totale indépendance d’esprit ne s’est pas altérée dans les méandres du temps.

 

En écoute sur The Omega Order

Un disque : JandekGlasgow Sunday 2005 (Corwood Industries)

 

En clip : JandekReal Wild (Live)

 

20/10/2008

Ergo Phizmiz – Handmade In The Monasteries Of Nepal / Eloise My Dolly

Ergo Phizmiz – Handmade In The Monasteries Of Nepal Eloise My DollyMaison-mère du génial dadaïste électro-pop Felix Kubin, Gagarin Records fête cette année un dixième anniversaire parsemé de deux sorties d’une aura second degré übersympathique et recommandable. Présentateur d’une émission sur la mythique radio new-yorkaise WFMU, Ergo Phizmiz s’inscrit complètement dans la veine pop – grave de traviole, la pop – du label allemand. Entre opéra de poche taille rikiki, human beat box au bord du fou rire (On My Mind) et collages affabulateurs (Mr. & Mrs. Smith), l’univers de Phizmiz s’expose à toutes les (h)ardeurs cosmiques, par delà le vernis dilettantiste qui masque le savoir-faire hors normes de son auteur. S’interdisant de tout… s’interdire, l’artiste américain n’hésite pas à frôler le ridicule, complètement assumé, de barrissements cocaïnomanes (Green Elephant) ou de secousses humaines en quête de vomissement (The Sunday Bells). La seconde partie de l’album – disponible en vinyl uniquement – comporte un second EP Eloise My Dolly pratiquement aussi rigolard que le premier, les sons de la bouche de Phizmiz étant remplacés par des toy instruments d’une surprenante acuité musicale. Complétée d’un faux discours théorique sur la construction du mécanisme du discours chez la poupée Eloise, le New-Yorkais en profite pour déboulonner un peu plus la pop – et tout un tas de genres, l’opérette en premier – de cet air goguenard qui n’appartient qu’à lui. Basée sur l’obsession de Phizmiz pour le rôle de la fille dans Chitty-Chitty-Bang-Bang, le film de Ken Hughes d’après le roman de Ian ‘James Bond’ Fleming, où Eloise se déguise en poupée mécanique et danse pour le baron, ce côté face qui vaut bien le côté pile est à la mesure de son auteur, démesuré et unique.

 

En écoute sur MySpace

Un disque : Ergo Phizmiz Handmade In The Monasteries Of Nepal / Eloise My Dolly (Gagarin Records)

 

En clip : Ergo Phizmiz Eloise My Dolly

 

 

05/10/2008

Serafina Steer, esprit public

300x300Associée pour de bon à Joanna Newsom, la harpe a bien de la chance. Entre les doigts de la géniale Californienne,  l’encombrant instrument picore de ses notes pincées l’univers fantasmagorique de ses short stories décalées. Entre les mains de la magnifique Anglaise Serafina Steer, des mélopées folk d’un autre âge côtoient une modernité spoken word d’une tendre discrétion, qu’un tout récent EP vient confirmer de belle manière. A quand l’album ?

 

En écoute sur MySpace

Un mp3 Serafina Steer Eggs

Un EP : Serafina SteerPublic Spirited (Static Caravan)

 

En clip : Serafina SteerPublic Spirited (live)

 

 

04/10/2008

Hair Police, mauvais pour le karma, bon pour les oreilles

Hair Police - Certainty of SwarmsFaibles de coeur, passez votre chemin, bouchez vos pavillons, le furibard trio Hair Police (Mike Connelly de Wolf Eyes, Trevor Tremaine de Death Unit et Robert Beatty) est de retour, cette fois pour une véritable sortie ‘officielle’. Toujours aussi hantée des maléfiques satans peuplant les nuages sombres d’Earth à la poursuite de KTL et des Terrestrial Tones, sa machinerie putride vitupère des relents d’exorcisme gastrique fascinants de rage abstraite et c’est aussi prenant qu’inquiétant. Une idée pour un prochain concert Kraak ?

 

En écoute sur Boomkat

Un disque : Hair Police Certainty Of Swarms (No Fun)

 

En clip : Hair Police at Radio Centraal Antwerpen