04/06/2010

Yannis Kyriakides – Antichamber

yanniskyriakides-antichamberPièce maîtresse du mois, le double album Antichamber nous invite à la découverte de l’œuvre de Yannis Kyriakides, jeune compositeur électroacoustique né à Chypre en 1969 et émigré en Angleterre à la suite de l’invasion turque de la partie nord de l’île en 1974. Aujourd’hui installé à Amsterdam, directeur musical et collaborateur de divers ensembles de musiques contemporaines, notre homme est néanmoins ouvert à d’autres horizons, en témoigne ses duos réguliers avec Andy Moor (The Ex) et sa participation au groupe de musique de ballet improvisée – et oui, ça existe – Magpie Music Dance. Sans compter la gestion du label Unsounds, aux côtés d’Isabelle Vigier (MMD) et du déjà cité Andy M.

Etalés au cours des quinze années écoulées, les dix travaux présentés inscrivent Kyriakides non dans l’antichambre mais dans le salon d’apparat des grands musiciens de notre temps, en premier lieu James Tenney et Louis Andriessen – dont, répétons-le, il faut absolument avoir écouté De Staat pour devenir un honnête homme. Egalement anti-musique de chambre (d’où son titre), la manière de Kyriakides explore diverses combinaisons, tout en demeurant hautement personnelle. Absolument incroyable de tentation subtile, éprise des travaux du BBC Radiophonic Workshop comme de l’idiosyncrasie contemporaine des Berlinois de zeitkratzer, Telegraphic forme un accès idéal au monde cosmogonique du musicien chypriote. Seize minutes d’anthologie que les fans de Kraftwerk ne doivent nullement craindre, parole de… Redécouvrant les racines folkloriques de la musique traditionnelle grecque mêlées à la mélancolie contemporaine d’un émouvant dialogue entre violon et guitare électrique (Zeimbekiko 1918), Kyriakides varie à foison les registres. Faisant œuvre d’abstraction cagienne sur Antichamber, il retrouve la mélodie sur As They Step Into The Same Rivers, superbe lamentation néo-classique où l’alto et la contrebasse dialoguent avec un… iPod, ainsi que sur le lentissimo hYDAtorizon pour quintet avec piano.

Débutant en fanfare où trois instruments évoluent en contrepoint sur des rythmes polyphoniques affolants dans un premier temps, le second disque vise – et atteint – tout autant l’excellence. Seule composition vocale – et de quel niveau !, U mélange dans une folle adresse sinusoïdales et huit voix à la Steve Reich, c’est Mikhail Karikis qui doit être vert de rage (ou d’admiration). Tout aussi remarquable, PNeuma pour basson, piano et bande sonore modernise – c’est une réelle merveille – l’héritage de Luciano Berio, alors que DOG SONG introduit un free jazz virtuose à demi-convaincant seulement. Terminant les trois heures du périple, ATOPIA se promène sur le fil ténu de ses drones harmoniques, pour une pièce à haute teneur en sensibilité acoustique. Les récalcitrants seront enfermés illico au pain sec et au Jean-Michel Jarre.

 

Un disque : Yannis Kyriakides – Antichamber (Unsounds)